LIVRE VI (i559-1K
dettes ' . La situation pécuniaire du comte de Hornes était encore moins satisfaisante. Déjà, en 4554, Georges d'Autriche, évéque de Liège, avait autorisé ce seigneur à engager le comté de Hornes pour une somme assez considérable. Il avait, disait-il plus tard, sacrifié sa fortune au service du roi et du pays ; et, pour subvenir aux dépenses nécessitées par les fonctions dont il était chargé, il n'avait pas seulement dépensé ses revenus, mais avait été obligé de vendre de son bien patrimonial pour plus de trois cent mille écus *. Quant aux simples gentilshommes, soit par le luxe qu'ils voulaient déployer à l'imitation des grands, soit par lés emplois gratuits qu'ils avaient acceptés pendant la guerre, ils se trouvaient presque tous dans la situation la plus critique. Aussi la nouvelle du départ du roi avait-elle excité un sourd mécontentement parmi cette noblesse endettée. L'absence du souverain devait priver les gentilshommes des avantages dont ils avaient joui sous le gouvernement de Tempereur, lorsque la noblesse belge avait le premier titre aux faveurs de Charles- Quint. Qu'allaient-iis devenir sous une administration, qu'ils supposaient leur être hostile? Leurs revenus étaient consumés d'avance par les intérêts qu'ils devaient aux marchands. Ceuxci, devenus les compagnons des nobles, faisaient aussi des dé-
ï Correspondance de Philippe !I, t. !«•, p. 332.
' ViLLBNFAGNE, Reclierckes sur t ancienne principauté de Liège, t. I^r, p. 489 ; La déduction de Cinnocence de messire Philippe, baron de Montmorency, comte de Homes, franc seigneur de Weert, etc., (^ vol. petit in-S«\ imprimé au mois de septembre 4668), p. 6 ; et Supplément à Strada, t. I, p. 472, et t. II, p. 505. Dans une requête au roi du 20 novembre 4566, le comte exposait que non-seulement il avait vendu et engagé de son bien pour plus de 300,000 écus, mais qu*il venait d^être contraint de vendre une partie de sa vaisselle. Il ajoutait , dans sa Défense personnelle, que , vers cette époque, son crédit était tellement abaissé qu'il n'aurait pu trouver, en tout Anvers, cent écus à intérêt.
LES rAYS-BAS SOÏÎS rHlMfPE It
penses énormes pour égaler et même surpasser ceux qui étalent i^ la fois leurs clienLs et leurs prolecteurs ; les seigneurs fréquen* taient le^ banquets et les maisoos des marchands, parce que c'était par leur entremise quils obtenaient Targent nécessaire è leurs dépenses i ils mimifestaicnt, du reste, leur gratitude eu favorisant fiDlrusion des marchands daus la gestion des fioanceâ puWiques. Pour recouvrer leur première dignité, la plupart des nobles eussent désiré un changement dans l'administration géni> raie; ils cherchaient un moyen de s'affranchir de rautorité de la justice pour ne pas être forcés de payer leurs dettes ; enRu, iïs attendaient le moindre signal d'une sédition, prêts à se jeter en foule de côté ou d'autre^ seloa que i'espérance ou le desespoir leur conseillerait de prendre parti '.
Les dangers, qui résultaient de celte situation critique de 1%| noblesse, u avaient point échapfié à la perspicacité deGranveile- If déclarait à Philippe II que, s'il avait fallu deux milUnns pour libérer les nobles, il lui aurait conseillé de les donner, n'eut été la crainte qu'ils continuassent leurs énormes dépenses. Dans 1 dernière campagne, les seigneurs avaient acheté des simple soldats, les prisonniers de marque pour en tirer de^ rançons ptu fortes j ces captures avaient effectivement rapporté plus de deux millions, qui, malheureusement, n'avaient été qu'un 3tiraulant| pour des tlépenses nouvelles et plus considérables. Cependant Philippe 11 avait eu égard aux services que la haute noblesse ûçb Pays-Bas lui avait rendus dans la guerre contre la France. Avani son départ, il avait accordé au comte d'Ëgmont une pror de mercède de 50,000 écus; au prince d'Orange, une de 40,000 , au marquis de Ber|*hefi, au seigneur de Glayon, au comte ri**
l GnoTitrsï, AuTuties et historim de i-ebm belgiciSy lib* L *- Vairaum m Mémoire de GftàiVKLti sur les sources et causes des (roubles défi Pâji- Bos dans les Archives ffe la mainoti tfOrange-Naumi, t. I, p. 37 ♦
uvRE VI (4559—4560). 255
Meghem et au comte de Hornes, une de 45,000 ; enfin une de 6,000 au comte d'Arenberg ' . Mais il avait été impossible de contenter tout le monde.
En réalité, la scission était déjà profonde entre les Espagnols et les Belges ; diverses circonstances, aggravées par une politique malhabile, contribuèrent bientôt à rendre cet antagonisme extrêmement périlleux.
On se souvient que Philippe U avait, ayant son départ pour TEqpagne, demandé une nouvelle aide aux états des Pays-Bas. Ceux-ci mirent pour condition à leur coQsentement Téloignement di^ gens de guerre espagnols dans un délai de trois ou quatre pieis, selon la promesse formelle du roi.
Xa duchesse de Parme ne se dissimulait point que les états ^primaiept réellement un vœu général ; mais, d'autre part, les circonstances lai semblaient trop peu favorables pour l'accueillir. Elle voulait avoir ces vieilles bandes sous h main dans nn moment où la France devenait; le théâtre d une guerre à la fois religieuse et civile. Les protestants, exaspérés par les mesure^ rigoureuses dont les Guises avaient pris l'initiative, s'étaient placés sous^la protection des princes de la maison de Bourbon, et un complot fut tramé pour enlever le jeune roi, le soustraire à raseeodant des Guises, et le placer sous l'influence contraire de l'amiral de Coligny et du roi de Navarre Ce complot ayant échoué, les Guises se vengeaient des protestants en multipliant les exécutions. Dans ces conjonctures, la duchesse de Parme pensait que les bandes espagnoles pourraient être utiles soit aux catholiques de France si l'intervention de TEspagne était demandée, soit dans les Pays-Bas même où. les réformés s'intéressaient fortement à leurs coreligionnaires.
Gomme les provinces avaient discontinué de payer las soldats
' Correspondance de Phitippe Jl, t. !«', p. 4S5.
r.Bâ t»iTS^BAS SDUS PUrUPPE il.
espagnols. îa gouvernante emprunta de l'argent pour k'S ent^l lonîr, maïs sans pouvoir acquitter cependant les arrérages qui [curetaient dus* Enfin, voyant que ses délaM augmentaient les ' murmures et ïes rendaient plus menaçants, elle se ravisa et demanda au roî l'ail torisation d'éloigner les troupes e$|)agnole5. i Granvelle lui-même conseilla de les faire partir, apprdhendanl 1 que Ie5 états ne refusassent les subsides, tant que la promesse royale n'aurait pas été accomplie. Philip[)e s'était d'abord montré très-disposé à exécuter celle promesse. Il mandait de Tolède à < révè]ued'Arras, fe 27 décembre 1559, qu'il s'était résolu à rap-^j peïer les troupes espagnoles, quoique avec la crainte de voir lei j Français en profiter pour chercher à rompre la paix. L'une des' considérations qui lavaient essentiellement déterminé à prendre cette mesure, c'était 11 m possibilité présente de rien faire autrsi chose dans Tintérét des Pays-Bas. Dé^rmaLs leurs habîtantâl connaîtraient du moins, ajouta it^il, ta bonne volonté dont il était | animé pour le bien public, pulsquil cherchait à le prouver mémèl aux dépens de sa propre sûreté; en tous cas, il aurait la satisfaction d'avoir rempli le devoir d un bon prinee à l'égard de ses, sujets ', La régente fil savoir aux états (mars 15C0) que tlnfan-' lerie espagnole serait embarquée aussitôt qu'elle aurait été remplacée par d'autres troupes dans les places frontières* Elle leur demanda en conséquence un subside suffisant pour lenlretienj de 3,200 gens de pied , qui seraient répartis sous seize ensei^ gnes. Quoique les étals se fussent empressés d'accorder ce subside*, on attendit jusqu'au mois de septembre avant de diriger les soldats espagnols vers la Zélande. îrrilés de5 retards apportés au payement intégral de leur solde, de la négligence du gouvernement, qui les laissait manquer de tout, et de lantipa-
* Papiers it Étui du eardintdde GmmcUe, t. V, p. 67f
* Les étaU volèrent un siihsrde annuel rJc 127,000 floHas pourtrofs ans.