‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 71 sur 198 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Les magistrats ou échevins des villes jugeaient en première instance les causes civiles et, en dernier ressort, les causes criminelies si elles concernaient des habitants roturiers de leurs localités respectives. Les conseils provinciaux jugeaient par appel les causes civiles dçs roturiers et, en première instance, ces mêmes causes, si elles intéressaient des personnes nobles ou qualifiées ; cellesKïi, dans les causes criminelles, ne relevaient également que des conseils provinciaux. Les conseils de Brabant, de Guddre et de Hainaut jugeaient par arrêt, c'est-à-dire en dernier ressort. Les autres cours /relevaient du Parlement ou grand conseil de Malines qui était, à certains égards, le principal tribunal des Pays-Bas '.

Le due de Savoie, ayant recouvré ses États patrimoniaux par le traité de Càteau-Cambrésis, allait abandonner le gouvernement des Pays-Bas. Le roi devait pourvoir à son remplacement, tâche délicate, car ce choix annoncerait la politique que Philippe se proposait de suivre.

L'armée et le peuple eussent désiré l'héroïque capitaine qui avait décidé les victoires de Saint-Quentin et de Gravelines '. Lamoral, comte d'Egmont, prince de Gavre, puis baron de Gaesbeek et seigneur de plusieurs autres domaines, était né en 4522 au château de la Hamaide, dans l'ancienne châtellenie d'Ath'. Il descendait par son père, Jean d'Egmont, de ce fameux

1 Description de tout le Paï8-B<u, par L. Guiccurdin (édition de Sylvins, Anvers, 4t(67, petit in-fol.), p. 40 et suiv. BekUions du cardinal 3fiiTnrofiuo (Paris, 4642), in-4«, p. 178-179.

' • A ce que je tieus de la plupart des Espagnols, Flamans et François qui y estoient, ils luy en attribuoient le seul gain. » Beantôms, Capitaines esirangers, t. II, p. 464.

' On avait présumé pendant longtemps que le comte d*Egmont avait vu le jour à Bruxelles. Ses interrogatoires, publiés par M. de Reiflènberg, ont rétabli la vérité.

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duc de Gueldre qui avait résisté, avec tant de vaillance, à la maison d'Autriche ; sa mère, Françoise de Luxembourg, était héritière de la principaaté de Gavre. Le jeune d'Egmont, qui s'était appliqué principalement aux exercices du corps, atteignait sa dix-neuvième année, lorsqu'il fit ses premières armes : il suivit Charlcs-Quint, en qualité de volontaire, dans 1 héroïque et d('SJâtreuse expédition d'Alger» Trois ans après il avait un commandement au siège de Saint-Dizier, et> René de Nassau étant mort de ses blessures, il lui succéda dans la charge de capi» taine-général des lances. En 1546, conjointement avec le comte MaxiniUien de Buren, son cousin , il conduisit les bandes d ordonnance des Pays-Bas en Allemagne pour secourir Tempereur contre les princes protestants. Deux ans auparavant, il avait épousé Sabine, duchesse en Bavière, fille du comte palatin de Simmeren et de Béalrix de Bade. Le mariage fut c^^ébré à Spire le 8 mai 4S44, en présence de Charles-Quint et de Ferdinand, son frère, qui assistèrent aussi au banquet de noces ^ A cette occasion, la mère du comte renonça en sa faveur à la principauté de Gavre. De son côté, rempereur récompensa^ en 1546, les services que d'Egmont lui avait rendus en lui conférant, dans lo chapitre tenu à Utrecht, le collier de la Toison dor qu'il donna en même temps au duc d'Albc, au duo de Savoie et au duc de Parme. En 15o3, lorsque le mariage de l'infant Philippe avec Marie Tudor eut été résolu, Gharles-Quint envoya le comte d'Ëgmont en Espagne porter à sa fille, doua Juana, le pouvoir nécessaire pour gouverner la Péninsule durant Tabsence de son fils. D'Egmont prit ensuite place dans le cortège du prince d'Es^

' jQun^ de Vani^skë^v, — Du mariage de Lamoral d'Egmoot avçc Sabine de Bavière fiaquiretiL trois ûls et dix ^lics. — Le comte dEgmoot ^ut un frère qui suivit aussi Charle^^-QuÎDt en Afrique et qui mourut en Jtdlio; sa sœur épousa le comte de Vaudemont* de qui naquit Louise, destinée I devenir h femme de Henri H I, roi de France (Stu à da. lib. VU),

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pagne, toujours avec l'inévitable duc d'Aibe et cette fois aussi avec le comte de Homes ; il suivit Philippe en Angleterre et assista au mariage qui fut célébré dans la cathédrale de Winchester. Mais ce furent surtout les victoires de Saint-Quentin et deGravelines qui valurent au comte d'Egmont la popularité dont il jouissait. On vantait sa bravoure, on rappelait ses exploits, on aimait sa franchise, et on lui pardonnait, à cause de ses services, une présomption et une fatuité qui eussent déplu chez tout autre. L'extérieur de ce brillant capitaine plaisait également : son visage plein et agréable inspirait la conflanoe , la vigueur de son corps et son port majestueux commandaient le respect K Cependant l'intelligence et le caractère du vainqueur de Gravelines ne répondaient point à ces dehors imposants : son esprit était altier, mais manquait d'étendue et de pénétration ; sa volonté, quoique dirigée ordinairement par des intentions droites et pures, était vacillante dans les circonstances graves et ne suppléait point, par la vigueur des résolutions, à la prévoyance dont i! était dépourvu.

Aussi, la partie la plus éclairée de la noblesse et l'élite de la bourgeoisie avaient-elles reporté leurs sympathies sur un autre grand seigneur, d'un caractère et d'un extérieur tout différents : sur son visage maigre, sur son front dépouillé avant l'âge, on découvrait la flnesse, l'énergie concentrée, la pénétration, la ténacité, enfîn les qualités propres à l'homme qui se plaît et se signale dans les luttes de la politique. Cet émule de Lamoral d'Egmont était Guillaume de Nassau.

Né à Dillenbourg, le 25 avril 4533, Guillaume de Nassau

I Strada, lib. I. — « Cestoit le seigneur de la plus belle façon, et

de la meilleure grâce que j*aye jamais veu, fust-ce parmy les grands, parmy ses esgaux, parmy les gens.de guerre, et parmy les dames ; rayant veu en France et en Espagne, et parlé à lui. t Bbantôme, Capitaines estrangers, t. II, p. Ml.

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apparlenait à une maison dont Torigiiie certaine remontait au xii" siècle. En olTet, vers f 159, Walram, comte de Laurenbour^^ ayant hérité du château de Nassau, en prit le nom? il fyi raïeuJ de Waîram 11 et d'Othon qui , an milieu du iiir siècle, se par^ tagèrenl les États de leur père Henri, et devinrent les chefs des deux lignes perpétuées jusqu'à nos jours. La branche aînée pro* duisit les rameaux de Nassau-ldslein , Usiogen, Sarbrtlck et Weiibourg. Elle parvint un instant è l'Empire dans la personne d'Adolphe de Nassau, tué en \ i97 de la main de son compétiteur Albert de Habsbourg, La branche cadette fut transplantée dans les Pays-Bas au commencement du xv' siècle, tout en coûservant en Allemagne : Dillenbourg, Eîerborn, Siegen, le Westcrwald et Beilstein. L© chef de celte branche, Engelbert de Nassau, avait épousé rhéritière de Polnnen ; elle lui apporta en dot Breda, bientôt résidence habituelle de la famille, Ooslerhoul, Rosendael, Steenbergen, la seigneurie de Gertruidenberg et de Klundert; plus tard, Engelbcrt acquit encore dans le Luxembourg le comté deVianden et la seigneurie de Saint-Vit. Son fils Jean IV fut maréchal du duché de Westphaiie et sénéchal du Brabant; il mourut en 1 i75 ■ par son mariage avec rhéritière de Loon et Heinsberg, il avait ajouté aux possessions de sa maison Millc^n, Gangelt et Vucht, échangées ensuite contre Diest, Stchem et le margraviat d'Anvers. Ses deux fils, Engelbert U et Jean V, se partagèrent les domaines de la famille L'ainé (Engelbert] eut les possessions des Pays-Bjs^ le second, qui fut Taïeul de Guillaucne le Taciturne, les domaines qui étaient situés en Allemagne*,

Engelbert II servît glorieusement Charles le Téméraire, Maxtlien et Philippe le Beau ; pendant sa longue carrière, il fut peutêtre le plus ferme sou tien des maisons de Bourgogne et d'Autriche.

' Àrehwêideta tnaitm ttOrançû-Ni^^aUj L t, introd.» p. 54 et su iv. ^

Vuirùum noire no tjcu dan g la R('mtv naiionah, l, XV II, p. <8î.

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