‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 67 sur 198 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

avant son abdication, l'engagea encore, avec les plus vives instances, à se donner la peine nécessaire pour gagner les habitants des Pays-Bas que sa première visite n'avait pas entièrement satisfaits.

Philippe II avait trente-deux ans en 1559. Tout, dans son air à la fois altier et timide , dans ses gestes très-sobres , dans sa taciturnité habituelle, trahissait la paresse du corps et les hésitations d'un esprit qui manquait d'assurance et surtout d'initiative. Il n'y avait rien d'ouvert , de franc, de sympathique, dans l'attitude froide et compassée du nouveau souverain. Sa réserve excessive et constante cachait cette dissimulation qui, en se perfectionnnant, devint comme un point d'appui pour son esprit irrésolu et comme un glaive à deux tranchants avec lequel il frappait ses ennemis avoués en même temps qu'il renversait soudainement les ministres et les courtisans qui, souvent à leur insu, avaient éveillé les soupçons d'un maître ombrageux. Depuis son second voyage dans les Pays-Bas, il avait tâché, pour se conformer au désir de son père, d'adoucir la sévéïîté de ses manières et de cacher sa froideur par un visage plus souriant, mais ses efforts ne réussissaient pas toujours. Dans les audiences , qu'il donnait habituellement deux fois par jour, Philippe se montrait attentif à ce qu'on lui disait ; mais rarement regardait-il son interlocuteur en face : qu'il écoutât ou qu'il parlât, et ses réponses étaient

• est, dit-il, si affectionné à sa nation d*Ëspagne, qu'il ne peust goust^r

• ceux de ce pays : de quoy tout ce peuple est sy indigné , que si le père, « sans y donner ordre , venoit à décéder, il y auroit apparence qu'ils se

• soustrairoient de son obéissance et demanderoient volontiers pour sei- « gneur Tarcbiduc d'Autriche , fils du roi des Romains ; d'autant que tout ce

• peuple bayt si fort les Espagnols, qu'ils ne peuvent, en aucune manière « que ce soit, gousler leurs façons, (ant s'en faut qu'ils so rangeassent

• à leur gouvernement... • Lettre à Henri il, roi de France, datée de Bruxelles, SO juin 4549,dansRiBicR, t. II, p. 2f0.

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LES PÀYS-llJbâ SODS PHILIPPE II.

ordinairement brèves et évasivea» il tenait it*s yeux fixés à terre ou bien dirigés h droite ou à gauche. En sortant de ces entrevues on se rapfjeJalt f accueil si différent de Gharles-Qtiint. Ce grand empereur ne se bornait point h écouter avec bienveillance tous œuï, les pauvres comme les riches, qui voulaient lui exposer leurs griefs ou réclamer sa protection ; il ne se contentait même pas de permettre ù chacun de parler en toute liberté, sans qu'il eût à craindre le moindre signe de déplaisir; il répondait si précisément et avec tant de gravité, de prudenœ et de douceur à ce qu'on lui esposait que chacun^ en le quittant, devait, dit un contemporain, étrn tout à fait content de lui, car ses raisons ayant été bien écoutées, il pouvait espérer tôt ou tard une décision telle qu'on la devait attendre d'un prince si juste et si bon,

Charles, en appelant son fils près de lui en 154S, avait voulu Imilier lui-même aux grandes affaires de TÉtat. Chaque jour il l'avait faiL%cnir, pendant doux ou trois heures, dans sa chambre, soit pour assister avec lui au conseil, soit pour rinslruire téteà tête* Le prince profita incontestablement de ces enseignementSj el ils eurent aussi pour effet d'augmenter encore ses goûts laborieux, It s'était, dit-on, toujours pîu à Tétude et avait surtout témotgm* une grande prédilection pour celle de Thistoire ; il parlait avec correction la langue esfjagnole, comprenait parfaitement le latin, savait aussi l'italien, mais, par suite de son éducation exclusive, était bierï moins fumiiiarisé avec les idiomes en usage dans les Pays-Bas ; aussi, quand il devait s'exprimer en français, langue oflicielle de ces provinces, avait-il besoin d'un interprète.

Après l abdication de son père, Philippe montra une ardeur extrême el une ténacité remarquable dans son application aux affaires publiques. Il voulut tout connaître, ne perdit pas une heure, el, tout le long du jour, étudia les dépi^ches et les rapjKjria qui lui étaient soumis. Déjàj il aimait mieux correspeodi*o avec ses ministres que de conférer avec eux et de leur donner desi

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