LIVRE IX (i
leurs compagnons, au nombre de huit, et le châtelain se sauva avec les deux blessés et le reste de la petite garnison ; il eut soin cependant de fermer la porte de la forteresse et de lever le pontlevis. Parmi les prisonniers, qui restèrent ainsi maitres de la place , se trouvait le prêtre hérétique dont nous avons parié. Quand, au bout de deux jours, on se fut aperçu que le bailli de Waes était accouru avec du renfort, Jean Ilendricx crut assurer sa délivrance en mettant le feu à la forteresse. Déjà ce dessein avait reçu un commencement d'exécution dans la chambre conliguë au dépôt des chartes -de la Flandre lorsque, la discorde aidant, le bailli de Waes parvint è reprendre le donjon. Jean Hendricx paya d'abord pour les autres. Condamné à être brûlé vif après avoir eu la main droite coupée , il subit cette terrible sentence avec ie plus grand courage et en répudiant les erreurs qui lai avaient occasionné une fin si cruelle ^
L'exécution du moine apostat, arrêté à Anvers, provoqua un soulèvement populaire. Christophe Fabrice était originaire de Bruges. Il avait appartenu autrefois au couvent des carmes à Anvers , puis , après s'être laissé séduire par les nouvelles doctrines , avait cherché un asile en Angleterre et s'y était marié. Dei'enu ministre de la nouvelle religion , il revint secrètement à
♦ Papiers d'État du cardinal de VranveUe, t. VllI , pp. 470 , 208 , 244 et 297, et Correspondance de Philippe II, t. W, p. 340. Strada donne aussi des détails sur le supplice infligé à Jean Hendricx et ajoute que la duchesse de Parme envoya le récit de cette exécution au roi dans une dépêche du 43 août 4Î564. Le sort des autres prisonniers fut, paralt-il, tenu en suspens. Le S septembre 4 564, Mt>riJion mandait à Granvelle : • Le conseil de Flandre
• a donné pour avis touchant les prisonniers de Rupelmonde , qu*Us per-
• dront la main et la (été , et que Texécution se fera secrètement dans la « forteresse, en présence de deux conseillers ; mais il n'a pas voulu prononw cer sentence jusqu'à ce que S. A. soit informée de cet avis, comme elle « l'a été sans s'être déterminée jusques ores à auftre chose... i^ Papiers (fÉtat, t. VllI, p. 297,
LES PAYS-BA^i sors PUlirPPC lïi
Anvers pour chercher h y augmenler le tronibre des scctaLeum de Calvin. Mais trahi ïiar une femme qui feignait le p\m gvmd zèle pour la nouvelle doctrine, il fut dénoncé et arrêté. Après une longue déleation, Fabrice» refusant toujours de se rétracter, fut condamné à Atre briilé vif, et cette sentence devait recevoir son exécution le 4 nclobre. Aujourfixé^ïe margruve, assiste de Tc^coutèle, son lieutenant, mena le condamné au lien du supplice* Mais au D)oment ou le bourreau attachait le patient au bilcheri la plupart des assistants entonnèrent les psaumes de D.ivid eiJ assaillirent d'une gr^'îe de pierres tous ceux qui présidaient an j supplice* Le margrave j ayant vainement imploré le secours d#' la bourgeoisie et des confréries assermentées^ dut rt^culer devant b tcmptUe populaire ; il se réfugia à l'hôtel de ville avec ses gaj%j des, et le bourreau, qui venait de mettre le feu au bilcher» prit aussi la résolution de se sauver. Cependant, pour se cxjnfornier aux ordres qu'il avait reçus, avant de sauter à bas de Féchafiiud^ j tl donna au patient un coup de marteau qui lui elTondra h velie et, en outre, un coup de dague dans le dos. Le peuple, qui se précipitait pour délivrer Fabrice, se hâta d'éteindre Je bùcber^ et ne trouva plus qu'un cadavre. On le laissa dans la fan jusqu'à quatre heures de laprès-midi. Alors le margrave revint avec ses gardes et fit charger le corps sur un tombere-au avec l'intention de l'attacher au gibet ; mais^ voyant Tirritation croissante de la multitude dont il était suivi, il prit le parti de se' débarrasser du cadavre du malheureux apostat en lui faisant attacher une pierre ou cou et en ordonnant de le jeter danâ TEscaut* Le lendemain, on trouva une affiche écrite avec diï sang t^t portant en substance i n Anvers contient des citoyens a qui ont juré de venger bientôt la mort de Fabrice, » Telle était l'exaspération du peuple que la gouvernante juge^ prudent de ne pas multiplier les con dam nattons. On avait compta au moins trois cents émeutiers, dont les princii-Kiux étaient des