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Armenteios, tout fier de la mission qu'il avait remplie à Madrid, devint le personnage le plus influent. Il était logé au palais même; et les seigneurs, entre eux, rappelaient le barbier de Madame, le comparant au barbier qui gouvernait Philibert Emmanuel de Savoie , à l'époque où ce prince était chargé de l'administration des Pays-Bas. En réalité, Armenteros avait un tel crédit près de la duchesse de Parme qu'il semblait que cellwîi ne faisait rien , sinon par son conseil ; ce crédit était , du reste, si connu que les grands, aussi bien que les petits, venaient faire la cour au favori. Granvelle s'indignait justement de l'ioconséquence de ces nobles qui , après s'être presque soulevés contre l'autorité d'un conseiller d'État du roi, subissaient maintenant sans murmurer l'empire d'un scribe espagnol, qui n'avait pas même prêté le serment requis des fonctionnaires des Pays-Bas.
Pour comble de honte. le nou\eau favori abusait de son crédit dans des vues de lucre et de corruption. 11 était surnommé Argenterios, et on disait ouvertement qu'il ne fallait avoir qu'une bonne bourse pour obtenir ce que Ton désirait. Aussi tous les offices et les bénéfices vacants passaient-ils par ses mains. Les seigneurs fermaient les yeux sur ces tripotages , si même ils n'y participaient point •. N'avaient-ils point oflert à la duchesse de Parme, pour la gagner, d'user de leur influence afin que les états et les villes lui fissent de grands présents? Au surplus, la vente publique des emplois était un fait connu de tout le monde. On prétendait même que des agents de la cour se rendaient dans les lieux oii existaient des o£Qccs vacants pour savoir qui en donnerait le plus '. Les seigneurs, dans leurs gou-
» Voir le Mémorial de Hopperis, 2» partie, chap. II. Il convient, cependant, de remarquer que cest «ncore là le témoignage d*un cardinaliste. * On lit dans l'ouvrage manuscrit intitulé : lu ^ùurct ri commencement
tJSS nVS-BAS SQVS PtttLIH>E II.
%'ernemt'niâ, ^auloiisoietUp disait^n, de cet exemple. On citait piirticulièremtnt le comte de Mânsfeld qui opprimait le conseil de justice de Luxembourg, entravait l'office du procureur général, faiijâit apostiiler les requêtes par son secrétaire, s'^ippropriait les amendes, extorquait enfin le plus possible au pauvre paysan. D'un autre côl(^, on signalait aussi la mascarade, m bles-^ santé pour le cardinal de Granvelle» qui venait d'avoir lieurl Luxembourg, à l'occasion du boptème d'un fils du gouveroeur *, Le prince d'Orange, le comte de Homes, le baron de Montigny, son frère, ainsi que le comte de Hooghstraeten, assistèrent, avec , leur hôte, à cette bouffonnerie ou un cardinal était chassé par ^ deux diables à queues de retiard et finalement roué de Goujiset massacré par Charles de Mansfeld, fils aîné de Pierre Ernest. Les cardinalistes, même le baron de Berlaymont, chef du cunseU des finances, et Viglius, président du conseil privé, n avaient plus aucuiie influence. Le premier, blessé de laecueil f|yi lui avait été fait par la gouvernante, s'était retiré provisoirement de la cour. Le second, si considérable par le rang qu'il occu|mt, se voyait traité avec une méfiance méprisante, avec un dédain presque insultant, Non-seulement on lui déit>bait la cannaissance des principales dépêches, mais encore, s'il avait à
dcë tfvubtes âtigcité^ ansPa^i-Bat (bibliothèque de llourgogne, n^ I5B7$] : * A lois cominenr^reiîl a 6tro vendus les provisions i4 Mcc^ et btiûéfices, ^» les roiïlissions et semblabW expéditions des gr-âre^s, même colles que *- (îour causes justes ûtoient par le conseil privé rofiL^éeisT outre les loieri^, u usures, passûsporti*, sa iif- conduits, Stiuveté de corps et autres expodîtiûn3 II de celte forme desquelles ledit ÀrmenUéres, ^crétaire et coosseiller privo n do la d'jchessé, assembla, selon qu'on disoit, grandes sommes de de- *• uierjs. • Selon le dire de Tray LorenzOt Toinàs Armentopos avart, en 4566, amassé une lorlune de 7C,OûO ducats.
* Ce iiiB^ poitant lee prénoms de Philippe OcUvien. pértU en Itt^l, dans tin combat livré en Gueldre,
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entretenir la gouvernante d^aflaires, il ne pouvait la voir seule et (levait toujours subir la présence d'Armenteros. Aussi Viglius gémissait-il sur la situation , se disait dégoûté des affaires et sollicitait sa retraite. Mais Granveile cherchait à relever son courage, lui faisait espérer qu'il viendrait bientôt à son aide, et le pressait surtout, avec les plus vives instances, de s'adresser directement au roi et de lui faire connaître la vérité tout entière. Mais c'était trop exiger de la prudence, ou plutôt de la pusillanimité de Viglius. « Je ne l'oserais faire répondait-il ; car si ces seigneurs ont pris cela si mal venant de vous, parce qu'ils ne pouvaient souffrir la grande confiance que le roi vous témoignait, comment prendraient-ils cette démarche de moi-même '?«
Ne pouvant inspirer sa propre fermeté à Viglius, Granvelle prenait le parti de transmettre lui-même au roi les informations qu'il recevait des Pays-Bas. En même temps, il cherchait h stimuler ses partisans en faisant publier et en annonçant luimême que son retour ne tarderait plus, qu'il s'effectuerait même dans le cours du mois de juin ».
Cette nouvelle, souvent répétée, provoqua une vive agitation dans les rang de la haute noblesse et indisposa particulièrement la duchesse de Parme. Depuis le départ du cardinal, elle s'était entièrement refroidie à legard de 1 homme d'État qui naguère avait toute sa confiance et qui méritait d'ailleurs sa gratitude par les services personnels dont elle lui était redevable. Ce changc-
I Cette pusillanimité, excessive alors, trouva son salaire. Le secrétaire Aguilon écrivit un jour au cardinal : • Madame ne fait pas plus de cas de ce personnage que d*une savate... et elle lui a dit en face qu*on l'avait trompée jusqu*à ce jour. •
* Tous ces faits ont été extraits des lettres disséminées dans le t. VIII des Papiers d'État du cardinal de Granvelle, année 1564. l'oir aussi le Recueil analytique des lettres de Morillon a Granvelle, manuscrit de la bibliothèque de Bourgogne, n« t6004.
t£S PAV3-B4â SOUS PHlUFPe M.
ment provenait de diverses cuuseâ. Sans pailerdc^ i ascendant que les seigneurs tlgut^ avaient acquis sur son esprit, Marguerite ne devait pas laisser emire au roi qu'elle avait demandé sans motifs sunisantsTéloignemcnt d'un f)erâonnage aussi considérable. Klie était ellom^ine dans la fausse croyance que Granvelfe cherdiaît à la faire remplacer par son ancienne rivale, Chrîsline. duchesse douairière de Lorraine, et sou amour-propre souffrait du bruit répandu que, durant le séjour du c^irdinaL celui-ci faisait tout et qu'elle-niéme ne servait que de chiffre. Son irriUition s'accrut au point qu'il suflisait de parler du cardinal, en sa présence, pour la \ oîr devenir « rouge comme t^carlate. i* Elle se fôchalt mérac contre les ecclésiastiques^ en général « car on lenleodit dire qu'elle remerciait Dieu do n'avoir qu*uu fils, puisqu ainsi elle ne Herait pas contrainte d'en placer un dans T Église et de le voir comme étaient les autres '*
r;annonce du retour prochain du cardinal de Granvelle augmenta ces dispositions peu favorables. Marguerite écrivit de^ main au roi |Kmr lui signaler les conséquences désastreuses qui leurraient ré^sulter de la présence de Tancien ministre. « S'il u n'était parti, lui disait-elle ^ les choses seraient actuellement ^ dans un tel étiitde trouble et d'agitation que je ne sais pas com> w ment Votre Majesté elle-même pourrait y remédier. Je dirai,
» Papiers trÉtut, l, Vlïl , pp- &2 ai (35. — Granvelle fui extrêmement seBsiblc a ce propos ; dans une lettre à VigUus , du 7 iioàl, U le releva ea
ces t4?rmes : < .... Je séQts fort ce que Ton me dit de quj (la ducbes^e 'it " Pormei no vouldroil avoir ûJz diivaiitage, pour ïe* vcgird%Use : « Es « iêUê initiis nihU bûnum ; corrumpunt bonm coUoqtiim pm«â et tm}fmo~ « mm ft altomm.,. • AîUcurs : f' A la vériî<!v, s y je voulnye, je pgurft»j'tf • triiro plus do niEil que je ne fa y, «H sçauroyc comme Je fane et ma vengyf - denM»5 malvetiltans, sans que l'on m*en seust rieo imputer. Il yaol miciïii H peuU estre souffrir et se ïtouvenir de Duratr [sa devî^^e), Dieu e^l ftruid, n et - non rsî ahret^iata mnimâ vjus. « IM,, pp. Î36t?t '2as*.