LIVRE PREMIER
trois f(NB rOcéan hispanique. Désirant ne point rappeler la malheureuse insurrection des Gantois, il ne fit qu'une allusion à son passage par la France en 1539. Mais il s'appesantit sur la sagesse et l'habileté de la reine Marie, à qui il avait confié le gouvernement des Pays-Bas à cause de ses nombreuses absences. Il exprima ensuite le regret de ne pouvoir, à son départ, laisser an pays une paix stable , et il saisit cette occasion pour assurer tes états que si, sous son règne, ils avaient eu à supporter fréquemment la guerre, c'avait été contre sa volonté ; que, chaque fois, il s'était vu forcé par ses ennemis de prendre les armes pour sa' défense. Il y avait longtemps, ajouta-t-il, que le déplorable état cto sa santé l'avertissait de son insuffisance ; mais il avait ajourné l'exécution de son projet à cause de l'incapacité de la reine, sa mère, du jeune âge du roi, son fils, et de l'extrême confusion des affaires auxquelles il lui paraissait convenable de remédier itti-méme. Il déclara, enfin, que, comme il se voyait actuellement tout à fait inutile \ que Dieu avait retiré de ce monde la reine, sa mère, et que son fils, ayant atteint l'âge d'homme, pouvait, mieux que lui, remplir envers ses peuples les obligations attachées à la souveraineté, il n'avait plus voulu différer la renonciation pour laquelle les états étaient réunis. Il leur demanda d'être fidèles à son fils, de rester unis, de soutenir la justice et de se défendre contre les sectes qui infestaient les pays voisins. Jetant un dernier regard sur sa longue carrière, il termina par ces mots, prononcés d'une voix émue et quelquefois interrompus par les sanglots des assistants : « Je confesse que j'ai dû tomber dans bien « des fautes, soit par inexpérience dans ma jeunesse; soit par « orgueil dans' mon âge mûr, ou par toute autre faiblesse inhé- K rente à la nature humaine. Mais je vous certifie que jamais, « sciemment et volontairement, je n'ai fait iiyure, tort ou vio- M lence à aucun de mes sujets ; que jamais non plus je n'ai « autorisé chez les autres semblables méfaits. Si cependant cela
LIS l^AYâ^BÂS SOUS PBlUPFE fh
M était arrivé, je proteste que c'est à mon Insu * je le rçgï-ette « vivement, et j'en demande pardon... '. »
L'émotion croissante de Charles-Quint ne lui permit point de poursuivre; U s'interrompit et fondit en larmes \
Jacques Maes, pensionnaire d'AnverSi jurisconsulte, alors célèbre, répondit à Charles-Quint, au nom des états généraux. Son discours était remarquable par sa prolixité et par les flatteries immodérées qu'il adressait au prince d'Espagne ^ Les états, dit-il en substance, avaient appris avec un regret inexprimable la déterra ination de leur souverain ; ils eussent désiré de continuer à vivre sous son gouvernement ; et ni la difficulté des ei^ constances^ ni les calamités de la présente guerre, ni d'autres adversités quelconques n'étaient capables d'altérer leur amour et leur dévouement pour lui. Ils eussent fait d instantes et humbles prières, afln d'obtenir qu'il revint sur la résolution qu'il avait prise, s'ils n avaient su qu'elle était dicLée par des motifs impérieux. Les états se soumettaient donc à sa volonté. Ils étaleat prétSt suivant les pouvoirs qu'ils tenaient de leurs commettants, à accepter la cession qu'il faisait des Pays-Bas, à recevoir et inaugurer le prince son fils. L'orateur exagéra sans doute les senti-
' Vûf/. dans les Ànalecte^ beîgiqueSf p* 87-91 , les Notes reçue ilUe9 par un bon personnage estatU tn l'assemblée. M. Gacbard suppose quelles ont élé rédigées par l'évéque d*Arras. Le discours que Pou tus He utérus met dans la bouche de TEmpereur a*accorde, pour le fond, avec ces notes,
^ Vq^. la di^péclie contemporaine de sir John Mason, mioiâtre résident d* Angleterre à la conr de Bruxelles et témoin de Ta bdi cation. Conserve au Stiite-Paper Offlce, ce document précieux a élé analysé et reproduit» quant à ses parties essentieUes, par Jolm Williûm Curgon dans Touvragc intitulé : The life and timcs of sir Thomas Gresham^ U 1^ p, 173-176*
' Poutus lleuterus s'eiprime en ces termes [fol. 676) : » Exinde Jacabus
* Masius, Antwerpensium SyndicuÈ , jussu noraineque Ordinum » longa rt prolixaque oratione (ut vir crût natura dîserlus) ref=pondtt, cwjus exem-
* plum hic non necessarium existimavi. n