‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 168 sur 198 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

et d'autres qui requéraient grandement sa présence ; elle lui en avait adressé la prière dans plusieurs de ses lettres : mais comme il avait été si longtemps absent de ses royaumes d'Espagne, il se trouvait contraint d*y prolonger son séjour. Du reste, il avait, h diverses reprises, promis de revenir visiter les Pays-Bas, et Ton devait compter sur raccoroplissement prochain de cette promesse *.

C'était aussi le désir ardent de Granvelle, car, à cette époque même, il mandait à Philippe II que tous remèdes, en son absence, seraient inutiles, tandis que, s'il venait, il suffirait d'un signe de croix pour faire cesser le mal \

Les adversaires du cardinal n'épargnèrent rien pour se concilier les députés des états, feigoant de suivre en cela les instructions du roi ; mais ils voulaient aussi leur prouver qull régnait entre eux la liaison la plus étroite. Ils leur donnèrent de grandes fêtes et les invitèrent è de somptueux festins où les tables étaient de soixante-dix è quatre-vingts couverts et servies avec luxe. Le prince dOrange traita les députés des provinces de Flandre et d'Artois, gouvernées par le comte«d'Egmont, et celui-ci rendit cette politesse è ceux de Hollande, d'Utrecfat et de Zélande, dont le gouvernement appartenait à son ami *. Vers la même époque, le comte d'Ëgmont, le marquis de Berghes, le baron de Montigny et plusieurs autres sâgneurs assistèrent à un banquet donné par Oaspard Schets, seigneur de Grobbendondf et trésorier de l'épargne. De propos en propos, on en vint è parler des livrées et des dépenses qu'elles occasionnaient. Les convives commencèrent par louer la coutume des Allemands qui Caisaicnt des dépenses

* G AOiAHD, Iks unciennet assemblées natUmaks de la Belgique, f« partie. ^ Correspondance de Philippe 11, t. I'', p. Î74. ' Lettre du cardinal de Granvelle au roi, dans les Papiers (tÈtat, i. Vll^ p. %62.

lEii FAVi-iAS mm pniiJT'PE ii.

plus jutUcieuses vi plus utibs en nourrissant des chev^aux 4c guerre; quant à Icors valets, on les voyait, duranl toute l'année, avoi! les mêmes chausses de cuir et les mêmes casaques, au Uru de manteaui à manches , et ils n'avalent d'autre ornement que quelques tendes de soie de diverses couleurs, appelées orfef ou aikrons, sur le haut des manches. Cet exemple fut approuvé fie tous les convives; et ils manifestèrent l'intention de rimiter Ils prirent aussi la résolution d'adopter pour leurs valets une livrée commune *, Le sort devait di^signer celui qui indiquerait cette livr(^; il tomba sur le comte d'Egmont, Il fit faire un habit de dra[» noir et meUreau haut des manches du manteau lésait^? de soie dont on a parléi et sur lesquelles furent ajoutées, comme emblème, des têtes d'hommes faites à ralguille et des coqueluchons de diverses couleurs, ainsi qu'on avait cou lu me d'eu attacher aux habillements de^ boufîons. Bientôt de semblables costumes se multiplièrent dans les boutiques des brodeurs et des tailleurs. La malignité du public s'en préoccupa. Ceux-d appti* quaient les coqueluchons au cardinal de Granvelle et disaient qm les t^tes représent aient ausgi le cardinal et ceux de sa faction, comme le duc d'Ars^chot, le baron de Berlaymont et le président Viglius. Ceux-là se persuadaient que les nobles voulaient montrer par ces insignes qu'ils n'étaient pas des têtes folles, comme le eartlinal les appelait quelquefois •, mais que Granvelle lui-m^ïiie

* Le 9 décembre 4563, Guniaume de Nassau écrivait de BruxçDes a f^on n^re imn : m Nouh avons été îei avec les états, leur faisaiit fair^ la maîlleare tliçre qu'il nous a été possîibte; iJ y n Xtcmtcùup de choses qui sosont piisatoï, trop lODgucs h écrire vi qu'il vaut mieux dire do bouche que oon l^M écnre. « Parmi ces chosoj se trouvait sans dûute ta résolu tjoo des sçîgneurs de se di^lin^uer par une livrée commune. Architseê de ia maîmn (i ï; ra n gtl^asm u, t . T «-i^, p . 187.

• GranveUe ne cassât l de piquer vi de mordre les «q^igneurs, appeiaul h^ uns fols, les autres luUiértens, etc. Le Petit, liv. IX.

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