I.ES PAV^BiS SQI1S f'ftainPE
que le roi lui avait adressée ** Suivant Marguerite, ce prince agh très-iïriulemmem en retenant le coufrior des seigneurs, cîir, *^ Iq réponse qu'il avait faite à leur lettre était arrivée avant ArmcDleros, on eût été en très-grand danger de quelque mal irrémédiable, à cause du caractère des gens des Pays-Bas. chei fcsquels l'impression reçue s'efface difficileracnt. Dc5 pasquinades rirculaient alors contre le cardinal daas toute la ville de Bruxelles. On commençait aussi h [mvier la livrée que Jes setgueurs avaient adoptée et qui causait un grand scandale. Le prince d'Orange, de reteur h Bruxelles, venait de s'exprimer 3%'ec beaucoup de véhémence conLre le cardinal aux états de Brabant assemblés en J'hdtet de ville : iJ l'avait dépeint comme un komtne violeoi et contraire à Jeurs privilèges, ajoutant ifoniquemetit -que bientôt les afTaires pourraient se terminer au moyen de st-s expédients, puisqu'il aurait dit qu'en lui coupant la léte tout serait fini ** Sur ces entrefëites le courrier des seigneurs était arrivé. Le roi, après avoir clos la session des certes d Aragoti^ avait quitté Monzon le 24 janvier ets'étiiit rendu à Barcelone. Ce fut de cette ville que, le '20 février, il renvoya, avec sa réponââi^^ te courrier des seigneurs ; celui-ci arriva à Bruxelles le {*' marSt^^H 1.^ priôce d Orange et Je comte d'Egmont, les seuls qui se Iroa* vassent alors dans cette ville, montrèrent tant de tristesse et de mécontentement de la courte et sèche réponse du roi quil était à «raindrc qu'après qu'elle aurait été communiquée auK autres seigneurs, il ne fdt pris quelque grave résolution. Toutefois Graft* velle supposait encore que le comte d'Egmont se délâcherait de Ja ligue. Il aurait voulu que la régente Jui remit la lettre du roi
1 Correspondance rfte Philippe //, t, Iw, p. Îfi9,
^ Granvelic démentit éoergiquement celle calomuie» qu'il attribuait i ïtonard, dans des lettres adressées au roi et à Gonçalo Perez. Correspondancf de Philippe U, t. 1"^, p, î&<, et Archives tie la mamn d^Orangi-- Nasêdu^ t, kr, p, 2U^.
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qui l'invitait à se rendre en Espagne ; mais Marguerite préféra l'avis de Viglius qui lui conseillait de remettre au comte la lettre qui rengageait à continuer son service dans les Pays-Bas. La principale raison qui avait porté la gouvernante à agir de la «orte, c'est que^dans les éventualités qui pourraient survenir, elle trouverait dans Egmont plus d'assistance que dans les autres ; d'un autre côté, elle s'était aperçue que les seigneurs des Pays^ Bas qui allaient en Espagne, en revenaient plus mal disposée qu'ils ne l'étaient auparavant. Granvelle attendait toutefois beau^ coup de fruit des démarches que le roi avait ordonné de faire auprès du comte d'Egmont : lui*-méme travaillait sous main à ce que ces démarches aboutissent. Mais Egmont se montra aussi inflexible que le prince d'Orange. Ils opposèrent un refus formel aux représentations de la régente qui les exhortait à obéir à la lettre que le roi venait de leur adresser, c'est-à-dire à retourner au conseil d'État jusqu'à ce que le monarque eût pris une autre résolution. La gouvernante rendit compte de ces démarches inutiles le 3 mars dans une séance du conseil d'État à laquelle assistaient Berlaymont, Viglius et Granvelle. Ceux-ci conseillèrent de laisser le prince d'Orange et le comte d'Egmont encore quelque peu ronger leur frein, et, quand les autres seigneurs seraient arrivés, de faire des démarches auprès d'eux, pour les amener à obéir aux ordres du roi. Mais c'eût été pousser à bout l'aristocratie. Marguerite le comprit et engagea Granvelle à pu^ blier son départ. Il le fit incontinent, mais en lui donnant pour prétexte l'arrivée à Bruxelles de son frère le comte de Chantonay, que Philippe II avait rappelé, sur ses vives instances, de la cour de Catherine de Médicis et nommé son ambassadeur près de lempereur Ferdinand I** '. Le cardinal exprima l'intention de raccompagner pour quelques semaines en Bourgogne où il n'avait
i II eut pour successeur en France don* Francès d*Alava.
plus été depuis dix-neuf ans. Il demanda en conséquence à la duchesse un congé de trois mois. Il cacha à tout le ncionde l'ordre du roi, même à Vigiios, même dans sa correspondance arec l'empereur Ferdinand, même à Gonçalo Ferez, qu'il ne soupçonnait pas d'être le rédacteur de l'ordre du 22 janvier. A tout ie inonde, il allégua le désir de revoir sa mère, qui était malade et dont il était séparé depuis quatorze ans ; du reste, il faisait tx)urir le bruit qu'il ne tarderait pas à revenir, et, à peine parti, il écrivait à la duchesse de Parme elle-même qu'il avait l'espoir que son absence ne serait pas longue.* Il avait également laissée ses ennemis la crainte de le revoir bientôt, et, pour mieux les persuader, il fit faire à Bruxdles des provisions de toute espèce, en même temps qu'H ordonnait des embetlidsements dans son palais et dans sa maison de campagne *.
Mais les adversaires et les amis même de Granvellc ne se méprirent point sur ie caractère de ce voyage. Us soupçonnèrent l'intervention do roi. Lors de son retour, Armenteros avait rencontré à Valenciennes le marquis de Berghes , les comtes de Homes et d'Hooghstraeten et le seigneur de Montigny. 11 est très-probable que le secrétaire de Marguerite de Parme avait donné des espérances à ces seigneurs ; il est possible aussi que la gouvernante elle-même eût laissé entrevoir une partie de la vérité pour calmer les esprits *. Peu après le retour dArmenteros, Granvelle avait remarqué que les courtisans ne lui mon-
1 Correspondance de Philippe II, t. !«•, p. 292 et suiv. ; lettre de la duchosse au roi du 29 mars 4563 (1564 n. s.) dans le t. XI des Documents historiques (aux archives du royaume); lettre do Granvelle à rempereor du 4 4 mars et à la duchesse de Parme du 45, dans les Papiers (VÉtat, t. VII , pp. 399 et 409. Voir aussi Histoire du cardinal de GranveOe, p. 447.
' Le 5 mars Guillaume do Nassau écrivait de Bruxelles à son frère Louis : •c II est certain et chose assurée que notre homme (Granvelle) part ; Dieu
LiVBE VIII (1504). 431
traient plus le même visage, qu'il était moins accompagné que de coutume, qu'on ne venait plus en sa maison en si grande foule,^ et que plusieurs de ses amis même le délaissaient lâchement. Cependant il couvrait sa tristesse par une joie dissimulée, dis>courant avec ses inUmes des plaisirs'du reposa 11 coDtinaa d'assister aux séances du conseil d'État jusqu'au 41 mars. Le 43, il sortit enfin de Bruxelles, avec ses deux frères, le comte de Chantonay, nommé ambassadeur de Philippe II à Vienne, et Charles Perrenot, abbé de Faverney. Du reste, son départ ne ressembla point à une fuite ; une nombreuse compagnie de gentUshommes, appartenant à sa maison ou à la cour de la duchesse de Parme,, voulut lui servir d'escorte jusqu'à une certaine distance de la ville. Le bruit d'un nouveau complot s'élaii d'ailleurs répandu^ et on prétendait que le cardinal et les siens avaient revêtu des armures à l'épreuve de l'arquebbse. Mais les adversaires de Granvelle ne songeaient qu'à une chose : s'assurer si son départ n'était pas une nouvelle feinte. Le comte de Hoogbstraeten et le seigneur de Bréderode sortirent à cheval de la porte de Caudenberg, quelque temps après lui, et le suivirent le long du bois pendant plus d'une demi-lieue. Leefdael, gentilhomme appartenant au comte d'Ëgmont, fut ensuite détaché sur la route de Namur, ne perdant pas les voyageurs de vue, et descendant dans les mêmes gîtes '.
veuille qu'il puisse aller si loin qu*il do retourne jamais. » Archives de la maison d'Orange-Nassau , t. 1«, p. 244. —Le doyen de Louvain dit en plein chapitre que le cardinal de Granvelle ex jussu régis ahierat. Papiers (TÊUU, t. VII, p. 435. — Enfin le cardinal de Lorraine, écrivant à Granvelle le ÎO avril, n'hésitait pas à lui dire que, d'après le bruit public, son départ était une concession faite par le roi aux seigneurs du conseil d'État. Ibid,, t.VlI,p.5<0.
I Strada, lib. IV.
* Lettre de Granvelle k la gouvernante datée de Namur, le 45 mars et de
42^ LES PAYS-BAS SOUS PUILtPPE II.
Granveîle s'était soumis à la volonté du roi ; mais il ne pardonna point sa disgrâce à ceux qui l'avaient provoquée : il fut loin surtout d'encourager alors son maître à persister dans la voie des concessions. A peine fUt-il arrivé à Besançon qu'il conseilla au roi de casser et d'annuler, en temps opportun, tout ce qu'on aurait obtenu de lui par violence, profitant du moment, comme les autres faisaient pour leur propre compte et comme ses prédécesseurs avaient été dans l'obligation de le faire. C'était bien l'intentràn de Philippe II; car le sacrifice dun ministre comme Granveîle avait dû coûter beaucoup à sa fierté et ne pouvait être de sa part une concession bien sincère et sans arrière-pensée. Son ressentiment, que d'autres causes allaient augmenter, devait se manifester un jour et porter l'épouvante et le deuil dans les Pays-Bas.
Pierre Bordey aw cardinal , datée de BrMxoHes, le 48, dans les Papiêrt d'État, i. VJI, pp. 409 et 425.
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