LIVRE VI
encore qu'une mesure aussi innportante n'eût pas été soumise préalablement aux délibérations du conseil d'État. Une chose qui avait également déplu beaucoup, particulièrement à la noblesse, était la clause insérée dans la bulle d érection et par laquelle le grade de docteur était exigé pour les nouveaux sièges : les nobles , qui avaient généralement négligé de prendre des grades, et beaucoup de moines , qui se trouvaient dans le même cas, se sentirent atteints par cette mesure. Enfin , les réformés et ceux qui penchaient pour les nouvelles doctrines regardaient la création des nouveaux évéchés comme un moyen de faciliter l'établissement de l'inquisition d'Espagne. On alla même jusqu'à dire que Bernard de Fresneda , cordelier , évéque de Cuença et confesseur du roi d'Espagne, avait divulgué cette ruse et s'en était vanté à quelques-uns des principaux seigneurs des Pays-Bas \ L'opposition cependant ne devint sérieuse que dans le Brabant '. Elle était entretenue par les religieux de Tongerloo et de St-Bernard, forts de l'appui du prince d'Orange etdu marquis de Berghes, ainsi que de l'assistance qu'ils trouvaient dans les états mécontents de n'avoir pas été consultés. Ceux-ci résolurent d'envoyer secrètement à Rome Charles Dumoulin, célèbre juris-
(f Orange-Nassau, t. VIII, p. 96. — Le priuce d*OraDge siégeait dans les états de Brabant comme possesseur de la baroDnie de Diest et d'autres domaines situés dans cette province.
ï Voir Strada, lib. lî; Bentivoglio, Hv. 1«; Correspondance de Philippe II, t. Iw, pp. 203, 248 et Î68; Wssbmbbkb, Description de restât des Pays-Bas, passim; Lb Pbtit, liv. IX.
' C'est ainsi que le comte d'Egmont, à qui le roi avait écrit de sa main d'après les suggestions de Granvelle, se montra d'abord favorable à la création des nouveaux évèchés. Il disait qu'il lui semblait bien qu'à Bruges et à Ypres, qui étaient de son gouvernement, l'on envoyât des évoques. Mais il ne tarda point à se refroidir. — Granvelle au roi, 42 mars 4562, dans les Archives de la maison d'Orange- Nassau, t. W^p. 426. Voir aussi Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. VI, pp. 260, 278 et 534.
\.m PAYS-BAS Bùm PHILIPPE 11.
consiiltt^ fmnçivis \ pour supplier le papo de nepas^)iiffnr qu'or» partageât les biens des monastères avec les nouveaux évtViue^ contre? rinlention des fondateurs; d'empêcher que les moines Pussent privés du droit ancien délire parmi mx des abbés et û& ne pas permettre que les évoques fussent dotés et entretenus^ d'autres deniers que de ceux du roi. On joignit à ces inâtructioos^ des lettres partieulières adressées au pape et aux premiers d& Borne par le prince d'Orange, et principalement par le marquis de Berghes dont Dumoulin avait été le précepteur, tl était ei* outre porteur d^une grande somme d 'argent pour faciliter le succès de ces négociations \ Du reste^ plus de trente mille florins furent dépensés par les états de Brabant en consultations de juriscan* sulïes et docteurs éminenls de France, d'AUemagne et d'autre lieni ^ Tous ces avis j contraires aux mesures projetéeSp fureiïl
> DumoulJD, en latiD Molinœui, était né il Pans veni la fin de Tarintk' 1fi(Kh IL était issu d*une famille noble» alliée à Aoûe de Boieyn, mère ttela reiiirf Kiisabeth Q'Atïgleierrç. Après avoir d'abord adopta les doctrinos de Qilm, a les abandontia pour lo lutbéranîsme do la coafe^sion d*Aiigsbourg, Cet abandon de In foi catb*>Iique ne rempécha point de se intiltre bien en cour pendontia rupture survenue entre H en ri 1! et lepapeJufos f!l« llécnvil un commentuire célèbre pour prouver la légalité de redît par leqnel le m de Franœ défendait de faire passer de Torgeot à Rome» soua ([uelquc pi lexlcque ce Tût. A cette occasion Anne de Montmoreney dit au roi en itti présentant Dumoulin : « Sir^, ce que V. M. n'a pu talm av€C trente mlUe bommes, c4î! petit homme Ta achevé avec un petit livre- * Toutefois rautorild du pîirlemeni put à peine Je ^ou «^traire aux {lerséeutionâ que las ultmmoniaias lui su^âcitèrent : sa muison fut piUée et sa vie en danger; il ne II sa uvïi qu'en chercbant pour quelque temps un «sile en Allemagne, /ïio* fjraphh um^r&dle f t. XI L — Vo^r aussi, sur les écrits de Dumoulin en faveur du pouvoir temporel» BiMtùirê de Frane&, de L. H4»iiE, t. Il, p *ï^ dt' la traduction française.
^ SThAOAjib. ïll-
' Métnorial de Hopi'ghos» 1» partie, chap. V. — u Les représenlnims «t
o les mémoires de^ meiilcures plumes dit temps r on tenaient des ztrgi}^