‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 25 sur 198 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

meDts de la plupart des députés, lorsqu'il représenta Philippe II, déjà très-peu agréable aux Flamands, comme la digne effigie de Charles-Quint, lorsqu'il exprima l'assurance que ce prince serait le digne imitateur des divines et héroïques vertus de son père ; lorsque surtout il déclara que les états le trouvaient u si mer- « veilleusement doué de Dieu et de la nature, que, s'ils avaient « la liberté du choix , ce serait encore sur lui qu'ils jetteraient « les yeuxi puisqu'ils ne pourraient trouver au monde un prince « si parfait et si accompli. » Jacques Maes termina cet emphatique discours en demandant à l'empereur la continuation de sa bîenveUlance pour les Pays-Bas et en faisant des vœux pour l'heureux succès du voyage qu'il allait entreprendre. Les états verraient néanmoins avec plaisir, ajoutait-il , qu'il remit ce voyage à une saison plus propice, afin de ne pas s'exposer aux dangers de la traversée pendant l'hiver '.

Les états généraux ayant donné leur assentiment à la proposition qui leur était soumise de la part de Charles-Quint, celui-ci se leva pour investir le prince d'Espagne de la souveraineté des Pays-Bas. Philippe se jeta aux genoux de son père et voulut lui baiser la main. Mais Charles le serra dans ses bras et lui dit en espagnol : u Mon cher fils, je vous donne, cède et transporte tous « mes pays de par deçà , comme je les possède, avec toutes les w amendes, profits et émoluments qui en dépendent. Je vous re- « commande la religion catholique et la justice. »» Philippe répondit dans la même langue : u Sire, vous m'imposez une très-grande « charge. Néanmoins, j'ai toujours été obéissant à Votre Majesté, K et je me soumettrai encore à sa volonté, en acceptant les pays « qu'elle me cède. Je supplie Votre Majesté de vouloir les set( courir et de les avoir en bonne recommandation. » Dans ce moment solennel, telle était l'émotion de l'empereur qu'il se

» Anale ct€8 belgiques, p. 94-97.

st

tourna vers les états et leur dit : » Messeigneura, vous ne devez M étî*e émerveillés si, vieux et débile de tous mes membres, tel M que je suis, et aussi pour l'amitié, je verse quelques larmes ». »

Un secrétaire donna ensuite lecture des lettres patentes de cession do la souveraineté des dis-sepl provinees û^s Pays-Bas et de la Franche-Comté de Boui^ogne i ces lettres portaient la date du 2ij octobre et relataient la remontrance faite aux états gêné* raux, ainsi que le consentement dooné par eoK *,

Le nouveau souverain, qui était retourné à sa place, s adressant, pour la première fois» aux états, leur dit, sans se lever de sonâiége: «Messieurs, bien que j'entende raisonnablement le n Imigage françois, je ne l'ai pas encore assez prompt pour pou- « voir vous parler en cette langue. Vous entendrez ce que l'évéque 'i d'Arras vous dira de ma part ^ >>

L'évéque d'Arras était Je fils de l'ancien et principal ministre de Charles-Quint ; lui-même avait déjà été employé par l empereur dans les plus grandes affaires, et il était destiné k devenir, sous le nom de cai^dinal de Granvelle, un des instruments les plus célèbres du nouveau règne. 11 commença par déclarer que Philippe n acceptait la souveraineté des Pays-Bas que sur le commandement formel de son père. Le roi, ajoutait son interprète, prend rengagement d'employer tout ce qui! a de force et de puissance à la bonne administration et à la défense de ces provinces, et il espère que, de Jeur côté, les Belges le serviront loyalement. Il demeurera parmi eux aussi longtemps que les besoins du pays l'eiigeront, et il y reviendra aussi souvent que sa présence sera jugée nécessaire <i Le roi, continua Granvelle, veillera avec une u attention spéciale au maintien de la religion catholique, vous

' Gachabd, VAhdktiiiùn, elc*. p. 37-39, ' Anakcte» belgiques, p. IQI et suiv.

^ GACHAiti). VÀbdieaiion» p. 40.

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« gouvernera en toute équité, vous défendra selon la justice, voue « conservera vos immunités, vos vieilles lois, vos privilèges, vos « coutumes, afin que vous soyez unis et capables de résister à « Fennemi qui né cesse de porter envie à votre prospérité. Enfin R il se montrera constamment bon prince à votre égard, comme a vous, suivant Tassnrance que vous en avez donnée à l'empereur, K vous vous montrerez bons sujets ' . »

Après <îranveUe, la reine Marie, avec l'autorisation de l'empereur, prit àson tour la parole •. Cette princesse éminente annonça aux états généraux qu'elle se démettait du gouvernement des Pays-Bas après avoir exercé ces dilSciles fonctions pendant vingtcinq ans ; que l'empereur et le roi, accueillant enfin ses sollicitations réitérées, lui avaient accordé le repos nécessaire à son âge ; et qu'elle avait résolu de partir pour l'Espagne avec son frère. Les états devaient être convaincus, disait la reine, qu'elle avait employédans l'administration du pays tout le zèle, le dévouement elle savoir qui étaient en elle. Aussi suppliait-elle l'empereur, le roi et tes députés d'avoir pour agréables les services qu'elle leur avait rendus en qualité de gouvernante. Elle remerciait ensuite les députés du loyal concours qu'ils lui avaient prêté, et les assurait que, partout oîi elle serait, ils trouveraient toujours en elle la même affectiCM) pour leur patrie, qui était aussi la sienne ^ . Pendant le discoura de sa sœur, l'empereur avait témoigné son approbation par ses gestes et l'expression de son visage. Lorsque la reine eut fini de parler, Charles-Quint se tourna vers elle et la remercia, avec tendresse, des longs et fidèles services qu'elle lui avait rendus 4.

Toutefois fempereur avait été très-vivement affecté de la déter-

' Analectes, p. 97-99. Voy. aussi Pontus Hbuteris, fol. 677., ' Analecteê, p 99-1 Oî.

' Elle était née à Bruxelles le 43 septembre 1505. ^-CiACHAiiD, VAbdkalion, etc., p. 44.

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oiination prise par la reine douairière de Hongrie, dont l'intelligence virile, Ténergie et Thabilcté lui avaieot été d un si grand secours depuis qu'il lui avait confié le gouvernement des Pays- Bas en <S3'1 . Aussi la reine jugea-l-elle nécessaire de motiver sa résolution. C*est ce qu'elle avait fait, deux mois auparavant, par un mémoire justificatif adressé à son frère. Elle lui rappelait qu'elle n'avait d atmrd accepté le gouvernement des Pays-Bas que pour peu de temps, et qu'elle n'avait cessé de demander un successeur parce qu'elle se sentait alors débile de corps ( à cause d'un continuel tremblement de cœur) et trop faible aussi d'entendement pour continuer une telle cbarge. Voulant montrer que sa résolution était inébranlable, elle avait fait en présence de son frère le vœu à Dieu de ne pas conserver des fonctions trop pénibles pour une femmes et rexécution de ce vœu n'avait été qu'ajournée, lorsque I empereur lui eut commandé de conserver le gouvernement pendant ia guerre contre le duc de Clèves. La reine rappelait ensuite qu'ayant renouvelé ses instances à Augsbourg, en 4550, l'empereur lui avait promis formellemont d'accueillir sa demande lorsque son fils serait revenu dans les Pays- Bas. Elle réclamait maintenant l exécution de cette promesse ; elle suppliait son frère» prince si juste et si catholique, de considérer la faute qu'elle commettrait envers Dieu si elle difTérait encore d'exécuter le vœu qu elle avait fait. N'eùt-elle pas même fait ce vœu, elle ne serait pas moins obligée envers Dieu de renoncer à sa charge, puisqu'elle connaissait son insuffisance. L'empereur lui montrait d'ailleurs l'exemple qu'elle devait suivre, puisque, malgré ses éminentes qualités, il voulait lui-mémo renoncer à ses couronnes. « Comment donc moi, disait-elle, serai-je assez téméraire pour me croire capable de diriger même un petit État, d'autant plus que, comme femme, je suis impropre aux principaux actes du gouvernement ? J'ai trop d'expérience pour ne pas reconnaître qu'il est impossible è une femme d'exercer

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