LIVRE IV
iDStruclions de vive voix. Il présidait ses conseils le moins possible, dans la persuasion que son autorité serait plus respectée si elle se manifestait avec une sorte de mystère.
Loin de continuer les traditions de l'ancienne maison de Bourgogne, Philippe II n'avait aucun goût pour les joutes, les tournois, ni pour les autres exercices de la chevalerie. Il n'y participait que par respect humain^ et il fallut, en 1549, les instances de ses parents et l'exemple de la vaillante noblesse des Pays- Bas pour Tarracher à ses paisibles habitudes. On le vit alors figurer dans les tournois qui eurent lieu aux châteaux de Bruxelles et de Mariemont ; mais sa gaucherie et son inhabileté faillirent lui devenir funestes. Dans le dernier tournoi célébré à Bruxelles, le 24 février 4550, il fut renversé par don Louis Zuniga de Requesens, grand commandeur d'Alcantara, et son cheval le traîna défaillant dans l'arène. Il avait montré un peu plus de vivacité dans la dernière guerre; mais, en cela, il avait forcé sa nature qui était plus portée pour la tranquillité que pour le mouvement. Connaissant son infériorité dans l'action, il rompit avec les nobles habitudes de Maximilien d'Autriche, de Ferdinand le Catholique et de Charles-Quint ; bientôt même il devait rendre la royauté presque invisible derrière les murs de l'Escurial. C'est de là que, pendant trente années, il combattit, par ses lieutenants, les ennemis de TEspagne, en même temps qu'il opprimait les plus florissantes provinces de la monarchie.
Les passe-temps domestiques de Philippe II étaient tout à fait placides. Il trouvait plaisir à rester dans son appartement et 5 y deviser de choses indifférentes avec quatre ou six favoris. Il se dépouillait alors de sa gravité, entendait volontiers des facéties, disait lui-même des bons mots et se livrait souvent avec abandon à une gaieté sans bornes ; mais, hors de ces réunions intimes, à ses repas même, et alors qu'il admettait les bouffons de la cour en sa présence, il demeurait calme, grave et froid. On le
LES r/LYS-BAS SOIS MItLIl'fE tl.
disait, cependant, très^passionné pour les femmes ; et, à cette première époque de sa longue carrière, très-porté à sortir déguisé la nuit, même dans le temps des affaires graves.
Mais CCS distractions ne détournaient point le prince de ses devoirs religieux. If les remplissait avec ime assiduité et une ferveur également remarquables. Tous les jours il entendait la messe j et, le sermon, à chaque fête solennelle. Il se monlmit aussi plein de déférence pour son confesseur, accueillant favorablement tout ce que celui-ci lui suggérait. Les courtisans es^iagnols, autant d'ailleurs pour se conformer aux usages de leur patrie que pour mériter les bonnes grâces de leur roi, se signalaient à l'envi par leur dévolion^ ils répondaient au prêtre à Tautel et accompagnaient le viatique lorsqu'ils le rencontraient. Lors du premier voyage de Philippe à Bruxelles, en 1549, on avait même vu» le jour du jeudi saint, une centaine de gentilshommes espagnols et italiens sortir procession nellement de l'église des Dominicains et parcourir une partie de la ville en se ûagellant jusqu'au sang. Il est vrai que, le dimanche des Rameaiut, le priuce d'Espagne avait voulu acccompagner lui-même la procession des chevaliers de Jéru^lem, qui conduisaient un âne en commémoration d'une des plus grandes scènes de T Évangile. Mais, si grande que fût la dévotion du roi, elle était eu harmonie avec les traditions catholiques de l'Espagne.
On avait prédit que lorsqu'il succéderait à son père, Philippe II n'euïploierait plus que des ministres de cette nation , bien quil fût appelé à régner sur des [jeu pies divers. Celte prédiction se réalisa, car la préférence du nouveau roi pour ses compatriotes n'avait fait qu'augmenter. Autant Charles-Quint témoignait de confiance aux Flamands, autant Philipf)o II montrait de prédilectinn pour les Espagnols, La réaction était complète. Aux yeux de Philippe Uf nul peuple n égalait les Espagnols; il vivait au milieu de ceux qui formaient les neuf dixièmes de sa cour , les