LITRE II
Depuis les grandes luttes du xv« siècle, une rivalité implacable continuait d'exister entre la France et l'Angleterre ; combattre la France était la passion des Anglais : mais , à cette époque, malgré leur vieille animosité contre la France, Us n'étaient pas disposés à favoriser la prépondérance espagnole, personniGée dans le mari de leur reine. Le cardinal Pôle et plusieurs autres conseillers invoquèrent les articles même du contrat de mariage de Marie et de Philippe II, où l'on avait spécifié que ce prince n'engagerait la nation anglaise dans aucune guerre sans son consentement ; ils représentèrent ensuite la pénurie du Trésor * et insinuèrent que les démarches du roi tendaient à réduire l'Angleterre sous la dépendance de l'Espagne. Mais Philippe II ayant déclaré formellement que si on ne lui accordait pas ce qu'il demandait, il quitterait l'Angleterre pour n*y retourner jamais, Marie redouta de perdre un époux qu'elle aimait avec passion , malgré l'indifférence qu'il lui témoignait. On découvrit des conjurés , qui avaient dessein de surprendre le château de Scarborough , et lorsqu'ils eurent avoué qu'ils avaient été encouragés dans ce projet par Heori 11. la reine saisit ce prétexte pour faire déclarer solennellement, à son de trompettes, la guerre au roi de France, tant par mer que par terre. Elle reprochait particulièrement à Henri II ses tentatives contre les Pays-Bas que la couronne d'Angleterre était tenue de défendre. Du reste , elle ne s'adressa point au parlement peur soutenir ses préparatifs militaires : elle obligea la cité de Londres de lui donner 60,000 livres sterling, sous prétexte de la bienvenue de son époux ; elle équipa une flotte , mais, ne pouvant l'approvisionner de vivres, elle s'empara de tous les blés qu'elle trouva dans les provinces de Suffolk et de Norfolk , sans en payer le
1 Les revenus de l'Angleterre excédaient à peine alors 300,000 livres ^«lerling ; ils ne $uflisaicnt point aux charges de TÉtat.
LES PAYS-BAS sors PlinjPl'E Tl.
prix aux propriétaires Elle usa aussi de son pouvoir pur faire enrôler de force des soldats, et elle parvint ainsi à mettre sur pied une armée de dix mille hommes, qu'elle envoya dans les Pays-Bas sous le commandement du comte de Pembmke •,
Philippe H lui-même fut de retour à Bruxelles la 9 juillet. Après la jonctiou des Anglais, son armée s'élevaîl à plus de soixante mille hommes, pour la plupart Wallons , Flamands. Hollandais et Allemands; les Espagnols et les Italiens en compo* soient la plus jietitê partie. Le duo de Savoie avait le commandement en chef^ car le fils de Charles-Quint n'était ni habitué au métier des armes ni disposé à rapprendre ; le S' de Bngnicourt commandait en second- Los deux ducs de Brunswick, Éric et Ernest, ainsi que les comtes de Schwartabourg » de Mansfeld ,. d'Oversteyn et de Waldeck, commandaient les Heytres pis^l-fierSf nornmés aussi noirs barmis, parce qu'ils portaient, avec la cuiiassc et la bourguignotte, une couple de pislolles. Les comtes de Homes et d'Arenber^ commandaient les àandes (fardonnatwe des Pays-Bas, s élevant à deux mille chevaux; l# comte d'Egmout tétait colonel général des chevau- légers , Lu cavalerie formait en tout douze mille hommes ; l'infanterie apprachait de cinquante mille. Le S' de Glayon» grand-maltre de rartilleria^ avait soixante pièces de batterie, dix de campagne et quatre gros mortiers. Les plus nobles gentilhommesdes Pays* Bas, parmi lesquels on distinguait le prince d'Orange, servaient dans cette armée , soit comme capitaines des bandes d'ordonnance^ soit comme gardiens de ta personne royale •, Le 18 juil^
" Ht'MK, Histoire (VAngtelerre, çbap. XX VI H. — Hisioli^ dfs Patj$-Bas^ par Emmanuel de Metehem {la tliue, 1618, 1 vol. m-fol ),p. il.
* On trouve dans un document des archives du royaume {Documenl* htstùriqiifs, t, XI), la Ijsle des priûcipaux sei^'neurs des Pays-Bas qui pli i eut pari à \n guerre^ avin.. rindication de leur emploi. Voici d'abord commeni se divisalcai ïcs bfmiif$ d'fmimmnnce : le pnn€*îd*Oraïi|ee, le duc