‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 4 sur 198 · ITS-BAS SOUS C» ARLES-QUINT · texte numérisé non relu

ITS-BAS SOUS C» ARLES-QUINT

— Plaînlesiidressées à l'empereur; Marie de Hongrie demande d'éiie déchargée du gouverneraent, — Réponse do Granvelle, premier coTiseiî- Ipr de Charles-Quint* — Situntioû flnancière des Pays-Bas ; la gouvernante obtient des étais géuéniux les ressources nécessaires à l^niretien d'une armée de trente mille hommes. — Attaques desFrançîiis contre la Flnndre et l'Arlols- — Armistice conclu par l'intermédiaire des reine;? de France et de Hongrie. — Autre trêve avec Christian lU. — Trêve «îéfiniiive conclue à Nice on Ire ChaHes-Quïnt et François I»f. — Vues politiques de Marie de Hongrie sur les Pays-Bas. — Entrevue avec François t". — Activité virile de la gouvernante dfôi Pays-Btis ; son habtk'té daoR l^équiLatiDo; sa pnssion |>our la chasse.

Inv eslie à vingt^ix ans du gouvernement des Pays-Bas, Marie d'Autriche s'efTrayait de rimmense respons^ibilité qui allait peser sur elle et des obstacles dont sa jeunesse serait le prétexte, car elle ne pouvait ignorer que son élévation avait été crîtîquéo et blâmée parmi les conseillers même de lempereur *. Mais son frère, se faisant un devoir de la rassurer et de l'encourager, facilita sa tâche par ses conseils et surtout par son exemple.

Vingt^sept années après, MariedeHonc^rieécrivait à Philippe II : n Madame Marguerite, notrt* tante, avait gouverné pendant long- «i temps et d'at)ord fort bien i mais devenue vieille et fort souf-

' Uancien confesseur de Charles-Q^iiit, l<^ c^irdinât d'Osma. qui avait conservé r habitude de la plus extrême franchise avec son pdnitent, fut uu de ceux qui blâmèrent le plus fortement la nomination de Marie de Hongrie^ tout on rendant justice au courage et à la chasteté de cette priocesse. • .„ Acuérdcse V. M, que, aunque es vaîerosa y casta , es muymoza» y B quedaodo sola y libre ^ pasa pelîgro deinfamia. ..» Brkfe a« Kaiger Kari V, gesrhricben vnn sanem Beivhtvater, in tttn Jnhvfn i!iW-fB32, pubïîéeî? pî»r le D- Heine (Herlin. IH^H', f*. 408.

« frante, elle fut obligée de se reposer du gouvernement sur « d'autres, parce qu'elle était désormais incapable d'agir par elle- «c même, comme il convenait et comme elle avait fait aupara- « vant* Aussi l'empereur trouva-t-il beaucoup de division entre te les grands, la justice affaiblie et méprisée, et les états assez « revécbes. Il y mit la main aussitôt, rétablit le cours régulier tt de la justice, introduisit l'ordre dans les finances et fit respecter « l'autorité. Quand cela était nécessaire , et les nécessités du « moment l'y obligeaient, il faisait entendre, avec la sévérité <i convenable, à ceux qui voulaient un peu s'émanciper, qu'il ne •( le souffrirait pas, et que, des grands comme des petits, l'on » ferait justice, m'ordonnant d'observer ce qu'il aurait ordonné. « Avec cela , quoique je fusse jeune pour un si grand gouverne- « ment, avec peu d'habileté et d'expérience, je n'eus rieo à faire « de plus que de suivre ce que S. M. avait ordonné , et je le fis « avec assez de fatigue et de difficultés '. » En effet, elle allait entreprendre une tâche qui eût effrayé aussi les hommes d'État les plus fermes, les plus habiles et les plus expérimentés. Placée entre l'Allemagne et la France, elle était appelée à devenir la sentinelle de Charles-Quint, l'auxiliaire le plus actif de ses vastes desseins, le soutien inébranlable de sa haute fortune. Toute la correspondance diplomatique de ses frères, l'empereur et le roi des Romains, allait passer sous ses yeux, ramenant sans cesse sa pensée du détroit du Sund aux côtes de Tunis et d'Alger, de Fontainebleau à Smalkalde, de Westminster à Vienne ou à Belgrade. Surveiller le protestantisme, déjouer les intrigues de François I*', ménager et gagner l'Angleterre, ramener le nord de l'Europe sous l'influence autrichienne, défendre et contenir les

* Lelire de la reine de Hongrie à Philippe II, écrite de Cigales, le 7 septembre 1558, publiée par M. Gachard, dans le recueil de lettres inédites sur la retraite et la mort de Charles-Quint au monastère de Yuste (Bruxelles, <8o4), t. I, p. 349.

Tays-Biis : teïle était la grande ol laborieuse mission qiie ta Vtetfvo de Loui.s 11 allait remplir.

L'avêuoinenl de Marie de Hongrie!, oômme rôganle d^s Pays- Bas , coïncida avec les dernières aventures et la chute définitive de Christiern II. Ce prince avait éti? élevé en (54 a sur le tr^nu de Danemark, vacant pur la mort de Jean H, son [tère. L'esprit de Christiern ne manquait point d'étendue, mais il était incapable de réprimer ses passions, de dompter la violence de son caractère, d'ennoblir ses goûts vulgaires et dépravés. Il contracta une alliance indissoluble avec deux aventurières hollandaises: Siegcbriele, la mère , devint son premier ministre, et de la fille, nommée Dyveke, il lit sa maîtresse. Il ne tarda point d'aillebir6 à manifester son aversion pour la noblesse et la clergé , auxquels les bourgeois et les paysans du Dar^emark étaient complètement asï^ervis. 11 résolut dabiiisser Torgueil des nobles et des évéques, d'arraelier aussi des mains de raristucratîele monopole du commerce, qu*e!le partageait avec les Hanséatcs, de limiter les privilèges de ces monopoleurs étrangers et de faire tourner au profit de la classe i>opulaire les bi^néîices du négoce. En éiK)U8ant en 4514 Isabelle d'Âutncho, qui n'avait que treize ans k ceUe époque, Christiern ne chercha pas seulement de puissants alliés dans la maison d Autriche , mais encore un appui dans les Pays- Bas pour ses réformes commerciales. Tout en poursuivant fa régénéra Lion du Danemark, Christiern travaillait è se former un parti en Suède pour recouvrer la couronne de ce royauaie, qu'un Boulèvement avait arrachée â son jière. îl profita de la querelle qui avait éclaté entre Stenon Sture, administrateur du royaume, et Gustave TroU, archevétjue d'Upsaï^ délit les partisans de Sture, et fut enfin reconnu (fOur roi de Suède à Upsal , le 7 septembre 1 5^0. Mais plein de haine et de déHauce contre les deux premiers ordra^i. inq)atiej>l aussi de détruire les dernières esppraticcs des partisans de rindéj^endance suédoise,

Christian II exécuta un acte iaouï de perfidie et de cruauté. Au milieu même des fêtes du couronnem^t, il fait saisir les séodteurs ^ les évéques, les seigneurs ainsi que Jes députés des provinces, qui viennent de lui prêter serment, et, en un jour, le 8 novembre 1520, quatre-vingt-quatorze victimes, choisiesparmi les per3onnages les plus illustres de TÉtal, tombent à Stockholm sous la hache de^ bourreaux , stimulés par la présence du roi. Ivre de sang, Christiern promène ensuite ses fureurs dans les provinces et marque tous ses pas par des actes d'une cruauté abominable. Hais cette extermination, au lieu d'étoufler dans les Suédois l'esprit d'indépendance qui luttait depuis un siècle contre l'union de Calmar , accroît la haine que le peuple ressent contre les Danois et suscite une révolution. Le fils d'un sénateur nKXrt sur l'échafaud, Gustave XVasa^ s'échappe du donjon où le retenait le tyran et devient en 1523 le libérateur de sa patrie, puis le roi de la Suède indépendante. Une autre révolution, dont l'initiative partit du Jutland, enlève en même temps le Danemark à Christiern, au moment où ce violent réformateur se proposait dp suppriiper la juridiction temporelle desévêques, doter aux seigneifrs le droit de vendre leurs paysans , et de permettre au paysan maltraité de quitter la terre de son seigneur. Une assembla nationale déposa formellement Christiern II et appela au trdne de Danemark son oncle Frédéric, duc de Holstein. Aux apologies répandues par le roi détrôné, Frédéric répondait : « Vous ne « verriez pas la couronne royale sur ma tête, si la perversité de « Christierq ne l'avait précipité du trône... .En vain, Christiern « déclamo-t-il contre mon élection : Jes seignc^urs du royaume « sont venus à pied et à cheval au-devant de moi ; ils m'ont reçu » sur (a frontière, et la joie publique a sanctionné le choix qu'ils « avaient fait. Ce ne sont pas seulement les évoques qui m'ont « élu , comme le prétend mon adversaire; ce sont encore les « citoyens les plus généreux du pays... 11 n'y a pas de vice dont

PAVS-1U8 êOm CUAUlKâ^UINr,

Suède, vint détruire Icïs espérances de ce début. Assi(*gé dans Opslo, Christiern est ôbligtj, en 1532, de se rendre aux purlisans de Frédéric de Holslein, On le conduisit aachàtt'au de Soriderbourg, dans l'Ile d'Atsen, où il devait languir pendant douze an$^ n'ayant pour toute conipagnie qa un nain hideux, remplaix^ plus lard par un vieil invalide, et ne recevant sa noujrituie tju à travers les barreaux d une lucarne ^

Les enfants d'Isabeïle d'Autriche restèrent sous la lulello de Tempereur et de la gouvernante des Pays-Bas. En Iii32, la naort prémaUiiée du priace Jean, que Charles-Quint ne désespérai* pas de rétablir sur Je trône de Danemark, lui causa le plus vif chagrin. Marie de Hongrie avait de même une prédilection marquée pour sa nièce, Christine de Danemark. Elle la considérait comme sa propre fille; toute jeune, Christine suivait sa tante dans CCS grandes chasses à cheval que rancienne reine de Hongrie aimait avec passion '. Lorsque CharJes-Quint eut manifesté l'intantion de donner Christine, comme é[ï0use, à François Sforze, duc de Milan, la reine Marie représenta à soa frère, le 2o août 4Sâ3, que la princesse n avait que douze ans; que c'était chose « contre Dieu et raison '* de la mjrier sitôt ; que si lo mariagï* était cûQSomniéi la jeune princesse pourrait en mourir Elle demandait, au surplus, à Tempereur de lui pai'donner sa franrhtse en considération de l'amour qu'elle portait à lenfanl Charles-Quint lui répondit: "Quanta l'âge^ je crains plus qu'il sera trop grand pour fe duc que pour notre nièce. » il priait donc sa sœur de ne plus s'opposer à cette union toute politique *, Le

^ Hiaiùirc fias irhUons ttiphnittliques tt mminerciaks, rie., chap. V,

* ^ KUe sa l^iioil fort bieii a rtoal, ciit liranlomt?, el il*^ toil horjnt* gràCL», ol iiiloil toujours ro«lfier «uf rtij'çoii, donteUg svoU «p|>ri>i tu fnç*>n de h reine Maiit», m tante, • Vks f/f* riawrt» stfu^trcs, eic.

mariage eut lieu, et la mort si prompte de Francis Sforze vint justifier les craintes de l'empereur •.

il fut alors question de marier Christine au duc de Glèves, afin d'attirer ce prince dans le parti de l'empereur. Cette tentative n'ayant pas réussi, la princesse de Danemark épousa (en secondes noces François, duc de Lorraine ; elle fut ainsi dans le voisinage de la Flandre et eut de plus grandes facilités pour y visiter sa tante.

En quittant les Pays-Bas, après y avoir installé Marie de Hongrie comme sa Ueutenante, Charles-Quint s'était rendu à Ratisbonne, où il avait conclu une trêve avec les protestants afin de les entraîner contre Soliman II, qui était rentré en Hongrie à la léte de trois cent mille combattants. Après la retraite des Turcs, Charies-Quint se dirigea vers Tltalie et s'aboucha à Bologne avec le pape Clénient VU. Cette conférence ayant excité les alarmes de François I*', il engagea la reine Éléonore à demander une entrevue à la gouvernante des Pays-Bas, sa sœur, soit en Picardie , soit en Champagne. La reine Marie, craignant de susciter des embarras à son frère, demanda préalablement l'avis du conseil d'État des Pays-Bas. Les uns déclarèrent que les Français étaient fins, cauteleux et malicieux ; qu'ils ne demandaient cette entrevue que pour inspirer de la jalousie au pape et entraver réellement les desseins de l'empereur ; qu'ils pourraient même retenir la gouvernante et tous ceux qui l'accompagneraient. D'autres, au contraire, estimaient que cette entrevue, en prouvant l'union qui régnait entre les maisons de France et d'Autriche, intimiderait Henri VIII, le duc de Gueldre et n)ême le pape. Dans une lettre écrite de Mons, le 27 novembrc1532, la gouvernante rendit compte à l'empereur de ces deux opinions contradictoires et demanda des instructions. Charlcs-Quint répondit de

' Le duc de Milan mourut le 24 octobre 4535.

ttS FAY2à-»Aâ SOUS ClUftLEâ-QlMNT.

Bologne, le H décembre, qu il s'opposait à œtle enti^vue, parce

qu'elle ferait naître trop de soupçons en Italie et qu'elle pouvait cacher un piége. La gouvernante devait prétexter un surcroît d'occupations et partir i m média terne ûl pour Gand ou Bruges, afin de s'éloigner des marches de France * ,

En 1 534, la situation devint plus grave. La France armait sur les frontières j les anabaptistes s'em|>araîent de Munster et menaçaient le nord des Pays-Bas ; les villes lianséatiqucs , secrètement excitées par François l"-^, faisaient saisir les vaisseaux hollandais, décidées à les exclure du commerce de la Baltique \ Déjà la reine Marie avait ordonné, comme représailles , que toutes les majchandises des Uanséates fussent séquestrées dans les Pays-Bas , lorsque le bourgmestre de Lubeck, le célèbre Georges Wullenwever, ennemi de l'aristocralic , comme Christiern H, résolut de le rétablir sur le tî'6ne de Danemark avec Tappui de la oour de Bruxelles ^ Une paix de quatre ans^ qui garantissait

' Conrspondtmz den Kamrs Karl V, L 11^ pp. Î9 et4l. — Cliarle^-Quiul ajoutait que la reine douainéro d@ Bongrio aviiit encore uqo autre boimû excuse qu'elle pottvalL indiquer couftdentiellemeDt à lu reiae EléOQore, sâ iwjîiii*, h savoir son 6tat de veuve et îafnçmi dcmvre de la cour de France f i[uj était (i4>Litrairt^ à cet élut, «Sayer* sùri3, mu sœur^ disait^^iZ, en parlant des courtisons de François t"', que voyant la difTérence de vostre mvrc, habii et fa^n de faire, ils en diroient ce que bon leui semble, changeant le boticntnauf>ais. * Lank, oper. ciL, p. i2.

^ Voir une dépèche du ÎO septembre 1533, adressa par Cbarlos^Quiril iiu vicomte de Lombeko, sou arûbussûdeur en FnjrîCc. Papiei's d*Ètat du L'Wdmal de GranwHej L \l^ p. ûL

^ Frédéric I» était mori en "I^IS, et sa «UDçessioii avait donné lieit a de vîù débats, te Danemark étant alors une monarchie tjleclîve. Les ôvôques, qui craignaient Je triompiie dijlbiiiif du lutîiàniiismei pioposcrent de déférer la eouruune aux plusjeuDe (ils de Ficderic, parte que ce pi in ce a*a-vaii pas encore abandonné lej? docirines catholiques, laudis que les nobtes routeraient le frère de Frédéric de HoJMeiJi. Ce dernier parvint au Irône sou» le nom de Ghriî?tian ïîl,

la liberté du commerce aux parties contractantes , fut conclue, et Christophe d'Oldenbourg, à la tète des troupes de la République, s empara de la Norwége, des lies danoises , de la Scanie et poussa jusqu'à Copenhague même. Tandis que Marie de Hongrie favorisait cette tentative de restauration , elle envoyait aussi de rargent et des munitions à Tévéque de Munster, pour Taider à détruire les fanatiques disciples de Jean de Leyde. Du côté de la France , il n'y avait encore que des apparences de guerre. Cependant la gouvernante réunit les états généraux à Malines , le 1 % juillet 4 534, et les engagea vivement à ne refuser aucun sacrifice pour garantir la sécurité du pays. Faisant allusion au régime plus noonarchique imposé aux Français : « Les habitants des « Pays-Bas, dit-elle, doivent vigoureusement défendre leur indét( pendance , car ils ont maintenant le bonheur de vivre réunis K sous un seul prince et de jouir de privilèges si grands qu'ils « sont inconnus chez les autres peuples \ »

Bientôt Charles-Quint cingla vers Tunis. Cette glorieuse entreprise , en l'élevant au-dessus de tous les rois, ses contemporains, réveilla la jalousie de son rival. Du reste, jamais François l*" n'avait cessé de craindre et de haïr l'empereur, qui , de son côté, n'avait pas la moindre confiance dans son beau-frère '.

' Des anciennes assemblées nationales de la Belgique, § II.

' • Ce que j'ai vu du roi de France dans mon court séjour, et ce que

j*ai entendu à la cour ou dans le conseil de votre seigneurie, me prouve assez , disait un ambassadeur vénitien, qu'entre ces deux grands princes, il n*y aura point d'union. La reine de Navarre, sœur du roi, femme d*un talent et d'une sagesse rare, et qui prend part à tous les conseils de la couronne, me dit un jour que pour pouvoir accorder ces deux hommes, i7 faudrait que Dieu refit Fun des deux sur ie calque de l'autre. • Relation de François Giustiniano (4537) dans les Relations des ambassadeurs vénitiens sur les affaires de France au xyi« siècle, recueillies par M. N. Tommaseo (Paris, 1838, 2 vol. in-4»). Voir t. I^r^ p. 473.

LES PAYS-BAS Sni'S CnAtlLaS-QI^INT.

i^cntliml qui* (Iharles^Juint châtiait Ips Barbaresques, Fraaeoîs s'aHîait a ver Soliman II, s'emparait de la Savoie, rovendiquait ie MiïaiiaiSj soudoyait de nouveau le duc de Guddre, déchiniit enfin îe trail*^ de Cambrai.

Ce n'était pas lirniqtie .souci de h\ gouvernante Au mors do mai iS3tj, Frédéric, comte palatin, épousa la princesse Dorothée, nile atnée de Chrisliern 11 et d'Isabelle d'Autriche. Ifârie do Hongrie aurait voulu lui donner pour dot la Norwége et le Danemark î mais la quiétude du comte palatin et les lenteurs apportt^s dans réquipement de la flotte laissèrent échapper roccasion favorable*. Le parti aristocratique do Lubeck reprit l'ascendant ; Wullenwever fut renversé, et la paix conclue entre les villes hanséatiques et Christian in. Alors seulement le comte palatin prit la résolution énergique de faire |>ré\^loir ses droits; mais ses efforts et ceux de la gouvernante furent paralysés par des dignitaires qui s'étaient mis* prét<^nd-on, aux gages de Christian, et par les préparatifs de In nouvelle lutte que Charles-Quint allait devoir soutenir contre la France.

La reine Marie exposait ses perplexités dans une lettre intime^ écrite à son frère Ferdinand , roi des RomainSp le S5 mai 1536. Klle excusait le comte palatin, signalait rhostilîté renaissante du duc de Gueldre, et, tout en se félicitant de Félév^ation de Jeanne Scymour sur le trône d'Angleterre, parce que cette nouvelle femme de Henri VIIÎ passait pour bùj}ne impMalisffff elle carac-

' Dans une Ittlre datée de Messine le 15 octobre 4535, apréh rexpodition de Tunts et adressée à mn ambassadeur ça Friin(!e, Ch^rles-Quint si^n^liiit la bnnne emiliti qtiMl port/iii h ceux âasmï sang^ et U alléja^unU, catnme pietive, k's tii^riuges dispeudieux de st^s niécés , \&i princ45sse$i de Danemark, quoique leur père m fût fort mal conduit à eoo ^rd, qu'il eût fa U grand dommage ntjx Pays-îkif! et réclamé par la violence la dot de la reine ïïiabetîf*. eir. Papwfx U'Elnt r/« ranfinni tfe GranvfJift l, IL fi. 389.

YIE DE MAniE DE IIO.XGRIE. 5i

térisait , avec une sanglante ironie , le tyran qui régnait sur les bords de la Tamide \

Marie de Hongrie désirait aussi ardemment que l'empereur de contenir et d'humilier François I"; mais elle hésitait pourtant à engager les Pays-Bas dans une nouvelle guerre , depuis qu'elle connaissait mieux lès rivalités do la noblesse, Tesprit mercantile des communes, et la difficulté d'obtenir des subsides des états. Le 8 février 4536, elle avait cru devoir proposer à Charles^uint la neutralité du pays. L'empereur répondit de Naples, le 2 mars,

' ,Oo remarque dans cette lettre ud curieux mélange de gravité et d*eojouement. « La flotte du palatin, disait la reine, a été retardée par suite de la mauvaise volonté de certaines gens ; M. de Gueldre commence à lever ses cornes ; quant à l'Anglais, j'espère qu'il ne nous fera pas grand'chosc, (fautant que nous sommes délivrés de fa demoiselle qui était bonne ffun-

çaisê (Anne de Bole3nQ, décapitée le 40 mai) • Elle révélait, sur ce sujet

tragique, une particularité singulière : • Afin que la vengeance en fût prinse par subject de S. M., il (le roi d'Angleterre) a fait venir le bourreau de St-Omer pour ce faire, à cause quMls n*on avoient de bons assez pour ce métier, à son appétit • — « Il (Henri VUI) a déjà épousé, poursuivait-elle, une autre gentille femme que Ton dit être bonne impërialisle Jeanne Seymour). Il est h espérer, si espoir Ton doit avoir à tels actes, quequand il (Henri VIII) sera las de celle-ci, Il trouvera qaelque occasion pour s'en faire quitte. Je crois que les femmies ne se contenteroient guère »\ telles coutumes vinssent en troin (et à bonne cause). Combien que n'ai envie de me mettre en ce danger, pour être du genre féminin , prierois-jc avec les autres qu'il nous en veuille bien garder. •> Documents historiques, {. VI (Archives du royaume). — Le 24 novembre précédent, l'ambassadeur résidant en Angleterre mandait dans une lettre en chiffre^ à Granvelle que le roi, devisant de la princesse (Anne do Boleyn, sans aucun doute), déclara qu'il pourvoirait bientôt à ce qu'elle n'eût plus besoin de compagnie et qu*elle servirait d'exemple pour montrer à tout le monde que nul ne devait désobéir aux lois, et qu'il voulait justifier ce qui avait été dit de lui, à savoir que : • à Ventrée de son règne, il serait doux comme un agneau, et à ta fin , il serait pire q^te le lion. » Documents historiques, f . V [Archives du rovaume).

irS I*AVS-I1AS sots CtUltUS-QtlIl^T.

qu'il di^'^irait la paix, mais qui) ne Dégligeait rien pour avuir in force en main ; iJ savait que la pauvreté était grande dans les Pays-Bas, et cependant il se fiait au patriotisme ûm habitants. Quant à la neutralité du pays» elle ne pouvait fias convenir, disait-il, parro qu'elle ne serait pas respectée par les Français. Il ordonnait ensuite que le commandement des troupes fût oonfié îHi comte Henri de Nassau ; Il voulait aussi que la reine convoquât îmmt^Jiatement les seigneurs, pour les engager à mettre le Imiî jxmr le fou/ ' ,

Marie de Hongrie, craignant que le principal effort des Français ne se portât vers les Pays-Bas, alors dégarnis de troupes, réunit les éUiis généraux à Bruxelles, le 4 4 juîn 1536, et obtint de cette assemblée un subside de 300,000 florins Ces ressources permirent au comte de ^^assau de transporter la guerre en Picar* die, tandis que Charles-Quint envahissait la Provence, Une seconde armée, sous le commandement du gouverneur de la Frise, marchait en Over-Yssel conti^e le duc de Gueidre. De ces trois attaquer, une seule réu&sit : Tarméede TOver-Yssel réduisit la ville et le pays de Groningue. La correspondance de la reine avec l'empereur attestait ses anxiétés. Elle signalait le mauvais esprit qui dominait à Gand, Tépuisement des finaoceSt la nécessité de venir promptement au secours des Pays-Bas, si Ton voulait prévenir une révolte. Charîe^-Quint répondait : " Tt?mporisez avec les Gantois, maïs notez tes principaux opposants ^ j'apprécie les peines que vous éprouvez pour faire face en même lemps à la France, au duc de Gueldrc et au roi Christian de Danemark, mais il faut faire plus que le possible L,. *, »

lA reine Marie, pleine d'ardeur et de courage, ne négligeait rien pour surmonter les obstacles et df^ouer les périls qu'elle

* CQrivspiiHtiet\s des Kaisers Karl V, t. !î, p. 657^Ck»i

* Ib., t. 11, p, Oiî4et âuîv.

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rencontrait de toutes parts. Aussi avait-elle été sensible aux reproches indirects que l'empereur, toujours pressé d'argent, lui adressait au sujet des lenteurs dont elle s'efforçait vainement de triompher. Croyant qu'elle ne possédait plus toute la confiance de son frère, elle demanda formellement d'être déchargée du gouvernement des Pays-Bas. Nicolas Perrenot de Granvelle, qui remplissait les fonctions de grand chancelier sans en avoir le titre, s'empressa de rassurer la reine. Tout s'était borné, luimanda-t-il, à quelques modestes plaintes, quant aux finances et aux retards qu'on apportait au payement de l'armée. L'empereur, mécontent de ces retards et de l'inexécution de ses ordres sur d'autres objets , avait voulu exprimer clairement son déplaisir, et il avait bien fallu se résoudre à ajouter en mai^e, dans la lettre de réponse à la reine, une observation conforme aux volontés du monarque. « En somme y Madame, ajoutait Granvelle, quand l'empereur mande ou écrit quelque chose, il veut que cela se fasse '. » Il semble que Marie de Hongrie soupçonna Granvelle lui-même de l'avoir desservie; car, dans une longue lettre du 6 octobre 4536, Charles-Quint excusa ce ministre « de ce que la royne le vouloit inculper » et mandait à sa sœur «< qu'elle le devoit tenir pour bon serviteur '. »

La situation financière des Pays-Bas était le plus cruel souci de la régente. La plupart des revenus ordinaires et extraordinaires des années 1536, 1537 et même 1538 avaient été absorbés-, les domaines de l'empereur étaient chargés d'une somme énorme; enfin, quoiqu'on eût également anticipé sur les aides de 1537 et "de 1538, le gouvernement devait encore au delà de

' Lettre inédile de Granvelle à la reine Marie, datée d'Aix, en Provence, le 8 septembre 4 536, dans les Archives de la secrélairerie d*Étatde l'AUennagne et du Nord.

»Lanz, t. Il, p. 684.

LtS FAYS-OAS SOUS €|IAqLGSH}I7lNT.

300,000 iloHns. Pendant f'hiver, la reino convoqua plusionrs Ms les t^tats, el, è force de sollicitations, elle leur arracha en quelque sorte les ressotirces dont ollc ovait besoin pour Tenlretieiï d'une armée de trertle mille hommcïs \

François 1" mettail alors en avant les iirélentions les plus audacieuses. Invoquant fontre son puissant adversaire des droits de suzeraineté qui avaient éié formeltcment anéantis par les traités de Madrid et de Cambrai, assimilant presque le redoutable Charles-Quint au faible Guy de Dampierre, cette triste victime de Philippe le Bel, il déféra le conquérant de Tunis, comme fffhn, au parlement de Paris. Celui-ci, considérant que Charles d'Autriche n*avait pas prêté hommage pour les comttîs de Flandre et d'Artois , dédara ces fiefs réunis à la couronne. Une armée s*avança presque immédiatement pour faire exécuter cet arrêt* Cependant les troupes nationales reprirent la plupart des places quVlles avaient d'abord perdues» et elles avaient déjà investi Thérouanne lorsqu'on apprit que, le 30 juillet < 537, une trêve de dix mois avait été conclue entre ïa France et les Pays-Bas '. Cette trêve était due à la sagesse de la régente qui Tavait néfîociée avec la reine Éléonore, sa sœur. Quelque temps auparavant, la reine Marie s'était vue également obligée d abandonner ses projets sur le Nord. r.e il février 1537, elle écrivait à l'empereur qu'elle négociait un armistice avec le duc de Holstein (Christian îll), qui occupait presque tout le Danemark. Cet armîslice était néces-

* Dêë aticieHfiût À^tiemblèH ndHonales tft' fa Bi'tgUjue, § H ' Le 25 mai, après avoir iiverti l'Empereur des nouvelles el considère*blés levées qu'elle avait otxtonnéeF pour ta défeuse des rrontières, la reàie Mûrie ajoutait qu'on ne les saurait payer « Poorquoy, disait- elle, TaiiU aydcr d*argeiît et paix, aulremeot le pays est perda, ^ Elle exposait ensuite les raisons qui Tavaient en^gée h répondre m% lettres* de In reîtié de France, sa sceor. Lan/, t. M, p. 673*

VIE DE MAniE DB HONGRIE. 35

saire, disait-cNe, parce que le duc empêchait les habitants des Pays-Bas de se rendre dans ce royaume, et qu'il retenait environ cinquante navires qui appartenaient à des négociants de la Hol> lande, de la Frise et de l'Over-Yssel. L'armistice fut ensuite converti en une trêve de trois ans conclue à Bruxelles le 4 mai sous la médiation de Hambourg : elle assurait aux navigateurs des Pays-Bas la liberté du commerce dans le Sund. En demandant à l'empereur de ratifier la trêve, la reine disait que cette convention était le salut des provinces de Hollande, de Frise, d'Over- Yssel et de Groningue, qui ne pourraient exister sans commerce avec le Nord '.

Le 1 8 juin 4 538, Charles-Quint et François T' déposèrent également les armes à la suite de la trêve de dix ans conclue à Nice, par la médiation du pape Paul IH. Lentrevuequi eut lieu dans le port d'Aigues-Mortes, un mois après, entre l'empereur et le roi, fit espérer que la trêve de Nice serait convertie en paix perpétuelle, et que les deux monarques uniraient désormais leurs forces pour chasser les Turcs de l'Europe. Mais cette détermination attristait la reine Marie parce qu'elle devait éloigner l'empereur des Pays-Bas. « Sans doute, disait-elle à son frère, votre intention est louable, mais vous ne devez pas hasarder votre personne, car ce sacrifice, au lieu d'être utile à la chrétienté, pourrait être cause de sa ruine, s'il vous arrivait malheur. » La veuve du vaincu de Mohacz croyait devoir présenter ces observations, parce qu'elle connaissait par eoopérience les forces des Turcs. Dans le même temps, elle conseillait à l'empereur de tenir la Germanie pacifique, en rassurant les luthériens et en s'efiPorçant de les gagner, sauf à suivre une autre politique lorsque les circonstances seraient plus favorables, «c 11 faut surtout empêcher, ajoutait-elle,

* Lettres de la reine Marie à Tempereur, du 42 février et du 29 mai 4537» dans Lanz, t. II, p. 273 et 27C.

LKS ?A\S-DA$ BOVS ClfàiaCS-QUKNT.

que les ^>nDœs Ititht^riens ne fassent obstacle à Vacquisition de la GuekJre. 1.

Plus prudente, â mesure qu'elle pouvait mieux ap|irécier ia situation de TEuropc, elle poDsait que les Pays-Bas n'avaient ni la volonté^ ni la puissance de soutenir une nouvelle guerre pour renverser Christian 111 du trône de Danemark, Aussi insistait-elle sur la nécessité de prolonger la trêve de trois ans, parce que la cessation du commerce avec le Nord serait la ruine des Pays-Bas, principalement des provinces maritimes ',

La raison et l'expérience indiquaient a la reine Marie le véritable rôle qui con%^enait aux Pays-Bas. nation industrielle et commerciale. Les guerres de Charles-Quint épuisaient s^ ressources; une neutralité armée et vigilante pouvait seule affermir sa prospérité et la préserver peut-être d un démembrement. Aussi, tout en ne se refusant point à seconder les projet.^ de Tempereur, ne négligea-t-elle aucune occasion d'établir de bons rapports entre François ï« et les Pays-Bas. Pour sceller la réconeilîatîon qu'elle avait provoquée, elle accepta avec un certain empiTssement, au mois d'août io38, l'entrevue qui lui fut proposée par le roi de France, Charles-Quint lui écrivit, le 6 septembre, qu'elle avait bien f^ût d'accepter Tentrevue, mais que celle-ci ne devait pas avoir lieu trop loin des frontières, et qu'elle devait tilcher que le roi ne vînt point dans les Pays-Bas. Du reste, rlle ne devait rien dire dout on pût tirer parti j mais tout écouter et promettre d'en prévenir lemporeur \

Les vues pacifîques de la reine Marie dénotaient la sagesse de son esprit et l'excellence de son jugement, Mais ee serait étrangement méconnaître Tillustre sœur de Charles-Quint que de voir en elle une femme préoccupée, avant tout, des joies paisibles du

• Lahz, t. II, p. Î89etî95.

foyer. Cette sage et prudente conseillère détestait l'oisiveté et n'aimait pas même le repos '. Au caractère ferme et décidé de l'empereur, elle joignait une activité que rien ne lassait, «t C'est une femme qui tient beaucoup de l'homme, disait un ambassadeur vénitien, car elle pourvoit aux choses de la guerre, et elle en raisonne, ainsi que de la fortification des places, et de toutes les matières d'État ». » Ne se fiant pas aux rapports, elle voulait voir les choses par ses propres yeux. De même que son aïeule Isabelle la Catholique, elle montait à cheval pour passer les troupes en revue et visitait les places fortes. En ^537, elle avait parcouru la Flandre et la province de Namur ; en \ 538, elle visita l'Artois; pendant les deux années suivantes, elle se rendit dans le nord des Pays-Bas et dans le Luxembourg. Toutefois, sa résidence ordinaire était Bruxelles ou Malines. Encore, pour se livrer au plaisir de la chasse ou à la dévotion, faisait-elle des excursions fréquentes au château de Tervueren ainsi qu'aux abbayes de Groenendael, de Sept-Fontaines et de Villers '. Douée d'une grande force corporelle, elle avait pour la chasse la passion de Marie de Bourgogne, son autre aTeule. Dès que les affaires lui en laissaient le loisir, elle s'exerçait à monter à cheval et allait à la chasse. On l'avait rencontrée dirigeant son cheval au galop vers la ville de Tongres et en avant de sa suite, quoiqu'elle fût en selle depuis dix jours. Non-seulement, cette reine chasseresse lan- .

• « Je ne sache créature en ce monde, vers qui l'oisiveté ait trouvé moius de recueil que vers elle, et qui, en répartissant le temps, en ail donné plus petite part au boire, au manger, au dormir, au reposer, qu'elle n'a fait. » RicHARDOT, Sermofi funèbre de la reine de Honyiie, p. 24.

' Belalion deBernardo Navagero (1546), dans les Monuments de fa diphnhatie rénilienne, p. 87.

^ Rapport sur les archives de l'ancienne chambre des comptes de Flandre, a Lille, par GACHAnn, p. 259-263. (Extrails de<î itinéraires de la reine Marie.)

m CltAHLEâ-aViNTt

^uil l'f^pieu flvec adresse et vigueur au sanglier ou au cerf, nvdm elle présiilait elie-mênne à la curée ^ après avoir saigné lu béta selon les règles '. « De longtemps, dit un ambassadeur véaiUen, il n'y a peuMlre pas eu de femmaqui l'ait surpassée, suruiut liour son habileté dans léquitation. Un jour elle en fournit, entro autres, une preuve au roi François I*^ qui en fut tout émerveillé. Comme ils chevauchaient ensemble, le roi, voulant lui dooner la droite, longea de très-près un fossé pour l 'empêcher ainsi de se placera sa gauche. La reine alors piqua son cheval, lui fit franchir le fossé; qui était très-large, et chevaucha sur les champs, de manière que le roi resta à sa droite. Mais le monarque fil cesser, en cédant, rîncemnioiîité que la reine en épmuvait'. «'

Le souvenir de la reine chasseresse serait demeuré [)lus populaire dans les provinces, qu'elle sut défendre avec t^iiil de

I « .,, She yais, eveu lu that âge uf maiily wouiuii, rcmaikutjle for lier mtrepid spiniuiid her iron friimc. Tu mucb of the hoûWy streugtli of bm Voii&h îïiicestiess, Cjmbiirgiîî of the hammt?r-ûftt, shi? onited the cool head unû the Biron^; wfU of her brottii^r Ckarles. Ilunling atid hawking sbiî luved Ukjs M^iry of Burguudy, end her horsemaiighip muf^t liBve deJighted Ibe kaightly beurl of ber grandsire Ma:Kimiliai]. Not only could $lie bring dowEi berdCHïr wJLh unt'niijg aim, butiacking up bcr slecves^ and drawing ber knife, sbo would eut tb(ï animars tbrout^ aiid rtp up itâ belly in as good style of the be«t of Ibe roval foresters,-. Hoger Astbam, meeting Ihe £j}ortliig dowager as she gaUoped inlo Tougres, farabead uf ber suite « altbougb it was ber ientb day tbe &addle, recorded ibe fact in bii note* bookf wUh a remark wbicb brielïy sttmmed up Ibe popalar o])Julou of bor character « Sbi* ts, » sa y s be^ « a virâ|fO ; sbe \^ nu ver bo well as when sbe Is Dingjng on borseback and buntmg ail tbe nigbt Long. ■' W. Stmir^fi, ihe Chfitrr life of tha emiîcror Chartes (he fifîh [3« édition) ^ p- O et lO, d'après des documents^ contemporains*

' Rifiatkm de Marino CavBÏIi(<554), dan? les Mf^nnimnin de hffii^hmnUr vénitifnftr, p. 104.

vaillance, si, pour subvenir aux guerres interminables de cette époque , Marie de Hongrie n'avait dû pressurer , et , à certains égards, épuiser le pays. Ce fut sur leur gouvernante que les peuples firent retomber la responsabilité des impôts nouveaux, des emprunts et des autres expédients rendus nécessaires par une situation toujours grave et souvent pleine de périls. Les Gantois, surtout, allaient bientôt attribuer tous leurs malheurs à l'énergique lieutenante de Charles-Quint.

--^'CCtKO'''

CHAPITRK III.

Invasion de T Artois , en 1537. — Les états génuraux, couvoqu^s pur îa rejue Miu je, voLeot de& subsides considérables pour renforcer l'a rniée nalionale. — Part cotilributîve de la Flandre accordée par trots membi^s de cette province et refusée |^ar le?? GanÈots qui offrent de mettre leurs miJicei» en campagne. L'accord , d'abord accepté par ia guuvcrûantét devient b cause duo grave conflil par suite de nouvelles prêtent! ons. — Vaines tentatives d0€ awtre^ districts pour mettre un terme à ce différeiid. — Chari^-Quint enjoint m ni Gantois de iJC sau mettre* — Altitude plus ferme du gouvernetnenl après la conclusion de la trêve de Nice. — Dépittation envoyée k Marie de Hongrie, alors en France; fa reine lui enjoint de ne pas dépasser la frontière, — Elle reçoit les députés a Ueaumont; sa réponse. — Hésol ut ions prises à Gand, le S juillet 1539, dans une assemldée générale de la commune ; préi)ondéranœ do 1 élément démocratique —Troubles à Toccasion de félection des doyens des métiers. — Proscription des éclie^ins de iS30. — Les Cre&sffrt. — Vues audacieuses de cette faction démagogique. — Exécution de Liévin Pyen. -^ Lacération d'un di[jlùmc de4^45. — Les doctrines des anabapti^^tea dominât, dans la populace. — l'rojet de fottœr à Gand une république fondée sur le cammuni^^me^ — La reine Âlarie contrainte d'autoriser réfection de nouveaux échevms ; sa protestation secrète. — Gbartos- Quiot cbargo le comte du Hœuls de faire à Gand une dernière tentât j%e de conciltatton ; insuccèe^ de cette missiou. — Audace croissante des dénïagogues. — CbarlesrQuint prend la résolution de se rendre lui mênje a Gand pour dompter la révolle. —Motifs qui le décident pour la route do France. —Garanties; qui lui sont données par François l".— Incidents du voyage de €Uarles-<Juint à travers la France. — Les Gantois envoient une dépulalion à Valenciennes ; accueil sévère de Tenipereur, — M arrive à Gand à h lé te de foi ces impo^^itts et avec un cortège magnilique. —

vie DE KARIB DE UONGRtE. ^t

Arrestation des principaux auteurs des troubles. — Procès fait à la commune. — Exécution de neuf chefs ou complices de la siklition. — Ck)nstruction d'une citadelle. — Les échevins et les notables implorent la miséricorde de Charles-Quint ; inflexibilité de l'empereur. — Réponse plus modérée de la reine de Hongrie. — Sentence du 29 avril 4540 qui change l'organisation communale de Gand. — La concession Caivlinc— Amende honorable accomplie par les Gantois.

Lorsque les Français eurent envahi l'Artois en i 537, la régenti» des Pays-Bas dut recourir encore une fois aux états généraux. Le péril étant manifeste et les nécessités de la guerre pressantes, elle demanda un nouveau subside de 1,200,000 florins, nécessaire pour organiser promptemcnt une armée de trente mille hommes et l'entretenir pendant six mois. L'assemblée eut lieu le 24 mars 4537, dans la galerie neuve du palais de Bruxelles, en présence de la reine régente, du cardinal évéque de Liège et des principaux personnages de l'État. Le membre du conseil privé, qui fit la proposition de subside, rappela aux députés que, lorsque l'empereur prit congé d'eux en 1531 , ils promirent d'obéir à la reine, sa sœur, et de saider les uns les autres. Il ajouta que le moment était venu d'exposer le moins pour garder le plus ; que, à cause de l'imminence du danger, la reine les avait convoqués, quoique ce ne fût point la coutume., avec charge de conclure ; que, si l'on ne pourvoyait point promptement aux desseins de lennemi, le pays en recevrait d'irréparables dommages, outre la honte qui en rejaillirait sur lui; que la reine, pour ne point encourir le reproche de négligence, avait augmenté l'armée d'un certain nombre de gens de pied, mais. que cola ne suffisait pas. Dans cette grave conjoncture, la reine Marie, prenant elle-même la parole, remontra ensuite aux étals qu'elle

FJ^V

&iS soDs cttAite

lUlNT.

s'élâil churjLfée de la régence du pays poui' faire service è i'etiipereur: que, à son entrée au gouvernement, elle a%'ait trouvir de grandes dettes, dontelïc avait cherché à aoiener raniortissement autant que cela lui avait été possible ; enfin, que la guerre exigeait tant de dépenses que les domaines du prince n'y pouvaient plus suffire. Elle coïjelut en réclamant une assistance prompte et efficace. Les députés ^ s étant réunis de jiouveau le 2S; à rhôtel de ville, les étals de Brabant déclarèrent qu'il» étaient prêts à s*empli>yer, corps et biens, pour le service de Tempereur, ainsi que pour l'assistant des autres pays^ et ils exhortèrent chacun à suivre cet exemple. Les mômes témoignages de zèle et de dévouement furent donnés par les représentants des autres provinces. Ceux de la Flandre seuls répondirent n'avoir d'autre cbai^e que d'ouïr la demande de la reine et de la rap|>orter à leurs conmieLtants ".

La part contributive de la Flandre avait été fixée à 400,000 llorins. Trois membres {quartiers ou districts} de cette impartante îirovince, Ypres, Bruges et le Franc accordèrent leur contingent; le quatrième membre, dont Gand était le chef-lieu, refusa de s'associer à ce vote. Les rentiers ou bourgeois [iroprement dits opposèrent un refus absolu; les tisserands et les cinquante-deux petits métiers, s appuyant sur un privilège contesté de Marie de Bourgogne et subordonnant les intérêts généraux du pays aux intérêts et aux prérogatives dune seule commune, déclarèrent que, si lemperour avait absolument besoin de gens de guerre, ils étaient diiiposés à le servir [^ar leurs milices et à les entretenir, selon l 'a ncien ne en u t u m e * Cette offre de fa m a jo r t té f u 1 1 ra nsm ise ti la reine régente \

' Des atii:tvttne'^ A^Sf^mbiées natnmale^fk în Hrtyiqne, % Il * L'nrganïMtlon d© la commune gantois*? a été tiés-clairomenl expiihep P»tM. Rfîr^npl : ^ l^ i^opulatirtn, â\î-ï\^ était répuHie en iv(%ïg rafégorie^^

Par un acte du 24 avril 1537, la gouvernante accepta Taccord des états de Flandre, tel qu'il avait été stipulé, c'est-à-dire le payenient en numéraire voté par trois membres et l'assistance en gens de guerre proposée par l'autre. Quoique la reine se fûl montrée médiocrement satisfaite de cette dernière prétention, elle permit cependant de faire battre le tambour pour enrôler ceux qui voudraient servir; elle proclama même qu'ils avaient tous agi en bons et loyaux sujets, qu'elle leur savait gré à tous de leur bonne volonté et qu'elle avertirait l'empereur de leur bon devoir * .

Quelques villes et villages du quartier de Gand avaient suivi l'exemple donné par les trois autres membi^es de la Flandre et payé leur part en numéraire. Les Gantois, persistant dans leur décision, annoncèrent qu'ils puniraient ceux de leur quartier qui se sépareraient d'eux ; et cette menace suffit pour intimider les

ou membres : les rentiers, poorters ou bourgeois par excellence ; les tisserands, métier aristocratique, formant, comme dans les villes de Brabant, une classe intermédiaire entre le patriciat et la plèbe et divisés en vingtsept tryXrfn ou quartiers; puis les cinquante- deux petits métiers. Qoofld la commune avait à prendre une décision, chacun des trois membres délibérait en particulier, et le résultat de cette délibération, transmis à une assemblée centrale, servait à former une résolution définitive ou Coilare, nom qui désignait aussi rassemblée même. » Insurrection des Gantois contre Charles-Quint (Liège, ^852, in-S» de 52 pages), pp. 8-9.

• L'acte d'acceptation est inséré dans le Discours des troubles cuivenus en la ville de Gand, qui fuit partie des Analecta belgica de Uotnck Van Papen- DRECHT, t. III, partie 2, pp. 283-285. La réponse de la reine aux députés de Gand, datée du même jour, et où se trouvent ses objections contre la levée de volontaires, a été insérée par M. GACHAnu, p. 559 de l'important appendice à la Relation des troubles de Gand sous Charles-Quint, i>ar un contemporain. Cet ouvrage forme un des volumes les plus intéressants de la collection des Chroniques belges inédites. Voir notre analyse de co précieux recueil dans la Revue nationale, t. XVI, pp. 17<-<8fi.

LES f»AYS-ftA*i SOUS CUiliLeS-^l7t?4T.

villages ou bourgs disposés h payer l'impôt en argent* Mais alors le gouvememenl prétendît, de son côté, que les états de Flandre, quoique coniposC'S de quatre membres, pouvaient voter les aides n la majorité de trois voix contre une, et obliger ainsi la minorité à souscrire aux demandes du souverain. Four mettre néanmoin^i un terme à ce conflit, la gouvernante fit proposer à Téchevinai^e de réduire de moitic^ la somme exigible des Gantois \ Lorsque celte démarche eonciltante eut été repoussé*^ avec hauteur, et que les échevins eurent même refusé de délibérer sur TolTre de la reine^ legouvemement prit enfin h résolution do ïâ\v\* procéder par exécution contre ceiLv qui refusaient de payer leur pari en numdraùv. t*our empêcher ces violences, les Gantois envoyèrent leurpensionnaif^Liévin Bloujmeà Bruges, oii il présenta requête à la reine, le 8 août loS?. Les opposants s'appuyaient sur un privilégede Marie de Bourgogne de 1470, en vertu duquel avait prévalu l'usage que le consentement de la majorité ne pouvait engager la minorité en ia contribution d*aucunes aides^ subvmtiom ou impositions. Us demandaient l'élargissement dé ceux qui avaient été arn^lés comme récalcitrants cl ^mrsmnce à toute exé- €ution uîtéjiettre. Après avoir présenté cette requête, le pensionnaire ajouta^ en tremblant, qull avait charge de ses maîtres de déclarer que si ta reine ne voulait pas leur donner satisfaction, les Gantois étaient disposés à envoyer des députés auprès de Tempereur. La régente répondit, le 9, que les suppliants pouvaient s*^ pourvoir en justice contrôles exécutions dont ilsse plai* gnaient, et qu'elle ne s opposait pas non plus au recours devant rcmi>creur, à qui elle envoya bîentM elle-même lo D* Bchorre, membre du conseil privé.

^ Celle olîrB ufait comprijï/ dmm k^ m^vlructioas dvn S*' de IJerbais et Cornilîe Scepperus, que b gouvernante envoya à Gund le 15 juilîet (537. Appendice à îa Hciatlm dtfs trouhtfs tie Gitnff, pp 185*187

VIE DE MARIE DK HONGniE. 45

Mécontents de cette réponse, les Gantois s'adressèrent aux trois autres membres de Flandre pour leur exposer que les exécutions ordonnées par le gouvernement leur étaient également préjudiciables et pour les requérir de leur prêter assistance, parce qu'ils devaient être d'une même opinion lorsqu'il s'agissait de défendre les privilèges du pays. Avertie de cette démarche, la gouvernante manda près d'elle des députés des quartiers obéissants et leur fit communiquer la requête des Gantois ainsi que sa réponse; elle ajouta qu'il n'appartenait pas aux sujets seulement d'interpréter les privil^es dont ils étaient redevables aux princes, et que, d'autre part, si les Gantois réussissaient à faire prévaloir des prétentions inopportunes, les autres quartiers regretteraient d'avoir payé leur quote-part, voudraient en être également exemptés et pourraient, par cette conduite, entraîner la ruine de l'État. Toujours dans le but d'éviter une coalition entre les quatre quartiers de la Flandre, la gouvernante désigna le chef du conseil privé (Jean Carondelet, archevêque de Palerme), un membre de ce conseil et le chancelier de la Toison d'or pour conférer avec les députés des districts obéissants.

Dans ces conférences, on insista surtout sur lineOicacité du privilège invoqué par les Gantois, attendu qu'il avait été annulé par un autre acte de 1485. Cependant les députés de toute la Flandre présentèrent, le 24 septembre, une nouvelle requête à la reine pour la prier de tenir en surséance les exécutions et de relâcher les prisonniers, du moins jusqu'à ce que l'empereur, en connaissance de cause, en eût autrement ordonné. La gouvernante accorda cette demande, mais sans préjudice du droit de l'empereur, et pour Tespace de trois mois, pendant lequel le procès sur le différend serait présenté au grand conseil de Malices ou au conseil privé, suivant le choix des Gantois : et de quatre mois, s'ils aimaient mieux s'en rapporter à la décision de l'empereur. Le 2 décembre, les quatre membres présentèrent

4ti

LK* 1»A¥S-I11S SOUS ClUltLKS-UUI>T,

ijtie rvfmvelle requête jirmr obtenir f|uii la siirséanco des exe* cotions et l'élargissi'menl des prisonniers fussent immédiats , concessions auxquelles la gouvernante ne voulait se (>réter que lorsque les Gantois auraient pris une détermination. Du reste, le m(''me jour, h reine maintînt .^a |>remièred(icision. Les trois autres membres s ï'iant alors séparés des Gantois, oeux*ci présentèrcnt, h 8 décembre, une nouvelle rc*qitêle pour demander (a surséance préalable des exécutions et rélargissement dtîs prisonniers i ils promettaient de faire examiner par CoWac^ et autrement la conduite à tenir en cette matière, d'une si grande importance, à cause des suites qu'elle pouvait avoir et dont ou rejetterait sur eux la responsabilité, La reine ayant [jersislc dans sa n^solution, les Gantois se portèrent devant notaire appelants de Texécntion, le 31 décembre. L'appel fut signifié à la reine, qui en référa au grand conseil de Maiines. Cette haute cour déclara que Je ï^eoours, présenté en cette forme, était nul, et cette décision fut encore ratifiée par la gouvernante.

L'empereur intervint enfin lui-même j le 31 janvier 1538, il écrivit de Barcelone aux magistrats de Gand et au procureur général. Aux premiers, il enjoignit de consigner en espèces leur quote-part des 400,000 florins, promettant de îe^ Jeur restituer plus tardj dans le cas ou leur appel serait jugé reccvable et ses motifs fondés ; au second, il enjoignit de poursuivre le recouvrement du subside, nonobstant l 'appela et d*y contraindre les habitants par tous les moyens en son pouvoir. Le conseiller Sciiorre, parti d'Espagne avec ces lettres, vint les communiquer au magistrat de Gand, le 25 avril, Aprè5 avoir exécuté sa commission, comrne il se levait pour sortir de la chambre échevinale, le pensionnaire Liévin Blomme lui fit remarquer que j dans sa communication, il avait prétendu que les Gantoiâ étaient les seuls qui neiïssent pas voulu assister l'empereur et ses États en VexM'^me péril oii les avait rekiuits Tinvasion de^ Français. 11

repoussa ce reproche immérité : « car ceux de Gand, objecta-t-ii, avaient présenté assistance par le grand étendard , et si chacun eût fait comme eux, Tempereur eût très-bien été servi. .» Le conseiller garda le silence, quoiqu'il eât pu objecter que Tobstination des Gantois avait empêché la prise de Thérouanne.

Mais des ménagements étaient encore nécessaires. Au mois de mai, iliallat solliciter une aide nouvelle du pays de Flandre. Cette demande pouvait compliquer les difiQcoltés antérieures, et tout faisait d'ailleurs présager, de la part des Gantois , un nouveau refus. Pour ne pas s'y exposer, le gouvernement consentit à surseoir aux exécutions et à élargir les prisonniers, sous condition qu'ils retourneraient en prison endéans les trois mois ou lorsqu'ils en recevraient l'ordre du grand conseil de Malinas, les parties ouïes. Mais si l'on s'abstint d'inquiéter les habitants de la ville de Gand et les hommes du fief du Vieuœ-Bourg, l'aide ancienne fut rigoureusement exigée dans les districts éloignés, dans le pays de Waes et dans les Quatre Métiers. Les exigences du gouvemementdevinrent même plus sévères et plus pressantes après la conclusion de la trêve de dix années, conclue à Nice, le 18 juin 1538, entre Charles-Quint et François I". Les instructions secrètes enjoignaient cependant de ménager encore la capitale de la Flandre jusqu'à ce que les huissiers eussent fait leur devoir partout ailleurs. Les habitants des campagnes affluèrent alors dans les villes, où ils contribuèrent è augmenter l'agitation en répandant les nouvelles les plus alarmantes.

Au mois d'octobre, tandis que Marie do Hongrie s<^ trouvait en France, oii elle était allée visiter sa sœur Éléonore, les Gantois députèrent vers elle douze personnes pour lui exposer les plaintes des petites communes. On soupçonna que cette démarche tendait surtout à obtenir un appui à la cour de François I<^. Aussi la régente envoya-t-elle au devant des députés un messager pour leur intimer Tordre d'attendre son retour, et elle rentra

t\LS t>AVS-llAK SftllS CUAHLES-QUIM,

dans les Pays-Biïs avani quû: les représentants de Gand eusserU frûiichi la fro^^ti^^c. EHo les reçut à Beau mont. Les députés lui remireat une nouvelle requête, par laquelle ils sollicitaient un répit de huit mois, pour que la commune eût le temps de s*âdresser directement i\ Tempereur ot de connaître sa résolution. La reine garda cette requête jusqu'à son retour à Bruxelles . Après de mûres délibérations en conseil, elle répondit enfin, le 7 novembre, qu'elle ne pouvait différer l'exécution des ordres de Fempereur; qu elle se plaisait doue à croire que les suppliants se comporteraient en bons sujets ; que, de son côté, elle ne voulait point procéder par rigueur, mais par voie de justice, et qu'elle aurait égard ^ la pauvreté et à TinBolvabilité des débiteurs de rÉtat *. L'opposition faiblit alors dans le quartier deCand ; mais lorsque les huissiers se présentèrent devant le Vieux-Bourg^ ils y reiKH)ntrèrent une résistance invincible.

Cependant on approchait de Tépoque fixée pour le renouvelfeinent annuel des viogl-sLt échevins et des doyens des métiers ■ -, il fallait aussi mettre à ferme les accises de la ville , ^>our Tannée suivante, afin de ne pas entraver Vadministration, Au mois de juillet 1539, le magistral, craignant que la commune ne voulût s'opposer à cette mise h ferme, envoya une nouvelle députation à la gouvernante, qui se trouvait alors à Bois-le-Duc. Cette députation devait lui faite connaître la situation difficile de la magistrature communale, en présence des dernières résolutions prises en CoUace, le S juillet, el où de nouvelles dissidences s'étaient manif^tées , entre les bourgeois d'une part , les tisserands et les petits métiers, de Tau trc. Ceux-ci avaient fait prévaloir Topinioa qu'il ne fallait mettre à ferme ni les accises ni les autres impôts,

1 Diêcour» sur kê Irùubkt aûvmus tn la mtk de Ganâ, pp. 340-44i, ^ Les vjngt^sîx échcviti^ de Gâiid étmetit partagés cri ûmix Sièges mi hancE . celui de la AViin? cl celui d«s Parekuns.

tant qu'on n'aurait pas exécuté la résolution de la dernière assemblée générale ; ils voulaient aussi que les privilèges de la ville fussent iroprimés en bon et plat flamand , de même que la paix de€adsand, et que les paysans fussent défendus contre les huissiers du gouvernement ; ils exigeaient en outre qu'on fit connaître, par noms et prénoms, ceux qui avaient imposé le pays sans Taveu de la commune. Les députés, après avoir communiqué ces résolutions à la reine, demandèrent de nouveau la surséance des exécutions jusqu'à la venue de Tempereur. Mais la gouvernante fut inflexible.

Au retour de la députation; la haute bourgeoisie essaya encore d'obtenir la tnise à ferme des impôts, suivant la forme accoutumée. M&is, de leur côté, les métiers persistèrent dans leur résolution du 8 juillet.

• Le 4 5 août, Téchevinage fat renouvelé sans trouble et, selon la l^islation en vigueur, par huit commissaires ou éliseurs, àoni quatre désignés par le gouvernement et quatre par la commune. Mais Télection des doyens des métiers fut comme le signal de Tinsurrection. D'après la paix de Cadsand, les art'sans étaient tenus de présenter à Féchevinage trois notables de chaque métier, entre lesquels on choisissait le nouveau doyen. Les métiers refusèrent de se conformer à cet usage, malgré les exhortations du grand bailli et des échevins. En outre, ils insistèrent de nouveau sur la nécessité de suspendre les impôts et réclamèrent l'emprisonnement des magistrats de 4 536, qu'ils accusaient surtout d'avoir dénaturé la résolution de la CoUace au sujet du subside de 400,000 florins. Ne pouvant sauver leurs prédécesseurs d'une information judiciaire, les nouveaux échevins eurent soin de les faire prévenir en secret. La plupart profitèrent de cet avis et quittèrent la ville; mais six d'entre eux, méprisant l'accusation, eurent le courage d'en braver les dangers. Ils furent arrêtés par Tordre des métiers. L'échevinage ayant fait un appel à la bourgeoisie,

LES PâlS-BA^ SOi;S UHAâLES-QtriNT*

pour empêcher trautres violences, vingl-ciDq notables seulement répondirent à son invitation^ et celte tentati^'O de résistance n'eut d'autre effet que de porter au comble lexaspération des démocrataa* Le peuple s'af troupa, dit un annaliste, les métiers prirent les armes, gardèrent les portes de lu ville, ïe» prisons, les carrefours ; firent suspendre les fonctionnaires suspects, surveiller les bourgeois, et décréter les saisies, remprisonnemeût, la confiscation *, Une assemblée de la CoUme, tenue le i2 août, demanda que l'on fermât les issues par lesquelles on pourrait conduire le blé à la mer ; que Ion cberehât 1 artillerie à Bruges et u Gavre ■ que Ton approfondit les fossés de la ville; que Ion déployât le grand étendard de la commune; enfin que, selon les anciens privilèges, défense fût faite aux cloîtres et aux paysans de faire métier ou nt^§;Qce dans un rayon de trois lieues autour de la cité* L'éloignement de Charles-Quint et I indécision du gouvernement avaient d'abord enœuragé la haute bourgeoisie ; maintenant die était dépassée par un parti extrême, dont les membres portaient le nom de Creesers \ On citait, comme étant particulièrement alïlliés à cette faction démagogique : les métiejs des meuniers» des tapissiers, des bateliers, des cordewanniers^ des maréchaux-ferrants et des constructeurs de navires* S'ils ne renveï-sèrent pas complètement le pouvoir de Charles-Quint en Flandre, cest que leurs moyens d'action n'étaient pas proportionnés è l'étendue de leurs projets; c'est que, d'un autre côté, ils ne purent compter sur une diversion de la France, François et Charles s'étant réconciliés dans l'entrevue d'Aigues-Morles, Les métiers avaient donc suspendu la levée des impàts et fortifié la

' [n$ttrrtetiQn fies GantoU muê Charhi-Quintf par Sféun ; çntraii du recueil des Mémoirfs couronnée de f A codé mie des scieneeë H heUeâ-kttres ffe Bru^dles, pp. 15-47.

' D'uprès rinterprét-atton qui a le pJua de fondement, Cm^^f^^ signiûâlt aiutiiij mutjtnmeker,

VIE DB VABIt DE HONGRIE. SI

commune Des capitaines avaient été élus, les hommes en état de porter les aroies divisés par connéUMies, et des députés envoyés aux autres villes de Flandre pour les engager à se joindre à la commune insurgée. L'alliance fut acceptée par plusieurs villes et boui^ades, principalement par Courtrai et Audenarde.

Parmi les anciens magistrats, déjà arrêtés, se trouvait un vieillard de soixante-quinze ans, Liévin Pien ou Pyen. Cet homme, blanchi dans les fonctions communales, est appliqué trois fois à la torture, ea présence des délégués des cinquantetrois métiea's et des memlMres de la Un obligés» sous peine de mort, d'assister à cet affreux spectacle. Pendant que le bourreau brisait les membres du vieillard, les plus exaltés criaient : « Tournez « eocoires ung tour, et estriquiez bien ce méchant qui nous a « ainsi desrobé et mangié les biens de la ville, et aussy faict et tt allé à rencontre de nos privilèges: n Le 38 août, l'échevinage, intimidé par les démagogues, eut Tinsigne lâcheté de prononcer une sentence de mort contre Liévin Pien, sous prétexte qu'il avait fait à la gouvernante un rapport inexact sur l'affaire de Taide, qu'il avait dérobé des matériaux de la ville pour bâtir sa maison, enfin qu'il avait violé le secret de la ville, c'estrà-dire, soustrait d'anciennes chartes. Le malheureux ^vieillard, victime de celte furieuse réaction , fut transporté, le 30 août, sur un écbafaud dressé en face du 6'Gravensteen. Quoique brisé par la torture, il montrait une grande énergie; avant de livrer sa tète au bourreau, il dit au peuple : *^ Enfants, je sçay bien que, aus- « âtôt que V0U9 aurez vu mon sang, et en dedans brief tempe « après, que serez dojlens de ce que faites présentenoent et ma « r^retterez, mais il sera trop tard '. » D'autres |)risonniers furent également torturés, et Tun d'entre eux, Jehan Van Waesbei^he, ne survécut pas à ses souffrances.

Relation des trouhkê, p. 45.

sa

LES FAYâ^BAS SOtlS CKJmLËS^QriNT.

Les Creêsers s'attaquèrent ensuite h raiitorit*^ souveraine- En i^ily, Charles, en sa qualité de comt« de Flandre, avait rendu un décret pour assurer Texé^ution du traité de Cadsand, par lequel Maxim il ien, son aïeul, s'était proposé de mettre un à la prépondérance redoutable et parfois injuste que la viliedeGand exerçait sur son district. Le décret de 1515 étant écrit sur parchemin , les factieux rappelaient par dérision mlfvei (peau de veau). Encouragés par la honteuse condescendance des bourgeois et des^ échevins, les métiers, au lieu de déposer les armes et de rcjirendre leurs occupations, coiifane le demandait le premier mmibre de la commune, mirent pour condition à leur retraite la lacération du diplôme de <5I5. Après avoir d'abord résistée cette prétention audacieuse, Téchevinage consentit à convoquer une nouvelle CôUace, qui se réunit le 2 septembre. Les bourgeois, assemblés dans le cloître des jacobins, s'apprêtaient à délibérer lorsque quatre ou cinq compagnons pauvres, qui n'appartenaient à aucun métier, se présentèrent pour voler avec eux, sous prétexte qu'ils étaient ces propriétaires d'héritages (adhérites) dont Vagrégatioo au premier mefnbï*e de la commune avait été décidée le 52 août. Les bourgeois, dominés par ces hommes résolus, n'osèrent plus protester ouvertement contre l'acte de rébellion que le parti extrême exigeait, La lacération du diplôme de ^ 545, des poursuites contre les échevins de cette année encore vivants, rajournement de la mise à ferme des impôts jusqu'à l'époque oii la commune aurait obtenu ce qu^elle demandait, les trois membres votèrent et décrétèrent tout, Siins opposition. Les bourgeois, dans leur frayeur, proposèrent même la lacération de la paix de Cadsand ; mais les métiers et les tisserands ne voulurent pas aller si loin '. Du reste, les décisions audacieuses de la Collace furent exécutées le jour même.

* BoRG^KT. hiiumviitm des Gantois toftfrt ChmHîl'S~Quint , pp. $5-fS*

TIB^B MARIE DE nONGRIE. 55

Le décret de 4545 fut placé sur un bureau dans la maison écbevinale; et, en présence de la loi, des doyens des métiers, des bourgeois, du peuple, on outragea Tautorité du prince. Le grand doyen des métiers, ie doyen des tisserands, le premier échevin de la keure et ie premier échevin des parehons déchirèrent successivement avec un couteau Fordonnance proscrite ; elle fut -ensuite remise au peuple et lacérée en mille fragments, que les factieux attachèrent, en signe de ralliement, à leurs chapeaux. Ouant à la lacération de la paix de Cadsand, réclamée par les exaltés, après avoir été proposée par la bourgeoisie, on n'y donna pas suite ; mais on adopta une nouvelle formule de serment qui ne mentionn^ait plus ce traité, si impopulaire à Gand.

Ces derniers actes, auxquels les bourgeois avaient participé par contrainte et par faiblesse, déterminèrent enfin la scission qui se préparait depuis quelque temps. Les Creesers devinrent le parti dominant et prirent aussitôt des mesures énergiques contre les marchands et les officiers du prince qui abandonnaient une ville livrée à l'anarchie. Leurs biens furent confisqués. Comme le grand doyen des métiers (Jean de Block) avait aussi émigré, on le remplaça provisoirement par Liévin Ebscap, marchand de bois et maître charpentier, l'un des chefs du parti extrême. L'audace de cette faction devenait chaque jour plus grande. Bien que la magistrature communale eût docilement obéi aux Creesers, condamné à mort Liévin Pien et déchiré le ccUfvely elle représentait en réalité la bourgeoisie , on lui reprocha sa modération, et elle fut condamnée. Le 47 soptembre, une CôUace demanda le remplacement des échevins du collège de la Keure, et, le 49, des députés des trois membres de la commune allèrent transmettre ce vœu à la reine Marie.

La gouvernante, après avoir vainement essayé de repousser ces nouvelles prétentions, dut se résigner. Klle n'avait point les forces nécessaires pour comprimer la sédition qui s'était déclarée à Gand,

lus P&yg>-ttA» SOUa CllAflL£â-QUhNT.

eton pouvait craindre qu'une résistance ouverte, maîaîncûmplète et inefticace, ne détarraiiiât une révolte dans toute ia Flandre et dans les provinces voisines. Dt^ étrangers, croyait-on, se seraient joints aux Flamands panr pi j ter Jes églises et les abbayes, les nobles et les riches ; car tous auraient été unis par le ni^me désir t assurer le triomphe du luthéranisme, anéaotir la religion catbolique^ établir une république ou ioules choses seraient cornmufies *, La capilala de la Flandre était ^ en ces circonstances, nasûz puissante pour tenir le gouvernement en échec. Un annaliste contemporain disait de Gand que ce n'était point une ville mais uapays, tant était C4>usiderable le nombre des niaisons, des hôtels, des édifices, d^ clolli'es, des chapelles, des hôpitaux. Sous Je rapport de l'étendue, Gand pouvait alors rivaliser avec Morne et Milan i elle avait plus de trois lieues de circuit. La cité était riche, iadustneuse. Le [icuple, fler de sesliberlés, rappelait avec orgueil les lu ttessi nombreuses que cette grande et redoutable commune avait soutenues contre les anciens comtes de Flandre. La gouvernaute avait envoyé à Gand Adolphe de Bourgogne» seigneur de Beveren, le président du grand conseil do Malincs et le seigneur de Liedekerku, chargés secrètement de traiter avec las doyens des métiers et les membres les plus influents de la commune ; mai& ces négociations ayant été divulguées, le peuple s irrita et menaça de retenir les envoyés de la reine comme otages si Ion ne procédait irjcontiûent à 1 élection d'un nouveau magistrat. Pour ne pas mettre en danger les jours de ses députés, la reine consentit , le Ho septembre au soir» à signer la commission dont ils avaient besoin {»our pruccdor à rélection ; mais non contente de faire dresser un acte de protestation en présence des membres du gouvernement, elle fit sceller en sa présence la commission qu'elle envoyait j^ ses députés, après

,> * Rflatton ti*"^ tiy>ubks ttcftamt, p, 2!ï.

avoir écrit de sa main sous la cire : u Par force, et pour éviter plus grand mal ay consenti cette commission, Mahib \ » Les nouveaux échevins, nommés ie magistrat des Creesers, furent installés, après avoir prêté un serment, dans lequel il n'était plus fait mention dé la paix de Gadsand ni du décret de 1545. Mais ces graodes concessions ne satisfirent pas encore les chefs des mutins : ils avaient la prétention de faire de Gand une commune indépendante, non sujette à aucun prince, comme il y en avait plusieurs en Allemagne et en Italie *.

NoiHseulement la régente des Pays-Bas informait. Charles* Quint, dans une correspondance régulière, de tous les incidents de rinsurrection des Gantois, mais elle avait de plus envoyé à Madrid Adrien de Groy, comte du Aœulx, gouverneur et capitaine général de l'Artois, avec la mission spéciale de fournir à Tempereur tous les renseignements nécessaires sur les troubles de la Flandre. Charles chargea le comte du Rceulx de faire un damier effort auprès des Gantois pour les apaiser.

Ce personnage dut accepter une mission qui pouvait devenir périlleuse. A son arrivée dans les Pays-Bas, il chercha d'abord à s'enquérir de la situation réelle de la commmie insurgée et eut une entrtivue avec le grand bailli de Gand, qui était sorti secrètement de cette ville, déguisé en domestique et non sans risque pour sa vie, s'il avait été découvert. Après cette conférence, le comte du Bœulx entra à Gand le 31 octobre, parut devant la CoUace, rappela aux habitants la puissance de l'empereur et la reconnaissance qu'ils lui devaient pour les avoir affranchis de la juridiction du parlement de Paris; puis il exigea que la commune déposât les armes, qu'elle s'abstint d'intervenir dans Texercice de la justice criminelle et que les accises fussent immédiate-

' Discours des troubles, p. 43i.

^ Relation des ttvubles, p. 26.

LES PAYS-BiS SOUS CIlAHLEîi-QUmr.

mefit rétablies, En cas de refus^ il les menaçait de la venue prochaine du plus redoutable potentat de la chrétienté.

La bourgeoisie se montrait disposée à seconder le comte du Bœulx, Mais les Creesers ne voulaient ni s'humilier ni renoncer à leur pouvoir j ils supp<jsaîeiit d'ailleurs que ïes Turcs et les luthériens empêcheraient bien l'empereur d intervenir personnellement dans leurs débals.

It y avait, au reste, diverses opinions dans la bourgeoisie et le peuple. Les uns voulaient contraindre le comte du Rœulx d'êti^ leur gouverneur et lui donner des hallebardicrs pour qu'il les di* rtgeàt comme ils Tentend raient ; les autres voulaient Je prier d'accepter le gouvernement et de rester avec eux jusqu'à 1 arrivée de Tempereur ; d'autres encore rejetaient ces propositions^ proféraient des menaces et poussaient Jeur cri de ralliement ^ VreSf creSf crvscat^ crescut \ <

La populace gantoise, grossie par une tourbe de vagabonds et de repris de justice accourus de tous les points du comté, était alors sous Tinfluenee des [Jus détestables jiassions. Les pauvres a|X}strophaiozjt rudement les riches dans les rues : •< Passez i* oultrc 1 leur criai t-oa, le temps viendra bientôt que nous pos- * séderons de vos richesses à notre tour, car vous en avez assez i^ possédé, et vous posséderez de nos pauvretés à votre tour; n vous saurez ce que c'est d'icelles et nous saurons ce que c'est M de vos richcâses, et nous porterons vos beîles robes et vous «c porterez les nôtres, qui sont bien laides et de petite valeur ** » Les hainm religieuses se mêlaient aux convoitises de la populace; non-seulement Laurent Claes, chef des Creesers t et ses principaux adhérents professaient les doctrines luthériennes, mais lis étaient eux-mêmes débordés inir les anabaptistes, qui

' /Ji«cour« d^a troublée, p. 4H(l.

' Befathm tfri* frotibleik, p. :f7

poussaient à la spoliation des riches et à la fondation d'un nouveau Munster. Déjà les portes des couvents avaient été brisées à coups de haches ; on voulait préluder ainsi au saccagement de la ville entière. Le 4 novembre était le jour fixé pour l'exécution de ce complot : les exaltés et les pauvres devaient piller tous les riches, tant ecclésiastiques que séculiers , et se faire seigneurs^ de la ville. On devait en même temps se rendre maître du comte du Rœulx et s'emparer de l'hAtei des échevins. Mais cette conspiration fut heureusement éventée. Les nobles, les ecclésiastiques et les bourgeois, aidés de quelques-uns des métiers, prirent les armes et se rendirent, avec leur artillerie, au couvent des frères prêcheurs ; à quelques pas de là, se réunissaient, près de la mai* son des tisserands , les factieux et les pillards ; des religieux se jetèrent entre lés deux partis et réussirent à calmer les adhérents des Creesers, déjà intimidés d'ailleurs par 1 attitude delà bourgeoisie, rendue plus énergique par la craintede perdre ses bienë * .

Le 6, d'après les propositions du comte du Rœulx , on prit en Collace les décisions suivantes : qu'on mettrait accise sur le vin et forte cervoise , mais moindre que l'ancienne; que la justice pourrait agir librement à l'égard des prisonniers; que les métiers déposeraient les armes et que tous les artisans reprendraient leurs travaux. On refusa de sceller un contrat portant que les trois membres de la commune resteraient unis , qu'ils ne pourraient rien traiter avec l'empereur que de commun accord, et qu'ils promettaient de vivre et de mourir ensemble. Mais lu bourgeoisie ne tarda point à faiblir de nouveau. Une Collace tenue Je 8 défit ce qu'avait fait celle du 6, et le lendemain le comte du Rœulx quitta la ville, après avoir couru des dangers personnels v

En annonçant l'arrivée prochaine de l'empereur, le conile du

' Relation (les Uvubles, p. 34 et suiv. ' BoRGNKT, oper.cit., p. 44.

LB5 PAYS-BAS SOLS CflAnUS*QII

Hœulx 11 avait pas adi^sé une vaine menaœ aux Gantois. Depuis plusieurs mois, Charles avait pris la résolution de retenir dan^iles Fays-Bias, autant pour dompter la rébelîion de la [jIus puiâsante commune do Flandre que pour s'opposer aux progrès d^ luthériens et surtout des sectes dont le communisme était le but final. On a prétendu aussi qu'il nourrissail le projet de substituer aux privilèges, qui assuraient Tindépendance à chacune des provinces des Pays-Bas, un gouvernement absolu , fondé sur un système uniforme d'administration et de législation '. Mais à comi>l6n de dangers Charles-Quint ne se serait-il pas vu exposé avant que d'arriver en Flandre, s'il se fût déterminé a prendre ia route d Allemagne ? Jl aurait eu besoin d'être bien accompagné pour passer en sûreté sur les terres des princes protestants ; que , s'il prenait la voiedeTOcéan, n'avait-il pas à craindre que quelque tempête ne le jetât, désamn'î, sur les côtes de Flandre ou sur celles d'Angleterre ? Et, dans ce cas, il serait tombé ou entre les mains des rebelles, ou entre celles de Henri VIH, avec qui U était irréconciliablement brouillé, depuis le divorce de ce prince avec Catherine d'Aragon /Toutes ces considérations décidèrent Charles- Quint pour la route de Franco '* Les Gantois, disent les mémoires Trançais, avaient député au roi, comme à leur seigneur suzerain , pour se mettre sous sa protection ; Ils lui promettaient même, s il voulait les soutenir, de le rendre maître de tous les Pays-Bas, François I", ne voulant pas enfreindre la trêve qu'il venait de conclure, non-seulement refusa leurs offres^ mais il fit rnoore savoirà Charles-Quint leurs mauvaises disîwsitions *,

I awoire des Pays-Bas, parË> hë Met ekepî (édition de 161 S), liv. U.

' MémQires de Martin et GuîiîauiDe du B«llay, t. IV, p. 403.

' Ib., t. tV, p. Wi et It<fCueil de M. Gâcha rd [appendice), p, î5l L'eiupereur écrivait h La reine Marie îe 30 septembre 1 53fl : « Tenant eu confsi- *' dératiûn que, puisque 1e.^il^ de Gaitd ont t)Ous£é si avant «t tant ï$o « deshonlez et perdu le versimpne qu** if rfcnurtr tf In Ftantr, il fait gran-

TTB M MARIB DE HONGRIE. 59

Que François l"' eût manifesté pins d'une fois le désir de faire les honneurs de son royaume à Charles-Quint, devenu son beaufrère, on ne peut en douter; mais i*empereur était trop prudent pour se livrer, sans avoir obtenu des garanties, entre les mains de son ancien ennemi. Le OT septembre 1539. François de los Oovos, grand commandeur de Léon, secrétaire de Gbarles-Quint, et le seigneur de Granveile, garde des sceaux, faisaient connaître les ioteotions dekur maltceà Tabbé de Sainte Vincent, ambassadeur de t'ônpereur en France. Il devait avertir en secret la reàoe Éléonore du désir de son frère de traverser la' France ; foire la. même communiication au connétable; •et tenir la main à ce que ie roi, la reine^ le dauphin; le duc d'Orléans, le connétable et le cardinal Jean de Lorraine écrivissent des lettres affectueuses pour persuader à l'empereur de traverser la France, sans faire mention toutefois qu'ils eussent eûtendu expressément sa volonté à cet égard. Mais ils devaient s'appuyer sur la parfaite amitié qui existait entre les deux souN-erains^et sur les approches de l'hiver, qui empêcherait l'empereur de prendre la route de mer; ils devaient lui donner l'assurance qu'il pourrait passer par la France comme par ses propres royaumes, selon et comme il voudrait, et sans parler d'affaires, ni s'y arrêter et séjourner au delà de son bon plaisir *. Les ambassadeurs de 1 empereur vinrent à Gompiègne , où se trouvait alors François l**', et lui

« dément à craindre qu'ils fassent tout le pis qu'ils pourront, par extrême • désespération ; et, oires que je tiens qu*ils ne trouveront faveur ni assis- « tance du côté dudit France, comme ledit seigneur Roy et le connestable « l'ont asseuré à mon ambaasadear, etc. • M. Borgnet pense que les Gantois, en s'adressant à François l«r, se seraient bornés à solliciter Tappui de ce prince sans vouloir aliéner leur indépendance. — Cette question, au surplus, a été élucidée par M. Gachard, aussi complètement que les documents le permettent. (Introd. de la Relation des trouves, p. XXIII.) ï Recueil de M. Garhard (appendice), p. 250.

rS^BAs SOUf C0âRUS-î|t!|?«T.

firent les plus séduiBant€?s promesses ; ils l'assurèrent, d'après les inéraoires français , que rinLenlîon de rempereur était de lui accorder à lui-niômCj ou à i*ijn de ses fils, l'investiture du duché de Milan '.

Le 7 octobre, François I"' écrivit de sa main à Charles-Quint pour l'engager à prendre son chemin par la France, et il souscrivit rengagement, stir son honneur et en foi de prince et de bon frère, que , passant par le royaume de France, Temper^ur y recevrait le même accueil que le roi lui-même \ Le 17^ le dau- })hiû écrivit à l'empereur une lettre conçue h peu près dans les mêmes termes. Charles avait désiré cette assurance du dauphin, parce que la santé du roi était fortement ébranlée et qu'il faïlait se prëcautionner contre toutes les éventualités. Les ministres et les principaux seigneurs de la cour de France écrivirent atissi h I empereur pour garantir la parole de leur maître ^

Ayant obtenu toutes ces assurances, Charles-Quint partit de Madrid le \0 novembre, arriva le 43 àSégovie et le 20 à Valladolid. Il prit la poste dans cette ville et se fit accompagner du duc d'Albe , du seigneur de Eoussu, de don Pedro de la Cueva, maître d hêiel , du seigneur de llye, sommelier de corps, du comte d'Egmont, de don lietin de Tolède , des seigneurs de la Chaulx, de Flaigy et d'Arbays, gentilshommes de sa chambre, et de deux secrétaires d'état, Bave et Ydiaquez. i.e garde des

« Méitmres de du Bellay, t. IV, p. 403.

^ Recueil de M. Gaebiirtl (appendice), p* 1^9.

* La reine Marie, aprèsi avoir appris la détermination de Françoi.^ 1"^^, lui écrivit le i 1 novembre, qu'elle ckurgeajt uiesi^ire Cornilie Scepjïoruâ do le remercier ei de lui témoigner la joie qu'elle ressentait du pa^siiga de l'empereur |vir la Franco, « Espéra ut, d;jouU:iJt-elle, que, après le filaisir que -# aurez eu de le voir, que j'en aurai aus^M ma i>cirl, et mémi- <|ue du ce « s'ensuivra que voua verrai lou^ eusembïet q'»' *'*=( ia rbosedu monde fi que pïu?J ie dpeir** i» r\rrhivt*^ de landienrp.)

sceaux Granvelle avait déjà quitté Madrid le \*' novembre. Dans le trajet de Saint-Sébastien à Fontarabie , l'empereur rencontra le duc d'Orléans, second fils de François 1*' ; ils firent route ensemble, et le 28, étant arrivés à Bayonne, ils y trouvèrent le dauphin, accompagné du cardinal de Chàtillon, du connétableet de plusieurs princes et seigneurs de France. Le connétable, chargé de la conduite des deux princes, pria l'empereur de les accepter en otage. Charles répondit . « J'accepte l'offre que le roi « mon frère me fait des deux princes, mes cousins, non pas pour « les envoyer en otage en Espagne , mais afin de les retenir au- M près de ma personne, pour être mes compagnons de voyage. >» L'empereur était U>(H) habile pour no pas voir que s'il eût accepté l'offre qu'on lui faisait, cette marque de défiance de sa part aurait bien pu être cause , ou qu'on l'eût arrêté , ou du moins qu'on Teût obligé de donner par écrit la promesse qu'il avait faite d'accorder l'investiture du Milanais au duc d'Orléans. C'était là d'ailleurs le sentiment du cardinal de Tournon et d'autres membres du conseil du roi ; mais le connétable fut d'un avis contraire , et le fit prévaloir , parce qu'il s'accordait avec les sentiments généreux de François !•' «. L'empereur fut reçu à Bayonne avec la plus grande magnificence. Les prisons furent ouvertes, et il fit grâce à tous les prisonniers qu'il lui plut de délivrer, agissant avec autant d'autorité que s'il eût été dans ses propres États. Il arriva le 4 «^ décembre à Bordeaux, et le 40 au château de Loches, où l'attendaient François I*^ et la reine Éléonore. lisse dirigèrent ensuite, avec l'empereur , vers le château de Fontainebleau, où ils se reposèrent pendant six jours. Le 34 décembre, Charles-Quint vint coucher au bois de Vincennes, et, ielende» main, il s'achemina vers Paris.

C'était le <•' janvier 1540. Les Parisiens, impatients de voir

1 Mémoires de du Bellay, t. IV, p. 408.

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LES PÂYS-IIAS SOUSi CnAIlLCS-QtTXT*

celui qui avait U^mi leur roi m[iûf, î^'étaieni avancés juiiqu'à plusd'une li€Uehors des portas ^ le parlemeut^ lejjgentilshomQjeâ, les marchands , Jes clercs de rutii%'er8ite, toutes les corporations atteodaietit processionnellement le puissant empereur, le v^ijnqueur de ï*avie , le conquérant de Tunis, devenu rhôlo de François l*', w Vive remf>ereyr Charles avec lu roy FranchoLs, criait- (i ODi et paiK soit à jamais entre eû\% et kurs enfants 'î >» Charles- Quint monta sur une mule et se reudit à légllse de Notre-Dame, selon la coutume des rois de France» lorsqu ils faisaient leur entrée dans la capitale. Il avait à sa droite le dauphin et à sa gauche le duc dOrléans; le connétable portait lépée nue comme si le roi eût été présent. Après avoir assisté au Te Deum, l'empereur remonta sur sa mule et alla souper et loger au palais. Il séjourna huit jours environ à Paris. Il délivra, comme il avait fait à Bayonne , les prisonniers qui étaient détenus dans les diS'ércntes prisons de la ville.

Tant d'honneurs ne rassuraient pas entièrement le défiant empereur, et il était imi»alient de sortir du royaume. Ses craintes n étaient pas sans fondement* Il savait, à n'en pouvoir douter^ Que bien des gens de la cour ne cessaient de répéter au roi qu'il devait se ressouvenir qu'il avait été prisonnier à Madrid et profiler de la belle occasion qu'il avait de se venger. De ce nombre était la duchesse d'Êtampes; ce fut de la bouche même du roi que Tempereur l'apprit, « Voyez- vous, mon frère, cette belle tt dame, lui dit4L, en lui montrant la duchesse, elle est d avis i< que je ne vous laisse point sortir de Paris, que vous n'ayez revoie que le traité de Madrid, '* L'empereur, un peu étonné, répondit froidement: ^ Si Tavis est bon, il faut Je suivre. » Mais ses inquiet ud es ne laissèrent pas que d augmenter ; et, dès le lendemuin, il eut recours à une galanterie pour gagner les bonnes

McUion lies imubhê de Gand, p. 49.

grâces de la duchesse d'Étampes. Comme il allait se laver les mains pour se mettre à table, il tira de son doigt un anneau , où il y avait un diamant d'un très-grand prix et le laissa tomber exprès à terre ; la duchesse, qui présentait la serviette, le releva et voulut le rendre : « Non, madame , lui dit-il, il est en trop tt belle main , pour le reprendre , je vous prie de le garder pour « Famourdemoi '. »

François I" avait d'aborct^nnoncé l'intention d'accompagner l'empereur jusque dans les Pays-Bas et même jusqu'à Bruxelles. Déjà on y faisait des préparatifs pour le recevoir convenablement ; mais s'étant ravisé, il fit ses adieux à l'empereur, le 9 janvier, à Saint-Quentin. Le dauphin, le duc d*Orléans, le cardinal de Ghâtillon, le connétable de France, les ducs de Vendôme et de Nevers, plusieurs autres seigneurs (en tout mille chevaux), suivirent Charles -Quint jusqu'à Yalenciennes. A Cambrai, les seigneurs belges , venus au-devant de leur souverain , s'étaient joints au cortège. La reine Marie attendait l'empereur à Valendeones, où il descendit dans l'antique palais élevé au xii* yède par Baudouin IV, comte de Hainaui, et appelé la Salle^le^ConUe. En peu de jours, la ville fut pleine de seigneurs et de gentilshommes, qui arrivaient non-seulement des autres provinces des Pays-Bas, mais encore d*Ëspagne, de Naples, de Sicile, d'Italie et d'Allemagne *. Charles-Quint avait promis, prétend-on, que, dès qu'il serait arrivé dans la première ville de son comté de Flandre, il donnerait au duc d'Orléans l'investiture du duché de Milan. Mais ce fut inutilement que les ambassadeurs du roi de France le sommèrent de tenir sa parole. Il répondit qu'il délibérendt sur cette affaire avec son conseil ; et que, dès qu'il aurait soumis ses sujets rebelles, il songerait à contenter le roi , son

• Mémoires de du Bellay, t. IV, p. 4U.

* Relation des troubles de Gand, p. 5ft.

Li:S PAYS-BilS SOLS CaiftLI-S-QUINT.

Jn^au-frèro. Du Bellay pense que, si les forces de lempereur n'eussent pas suffi pour meure les Gantois à la raison, il aurait eu re4:!oiirs à la France, et, dans ce cas, il n'aurait pu se dispenser d'effectuer ses promesses r.

Charles-Quînt était déjù sur la route de Paris avant que les Gantois eussent voulu croire qu'il venait pour rétablir i 'ordre dans leur commune. Mais les messagers qu'Us envoyèrent en France leur firent connaître la vérité; alors ils commencèrent à slnquiéteret résolurent de prévenir de faux rapports en déléguant quelques-uns de leurs notables à Vaieociennes. La députation , partie de Gand Je M janvier, était composée de deux représentants de réchevinage, de trois de îa bourgeoisie, de cinq des métiers et du pensionnaire de la ville. Mais lorsqu'il eut appris que ces députés approchaient de Valenciennes, Charles- Quint leur enjoignit de retourner à SainL-Aniand et dy attendre s^ ordres. Lapr^encedes princes français justiOait cette mesure tm peu brutale* H n'était besoin, disait-on, que les étrangers sussent au vrai les alTaires de ceux de Gand ; ils en savaient déjà assez, car, depuis plus de six mois, on ne parlait dans tout le pays que d'eux. Les princes français ayant pris congé de Tempereur le 24 , dès le lendemain , les députés de Gand obtinrent audience. Ils se disposaient à présenter leur défense; mais Charles- Quint les interrompit pour leur dire que « à ces fins il estoit venu it en ses pays de par deçà, en bonne diligence et en grand travail n et danger de sa personne, par temps d'hiver, pour mettre et H donner bon ordre et poiice aux affaires de la ville de Gand, et *< y venir faire les punitions et corrections de méfaits commis V par les habitants d'icelle, selon qu'il trouveroit par raison et « justice se devoir faire i ce qu'il feroit de telle sorte qu'il en » Êermt mémoire et que ses autres villes, pays et sujets, y pren-

Métn(>ire9 de du Bellay, t. IV, p. 4<5.

H droient exemple de non faire le semblable, car c^étoit un de «c ses plus grands désirs ; qu'il se trouveroit bientôt de sa propm « personne en la ville de Gand^ qu'alors il pourvoiroit à tout et « que son dessein étoit d'y entrer en prince et seigneur souve- « rain '. »

Les députés rentrèrent à Gand le 28 avec cette réponse, qui devait augmenter sinon l'irritation , du moins les inquiétudes de la commune. Au surplus, des ordres avaient déjà été donnés pour réunir les bandes de guerre et les échelonner sur la route de Gand .

L'empereur quitta Vatenciennes le 26 janvier, arriva le 29 à Bruxelles, et, le 9 février, partit pour la capitale de la Flandre, prenant sa route par Âlost et Termonde. Le 1 4, les Gantois virent enfin leur redouté seigneur : les magistrats et les notables de la commune l'attendaient, suivant la coutume, pour lui présenter les clefs de la ville. Charles-Quint était précédé de huit cents hommes des bandes d'ordonnance, la lance au poing, et de quatre à cinq mille piétons allemands, picquenaires, hatlebardiers et arquebusiers, marchant tous en ordre de bataille. La reine de Hongrie, ainù que la duchesfie douairière de Milan chevauchaient à côté de Tempereur, et, dans son cortège, on remarquait plusieurs cardinaux, archevêques et évéques ; des princes, ducs, marquis» comtes et barons ; la plupart des chevaliers de la Toison d'or; les ambassadeurs du pape, des rois de France, d'Angleterre, de Portugal et de Pologne; enfin un grand nombre de gentilshommes de tous pays, de Belgique, d'Espagne, de Naptes, d'Italie et d'Allemagne ; les officiers de la maison impér riale, les archers de corps et les hallebardiers de la garde fermaient la marche* Cette entrée imposante se fit dans le plus grand ordre et dura plus de six heures. On eut soin de répartir les troupes de manière à cerner les Gantois en cas d'émeute.

' Relation des troubles ie Gand, pp. 60-64.

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HiiS-QUTNT.

L'arrivée de Charles-Quinl donna une autre physionomie h miii' commune naguère si tumultueuse* Elle devint la cour du César germanique, roi d'Espagne, de Naples, de Sicile, et dominateur des Tndes. Des gens de tous quartiers et de tous pays, tant ecclésiastiques que séculiers, affluaient dans la ville, si bien qu'on estima bientôt gue soixante mille téte^ et quinze mille chevaux a^^aient été attir<^ â Gand par le séjour de l'empereur, Fertiioand, roi des Homains, était venu aussi rejoindre son frère, avec plusieurs princes d'Allemagne \

Comme Charles^uint différait de sévir contre les insurgés, eeux-ci reprirent courage. *< On ne nous fera rien, disaient-ils entre eux ] n'ayons plus de crainte, car si rempereur nous eût voulu mal, on nous Teût fait dès qu'il entra en eette ville. » ïls croyaient qu'ils en seraient quittes en payant une grosse amende et les frais de l'arrivée et du séjour du monarque. Ils ignoraient que ['empereur faisait èe^o^n^ secrètement et diligemment ; qu'il voulait que tout fût mis par écrit, et sur ce avoir bon conseil et avis, car Charles, dit Tannaliste contemjHjrain, était un prinoe froid, sage et mesuré dans toutes ses affûires.

Il fitenfin arrêter les principaux auteurs des troubles, et ferma toute retraite aux suspects^ car il avait été enjoint aux baillis des différentes villes de Flandre de saisir les Gantois fugitifs. Bientôt les membres de Téchevinage comparurent devant Tempereur, assis dans l'une dos plus grandes chambres de sa cour, porte.*? ouvertes. Après avoir entendu^ tête nue, le réquisitoire du procureur du grand conseil 4e Malines, ils en domandèrenl copie avec un délai pnirr y répondre ; dix jours leur furent accordés, Ils réunirent les bourgeois et les doyens des métiers pour prendre leur avisj et^ nprès cette délibénition, ils s*em pressèrent 4e recueillir les matériaux nécessaires à leur défense. L'auteur con-

i Bf^iatitm tf0s troulÂfs dt Ganff, pp. 63 el kujv.

temporaiD prétend qu'ils eussent mieux fait d'avouer leurs torts et d'en demander pardon : l'empereur se serait rappelé que son père avait vu le jour à Bruges, que lui-même était né à Gand, et, en vrai Flamand, il eût été plus clément envers ses compatriotes '. Aucun avocat n'osant se mettre à la disposition de la commune, le magistrat dut présenter à l'empereur une requête oii il exposait ses vains efforts pour se procurer des défenseurs. Charles-Quint ordonna qu'il fût fait, de sa part, commandement à huitavocat%^t à deux procureurs de prêter leur ministère aux accusés, sous peine d'interdiction et de cent livres d'amende '. Les magistrats , aidés par des procureurs , présentèrent enfin leur justification dans une nouvelle audience qui leur fut accordée le 6 mars. Us imputaient les troubles à la mauvaise administration dont la ville avait été victime depuis 1534 ; il alléguaient ensuite que, s'ils n'avaient pas consenti à payer en numéraire leur quote-part dans l'aide de 400,000 florins, c'est qu'ils ne voyaient ni le pays de Flandre ni la ville de Gand à ce disposés, « pour la pauvreté et le petit gaignage qui lors estoit audict pays et en icelle ville ; n que ce refus , d'ailleurs , n'était pas sans précédents ; enfin que l'offre de la commune de fournir son contingent en hommes, eût servi d'une manière plus expéditive à résister aux attaques de l'ennemi , si , au lieu dlnsister sur le payement du subside en numéraire , on eût sommé la ville de satisfaire à ce qu'elle avait promis. Le procureur fiscal répondit longuement aux Gantois et prit des conclusions d'une sévérité inouïe. L'empereur déclara lui-même quïl se conformerait à cet avis, voiro bientêt, et de telle sorte qu'il en serait mémoire et que d'autres y prendraient exemple. L'archevêque de Palerme, président du conseil privé, ordonna aux Gantois de remettre leur justification

I Relation des troubles de Gand, p. 75. * Stsur, oper, vit,, p. 423.

LES PAÏS-BAS SOlîS €UAtlLESHjt7l!VT.

furent intmdLiits; mais ïps portes de IMtel restèrent ouvertes afin que le peuple pût entendre la sentence du souverain. Toutes* les chartes devaient lui être livrées; il confisquait à son profit tous les biens immeubles, rentes, artillerie, munitions de guerre appartenant h la commune , aux métiers et aux tisserands; la commune devait endeans les trois jours lui faire amende honorable; elle devait lui payer, indépendamment de sa quote-part dans le subside de 400,000 florinSi une amende de 150,000 florina dor^ de plus à perpétuité une contribution annuelle de 6,000 norins. Le môme jour, Charles-Quint substitue k rorgani- Bation démocratique de cette grande commune une autre organiaatioii qui porte l'empreinte de sa potttique absorbante, et dont il étend ensuite les principes aux villes qui, par leur alliance avec les Gantois, avaient excité son indignation et sa colère, U nouvelle constitution, imposée à la patrie des ÂrteveldCj est ap[>elée la comession Caroline : elle prescrit un nouveau magistral » des échevinséligibles tous les ans au <0 mai, mais par des commissaires du gouvernement- elle abolit la division politique de la ville en trois membres, réduit à vingt et un les cinquante-trois métiers existants, supprime les doyens et annule leurs prîvrléges ; abolit également la Collace sous peine de la vie ; défend toute réunion illégale du peuple; enlève à la commune son ancienne juridiction sur les villes et bourgs de son ressort '; oidonne, enfin, que les comtes de Fia mire ne jureront désormais, à leur avènement, que de maintenir les Gantois dans la jouissance de la concesston Carolim. C'était décréter la déchéance «I^ la cité la plus redoutable et la plus fameuse dos Pays-Bas. Quelle que fût l'irritalion des Gantois» il fallait se soumettiT.

» Le quartier de G*iod comprenait priucipaïemeûi Je Vieux-Bourg, k*s vUleset chAtclleuies de Courlrai, Audcuarde, Termondo, Alo,4, Granimont, Ninové, les Qu^rtr? M^lters pt 1p jmys de VVnes.

II fallut même, le 3 mai, faire l'amende honorable imposée à la ville par la senteooe impériale. Les écheviiis des deux batics, les doyens et jurés des métiers, cinquante membres du métier des tisserands, &x de chacun des autres métiers, tous vêtus de robes noires et têtes nues , s'acheminèrent deux à deux vers rhôtel de l'empereur qu'on nommait le Wal; ils étaient suivis de cinquante Cree^er^^ ceux-ci en chemise, tête et pieds mis, et la hart au cou. Toutes les troupes avaient pris les armes et faisaient le guet dans les rues ; un fort détachement gardait l'entrée de rhôtel, car on savait que si les Gantois n'euss^t été contenus, ils auraient mieux aimé mourir que dé subir cette humiliation. L'empereur avait pris place au fond de la cour de l'hôtel sous une galerie ; il avait à ses côtés la reine Marie, et il était entouré des princes et seigneurs, des conseillers et de tout son cortège. La foule était grande; les curieux, attirés par l'étrangeté de ce tableau , se pressaient même sur les murs et les toits des maisons; mais on remarquait que la plupart étaient étrangers : les habitants ne voulaient pas être témoins de rabaissement de leur commune, autrefois si puissante. Lorsque les représentants de la ville furent entrés dans la cour, ils se mirent tous à genoux, et le pensionnaire, leur organe, demanda pardon pour eux. Pendant qu'il parlait, plusieurs de ces fiers bourgeois, agenouillés devant leur souverain , versaient des larmes ; mais ce n'était point le repentir qui les faisait couler, c'était leur défaite. Tandis que l'empereur semblait réfléchir, la reine Marie se tourna vers son frère et le supplia « de faire ung pardon général à tous les manans et habitans de sa belle ville de Gand , en l'honneur et mémoire de sa nativité, qu'il avoit reçue en icelle, » Charles, ému, pardonna ; mais, reprenant aussitôt son inflexibilité, il exigea que tous les articles de la sentence rendue le 29 avril fussent exécutés. Lui-même montra qu'il l'observerait ponctuellement, car il fit mourir, le 4 mai, cinq prisonniers qui avaient été

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exceptés du pardon ; iis furent même condamnés par le prévôt de J'hôtel « sans que ceux de la loi en eussent plus aucune oon* naissance comme ils avaient eu des autres neuf. » Deux autres bourgeois compromis, ayant été arrêtés à Bruxelles, furent exécutés au château de Vilvorde.

Le 4 4 mai, tout était fini : la magistrature communale fut renouvelée sans opposition , suivant le mode prescrit par la eon^ cession Caroline.

Le lendemain , Charles-Quint, la reine Marie et le roi des Romains quittèrent la commune abattue par ce rude et irrémédiable châtiment. Ferdinand retourna en Allemagne ; Charles et sa sœur se rendirent à Anvers,

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