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M à ce propos, que, si le cardinal revenait, il serait cause qu'on «( tomberait dans une situation pire que jamais. C'est ce que « n'ont cessé de me faire entendre très-ouvertement la plupart H des seigneurs , et ils m ont déclaré de nouveau que le retour « du cardinal aurait pour effet immanquable de le faire assom- « mer, sans que nul d'entre eux pût y mettre empêchement, « comn>e ils l'ont fait par le passé ; et la conséquence en serait «I de perdre la religion dans ces provinces, et d'y provoquer en tt outre quelque grand soulèvement. Votre Majesté saura que la u haine des seigneurs contre le cardinal ne fait qu'augmenter de » jour en jour. La cause en est qu'il a dit publiquement , avant M son départ d*ici, et que, depuis son arrivée en Bourgogne, il a « annoncé, par une infinité de lettres et de messages, que , sans H nul doute, son retour aurait lieu dans le courant de ce mois. « Il en résulte non-seulement que la haine des seigneurs contre « lui s'est accrue, mais que les affaires de Votre Majesté en re- « çoivent un grand préjudice , parce que le découragement où la N crainte du retour du cardinal a jeté les seigneurs, les a rendus « plus lents et plus froids à remettre ici les choses en meilleur « état. Ils supposent que le cardinal pourrait bien s'être absenté « par une sorte d'artifice , pour attendre que ceux des seigneurs M qui font partie du conseil d'État se fussent résolus à y entrer, M et que l'affaire des aides et d'autres encore fussent terminées, « ou bien avancées au point que les seigneurs ne pourraient plus M revenir sur leurs pas, le cardinal devant profiter de ce mo- « ment pour arriver et assister à la conclusion , de manière à « s'attirer entièrement les bonnes grâces de Votre Majesté. » Après avoir répété que les seigneurs avaient pris la résolution formelle de ne plus reparaître au conseil si le cardinal revenait, elle ne laissait point ignorer au roi qu'elle ne pouvait compter, d'autre part, sur les partisans ou créatures de Granvelle. « Ces « derniers , poursuivait-ell(» , au lieu de me seconder, quand il
LES PAYS-BAS SOUS Miampiv ri*
u s'agîi du fiervice de Votre Majesté, non-seulement me contra- M Henf, mois montrent, par leur inertie, lorsque j*au rais bc^iîn « de leur aide, quUs voudraient que. en l'absenœ du cardinal, n on ne fît rien de bon pour le Bervice de Votre Majeslé, et que u Ton ne sVjccu[>ât de faire marcher fr-s alTaîres qu'au retour du u cardinal, qui ne cesse de flatter en cefa leurs espérances, t Abordant enfin Thypothèse d'événements gravea pmduit^ par los excitations du dehors, elle disait que st pareille conjoncture survenait, chacun des seigneurs avait promis de sacrifier sa vie et tout ce qu'il possédait au monde pour le service de Dieu et da roi ainsi que pour la défer^se du pays, comme aussi d'obéir en tout aux ordres qui leur viendraient du souverain; mais si le cardinal revenait, leur conduite, selon la déclaration qu'ils avaienld IViitc, ne serait pas la même '.
Granvellep informé de remotion que 1 annonce seule de son retour avait produite dans le^ Pays-Bas et craignant dindisposer le roi, changea de tactique. Il fit publier la résolution qu'il avait prise de ne retourner dans ces provinces que si le roi sV rendait lui-même, è moins d'un ordre exprès de sa part. U écrivit en ce sens à Tomâs Armenteros, à la duchess^ de Parme et à Philippe II \ Une foule de motifs lui dictent cette conduite, disait-il au secrétaire Tomâs Armenteros . le calme dont il jouit au sein de sa famille, h situation présente des afîiiires dans les Pays*Bas , mais par-dessus tout les iulrigues qui ont Heu pour amener cette pernicieuse assemblée des états généraux , dans laquelle il entrevoit la ruine totale de la religion. Dégoâté à tout
* La ducbes^se de Parme au roi. 1^ juin 4564. Correipanftance de PAilippe II, t, l^^, pp. 3aî-303.
* Lettre à T. Armenteros du dernier de juin et à lu duchossc dePârmcdu î juiUeMt>64, ô^m les f^apiera d'Êiat, t, VHI , pp. 90 et 100. Vo*^r an^ ï» lettre du wh la duchesse de Parme, du 3 août, dans fa Corrmponfïtinrf tte Philippe II, L I", p. 307.
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ji^mais de la politique, ajoutait-il avec ironie, il voulait désormais se faire sourd et aveugle , s'occuper uniquement de ses livres et de ses affaires particulières, laissant le soin de l'intérêt public à ceux qui avaient la prétention d'en savoir le plus*. Mais il tenait un tout autre langage dans ses lettres è Viglius : là il ne dissimulait point son désir de retourner dans les Pays-Bas, de préférence à toutes les autres destinations qu'on pourrait lui assigner ; car ne dé] endait-il pas de lui , membre du conseil d'État d'Espagne et d'ïtalie, de servir avec autorité dans les autres domaines de la monarchie, ou, cardinal, de tenir è Rome un rang des plus élevés »? Cependant Philippe lî ne se contenta point de rassurer la duchesse'de Parme contre le retour prochain deOranvellet il lui témoigna sa satisfoction pour le zèle avec lequel elle se dévouait à son service et donna également des éloges peu sincères aux seignews qui la secondaient; il se félicitait particulièrement de la conduite du comte d'Egmont et déclarait que ce personnage pouvait être certain de sa bonne volonté envers lui ^. Encouragée par ces marques de bienveillance, la régenta s'exprima plus librement
• Papiers iVÈtat, l. VIII, p. 90.
* Ibid., p. 334. Mais, d'autres fois, il ôlait plos rôsenré. Citons, pour mieux coonaUre Oranvelle, ce passage d'une lettre du 49 septembre : « Sy
• ost-ice que, sans lo commandement exprès du roy ou de madame (la
• duchesse de Parme), je n*y iray (aux Pays-Bas; ; Câr y allant sans ce, sy
• m^l m*adveuoit, l'on s'en roocqueroit encores ; mais s^y le roy commande,
• ores que fust pour entrer en ung feu, je y obéiray, quoy qu*en doibve
• advenir, et serviray en ce qu'il vouldroit, sans en ce craindre ni respecter <• personne, et touIx demeurer jusques au bout « idem homo; duratê, » et » est la teste dune assez quand je veulx enlneprendre quelque chose, et puis
• souffrir avec patience et pourter la peyue quand je m*y détermine, et
• suis nourry en ces agitations et traverses, *nec animum despondeo.., • Ibid,, p. 342.
' Lettres du roi à laducbcsse de Parme du 3 et du 6 août 1564. Corres^ pondance de Philippe II, II*', pp. 307 et 308
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et Bf |)liiigrtit avec amorttjma Jo l^-^prit qui dominait dsi niitrps riopéches flrj roi, 11 fui étiiit pénible do voir, dirait-elle, qu'il prétiU phitèt lot-taille à d<^s peraonnos dont les ialéréts et [es passions étaient en opposition avec le bien de son service et le repos diî pays qu'à ella, qui lui était si dé%'ouée. Aussi, pour la décharge de Si» conacicnœ, nv voidait-elle [diis rion lui cacher, c^ir Télaïdes aiïdiires exigeait que toute la vérité lui fût révélée. Elle lui apprenait . en conséquence, que toutes les vues du cardinal de Granvelle, de Viglius et de leur séqttelle tend.itent à ce que Je roi, en urrivant aus Pays-Bas , trouvât ces provinces en révolution; ils espçroient alorK pécher en eau troiièle et atteindre le but qulh |;oursoivaient depuis longtemps : celui de s'emparer de loules tes ûSaircs De là leur opi^osiiion constante à l'assembla des états généraux. Le cardinal , te présirîent Vigfius et leur séquelh craignaient, si la tranquillité se rélabtissait dans le pays, » qu'on ne liH dans leurs livres et qu'on ne découvrît leurs injustices, simo, nies et rapines, i* Elle se plaignait amèrement de Vigtius qui lui faisait , selon ses expressions , souffrir les peines de l'enfer , an 1 1 a V e l'sa n t I es m es u res q u 'e x igea i t le ser v i ce d u so u ve ra in . Les seigneurs, poursuivait-elle, n'avaient pas été satisfaits des lettres i|ui leur étaient adressées par le roL Ils les avaient tirtuvéessi -lèches, et empreintes de Lmt de défiance, qu'ils en a%'^aient pris plus d'ombrage et d'inquiétude que jamais. Ils croyaient maintenant que tout ce que la duchesse leur avait dit et fait dire, delà part du roi, n'était qu'artifices et inventions, ils avaient même été jusqu'à lui donner à entendre que, dans leur opinion, te rai, le cardinal et elle Si', trouvaient d'accord fwur les tromptT. Il importait de les désabuser et de leur montrer une contiance rf^eHesi Ton voulait améliorer les afTaires de la roligion et de la justice \
' Lettre du 2Î1 aoAt tSGt, dans ta CorrrxpoHfiaucr df Pftihppc tt, L 1" pp. 311-3M,