‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 116 sur 198 · LIVRE VI (1559-4560). â5l · texte numérisé non relu

LIVRE VI (1559-4560). â5l

Outre le profond ressentiment qu'il gardait contre GranvelJe depuis le procès de Quiclet, Simon Renard était plus jaloux que tout autre du pouvoir exercé par celui qu'il considérait comme soD plus grand ennemi. Il faisait remonter son mécontentement jusqu'au roi qui, à son départ des Pays-Bas, ne l'y avait laisse que comme simple conseiller d'État, tandis qu'il s'attendait à voir ses longs services mieux récompensés. Excités par cet esprit entreprenant et plein de ressources, les principaux seigneurs épousèrent sa querelle et subirent plus d'une fois son influence dans leur lutte contre le puissant cardinal.

L*état de gène, dans lequel se trouvait la plus grande partie de la noblesse, ne la prédisposait que trop à la désaffection et à des arrière-pensées défavorables au maintien de l'ordre de choses établi par Philippe II. Pour soutenir leur dignité, égaler la pompe castillanne et suivre leur souverain dans ses voyages incessants et ses expéditions lointaines, les grands seigneurs et b plupart des nobles des Pays-Bas s'étaient jetés, pendant le règne de Charles-Quint, dans des dépenses énormes qui avaient considérablement amoindri leurs revenus. Se souvenant de la splendeur que leurs pères avaient déployée sous les anciens princes de la maison de Bourgogne, ils n'avaient point voulu que les grands d'Espagne, considérés par eux comme des rivaux, les éclipsassent par la magnificence des habits et des armes, la quantité des serviteurs et des suivants, le nombre et l'équipage des chevaux. Ils avaient soutenu une lutte d'honneur, quoique, en général, ils fussent moins riches que les Espagnols ■ .

' L'ambassadeur vénitieD, Mariuo Gavalii, exposait en 4554 que les seigneurs des Pays-Bas dépensaient tout leur revenu et même davantage, de sorte qu'ils se trouvaient toujours dans la gène et obligés de prendre de Targent à usure des marchands d'Anvers, qui étaient autorisés à leur prêter à 42 p. o/o par an. Ce goût pour la dépense était ancien. Déjà, en 450U, un autre ambassadeur de Venise s'exprimait en ces termes : « Les sei-

LES V.K\S-ni^ sots MULiPte II.

Les hôtels des principaux seigneurs des Pays-Bas étaient constanmient ouverts à la noblesse inférieure, dans laquelle ils recruLaient leurs clients. Le prince d'Orange menait à sa suUe des eomtes, des barons et beaucoup d'autres gentilshommes d'Allemagne; il défrayait lt?s ambassadeurs étrangers et voyageait avec un luxe inouL Aussi confessa-t-il à la reine douairière de Hongrie, avant le départ de celïe*ci pour ï'Espagne, que si^ dettes s'élevaient à 800,000 florins. Sa défiense s accrut encore 1^ poui- gagner crédit et gens, i* selon Granveile : en 1563, ce dernier avertissait le roi que Guillaume de Nas^ti devait |iour Je moins 900,000 norins en capital '* La même année, k comte Louis de Nassau ^ dressant à Dilïenbourg le t>iïau de sa maison par rapport à ses possessions d"Alfemaf;;ne, trouvait qu'elle devait 300,000 florins de Francfort; il mandait h son frère que plusieurs de leurs genSj ayant entièrement perdu confiance en eux, voulaient les quitter ; enfin que, s ils avaient encom attendu deux ans pour mettre ordre à leurs afTaires» le gouffre se serait tant élargi qu'il aurait faflu peut-être un derai-sîècle pour le combler ^ Dans son Apologie, Guillaume de Nassau prétendit que SCS dettes provenaient « des grandes dépenses faictes tant jjour le service de l'empereur que du roy. ** 11 convient de tenir compte de cette déclaration ainsi que de rinsuflisance consialé«î des émoluments qui étaient alloués au prince d'Orange, soit comme général, soit comme ambassadeur. La plupart des autres seigneurs luttaient également contre de graves embarras. Le comte d Ëgmont se plaignait d'avoir des milliers de florins de

l^neurs vivent tïia^iiîfuiiienient daim leurs maisoni? et dépenscrvi plus qu'ils n'ont de rcules, Ccst surtout Je boire et le manger qui hm coûtent, car ils tieontmt labl couverte pour ïeflgeolils^hommeâ du prince. »

' Strada, Hb. If. — Carrcspondance de PhiHpj}é II, I. i^f^pa4$mi — Papiers d'État Un vardinal de GmnveHe, t, VU, p. 5i,

* Archirefi ftela nmîêf>n ii'Ormig^-Xassmt, t. r*-*-, p* (4fl.

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