LIVRE PREMIER
n'en ai connu aucun qui mit plus de peine à entendre ses affaires, et qui disposât du sien plus absolument que lui. Il est son trésorier des finances et son trésorier des guerres ; les offices, les évéchés et les oommanderies, il les donne, comme Dieu le lui inspire, sans s'arrêter à la prière de qui que ce soit '. » Il est cependant avéré que, malgré sa laborieuse application, Gharles-Quint parut longtemps se défier de son propre jugement. Il montra d'abord une déférence presque absolue pour les avis du seigneur de Ghièvres, qui avait été comme son tuteur, puis il laissa aussi s'affermir Tinfluencedu grand chancelier Mercurino deOattinara. Mais, après la mort de ce dernier, en i 530, Charles-Quint montra soudainement toute la force de son intelligence, mûrie par le travail; supprimant les fonctions de grand chancelier qui donnaient trop d*autorité, il les partagea entre plusieurs ministres, et, quelle que fût la nature des affaires, plus rien ne s'expédia dès lors sans que le souverain en eût pris connaissance et déclaré sa volonté». Telle fut la tâche- immense qu'il accomplit pendant le quart de siècle que son règne se prolongea encore-, mais sa constitution, assez délicate, ne tarda point à souffrir de ces labeurs presque ininterrompus.
Charles-Quint avait trente-six ans lorsque ses cheveux commencèrent à blanchir ; à quarante ans, ses forces étaient à moitié brisées, et les attaques de goutte l'obligèrent dès lors à voyager le plus souvent en litière ^. En 1 551 , la goutte lui remontait i)arfois jusque dans la tête et menaçait de le tuer subitement. En 155S,
' Documents historiqueg, t. II. (Archives de TËlat.)
' Relation de Niccolè Tiepolo sur Charles-Quint (4532), dans les Monuments de la diplomatie vénitienne, par Gachaed, p. li.
' En 4 547, lorsque Charles-Quint vainquit à Muhlberg les princes luthériens ligués contre lui, il souffrait déjà cmellement. « Il se dit do ce brave Empereur que le jour même de la bataille, il estoit si mal mené de ses gouttes qu*U portoit une de ses jambes appuyée dans un linceul ou une
s LIS PlTS*BAS SOIS PHILIPPE lU
Chirles-Quint, arrivé malade de Thioo ville à son camp devant Metz, voulut animer ses troupes : il monta un cheval turc; mais il ne put soutenir cet exercice plus d'un quartHl'heure '* Au commencement de 4554, tandis que Ja goutte retenait CUarles- Quint au lit et lempéchait de **'occuper des affaires publiques, Henri H, exagérant è dessein le^ maux de son ennemi, chargeait ses ambassadeurs 5 Constantinopïe de faire connaître que I empereur avait perdu une de ses mains, deux doigts de l'autre et qu'une de ses jambes s'était rétrécie; que ses facultés inteUectuelle^ même avaient baissé à tel point qu'il ne s'occupait plus que bien peu des affaires, et que, pour se disliaire, il s'ymus^iil è monter et à démonter des horloges \
Tout en faisant la part de ï- exagération, les relations contemporaines fournissent la preuve manifeste que, sans ôtre positivement incapable de prolonger .son rè-gne, l'empereur se trouvait désormais impropre â faire I office de général et même à présider assidûment aux délibérations de ses conseils* On eût dit que Charles-Quint s'était graduellement affaissé sous le poids de sm couronner ^ que, dans l'immense lâche qu'il avait ambitionnée, ses forces avaient trahi son génie; que ses travaux devaient rester inachevés, parce que c était une entreprise impossible, m^me pour l'émule de Charlemagne, de devenir l'arbitre et le
nappe îittachéf à l'aiçoti de fa selle de son cheval, qui esloît an gaoel iJ'Espagne Irès-heau. » Ba^WTÔiiE, Capitaines eslrauffers, L
ï Ratske, Histoin* de fa tijonarcfiie esprtfjnùk , chap. I«; B, SalianàCi Href d^^roun du skUjedc Mût s. — Du reste, d'autres t^imoignages allestenl qu'une amélioration, momcntaDéo, il (^i vrai, f^a manifesta dans la ^nté de Icxnperéui' et lui pennil de surveiller plu$ nctiveTneoi J^ opérations de ce siège mémorable.
^ Extrait des lettre* d'AUemagiie du £Ù jnuvu'i Ui5* envoyt^s de France nu ^r d'Aramoc), ambassadeur près du Grand Seif^neur^ dansHimsa, LeUf^t ût merootrc» d'EJtfal, elfi, (P.iris^ I666| t vol. in-foL). t. Il p. 485,