I.K9 PAYS-BAS S0t7S CHAHLES-QUIÎ
M voyage, qtiaiid tn^me je n aurais pas cette garantie , persbtarjf , *i au surplus, dans la détermination inviolable de ne point com- •' menœr, quand je serai aux Pays-Bas, à mettre la main àauf! cune affaire, pas même à celles ou V. A, voudrait se servir de <^ njoi et m Vimploycr comme personne privée, si d'abord elle ne m'a M pas accordé et garanti l'accomplissement des assurances que n je veujt. En tout le reste, je dois exécuter les ordres de V. A.; H mais, sur ce point, elle aura la bonté de me laisser la liberlé « et de rne permettre même, s'il te fallait, de me soustraire à son *^ obéissance. A cet égard, j'ai vouïu aussi désabuser la princes«iie H régente^ et ceux du conseir d'État. En leur présence, j'ai ratifié *! et confirmé , par serment solennel , le vœu que j^avais fait à Il Dieu.*,.. \ >i
Les pressentiments de Marie de Hongrie ne lu trompèrent point. Ainsi qu'elle Tarait fait entendre à Philippe 11^ la mort allait mettre un obstacle définitif au voyage dont elle avait accueilli le projet avec tant de répugnance. Résolue, cependant, à ne plus différer son départ, ede était revenue de Valladolid à Cigales avec Tintention d'y passer quelques jours pour donner les derniers ordres à sa maison avant de se rendre à Laredo. Mais elle fut assaillie paJ^ un violent accès de fièvre^ et le mal s'accrut bientôt au point que la princesse doua Juana s'empressa d'accourir près de sa tante, sachant bien que sa visitj^ lui ferait plai* sir. Hlle lu trouva avec la fièvre, mais dans de meilleures dispositions. La reine demeura en cet état jusqu'au mardii f 7 octobre. Depuis lors jusqu'au lendemain, à neuf heures du matin, elle se montra aussi soulagée et aussi allègre que si elle n'avait éprouvé aucun mal* Les médecins disaient qu'elfe était hors de danjjer. Ella voulut alors qu'on lui préparât un potage, et, avant midi, elle prit une tasse de bouillon avec trois jaunes d'œufs, Mais*,
Hehufkrtmvitfir f'hurfrii-Quitd, l h^ p. UT-Hï*.
VIE DE MARIE DE UONCaiE. 135
presque aussitôt, elle ressentit de Douvedux frissons, et la fièvre augmenta tellement que, à quatre heures de Taprès-midi, elle avait Je pouls déjà mort ; à six heures, on fut obligéde lui donner rextréme-onction ; à huit heures et demie, elle avait rendu le dernier soupir K
ti Votre Majesté peut considérer, » disait dona Juana à Phi- « lippe II, « ce que je devais souffrir, si peu de temps après la « mort de l'empereur, mon Seigneur (que Dieu Tait en sa « gloire ! ) Je crois que la reine est aussi dans le ciel, car elle a « Gni très-chrétiennement. »
Les dernières volontés de Marie de Hongrie dénotaient un détachement complet des grandeurs humaines. Elle exprimait le désir d'être inhumée à Saint-Benoit, dans le même lieu que sa sœur Éléonore, jusqu'à ce que le roi Philippe II en décidât autrement ; elle prescrivait des obsèques modestes ; elle faisait des legs généreux à ses officiers, à ses serviteurs et à ses servantes ; elle ordonnait, enfin, de faire fondre, pour en donner le produit aux pauvres, un cœur dor qui avait appartenu à son mari et qu'elle avait constamment porté après lui « Séparés par la mort, di-, sait-elle, ils ne l'avaient jamais été damour et daffection *. >*
En 1574, les dépouilles mortelles des reines Marie et Éléo-
» Lettres de Tévéque de Palencia et de la princesse dona Juana à Philippe IL du 20 octobre 4558, dans le recueil de M. Gachard, t. !«>-, p. 436 et 438.
* On lira avec intérêt le texte môme de cette disposition : ■ Ayant
« porté, depuis la mort du feu roi, mon mari, à qui Dieu fasse paix, un « cœur d'or qu'il a aussi porté jusqu'à sa fin, j'ordonne que ledit cœur « avec la chaynette où il pend soit fondu, et donné ce qu'en viendra aux « povres : car puisqu'il a fait compagnie jusqu'au dernier aux personnes « que ores de si longtemps ont estez séparés de sa présence, ne l'ont estez « d'amour et affection, c'est raison qu'il se consomme et change d'espace « (espèce*, comme le corps des justement aymans ontfaict et feront. • Papiers d'État du cardinal de Granvclie, t. IV, p. o40-5H.
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nore furent transportées à J'Ëâcuricil, où Philippe II avait oî^ffnnf! do déposer aussi les cercueils de Charles-Quint, de sa mère Jeanne la Folle, de sa femme Isabelle de Portugal, de ses enfant don Ferdinand et don Juan, et de sa bru dona Maria de Portugal.
Marie de Hongrie fut ur> des membres les plus illustres de cette célèbre maison d'Autriche, agrandie par la prévoyance de Max i milieu, mainlenue par la sage^e de Ferdinand I*% immortalisée par le génie et les exploits de Charies-QuinL De toutes les princesses autrichiennes, aucune n'égala Marie de Hongrie, aucune n'eut son énergie brillante, son habileté consommée, son intelligence haute et ferme; aucune, non plus, n obtint, à un degré aussi éminent, la considération, reslime, même la défé* rence du grand empereur.
Charles-Quint avait plus de tendresse peut-être [lour Èléonore» qu'il se plaisait à noninier sa nmUmfe sœur, plus d'affeetueuse sympathie pour la douce Isabelle, si digne d'égards par ses infortuïiea et sa touchante résignation; il avait peut-être une amitié plus égale pour Catherine, que ses vivacités et ses prévenances rendaient attachante. Toutefois, Marie de Hongrie dominait ses sœurs, aussi bien que les autres princesses de sa famille, et par sa valeur personnelle et par Tascendant que ses hautes qualités lui assuraient sur 1 esprit de l'empereur et du roi des Homains.
Commencée sur le champ de bataille de Mohacz, la carrière politique de la reine Marie ne finit ntéme piis sur le seuil du monastère de Yuste. Après avoir voué sa vie à la grandeur de ses frères, suppléé Ferdinand rn Hongrie, conservé pendant vingtcinq ans le laborieux et pénible gouvernement des Pays-Bas, exercé, avec un dévouement sans égal, les glorieuses mais dif- GcUes fonctiojis de liêutenante do Charles-Qu nt, elle ne put même jouir sans trouble du repos qu'elle avait si bien mérité. Ainsi quelle PeîïpHmait n^ f>M, lempeTCur et le roi Philippe
voulaient lui remédie la corde au col. A la vérité, ces dernières sollicitations peuvent être considérées comme l'hommage le plus éclatant qui ait été rendu aux éminentes qualités de la reine Marie. Il est si rare que l'on veuille obliger les grands de la terre h reprendre le pouvoir auquel ils ont volontairement renoncé \ Pour justifier une démarche aussi extraordinaire , il fallait sans doute des circonstances graves, mais il fallait surtout une confiance sans bornes dans la capacité et l'indomptable énergie de l'ancienne régente des Pays-Bas.
On se souvenait, en effet, des immenses services qu elle avait rendus et à la maison d'Autriche et aux provinces que l'empereur lui avait confiées. On se rappelait avec quelle vigilance infatigable elle remplissait ses devoirs et avec quelle incomparable vigueur elle défendait, contre les Français, l'indépendance des Pays-Bas. Dans la seconde guerre surtout, elle avait déployé de» qualités qui la plaçaient au rang des princes les plus capables et les plus fermes. On savait aussi que l'énergie de l'ancienne régente n'excluait point chez elle la prudence et le tact également indispensables pour bien diriger un État. Elle avait indiqué le rôle naturel des Pays-Bas dans les luttes européennes; elle avait la conviction que la neutralité était nécessaire à ces florissantes provinces, non-seulement pour assurer leur sécurité, mais encore pour restreindre k»s causes de guerre entre les puissances voisin«^. La conduite habile qu'elle tint à l'égard de François I" dénotait toute la sagacité de son esprit.
Obligée, pour assurer la défense du pays, d'exiger des peuples des sacrifices continuels, la reine Marie ne pouvait espérer de ne point provoquer des murmures et d'éviter un mécontentement qui saperait sa popularité. Mais cette irritation se calma lorsqu'on put mieux apprécier le dévouement héroïque de la régente et sa volonté immuable de préserver de toute atteinte rindépendanci» et la grandeur des Pays-Bas. Chargée en même
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temps d'exécuter des édits terribles contre les sectateurs des nouvelles docirines religieuses, la reine Marie dul obéir aux injonctions de l empereur, mn frère^ et se soumettre aux lois de l'État- Elle lie cessa pourtant du se signaler par la modération de ses principes. Au risque même de déplaire à l'empereur, elle lui arracha des concessions d'une extr^^me importance, car ces adoucissements prévinrent la di^aorganisation do Topulente métropole comnierciaie des Pays-Bas.
Déchirée par des pamphlétaires français, méconnue par une partie de ta jeune noblesse, exposée aux doléances de la b^orgeoisie, fatiguée enfin d'un fardeau qu'elle supportail depuis un quart de siècle, l'illustre régente prit la détermination de renoncer à ses hautes fonctions et d'abandonner même le pays oii elle était née et qu'elle avait si vaillamment dt^fendu. Mais à peine eu^olie accompli cotte résolution qu'elle fut i^rettée de toutes parts. Le nouveau souverain la sollicitait de rejirendre les rônes du gouvernement ; rempereur, son frère, l'y engageait par Jes plus vives instances ■ les protestants eux-mêmes la demandaient. Certes, en présence de ces regrets unanimes^ il serait impossible de révoquer en doute les nobles et grandes qualités de ta reine Marie, ni de méconnaître les services importants qu'elle eut la gloire de rendre aux Pays-Bas.
AuB!§i les Belges peuvent-ils s'enorgueillir justement de cette femme éminentc qui joignait ^ la vaillance d'îsabeîle la CaLholique, le coup d'ceil pénétrant, la fermeté et la constance de Charles-Quint,
Fin.