LIVRE II
était adressée au collège des cardioaux et l'autre à Paul IV. Énuméraot les différentes injures que son maître avait reçues et renouvelant ses premières offres de paix et d'amitié, le duc concluait toutefois en protestant que, si elles étaient encore rejetées, le souverain pontife servait responsable de toutes les calamités qui s'ensuivraient. L'irascible pontife fit mettre Loffredo en prison et l'aurait puni de mort si le collège des cardinaux ne s'y fût opposé ; il ordonna à Aldobrandini, son procureur fiscal, de finir le procès qu'il avait intenté contre Philippe II et rendit enfin une sentence qui privait le roi d'Espagne de la souveraineté du royaume de Naples. Philippe II, répugnant toujours à tirer l'épée contre le pape, soumit ses scrupules aux principaux théologiens de ses États. La plupart déclarèrent que, quoiqu'il fût indispensable de supplier Sa Sainteté de faire justice, la loi imUirelle permettait au roi, si ses supplications étaient rejetées, de conserver son territoire et de défendre son droit par la force des armes. Alors Philippe ordonna enfin au duc d'Albe d'ouvrir la campagne. Au mois de septembre, celui-ci, ayant commencé ses opérations, réduisit, en quelques semaines, plusieurs villes du territoire pontifical et sembla mena^r la capitale même de la chrétienté. Il aurait pu s'emparer de Bome sans beaucoup de difficulté, mais il fut arrêté par ses propres scrupules ou par les exhortations du cardinal de Saint-Jacques, son oncle, qui lui rappelait la mauvaise fin de tous ceux qui avaient pris part à l'entreprise du connétable de Bourbon. Cette irrésolution conve* nait peu à ses troupes ; aussi disaient-elles ironiquement que leur général leur faisait faire une campagne contre une fumée, contre un brouillard qui les incommodait fort et qu'on ne pouvait ni saisir, ni dompter. Tandis que des catholiques craintifs attaquaient le pape, ses plus vaillants défenseurs étaient des protestants allemands, qui riaient de la messe, persiflaient les images saintes, transgressaient les jeûnes et commettaient cent
LES t^AYS-BAS S0CI5 FElIIPPl IT.
autres sacrilèges *. Obéissaot aux ordres formels de Philippe If, le duc d'Âlbe conclut enfin une trêve de cinquante jours, sous la médiation des Vénitiens. Cette suspension d'armes allait favoriser la marche du duc de Guise qui s'avançait vers le Piémont avec douze mille fantassins ^ français et suiâses, et un corps de cavalerie. Cette armée, qu'appuyèrent les vieilles troupes commandées en Piémont par le maréchal de Brissae, était assez nombreuse pour essayer une attaque contre Milan ^ où la domination espagnole pouvait être stirement atteinte : c'était Tintention du duc de Guise, mais il avait ordre de suivre la direcUon que \m Caraffa lui indiqueraient, et ceux-ci lui ordonnèrent do marcher sur Naples. A l'approche des Français, !e duc d'Albe s ôtait replié vers ce royaume et, par sa tactique habile, il réussit à le sauver, tandis que le duc de Guise, de son côté, préservait Rome.
Cependant Henri !l avait exécuté trop fidèlement les dauses du traité déloyal qu'il avait conclu avec le pape. Au mois de janvier, Ta mirai de Coligny , sortant à l'improviste de son gouvernement de Picardie, entra , sans déclaration de guerre préalable, dans l'Artois, échoua dans une tentative contre Douai et se rabattit sur la viilede Lena qui fut mise à sac* Pour garantir ses frontières, Philippe H assembla rapidement, dans le voisinage de Charlemont, une armée dont it confia le commandement au duc de Savoie, et, comme il s'attendait à une lutte décisive, il ne se contenta point des troupes que pouvaient lui fournir les Pays- Bas, r Allemagne et l'Espagne, il passa en Angleterre, afm d'obtenir l'appui efiScace de Marie Tudor. Laissant sa maison à firuxeltes et n'emmenant avec lui que quelques nobles espagnols, il était parti le 8 mar*!, et il arriva k Westminster le îi •.
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