LIVRE PREMIER
« serge de Florence, les bras passés au dedans, un pourpoint « de treillis d'Allemagne noir, avec un bonnet de Mantoue, un « petit cordon de soie, sa chemise à simple rabat. >»
L'amiral lui ayant adressé ses félicitations sur la doncfusioit de la trêve et exprimé les vœux du roi, son maître, de vivre en paix et amitié avec tous les princes ses voisins, Charles-Quint lui répondit par quelques paroles courtoises et gracieuses. Il essaya ensuite d'ouvrir la lettre que lui avait remise l'amiral -, comme ses doigts malades lui refusaient ce service, Granvelle, qui se tenait derrière son fauteuil, s'avança pour l'aider; mais l'empereur n'y consentit point. « Comment, M. d'Arras, lui dit-il, me voulez-vous ravir le devoir auquel je suis tenu envers le roi, monsieur mon bon frère ? J'espère qu'un autre que moi ne le fera pas. » 11 parvint enfin à briser le fil qui tenait la lettre fermée et se retournant vers l'amiral, il ajouta avec un sourire : « Que direz-vous de moi, M. l'amiral? Ne suis-je pas un brave cavalier pour courir et rompre une lance, moi qui ne puis qu'à Wen grand'peine ouvrir une lettre? >♦ 11 la donna alors à l'évéque d'Arras, lui disant : a Lisez-la. « Après avoir ouï cette lecture, l'empereur, prenant un ton plus familier, s'enquit de la santé du roi Henri II , qu'il avait vu vingt-huit années auparavant, lorsque ce prince, alors enfant, fut conduit à Madrid comme garant de la parole donnée par François ï*', son père. L'amiral répondit que le roi se portait bien. «< Ah! que j'en suis aise, s'écria l'empereur, pensez-vous combien le cœur m'en rit, et non sans cause : car je tiens à beaucoup d'honneur d'être sorti du côté maternel (c'est-à-dire par Marie de Bourgogne), do ce fleuron qui porte et soutient la plus célèbre couronne du monde ; mais on m'a dit, toutefois, qu'il commence déjà à grisonner, et il n'est rien si jeune que lui ; il n'y a, par manière de dire, que trois jours qu'il était en Espagne, jeune prince, enfant sans poil de barbe. » — « Sire, repartit Coligny, à la vérité, le roi a deux ou trois
LES FAYS-BAs SOUS puiMi>pK rr.
poils blancs, comme bien d'autres plus jeunes que lui. » — M Oh! ne voua étonnez pas de cela, répliqua J'empereur, c'est moins que rien; en vous demandant l'état d autrui, je veux vous rendre compte du mien. J'étais quasi du mémo âge, lorsque je revins de mon voyage de la Goulctte à Naples. Voos connaîssez la gentiflesse de la viïle, fa beauté et la bonne grâce des dames qui y sont i je suis homme^ je voulus aussi mériter leurs faveurs. Le lendemain de mon arrivée, je fis appeler mon barbier, pour m'arranger la tête, me friser et me parfumer. On me présenta un miroir, et je découvris quelques cheveux blancs comme en a aujourd'hui le roi, monsieur mon bon frère, Qu'estceci? m'écriai-je. Otez-moi ces poils, dis-jaau barbier, ©t n'en laissez aucun : ce qu'il fit. Savez-vous ce qu'il m'ad vint? Quelque temps après, m'étanl revu au miroir, je trouvai que pour un poil blanc que j'avais fait ôter, il m en était revenu trois, et si j'avais voulu faire ôter ces derniers, je serais devenu en moins de rien blanc comme un cygne, » Après quelques autres propos, Tamiral ayant i>ris congé, Charles-Quint fit ouvrir les fenétrês de sa chambre d'oîi Ton avait la vue du Farc et se montra à toute lambassade française afin qull fût bien reconnu; car, peu de jours auparavant, on avait fait courir le bruit qu'il était à toute extrémité \
Quoique Charles-Quint eût éprouvé un grand contentement en faisant conclure la trêve de Vaucclles, il est certain néanmoins que le règne de Philippe II, comme souverain des Pays-Bas, ne commençait pas sous des auspices favorables. Trois causes principales devaient déterminer le méraorabie soulèvement de ces provinces : le fanatisme religieux, le despotisme politique et les embarras financiers du gouvernement. Cejs embarras provenaient des
f Voyage rfr monsieur f Admirai verft t Empereur et le ray PhiH^te pttur In ralififaiion ûe ta irrve, danjî RtmF.n, t. Il, p. H 33-63 T.