LIVRE VIII
La désobéissance de Simon Renard était un indice de 1 irritation croissante des antagonistes du cardinal de Granvelle. Le prince
usait de tyrannie à son égard etqu*on lui déniait justice Déjà dans
toutes les villes on entendait s'élever de vives rumeurs à son intention, la plupart se récriant de ce qu'on procédait contre lui de fait, au mépris des privilèges du pays et qu'on lui refusait justice, ajoutant que fêtais Tautcur de cette persécution, et qu'après avoir maintenant commencé par )ui on s'attaquerait demain aux autres. Voilà ce que, par les efforts de sa rhétorique, il a cherché à persuader au peuple afin de le soulever contre moi. Voyant cela, je crus devoir protester auprès do quelques personnes contre l'accusation qu'il m'intentait, de violer la justice à son égard, car cet homme, songeant à se prévaloir, comme je Tai dit, de la joyeuse entrée et des privilèges du Brabant, aurait pu facilement nous placer, en regard du peuple, dans une situation embarrassante. En cet état, je no crus pas devoir me taire pins longtemps, et c'est dans le seul but de la vérité que j'ai dit et fait dire à quelques pensionnaires (des villes), afin que la chose se répandit dans les localités oii les manœuvres de Renard avaient déjà produit leur effet, les choses suivantes : 4« que Renard agissait mal et méchamment en employant les moyens dont il usait, lui, serviteur de V. M. , et qui manquait de toute ressource lorsqu'il débuta dans les affaires, où il s'était si fort enrichi à son service ; %** que le roi ne lui faisait ni tort ni violence en l'employant plutôt dans une partie de ses États que dans l'autre, et que les craintes qu'il manifestait à ce sujet ne témoignaient pas d'une conscience irréprochable ; 3» qu'il devait bien savoir, du reste, quels moyens il avait mis en usage pendant ces trois dernières années, et qu'il ne serait point surprenant, vu la publicité de toutes ses démarches, que V. M. eût eoteudu parler de ses lettres, ou mémo que l'une d'elles fût tombée entre ses mains ; 4» qu'il ferait beaucoup mieux d'obéir que de s'engager dans des démarches dont il pourrait se repentir plus tard, attendu surtout qu'il n'était pas sorti très-net du procès de Quiclet. A ce propos, j'ai donné copie à quelques personnes d'une lettre que j'écrivis à Renard lorsqu'il était en Angleterre, avant l'arrestation de ce malfaiteur, ainsi que de la réponse dans laquelle il cherchait à l'excuser à mes yeux ; du billet qu'il écrivit au même Quiclet peu de jours avant qu'on s'assurât do sa personne, pour l'engager à se tenir sur ses gaixlcs, vu que l'envie grandissait contre lui ; enfin copie de la lettre qui motiva l'arrestation de ce dernier, et dans
S80 LES MVS-BAâ sous PflHJrF£ I!*
d Orangei le comte d'Kgmont et génémlenient tous les aeigoaurs
ronservaient la conviction que l'érection des nouveauii évéchés tendait à rétablissement do I inquisition d'Espagne aux Pays-Bas • T)e plus, ils avaient été tr6s-stirpris d'apprendre , par le rapport de Montigny, qu'ils passaient en France pour ies chefs et les protecteurs des huguenots - ils imputèrent encore cette nouvelle calomnie à Granvelle. Ils déclarèrent que, s'il plaisait à lu duchesse de suivre servilement les volontés du cardinal ilsn'et]tendaient pour leur part n'être, en aucune manière, gouvemt'!% par lui, t.e comte de tlornes mit alors sur le lapis le projet de former ouvertement une %e*e contre Granvcîle ', Les partisans de celui-ci étaient qualifiés de canttnalistes ou familiers de tinqi
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laquelle il disait d'une manière; assez intelligibLe que &M1 pouvait amson^r le ci-édiL dont 0 jouîR.«att pK-s de Renard, et ficDanl rînfluonce qu'il anîl sur les affuireSî il rendrait de grands servi œs aux Fran^-Bis, Comme j'm donné copte de ces diOuretite® lettres à quelque personDCs, leiiofiitired^
exemplaires s*cst multiplié 2Vi^ du moiuâ, atteint par tnii mastèft
d'agir le but que je nie proposa ^ celui de prévenir un î^oulèveoieut da peuples, et je Ta! atteint si complètement , que M. d'^gmonta ditàRemnl lui-même qu'il était bod ami et le servirait contre moi de tout ^n pouvoir, maïs que si les bmit?^ qui se répandaient et compromet taie m t sa lojiutc venaroDt à se confirmer pour son malheur, il sertit le promier à mettre lo fi*u au bûcher qu*on dre,^erait pour lui...,. • Papkrê d'Éîai du tnrttinotite f;r«ntwWr, t. VU, j>p. Î2-27.
^ Granvelleen informa le roi dans sa lettre du 10 mars I5fiâ : • €,^i mimèdiatemenl après Tarrivèe de Mootigny que mu fi ère a commenoé a met ti'c effrontément ^ur le tapis le pcojet de former une ligue contremiK Je dis une Hgne^ pour me servir de leurs propres termes, car ils n'e» emploient pas d'autres, bien que j'aie fait ot>.<^erver à plusieurs personne^^ avec l'intenUoti que ce propos revint à ïeurs oreille** et leur servît «Tjirer' fissement» que c*étaH une chose inconvenante devoir les sujets d'un prinfp seuveram s'occuper de ligues sum Vorâw ei le r^ns^enlement de leoi maître, et qu'à d'autres époques, pour des motifs bien moinîi fnnv^s.oi» avait enjoint aux fiscaux df procéder. .., . ^ Papifm d'ÉtttfJ Vit, p. If»
LivHE viu (1563). 381
tion(cardinalicios, 6 familiaresde la inquisicion), et les seigneurs coalisés disaient hautement qu'ils considéreraient comme leurs ennemis ceux qui soutiendraient le ministre ou même qui entretiendraient quelques rapports avec lui. Ils étaient surtout excités par le seigneur de Glayon , qui exerçait une grande influence sur le prince d'Orange et sur le comte d'Egmont ; le marquis de Berghes se joignit à eux avec ardeur ; et ils obtinrent aussi ladbésion du comte de M^hem, du comte de Hooghstraeten et du seigneur de Bréderode, sans parler de personnages n[K)ins considérables K Enfin, le prince d'Orange, de concert avec les comtes d'Egmont et de Homes, résolut de prendre l'initiative d'une nouvelle démarche directe auprès du roi pour renverser leur ennemi . i\e projet, toutefois, n'était pas approuvé par tous les seigneurs, soit que la gouvernante eût réussi à jeter entre eux quelques semettoes de division, soit que d'autres n y voulussent pas consentir, par cette raison qu'ils ne conduisaient pas eux-mêmes le parti*. Montigny avait vainement cherché à entraîner Berlaymoot dans la coalition contre Granvelle, en lui faisant envisager les avantages qu'il en retirerait ^ on lui donna même à entendre qa'oD ferait nommer son fils évêque de Liège; mais ce seigneur avait répondu qu'aucune cause suffisante ne motivait une pareille ligue et qu'il ne voudrait pas s'aventurer dans des démarches qu'il serait plus tard dans l'impossibilité de justifier aux yeux du roi. Le comte d'Egmont se rendit au ch&teau de Beaumont , chez le duc d'Arschot, et ne négligea rien non plus pour l'engager à faire partie de la coalition. Le duc résista avec énergie, disant, entre autres, qu'il était ami du comte d'Egmont, mais qu'il
* Lettres de la duchesse de Parme et de Granvelle au roi dans la Correspondance de Philippe II, t. \^, p. 236, 23S et 242. Voir aussi les Papiers d'État, t, V|I, p. 44 et suiv., el le Mémorial de IIoppebus, freparl., cbap. Vil.
' SrnADA, lib. III.
LES PAVSIAS SOUS rttrtfPfE 11.
Tie voulait |>as ravoir \x>m* maître ni lui, ni le prince d Orange; qu'il t'tait autant qu*eust, et qu'il n'avait pas une suite moins nombreuse de gentilshommes. Jf lui dit oncorc que lui et les ligués faisaiont une sottise de s'engager dans une démarche semblable j que si quelqu'un venait à offenser personnellement k cardinal, soit pour cause de religion ou touEe autre, lors mt%e quils seraient complètement étrangers à celte violence^ on m manquerait pas de la leur attribuer, et que, pour des sujets moins graves, certains personnages avaient perdu la fortune et la vie le comte d'Arenberg et G. de BoNes, présents à cette scène, intervinrent pour qu'elle ne finît point par un duel. Les chefs e^ssayèront tout aussi vainement de gagner Arenberg et d'autres seigneurs de moindre qualité, Arenberg motiva son refus sur ce qu1l n'avait aucun grief contre le gouvernement , et n avait jamais reçu do lut le moindre sujet de plainte , mais au contraire toute fa protection imaginable '.
Après de nombreux conciliabules et de longues hésitations, le comte d'Egmont fit passer secrètement à Charles de Tîsnaoq, garde des sceaux des Pays-Bas à Madrid, une leître plusieurs fois remaniée, qu'il lui recommanda expre^ssémenl de remettre e-otre les mains du rot. Cette seconde réclamation, qui portait la date àuii mars, contenait en substance : v Que les signataires étaliDt « très-tristes de ne pouvoir plus différer d avertir le roi de ce *! qu'ils avaient longtemps dissimulé j^ur ne pas ajouter k la n multitude de ses grandes occupations l'embarras de leur re- ^« niontrancci mais le préjudice évident que leur silence pourrait « apporter au service du prince et les dangers qui on résuliei( raient pour la const^rvation des Pays-Bas les contraignaieiU
ï Corrcspontîmicc ilc Phiiippe //^ t. I". p, Î42 ; Mémoftal de HorpKM;i« 4" partie, cliap, IV, et Papivrs d*Etat du cartHnai de Gmnvcth, l Vil,
p. 4S el suiv.