LIVRE PREMIER
ces fonctions dans la paix et encore moins dans la guerre. Le gouvernement des Pays-Bas est le plus difficile; car il faut entretenir des relations continuelles avec tous les ordres de l'État pom* gagner les bonnes grâces tant de la noblesse que des communes» ce pays n'étant ni une monarchie absolue, ni une oligarchie» ni une véritable république. Or» ce sont des devoirs pénibles pour une femme» principalement si elle est veuve» car la femme» quelle que soit sa qualité» n'est jamais crainte ni respectée comme l'homme. Bien que je porte une grande affection au rd» votre fils» il serait également dur pour une personne comme moi» après avoir servi Votre Majesté jusqu'au bout, de recommencer mon apprentissage. Une femme de cinquante ans doit» après en avoir servi plus de vingt-quatre» se contenter pour le reste de sa vie d'un Dieu et d'un maître. » La reine signalait ensuite les mœurs de la nouvelle génération, avec laquelle elle ne voudrait ni ne pourrait s'accommoder •» l'affaiblissement du respect envers Dieu et envers le prince ; le pelit nombre d'hommes dévoués» enfin cette anarchie qui se manifestait» non-seulement dans les Pays-Bas» mais presque partout. Cet état de choses l'affligeait et l'irritait au point» disait-elle» qu'elle ne voulait pas même vivre» comme personne privée, avec de telles gens ; elle déclarait, en outre» que le soin des affaires lui était maintenant si antipathique qu'elle aimerait mieux gagner sa vie que de continuer ses fonctions. Elle finissait en demandant à l'empereur l'autorisation de se retirer en Espagne» comme personne privée, avec la reine douairière de France, sa sœur '. Malgré ses précautions oratoires» Marie de Hongrie laissait clairement entendre, dans cette lettre» que si elle avait sacrifié son repos pour servir son frère, elle n'était nullement disposée à recommencer cette vie laborieuse sous un prince dont elle connaissait le caractère despotique.
• Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. IV, p. 469 et suiv.
L£S FAy&-BAS SOUS mtLIPE'E J1.
Jacques Maes, digâne des états généraux, répondit à la reine Marie que ceux-ci étaient très-satisfaitâ de son gouvernement, et il la remercia, au nom des Beiges, de raffection qu'elle leur avait témoignée. Charles descendit alors de son trône et quitta rassemblée qui était profondément émue et peut-être agitée par de tristes pressentiments.
Lorsque la foule se fut éooulée^ il sortit du palais et se retira dans la modeste habitation, située au bout du parc et que Tofi appelait encore ^ cent ans plus tard , la fimimn de ^empereur oti l^maison de CMiies-Quint. Que l'on se figure un pavillon, avec un seul étage, auquel on arrivait par un escalier de dix ou douze marches: Tempereur y occupait deux pièces de vingt à vingts cinq pieds carrés ; la première servait à la fois d'antichambre et de salle; la seconde était proprement ce qu'on appelait alors U chambre. Le^ murs ainsi que les fenêtres étaient ornés d'écus* sons aux armes de Charles-Quint, avec sa devise : PhiS OuUre. Au moyen d'un corridor qui communiquait de sa chambre avec une petite chapelle, il pouvait entendre le service divin sans se déplacer. Jean de Toupet, seigneur de la Ghaulx, son sommelier de corps, et les personnes attachccs h son service Je plus intime occupaient les autres pièces de la maison \
Le 26 octobre, les députés des dix-sept provinces se réunirent encore dans la grande salle du palais qui avait été la veille le théâtre de l'abdication de l'emijereur. Ils y trouvènmt le nouveau souverain, debout, appuyé contre une table, et cotouré des chevaliers de la Toison d'or et des membres du conseil d'État. Philippe, alors âgé de vingt-huit ans, était de petite stature, comme son père, auquel il ressemblait encore par le visage cl le menton. Cependant sa complexion était plus délicate, et sa phy-
1 Helatton du voijage de rmnsieur V Admirai, dans Riftrsti, II; GACHAfto, ï Abdication, etc., p. 24.