‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 115 sur 198 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

IndépendamroeDt de la jalousie qui était le principal mobile de leur antagonisme contre Granvelle, la plupart des seigneurs des PajB-'Bas avaient contre lui des griefs personnels. Le prince d'Orange attribuait à son influence et à celle du ducd'AlbeTéchec qu'il avait essuyé lorsqu'il désirait le gouvernement des Pays- Bas pour lui-métne ou pour la duchesse dé Lorraine. Le comte d'Egmbnt )ui reprochait d'avoir fait échouer ses sollicitations concernant le gouvernement de Ilesdin et l-abbaye de Trulie. Le comte de Bornes ne lui pardonnait pas de l'avoir frustré du gouvernement de. la Gueidre et d'avoir ensuite employé tous ses efforts pour empêcher qu'il accompagnât le roi en Espagne ; il lui attribuait aussi les censures infligées au comte Charles de Lalaing, plénipotentiaire à Vaucelles , que des liens d'étroite parenté rattachaient à la maison de Montmorency *. Lazare de Schwendi , enfin , pour ne pas parier des autres , reprochait à Granvelle de s'être opposé à son admission dans le conseil d'État , quoiqu'il fAt protégé par le prince d'Orange et le comte d'Egmont et qu'il eût eu le commandement des troupes auxiliaires d'Allemagne dans les guerres de Hongrie et à la journée de Saint-Quentin '.

Des griefs particuliers avaient également suscité contre Granvelle la haine de Francisco Erasso, trésorier des finances du roi d'Espagne ; et cet ennemi se trouvait dans le cabinet de Philippe II pour contrecarrer les bons oflBces de Gonçalo Perez. Il y avait déjà plusieurs années qu'une mésmtelligence profonde avait éclaté entre Erasso et Granvelle. Ce dernier prétendait qu'Erasso l'avait calomnié près de Charles-Quint en soutenant qu'il avait cherché à empêcher Icf mariage du prince d'Espagne avec la reine d'Angleterre , tandis qu'il en avait été , après Tempereur', l'un des principaux promoteurs. Pour se venger d'Erasso, Gran-

I GrOTIUS, liv. Ici-.

' Strada; lib. II.

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LES TÂVâ-BAS SÛlfS PUatFPt; ir.

veJïe dévoila la vénalité de cet officier des fltiatiee^el accrul, par cette dénonciatiou, rinimUiéqui existait entre eux ',

Mais le promoteur principal de j opposition qui sa formait rontroGranvelle, c'était un de ses compatriotes, Simon Reaard, fie Vesoul, qui avait participé aux plus grandes transactions iliploraatiques de la fiu du règne précédent et qui, d'ailleurs^se .signalait par son habileté et son éloquence. Simon Renard devait mn élévation aux Granvelie. tl exerçait la charge de lieutenantgénéral du baillia^ d'Amont lorsque le ehaucelierr lui trouvant de 1 esprit et du savoit^ le lira de cet emploi |>our le faire maître des requêtes de Tcmpereur On prétend néanmoins que Nicole Bonvalot enqjloya tous ses efforts pour détouroer soa

' Voit les Papierê d'Ékil tfu cardinal dff Gmuix(h, i. IV, p. Î9â, Ou trouve daûâ lu mèmB colLection [t. V^ p. 6S3) uno note évidemniËtit écrjttï par révéque d*Arras et où isOnl accumulées desasserlioas extréJiiemeiit projudîcîables à la déUcalesse d'ErassOï car il y est accusé d'avoir abuse de sa [lOsttîûQ ûlQcîeïle pour recevoir de rorgent do toutes mains, et eu outre d'avoir géré avec beaucoup du négligence les finances du roi* Eo IS64, Grânvello prétendit qu'Erasso avait acquis des biens pour ÎOO^OOO ducats^ cf^qui ne pouvdit provonlrf dtsuîl-il, ni de ses gagc3^ ni de gain fort licite {ibid,, L \IU, p. 318). Au surplus, ErassOt à cause de ses malversations, fut disgracié en 1566, mis en jugemeot et condamoè à nue forte amande, que r indulgence du roi le dispen^ d'acquitter. —La vénalité était alors asses commune parmi les oIQcîers des nnances dans les Pays-Bas. Gaspard SehetZj seigneur de Grobbendoncq. d'abord facteur du roi d* Espagne A Anvers, puis trésorier gêné p. il des domuines et ûnaDres , fut , au moins^ aussi coupable que Francisco Erasso, Les dépèches ollicidles inaérê^ par sir Jobn Durgon dans ïa vie de Gresham fouroisÊJent lu preuve positive que, en i 559 et en 1560, Schetz reçut des sommes assez fortes et une chaîna il'or pour fcivoriËer le^ intérêts de la reine d'Angleterre à Anvers, Voir Th^ Ufç and Urnes of sir Thoni<is Grcsham^ t. I*% pp. 36 S, 367, Plus tard Je^ mal versa tLon:> de Gaspard Scbetz furent ugalemunl dénoncées , et il dut ^ubir un procëi r[ui n'était pas termiai' au moment de sa mort [9 novein- Imc \m^i

LivnE VI (i 559— i 560). U9

raari de la pensée d'avancer Simon Renard, et qu'elle lui prédit que leur maison n'en recevrait que du chagrin et de l'ingratitude ^ Mais N. Granvelle, loin de céder à ces appréhensions, continua à soutenir Simon Renard qui parvint ainsi aux plus hauts emplois. Il fut envoyé deux fois comme ambassadeur en France et une fois en Angleterre, oii il négocia le mariage du prince d'Espagne avec Marie Tudor \ Granvelle lui témoignait une affection paternelle, et son fils, l'évéque d'Ârras, ne l'aimait guère moins. Celui-ci, outre plusieurs marques de coo- Gance que l'on réserve pour ses plus chers amis, lui envoyait de l'argent sans en être prié, sachant que, à la fin du règne de l'empereur , les appointements n'étaient pas toujours régulièrement payés '. La trêve de Vaucelles , négociée par Simon Renard avec le comte de Lalaing , fut comme le terme de la bonne intelligence qui avait régné jusqu'alors entre l'évéque d'Arras et son compatriote. Philippe II et même Charles-Quint^ quoique ce dernier désirât vivement de mettre un terme aux hostilités, avaient été mécontents de la précipitation que Renard avait apportée dans la conclusion d'une suspension d'armes, ainsi que de certaines conditions qu'il avait admises, bien que ses instructions y fussent contraires ^. Soit que Granvelle fût sérieusement convaincu de la faute commise par son compatriote, soit qu'il voulût complaire au nouveau souverain des Pays-Ras , il fut loin de pallier les torts de Renard ; il laissa même planer les plus graves soupçons sur sa loyauté. Renard avait eu le malheur degarder à son service comme maître d'hêlel^

' 3iémoi}'e (inédit] de Vabbé de Saimt-Vimcent.

' Voir un Mémoire de Simon Renard, dans les Papiers d*ÈUU du cardinal de Granvelle, t. V, p. 49.

* Mémoire de Tabbé de Saint- Vincent.

^ Voir, à cet égard, les détails contenus dans une lettre de Granvelle au président Viglius. Papiers d'Élat, t. V, p. 44.

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LES Pk

IILIfPE 11.

daas ses missions de France et d'Angleterre, un citoyen de B^ançon nommé Étienae Quiclel, qui était un espion stipendié de Henri [[. Convaincu de trahison, acrétéet transféré dans les prisons de DÔJe, Qoiclft fut appliqué deux foiâ à la queètîônet persista néanmoins à soutenir qu'il n*avait point de complices* tout en avouant le crime jxiur lequel il était détenu et se reeom^ mandante la miséricorrle desc8Juge^ *. Après avoir été appliqué une troi^ème fols à ta question , il eul la tête Iranchèe à Me le 91 mars 4557, Or, pendant linstruction de celte grave affaire , Simon Renard ^ encore è Paris, écrivit à Philippe 11 pour se plaindre que certains ministres mettaient tout en tpuvre auprès de Quiclet et auprès de ses serviteurs, afin de l'imptiquer dans Ja trahison do son ancien maître d'hôtel et lui susciter un procès criminel en son absence ', Dans une requête postérieure, Simon Renard fit connaître au roi que Tévéque d'Arras cootinuail] a élever contre lui les accusations les plus graves, se prévalant, à cet effet p des pièces de la procédure criminelle intentée oontre Etienne Quiclet, qui n'avait été induit, disait-il, à articuler descharges au préjudice de son ancien maître quà la suite de \m^ question qu on lui avait fait subir par trois fois, et sous l'espoii^ d'obtenir sa grâce. Il exposait que, sur une demande précédenti^ de sa part, te roi avait refusé de le rap))e]or de son ambassâdi^ de France, en ajoutant la promesse que îe procès de Quiclet nm^ serait pas v idé avant qui I eût été ouï et con fron té a vec cet homme mais qu Immédiatement après son retour à Bruxelles, au nioisd'^ février 1557, l'évêque d'Arras avait envoyé, en toute diligenc^î^, l'un de sas affidés dans (c comté do Bourgogne, pour que la ser^— tence de mort prononcée contre Quiclet fût mise à exécution ^ -

* PapkrM d'ÉltU du cardinal de Granveït^, l. V\ pp.l>3. ^ /Wrf., pp. 3^. Lettre du ii ï^eptembre 1566,

* lbid.f pp. 6-8.

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