LIVRE TU» (IS6d
Mjssi bien que ses partisans étaient les seuls qu'on dût montrer au doigt. Bien que la gouvernante eût d'abord interprété cette invention un peu plus favorablement, elle ne fut pas longtemps néanmoins sans s'apercevoir de l'émotion du public; aussi pressal-elle vivement le comte d'Egmont d'abandonner les nouvelles livrées. On se borna toutefois à ôter des manches les tètes et les coqueluchons , qui étaient les principales causes de scandale. Encore ne les enleva-t-on pas sans répugnance ; ce ne fut même qu'après, le départ du cardinal que le comte d'Egmont donna ridée de mettre en leur place un faisceau de flèches. Cet emblème, imité des armes du royaume de Castille, était un témoignage, prétendait-il, de l'union que les seigneurs avaient jurée dans ce qui se rapportait à l'obéissance due au roi. Il était plus exact d'y voir un témoignage de la coalition formée contre le principal ministre de Philippe II dans les Pays-Bas *. En même temps, des placards injurieux pour Granvelle et les nouveaux évéques étaient aflBchés au coin des rues, et des libelles diffamatoires répandus dans le public. Le roi avait commandé à la r^nte, depuis les troubles de Valenciennes, de ne pas souffrir davantage ces écrits outrageants. Mais à peine eut-elle commencé la recherche des coupables qu'elle cessa les poursuites, parce
* Granvelle ne se méprit point sur rintention de ses adversaires : « Cest une bien mauvaise affaire, disait-il au roi, que celle de la livrée adoptée par ces seigneurs et leurs adhérents, non pas précisément è cause de Tinvention des marottes et des chaperons , qui est la moindre des choses, mais parce que de tels signes extérieurs annoncent une sanction donnée à la ligue, chose que ne doit souffrir à aucun litre tout prince quelque peu jaloux de son autorité. Toutes les démarches de Son Altesse pour faire cesser de pareilles démonstrations sont demeurées inutiles Dans la vue de se déclarer d'une manière plus positive, ils ont changé leurs emblèmes, en substituant aux marottes les flèches des réaux de Gastille, lesquelles en faisceau
ne peuvent se rompi-e, mais que l'on brise en les prenant une à une »
Paplen d'État, t. VII, p. 495.
LE5 PAYS-BAS SOVS FUILIPPE II,
quelle appréhendait den découvrir les auteurs et de se sen?ir (comme elle le fit savoir au roi) d'un remède plus dangereuir que le mal *.
Le pape se montrait alors détcrmluô à ôter la principauté d Orange â Guillaume de Nassau, sous préleiteque lui cl sa femme étaient hérétiques, et qu'il autorisait les prédicsHior^ tiuguenotfs v Or, Guillaume ne se doutait pas que Granvelle, h qui il imputait ces dessoins hostiles du pape, intercédait alors même en sa faveur. Informé de la résolution prise à Rome, te cardtnid profita d'une occasion qui s'offrait pour écrire immédiatement â rambassadeur d'Espagne, puis il pria la duchesse de Parme d'afipuyer ses démarches près du |>ape cl près du roi. D'après le témoignage de Granvalie » il ne tlt jamais seniblanl ai au prince d'Orange ni aux siens de rinitiative qu'il avait prise en cette occasion importante '. Du reste, la duchesse de Parme manda au roi que h décision attribuée h Fie IV lui avait paru hors de raison, principalement parce qu'elle sentit prise sans avoir entendu le pHnee dans les explications qu'il aurait h donner. Elle avait donc cru devoir charger le grand commandeur de Casdlle^, par lettre du i2 décembre» de faire tous les oïfiet^ nécessaires auprès du pape afin que, sans la volonti^ expresse du rot , il ne procédât ni contre le prince d'Orange nî eantre quelque seigneur que ce fût des Pays-Bas. <« Il est d'une extrême inipor-
» Stbada, ïtb. IV,
^ Par suite de^ avantagea remportés dans la principaotéd'Gran^ ptr ti^ piolestaots , sous te St de Crussol « le prioce avait doûDé, le W août IW» un éûii qui maititciiîiit Tcxerciccde la rotigion eatbûJiquc ûim^ l&s églîMS rathéd rates et autres, mais qui permeilait aussi à eeus de la retipoii ré^ formée de fivre librement en toute îa pHncïpauté Ârchivt^s dr te nmimn d'Omngc-NauûM, t, î", p. 134*
» ibuf, p. m,
* Don Luis de Heque&eD^ y Za^tga, airibassadeur de PhiUpi^ Il a Ramt-