‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 7 sur 198 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

; tUiïirles-Ouinl eiprimû te désir que Marie de Hangne oonservo le itoarernemeot des Pays-Bas. — Elle juBtifl© sou refus dam un raémoît^ adr^ssiî à i'empereijr. — Ello résigno le goi^venieraent ; discours qu'elle pronouco ûnm VBSs^mhUi' des dtaU gént^raux. — Instanc^is de Cîimies-Ouint et de Philippe il pour rju^olle revieûue snr sa détermiuatïoïi. — Regrets que rette détDÎssron excite dans les Pays-Bsfi. -^ La reîïie persiste dans sa r<teolii(îoii et aô retire au château de Ttirnhoot, ^- Son départ poirr TEspagne htcê CLarles-Qnint. — Sa preïnière tisilo au moaaBtôrede Yusle. — Mort de ta reine Éléonore — Marie de Ilongrie^ après uae nouvelle visite au monastère, se retire à Cigales. —Charles -Quint fonne la prqiet de Tassocier nu gouvoniemenl de l'Espagne* — Ohjectîons de la prînoesso doffa Juana. — Démarches faites par Philippe 11 et i>ar Charles-Quînt pour que ïa reine Marte consente à retourner dans les P*iys-Bas et à reprendre le gouvernement de ces provinces. — Befos de (a feinct demandes qu'elle edfesae ii Philippe 11 pour sa retraite définitive, — Sur de nouvellGss Instances, eUa coosent à retourner dans ie^ Paya - Bas ; eonditjoiis auxquelles elle subordonne sou départ* — Mort deCharies- Quint.— Préparatifs de In reine, pour se rendre en Flandre, tnterrompusi par une maladie mortelle, — Détails sur les derniers raomeuts de Marie de Hongrie. — Ses dispositions testameni aires; son dévouement à la mémoire de Louis 11, son mari. — Les dépooîBes mortelles de ta reine déposées îi Fi^scnriaL *— Résumé»

CharJes-Quint^ vivement affecté de la détermination prise par sa sœur et porstiaflé que rexpérience de œtte femme émineole serait du plus grand secours à son fils, s'ëtûit efforcé d'inspirer une tout autre résolution h In sage et vailianie régente. Les

VIE D« MARIE DE HONGRIE. Il 5

instances de l'empereur avaient ni^me été si pressantes que ia reine Marie crut devoir justifier sa résolution dans un mémoire extrêmement remarquable. En l'adressant à son frère , elle ic sopplia de peser ses raisons avec bienveillance et de statuer sur sa destinée selon l'entière confiance qu'elle avait en celui qu'elle tenait, après Dieu, son tout en ce monde.

Elle rappelait à l'empereur qu'elle n'avait d'abord accepté le gouvernement des Pays-Bas que pour peu de t^mps, et qu'elle n'avait cessé, è diverses reprises , de demander un successeur. Il devait se souvenir aussi qu'elle avait fait en sa présence le vœu à Dieu de ne pas conserver des fonctions trop pénibles pour une femme, et que l'exécution de ce vœu n'avait été qu'ajournée, lorsque son frère lui eut commandé de conserver le gouvernement pendant la guerre contre le duc de Clèves. Elle rappelait enfin qu'ayant renouvelé ses instances à Augsbourg, en 4550, l'empereur lui avait promis formellement d'accueillir sa demande, lorsque son fils serait revenu dans les Pays-Bas. Elle réclamait maintenant l'accomplissement de cette promesse; elle suppliait son frère , prince si juste et si catholique, de considérer la faute qu'elle commettrait envers Dieu ai elle différait encore d'exécuter le vœu qu'elle avait fait. N'eût-elle pas même prononcé ce vœu , elle ne serait pas moins obligée envers Dieu de renoncer à sa charge, puisqu'elle connaissait siD insuffisance. L'empereur lui nnmtrait d'ailleurs l'exemple qu'elle devait suivre, puisque, malgré ses grandes qualités, il voulait lui-même renoncer à ses couronnes. «Comment donc moi, disait-elle, serai-je assez téméraire pour me croire capable de diriger même un petit État, d'autant plus que, comme femme, je suis impropre aux principaux actes <la gouvernement? J'ai trop d'expérience pour ne pas reconnaître qoil est impossible à une femme d'exercer ces fonctions dans la paix et encore moins dans la guerre. Le gouvernement des Payses est le plus difficile ; car il faut entretenir des relations conti-

MO LES PJITS7BAS SOUS CBARLES-QUIf^fT.

nudl^ avec tous les ordres de l'État pour gagner les bonne griices tant de la nobla'^se que des commune^: ce pays n'étant ni' uno monarchie absolue, ni une oligarchie, ni une %'éritable république* Of, œ sont des devoirs pénibles pour une femme, principalement si elle est veuve, car la femme, quelle que soit sa qualité, n'est jamais crainte ni respectée comme l'homme. Bierii qut5 je porte une grande affection au roi, votre fils, il serait également dur pour une personne c^mme moi, après avoir servi V. M, jnsqu au bout, de recommencer mon apfirentissage. Une femme de cinquante ans doit, après en avoir servi plus de vingtquatre, se contenter pour le reste de sa vie d"un Dieu etdun maître. » La reine signalait ensuite les mœurs de la nouvello^t géûà^tion, aveclaquelle elle ne voudrait ni ne pourrait B'accommoder; rafFaiblissement du respect envers Dieu et envers le prince ; le petit nombre d'homnjes dévoués, enfin cette anarchie qui se manifestait, non-seulement dans les Pays-Bas^ mais presque partout. Cet état de choses TalHigeait et rirritait au point , disait-elle, qu'elle ne voulait pas même vivre, comme persoone privée, avec de telles gens ; elle déclarait , en outre, que le soin des afTaires lui était maintenant si antipathique quelle aimerait mieux gagner sa vie que de continuer ses fonctions. Quand même, ajoutait-eile. je serais dame et princesse du meilleur royaume ou pays du monde, je m'en voudrais défaire pour vivre le reste de ma vie comme personne privée et servir Dieu le moins mal que je pourrais. Elle finissait en demandant à Tempereur l'autorisation de se retirer en Espagne, avec la reine douairière de France, sa sœur, qui, deaon côté, désirait revoir sa fille dont elle était séparée depuis plus de vingt ans. En se retirant en Espagne, elle se réserverait l'avantage d'ôtre plus près de Tempereur, de vivre avec sa soeur , de se trouver dans un pays où elle serait affranchie de tous les soucis du gouvernement. De* meurer dans les Pays-Bas, même comme personne privée, ce

serait s'exposer, disait-elle , à devoir intervenir dans les affaires plus qu'elle ne voudrait , et elle ne pourrait refuser des conseils ni sa coopération sans s exposer à des mécontentements '.

Charles-Quint dut se résigner. Le 35 octobre 4555, après qu'il eut lui-même abdiqué la souveraineté des Pays-Bas, en présence des états généraux réunis an palais de Bruxelles, Marie de Hongrie prit à son tour la parole pour annoncer à l'assemblée qu'elle allait abandonner les laborieuses fonctions qu'elle avait exercées pendant vingt-cinq années.

«< Messieurs, dit-elle, vous avez entendu la résolution de S. M. « d'abandonner la souveraineté de ces pays en faveur du roi, « son fils, dont les grandes qualités lui permettront de bien sup- « porter ce fardeau. Comme il y a bien longtemps que je tiens, « avec grandes peines, le gouvernement de ces provinces, je « désire maintenant user de l'occasion qui s'offre de me retirer •I en Espagne avec S. M. C'est pourquoi j'ai supplié S. M. ainsi tt que le seigneur roi de vouloir se contenter des services que « j'ai rendus jusqu'à présent, et, en cette conjoncture, accepter « ma résignation ; je les ai priés de considérer que, connaissant « mon insufiâsance pour un gouvernement si important, je ne • lavais accepté que pour peu de temps et avec l'espoir d'en être « bientôt déchargée et que, si après vingt-cinq ans, je me trouve « encore à mon poste, c'est pour avoir voulu prouver mon obéis- « sance à l'empereur. Mais le déclin de l'âge m'avertit qu'il est

I Ce mémoire est inséré dans les Papierê iTÉtal du cardinal de Granvelie, t. ÏV, pp. 469-4S0. Uue autre pièce, émanée du cardinal de Granvelle luimême, prouverait que Tingratitude A quelques-uns des seigneurs des Pays-Bas aurait grandement influé sur la détermination de Marie de Hongrie. Elle avait surtout h se plaindre du marquis de Berghes, et, un jour, elle lui dit en plein conseil, devant les autres seigneurs, ce qu'il méritait pour son ingratitude. Bullelins de la commission royale d'histoire, t. IV, p. H7.

LES PAYS-BAS SOUS f:MAJIti;a-QUI%T*

« temps mûn do me débarras5<?r d'une si posante chatge, apiès «t tant de Li âVeiux , afin qtit" jo puisse servir Dieu avec plus «lu ti ti-anquiilité. It u plu ii Letifs MajestC*s da me faire eeUe grâce, *' d'acoueJltir ma très-humble requête tjt me ééjwHerde œtie " charge. Je vous assuré, Messieurs, ajoula-t-eik?, que si mon « insuflisiiuce a été causa que S. M. o'a été si bien servie et vous m autres gouv^nés comme eussiez bien désiré, ce n'a point été « faute de bonne volonté ; car si mon gaveir et ma capacUé tt eussent correspondu l\ ma fidélité et à mon clëvouement , je « suis eertaiîioquil n'y eût eu prince mieux servi ni pays mieux *î gouvrrnè, pujs*7ue j ai apporté dans i'aecgiuplissemenlde mes a devoirs tout rameur et tout le savoir qu'il a plu à Dieu de w me donner. Je supplie, en la plus parfaite humilité que je M lïuis, Votre Majesté {Charles-Quiol), vous, menseigneur (le roi *i Phîlipf!€')^ lit vous autres, Messieurs, prendre mes services de •I bonne part et les tenir pour agréables, puisque JV ai consacré Il tout ce qui était eu ma personne, et, sll y a au aucuoe faute, *< me ia pardonner et l'attribuer b mon incapacité, laquelle m'eèt " entraînée dans beaucoup d erreurs, sans î 'assistance que vos « prédécesseurs et vous autres m avez donnée. Je ne dois laisser « de vous en louer grandement et de voua eo remercier, vous il assurant que, indépendamment du bien qui en est r^ulté te pour le service de votre bon prince et pour vous-mêmes, oe w que vous avez voulu y ajouter par égard pour moi, la été à « une personne qui vous est entièrement dévouée et affection- H née, et qui, après avoir cherché è satisfaire un chacun» désire *i se séparer de vous avec contentement. Où que je sois, vous ne ti me trouverez moins disposée que par le passé, tant en général M que en particulier , à employer tous mes efforts pour promou- « voir voire bien, et vous faire tout convenable plaisir \

I Ln munit*:* de en disc^turs. écrite loui entière de Ja iniiiii di! U rein

Pendant ce discours , Charles-Quint avait ténooigné son approbation par ses geates et l'expression de son visage. Lorsque la reine eut fini de parler, il se tourna vers elle et la remercia, avec tendresse, des loi^ et fidèles services qu'elle lui avait rendus.

Cependant des démarches furent encore faites auprès de l'ancienne régente, aussi bien par Gbarles-Quint que par Philippe II, pour qu'elle retirât sa démission. Vais elle demeura inébranlable. Elle crut même devoir reliiserau nouveau souverain , d'user de son influence prè^ des états afin de faciliter le vote des subsides. Son intervention, disait-elle, serait plutôt nuisible qu'utile, car elle croyait être odieuse aux états, comme l'instrument qui les avait poussés à, faire tant de sacrifices pour soutenir les guerres passées*. Afin de se soustraire à des sollicitations nouvelles, elle se retira même à son ^chàteau de Turnhout.

11 ne faut pas dissimuler cependant que, malgré l'impopularité qui s'attache toujours à un accroissement d'impôts et de sacrifices, la démission de Marie de Hongrie excita de vifs et profonds regrets, C'était, disait-on « femme du plus grand esprit et du « meilleur qui fut oncques, la plus diligente et mieux congnois- « sant les affaires de par dechà que nul autre , et sur laquelle

Marie, est conservée aux Archives du royaume à Bruxelles. M. Gachard l'a publiée textuellement dans ses Analectés, pp. 99-102.

^ Cette opinkm âévère de la reine Marie concordait avec celle que Tambuflsadeur vénitiea Navagero exprimait en 4646. « Les sommes considéra- « blés d'argent, dûstit-il, que la natioo a payées, sous son gouvernement, « sont aussi cause qu'elle est devenue odieuse, comme Vest bien plus encore

• un certain Gaspard Ducci, Florentin, qu'on croit être (et c'est la vérité)

• celui qui a suggéré à la reine les expédients propres à soutirer do Targenl

• au pays. Cet homme est au courant de toutes les facultés finaneières « d'Anvers, ainsi que des ressources et des richesses do toute la Flandre, « ce qui le fait autant aimer do la reine que haïr des naturels, r Monu^ mcnts fie In tHpIomatic vàiitimnr, p. R7.

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Lm rAVb-UAS sous CllàiaES-QUJ\T*

« avions grand espoir en nos tribulations de guerre \ >* Les prolestants um^ï, quoiqu'ils n eussent poa été éjuirgnés sous le gouverneront de la reine Marie, redoutatoni , en voyant Philippe H yur le trône, un redoublement de rigueuï-s, et cette crainte les faisait également regretler rancieune rt^gente, dont les sentinienta personnels étaient îoin , [jeut-on dire, de s'acM^order avec le fanatisme du nouveau prince et même avec rinflexible sévérité dont Charles-Quint avait donné tant de preuves ',

Ce fut îe n septembre iim6 que Marie de Hongrie s*embarqua pour lËspagne, avec sa scBur JÏléonore, sur un Vriisseau flamand (lui accompagnait la flotte dont Charles-Quint était escorté dans son dernier voyage. Les deux reines accomjiagnèrent leur frère jusqu'à Yalladolid, ou I empereur leur fit ses adieux. Il se remit ensuite en route îwjur rEstrématlure , résolu à se retirer pour toujours dans le monastère hiéronyraite de Yuste.

Les reines douairières do Uongrie et de France , qui étaient restées b ValladoUd, témoignaient cependant te plus vif désir de revoir leur frère, Klles en étaient déjà séparées depuis dix mois lorsque leur visite au monastère de Yuste fut enfin décidée. Le château de Jarandilla fut mis à leur disposition par le comte d'Ompesa t qui en était propriétaire, et don Luis Quijada, majordome de Charles-Quint, prit les dispositions nécessaires pour y recevoir convenablement les deux reines. Elles quittèï'ent Valladolid , le ^8 septembre 1557, accompagnées de la régente d'Espagne , leur nièce , qui , de son cûté, se rendait à sa pieuse retraite d'Âbrojo. Ayant atteint le château de Jaranditla, en dix ^^^1 jours , ri les montèrent au njonastèrCj accompagnées de révéquo ^

^ 9 La reioo Marte, dit de Metemo^ f^uverna Nen et su^meut les V^p^ Bas... Cesloit une prudente pnnfess^, htiuetlf rshil him vmtiuttiu jMf^. « ifisUtiir fies l*nyi-Bn&, toi, fîe( 16,

de PalcDcia, et s'entretinrent avec l'empereur pendant une heure environ. Leur séjour au château de Jarandilla se prolongea pendant deux mois et demi. La reine Marie , qui était toujours la robuste amazone que François I'' avait tant admirée, dirigeait souvent son cheval, à travers la montagne , jusqu'au seuil du monastère. Mais la reine Éléonore, tourmentée par un asthme qui lui permettait à peine de supporter le mouvement de la litière, ne put monter au couvent que trois fois. Malgré les représentations du fidèle Quijada, Charles-Quint ne voulut pas héberger ses sœurs, mémo pour une nuit, dans Tenceinte du monastère, déclarant que le roi seul logerait à Yuste quand i\ viendrait y visiter son père '.

Depuis teur arrivée en Espagne, les sœurs de Charles-Quint n'avaient pas encore pris une résolution au sujet de leur établissement définitif, car, sur ce point aussi, elles voulaient être guidées par l'avis de leur frère. Elles avaient d'abord songé à Plasencia ; mais Charles les en détourna. Elles jetèrent ensuite les yeux sur Guadalaxara, en Castille ; la couronne y possédait des domaines étendus dont le roi Philippe se montrait disposé à céder à ses tantes , leur vie durant , les droits et privilèges. Il ne se trouvait dans la ville qu'un seul édifice convenable au rang qu'occupaient les reines douairières de France et de Hongrie : c'était le palais duducdel'Infantado. Mais ce seigneur, qui n'avait jamais eu de bonnes relations avec la maison d'Autriche, chercha des

1 « .... Porque en Yuste à soloV. M<i, cuando placiendcâ Diosle venga à ver, manda daraposento. . » Lettre de Tévéque de Palencia à Philippe II, du 3 octobre 4557. De son côté, Luis Quyada mande aussi, le 7 octobre, à Juan Vasquez de Molina, secrétaire d*État de Caslille, que Tempereur ne veut pas consentir que les reines dînent et passent la nuit dans son habitation. Betraite et mort de Charles-Quint au nwnastcrc de Yuste; lettres inédites publiées d'après les originaux conservés dans les Archives royales de Simanras, ]>ar M. GACHAiin, t. l"-, pp. ^82 et t8r».

r,ES PAYS-nAB sous CHAIlLES-Q0l!^T.

"préteites pour refuser de céder, aux sœurs de Charles-Ouint. un château questî famtlle* celle de Mendoia, tenait, de Ig liliérajité d'Isabeîle la Catholique *. î>

FeDdarit les visites que lui faisait la reine Marie, lemj^reur se plaisait à sentretenii' avec etîe des araires de la monarchie espt^ûûle, k là conduite desquelles il avait conçu dès lors la projet de la faire participer '. iMais la principale affaire des deux reines» (lendant leur séjour dans la Vej-a de Pbsencia, etaitde suivre les négociations ent^iniées par Charlas^uint lui-même avec la cour de Porlogal , |JDur amener, h défaut d'une réunion définitive, tout au moins uno entrevue entre Éléonore et sa fille dona Maria* Le départ de linfante de Portugal fut enfin convenu, et les deuK reines se disposèrent à aller ati-devaut d'elle. ^Ê

Ayant pris congé de rem[jereur, le fi décembre, elles quitté-*^ rent Jarandilla te lendeniaifi et se mirent en route pour Badajoz, ou elles devaient se rencsontrer avec l'infante. Celle-ci y arriva le 27 janvier 1558, et, maigre les marques de tendresse que lui prodigua sa mère et les sages conseils de sa tante, elle reprit, au bout de quinze jours, le chemin de Lisbonne, Non*seulenjent elle s était refusée à vivre en Espat^nc en compagnie de sa mère, mais elle ue manifesta pas môme fintention d'aller visiter l'empereur, son onde. El tu ne pardonnait ni à Charles-Quint ni à Philippe il do lui avoir proféré Marie Tudor, après avoir donné à elle-même lesperance d'épouser l'héritier du trône deCaslille* Après cette

' STiMLiiVG, The doi$ier iifi% etc., pp. 460-163.

^ Mtti^^ST, Çhat'ks-Qiùnl, son eibdtcaiioH, m t*etmite m* ttutnaMerv dt )'u«ic, etc., p, IM. — » ...» Y ayer viiiu t;i im\u^ de? Hungi'iu do JaraudilJïi à CMjner cou S« M*^ jKir su orden y llamumieiito^ luim cotniiincdr Hlguiuj^ cosas cou uUa fpie creo bi escUo et obispo Je Rns {Vévéque d'Arras), » Martla di-i Gaistelù, î^ecrétairn de Chark^^Quiul, â Juan Vn^îfpjest^ ïi ucU^ hre 1557. RelmiU' ti mori de Chaikê-Quini, L !'% p. M^L

VIE DI lARIfi V2. HOPCGRIB. i^fi

froide entrevue, les ûevu reines revinrent tristement sur leurR pas, avec le dessein de faire un pèlerinage à Notre-Dame de Guadalape. Mais , arrivée à Talaveruela , la reine Éléonore y tomba gravement malade et mourut le 48 février.

La fin si prompte d'une sœur, à laquelle elle était tendre* ment attachée, consterna Marie de Hongrie. Elle ne pouvait réussir à surmonter sa douleur; en présence de Luis Quijada, que Charles-Quint avait envoyé h Talaveruela, elle donnait un libre cours à son affliction, et les sanglots lui ôtaient la parole quand elle voulait s'occuper d'affaires '. Elle prit la résolution de retourner à Yuste pour y chercher des consolations auprès de son frère. Mais l'empereur n'était pas moins affligé qu'elle-même. Lorsqu'il apprit que la reine Éléonore n'était plus, de grosses larmes coulèrent sur son visage et de tristes pressentiments agitèrent son esprit. Éléonore était son aînée de quinze mois; il aentit qu'elle le précédait de bien peu. < Avant que ces quinze mo» soient passés, dit-il, il pourra bien se faire que je lui ti^ine compagnie, n Marie de Hongrie revint à Yuste le 3 mars, à la nuit, et logea cette fois au monastère. L'empereur avait dit plu- 8iears fois à Quijada : » 11 ne me semble pas possible que la reine très-chrétienne soit morte, et je ne le croirai que lorsque je verrai entrer la reine de Hongrie seule. >» Quand il la vit entrer seule, il s'attendrit, bien qull cherchât à contenir son émotion. Remarquant l'effet qu'elle avait produit, la reine prit soin d'être aooompagoée, dans ses visites ultérieures, par le chambellan ou par l'évéque de Palencia. Le i5 mars, elle vint prendre congé de l'empereur et le trouva au lit, souffrant beaucoup d'un ulcère au doigt. Ce fut la dernière fois qu'ils se virent en ce monde. Elle passa la nuit à Quacos et partit le lendemain pour Valladolid.

i Luis Quijada à .luan Vasquez, ti février 1558. HecueildeM. Gachard, p. 273.

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sous CHARLES-QirmT.

Le mol de cœur, flonl elle SQufTrait depuis tant d'années, s'étail aggravé a la suite de ces éinoLions douloureuses \

Toutefois Charle;>-Quint ne renonçait pas encore à 1 es[»érance d'employer activemeiit, dans l'intérêt de Philip|>e fl et de la mo* ïiarcliie espagnole, la grande expérience et rincontestiible habileté de i ancienne gouvernante des Pays-BîJS. Avant que Marie de Hongrie partit de Yuste, ['em[ïereur eut avec elle un entrer lien long etcanOdentief, dans lequel il lui proposa de la plaeer à j côté de sa fille, doua Juana, pour 1 aider à gouverner l'Espagne jusqu'au retour de Phiïippe IL Quijada reçut rordre de se rendre à Valladoîid pour persuader à la princesse régente, de fa part de son père, de consulter la reine de Hongrie sur les affaires les |)lus importantes, principalement sur celles des Pays-Bas* Mais dofia Juana prit assez mal celte invitation. Elle écrivit à l'empereur que le caracière de la reine de Hongrie était tel qu'elle ne se contenterait pas de donner son avis^ mais qu'elle voudrait commander ; que lautorité qui lui avait été conféi^ |M>ur gouverner ne âouffrait pas une pareillf^ nouveauté ; que, d ailleurs, il naîtrait de là des embarras continuels pour le secret comme pour l'unité des résolutions, et elle signifia quelle se retirerait plut(H et renoncerait à la régence des Espagnes ».

Phitipjie n, de son cété, avait résolu de faire auprès de sa tî*nte les dt* m arches les plus pressantes pour qu'elle consentit h reprendre le gouvernement des Pays-Bas dont le duc Philibert Emmanuel de Savoie n'avait pu surmonter les difficultés. Il écrivit de sa main à la reine de Hongrie |30ur qu-elle lui fit cette concassion; en mfme temps, il donna Tordre à Fray Bartolomé de

" Sî in Lin G; Thé Chistf^rtift*, pp. i77'17ï>; MtcisET, CharhH^Qntnl^ i^ir., p* ^0 ; Luis «^ïuijada k Jiinn Vasqocz, * et (i mars i55S, dans le Rocupif 4e M. Ga^liurd, t. t'^, pp. i79 el ml

* MiGWET* rhnrhjî-Qnîiit, p|r,, p. 342

VIE DE MARIE DE HONGRIE. iâ5

Carranza, qu'il venait de nommer archevêque de Tolède, de voir la reine et d'appuyer ses instances par les représentations les plus fortes. D'autre part, Garcilaso de la Vega, qui retournait également en Espagne, fut chargé de remettre à l'empereur une lettre de Philippe H par laquelle ce prince priait son père d'user de toute son influence sur la reine, afin qu'elle voulût reprendre le gouvernement des Pays-Bas.

Charles^uint était d'autant moins disposé à se prêter à cette démarche que, depuis son arrivée en Espagne, 11 avait essayé plusieurs fois, directement et indirectement, d'obtenir de sa sœur qu'elle reprit une part active aux affaires, sans pouvoir rien gagner sur elle. Elle venait, en ce moment, de lui transmettre la lettre de Philippe II, en priant son frère de l'excuser près du roi. Charles, cependant, jugea bon de conférer avec Quijada, touchant l'objet de la dépêche royale dont Garcilaso de la Vega était porteur. Bien qu'il répugnât à l'empereur de demander à sa sœur une chose qu'elle lui avait plusieurs fois refusée, Quijada le persuada de le faire, de sorte que Garcilaso, à son arrivée, le trouva disposé à lui donner la lettre et l'instruction dont il avait besoin pour la reine de Hongrie et la régente d'Espagne '. En effet, le 27 août, il écrivit à dofTa Juana : « Remon- « trez à la reine qu'elle ne doit pas permettre que, de notre « temps, notre Maison subisse un affront et un affaiblissement « tels qu elle les subirait si Thonneur et le patrimoine que nous H avons hérités de nos pères et de nos aïeux, que nous avons « conservés jusqu'ici et pour lesquels elle-même a essuyé tant « et de si grandes fatigues, venait maintenant à se perdre avec « infamie pour nous et pour le roi, qui est son fils aussi bien que K le mien. Dites-lui qne j'ai cette confiance dans sa bonté, ainsi

1 Luis Quijada à Philippe II, 47 septembre 4558. Recueil de M. Gacbard, p. 372.

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tKS P4TS-Bââ SOVS CHAHL&S-QUIÎNÎ.

i< qua tlitns l unmtjr ut raffection que toujours eJfo ino montra et n (ju'elJe a de même montrés au roi, que. nonobstaût ce qui s'est H passé îà^dessuB soit entre elle et moi, soit âvee d'autres per- « sonnes, et voyant clairement le danger qui menace notre Mai- « son» elle se disposera, sacrifiant toute autre considération, à u aller aux Pays-Bas pour le prévenir. C'est le plus notable sor- « vice qu'elle puisse rendre à Dieu, comme le plus grand bien H qu'elle puisse Mre à tous et à noire Maison en paitirutier, et a dont le roi et moi lui aurons le plus d'obligation K *■

En outre , Garcilaso de la Ve^a reçut lordre de revenir au plus vite à Yuste, pour y rendre compte des résultats de la missioD doot lecliargeait Tempereur près de la régente à Valladolid, et prè5 de la reine de Hongrie ^ Cigales. Sur ces entrefaites , Tar* chev^^que de Tolède, ayant rencontré la reine à Valladolid, se canTorma aux instructions qu'il avait reçues du roi A la suite de cet eotretien avec le prélat, la reine prépara, le 7 septembre, un mémoire oii elle exposait très*longuement è Philippe II les motifs qui s'opposaient à ce qu'elle revint sur ses déterminations antérieuiM. Son âge avancéi sa santé détruite, la résolution bien arrêtée qu'elle avait prise de passer dans la solitude le pou de jours qui lui restaient è vivre, les périls auxquels seraient exposés son honneur et sa réputation , si elle entreprenait d'administrer et de défendre des pays diffi elles, mal pourvus et près d'être envahis, et surtout le voeu inviolable quelle avait fait à Dieu de ne plus s'occuper des affaires de ce monde, ne lui permettaient pas, disait-elle^ d'accepter un fardeau dont elle avait été obligée de se déchaîner naguère. H appelant leii difficultés qu oilt? rencontra lorsque» vingt-sept ans auparavant , elle ftit investie du gouvernement des Pays-Bas ^ et constatant que ces difficultés a étaient pas moindte dans le moment actuel, elle déclarait que le duc de

1 MiGiTKT, Chark^Quinit etc, p- 400 ; Gachard, oper. ctt,, p. XLIV*

Savoie était plus capable qu'elle d'eu triompher. «Leduc, disait- M elle, qui a plus d'âge que je n'en avais et beaucoup plus d'ex- » périeoce des choses de la guerre ainsi que de l'administration, « le duc p à qui l'on attribue l'habileté et les talents nécessaires, «t pourra beaucoup mieux gouverner que je ne le faisais alors et ne « pourrais le faire actuellement, puisque la vieillesse qui entraîne « après elle le défout de santé, la faiblesse du corps et de Tesprit, «( m'expose aux mêmes inconvénients que la jeunesse autrefois; « et, si mon esprit n'est pas éteint complètement, il a perdu « beaucoup de sa vigueur, et ce qui en demeure est si pâle qu'on « peut chaque jour s'attendre à le voir s'efiacer. » Elle suppliait ensuite le roi, son neveu, de ne pas insister. <t Je supplie V. A. , « disait-elle, comme elle m'a servi naguère auprès de S. M. pour « qu'elle voulût bien respecter ma détermination, qu'elle en fasse «( autant près d'elle-même et soit contente des vingt-cinq années « que j'ai passées dans le gouvernement , contre ma condition K naturelle et ma volonté, y employant très*fidèlement toutes les « qualités que je pouvais avoir. » Elle exprimait ensuite l'espoir que le roi reconnaîtrait ses services et lui assurerait uoe retraite convenable en lui accordant les villes d'Almonacid, de Zorita, d'Albalate et d'Illana , avec leurs revenus et leur juridiction ' .

' Philippe II s'exprimait en ces termes dans une lettre du 6 septembre 1658, adressée à dofia Juana, princesse régente des Ëspagnes : « Par ce o que vous dites, et ce que la S»^ reine m*a écrit, j*ai connu le projet « qu^eUe a de se retirer dans une partie de ces royaumes, où elle puisse le « faire avec plus de commodité et de repos ; pour cela elle nous a envoyé

• demander les villes d*Almonacid , Zorita, Albalate et lliana, avec les

• droits d'akabala, la juridiction suprême et certains pacages, de la façon « que vous l'indiquez. Avant d'avoir reçu avis de cette détermination, « j'ai dû ocmsidérer la grande nécessité qu'il y a dans ces États d'une per- « sonne qui les gouverne en mon absence, les difficultés qui se rencontrent

• dans le choix du duc de Savoie, et Timportance de le remplacer comme

• il convient. Ne trouvant pas d autre remède, pour les causes indiquées

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LES IUVS-HAS SOtîS CMAItLKS-QlîLvr*

il Je liai pas voulu, disait-elle , mesurer ma requête à œ que M Y, A. â le pouvoir de faire et fait chaque jour pour beaucoup n d'auLrag de moindre qualité et de moins de mérite : seuiement, it je l'ai faite suivant ma détermination de vivre avec la grâce et " Taide de Dieu, bien résolue, si V. A, voulait me donner une « place plus glande et plus éminenleque celle que j'ai demandée, M de ne pas la prendre, et si j'avais pu demander moins^ je Tau- *i rail fait,.* « Elle ajoulait encore i « Si je me trouvais dans le «s besoin, je n'aurais pas honte de demander le nécessaire â V. A., M convaincue que, dans tm cas et dans Tautre, V. A, ne me « refuserait pa.s ; et elle peut bien être sûre que je mettrai de la V modération dans ce que je dois lui demander, conformément k ■i la règle que j'entends prescrire à ma vie, de façon queV.A, ne « ponrra en recevoir aucun ennui , et , si elle voulait me donner *' plus que le nécessaire, je ne le prendrais pas. Partant, je supu plie encore une fois V. A., avec toute l'instance possible, de ne ^r plus ajournerp après tant de travaux passés; le peu de repos M que je puis prendre en ce monde, et de ne plus y apporter « aucun changement, pour ne plus amener de nouveaux retards, << ce qui me serait, je l'assure à V, A., la chose la plus fâcheuse 1+ qui puisse m 'arriver ' . >>

« 6m$ les instructions remises à l*archevèqiie d© Tolède ^ j'en ai écrit à H S, M, [rompereur) en le suppliant, puisqiiMl pn connaissait rîmportanôe

• mieux que personao, d'avoir la bonté d'entrer en pourpaHers avec h « reine et de liâcher que, en Ions ras, elle vonlût bien venir on ces États.

• Queat à satisfaire r^s prétentions, m ou là, S- M. était maîtresse de

• faire ce qui lui semblerait bon. Je lui écris encore pour Inl renouveler les " marnes instance» ; et, certes, je ne sais pas en quoi la reine pourrait M mieux servir Dieu qu'en venant régir el gouverner ces* ÉtAts, et si elle m peut s'en excuser sans clmrger sâ c^mscience, vu lobligatian naturelle « qu'elle a de s*en occuper. Gela pour votre gouverne, si S. M. n'ordonne

• rien d'autre » Reiraile H mort (teCharles-Qttint, t J**", p. 354-35Î.

* Mêlmiiêtt mort de Charks-^QuitU, t. K p, 3U-38f.

Toutefois les dispositions de la reine se modifièrent après qu'elle eut entendu Garcilaso de la Vega et pris communication des lettres de Charles-Quint et d'une nouvelle dépêche de Philippe II. Elle consentit à retourner dans les Pays-Bas , mais à trois conditions dont Taccomplissement devrait lui être préalablement garanti : la première était qu'elle ne s'y mêlerait du gouvernement en aucune manière ; la seconde, qu'elle n'y resterait pas plus longtemps que le roi lui-même et qu'elle reviendrait en Espagne avec lui ; la dernière, que la princesse dona Juana lui fournirait l'argent nécessaire pour soutenir la guerre dans ces provinces pendant l'année courante et celle qui suivrait. Après avoir répondu en ces termes à l'envoyé de Gharles-Quiût , elle informa , le 9 septembre , Philippe U de ses nouvelles résolutions.

« Seigneur, lui disait-elle, ayant été un de ces jours à Valla- « dolid visiter la princesse et le prince , l'archevêque de Tolède « m'a parlé de ce dont V. Â. l'avait chargé, en me demandant u de consentir à retourner dans les Pays-Bas et à on reprendre « le gouvernement. J'ai fait la réponse qui accompagne la pré- « sente •, et j'ai résolu de l'envoyer à V. A., quoique j'eusse « reçu la lettre que S. M. a eu la bonté de m'écrire à ce sujet, et « la lettre ouverte que V. A. avait envoyée pour moi , pour me «î presser et me conjurer instamment de me résigner à ce voyage. M Aussi je jure à V. A. que, de ma vie, je ne me trouvai jamais « en pareil embarras, dans aucune affaire personnelle. D'un côté, « le grand amour, la vénération et le dévouement que j'ai eus « et que je désire avoir toute ma vie pour S. M. et V. A. me « faisaient désirer d'accomplir ce qu'elle me commandait, et « même, si ma conscience le permettait, de me dépouiller de « toute ma volonté, sans regarder à mon âge ni à ma résolution,

1 C'est le mémoire du 6 septembre, analysé cinlessus.

L£S PAYS-SAiB SOUS ClIAHLES-QUI^T.,

ni h tant d'autres motifs qne j'ai de refuser. Mats, d'un autre côtéj je sais que je ne puis absolument pas accéder au vœu de V. A., pour les motifs que je développe dans ma lettre et que Ja prudence de V. A, saura romprendre et appriTm^r. Le remède demiindé n'étant p.is en mon pouvoir^ et V. A. sachant bien le vœu que j'ai fait à Dieu de ne plus m'entremettre dans aucun gouvernement, directement ou indirectement, vœu que fai toujours été et suis encore fermement résolue de ne pas violer, comme je le dois, j'ai de justes motifs de supplier V. A. et je la supplie de me pardonner de ce que je ne peui accepter une chose dans laquelle ma conscience et le salut do mon àrae (dont chacun pour soi et en particulier nous devons seulement rendre compte à Dieu) me d(^*fendent de m'entremettre- Mais pour que V. A* sache quelle a été la puissance et la force des lettres et des persuasions de S, M. et de V, A , combien je les aime réellement et combien je tiens a obéir en tout oe qui m'est possible et à employer ce vieux corps à tous les services qu'elles prétendraient justement que je poux rendre, abandonnant mon âme à Dieu seul, j'ai répondu à S- M. ce que V* A. verra par la copie^ et de sa résolution dépendra mon

voyage aux Pays-Bas En ce qui me touche, je n'ai voulu

non plus rien changer à mes prétentions, et je ne changerai rien à ma manière de vivre. Seulement j'ai demandé que» sîl était possible, on me livrât dès à présent Zorila et AJmonacid, ou que ) on trouve un moyen , pendant mon absence , de tout arranger pour l'époque de mon retour, car je suis à un âge où, quand j'aurais assez de vie pour jouir un peu du repos que jo désire, il est bon de gagner tout le temps nécessaire pour le fi réparer, décidée que je suis de n'apporter, ni pendant la route, ni pendant mon séjour aux Pays-Bas, aucun changement à ma maison ni à ma fat;on de vivre. Je regrette beaucoup de ne pas avoir les inoyons de supporter les frais qu entraîne ce

Vie de marie de Hongrie. 451

« voyage, pour ne pas les mettre à charge de V. A. et ne « pas l'importuner de ma demande. Mais ces moyens me fai- « sant faute, je ne peux négliger cette demande, et il sera né- « cessaire d'y pourvoir, pour que je puisse accomplir ce qui « touche au service de V. A.

« Par ce que j'ai écrit à la princesse régente, et dont je joins tt ici la copie, V. A. verra comment j'ai tâché de ne point «< partir sans emporter avec moi l'assurance et la garantie qui « conviennent pour le remède, afin que mon voyage soit, d'une « façon quelconque, avantageux à V. A. ; car, par moi-même, u il le serait peu. Comme je me propose, après que Ton aura « pris une résolution à cet égard , d'écrire plus longuement à « V. A. sur ce sujet, je n'en dirai pas davantage actuellement, « ayant rédigé cette lettre avec assez de peine, à cause de l'afiflica tion que me cause la maladie de S. M »

C'était, en effet, la maladie de l'empereur, son frère, qui préoccupait surtout Marie de Hongrie. Elle Gnissait sa lettre à Philippe II par ces paroles touchantes :

u Bien que le médecin ait bonne espérance et ne trouve pas « que la vie soit en péril, bien que je demeure dans cette conu Gance, néanmoins là où il y a tant d'amour, il est impossible « quil n'y ait pas beaucoup d'anxiété '. »

La reine de Hongrie et la régente d'Espagne adressèrent des lettres pressantes à l'empereur pour qu'il leur fût permis de le voir et de lui consacrer leurs soins -. Charles-Quint , on ne sait pour quel motif, refusait de se prononcer là-dessus et tournait la tête lorsque Quijada lui parlait de ce projet v Mais lorsque

1 Retraite et mort de Charles-Quint, t. I«^; p. 356-359.

' Stirlino, the Cloisterlife, p. 239. « On lui épargnait et il fuyait luimême les émotions. U ne voulut auprès de lui ni sa sœur ni sa fille, qui désiraient y venir et ne rosaient pas. Quijada l'ayant prévenu que la reine

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LE-i PAYS-BAS SOim t:HàWLES*OrT\T,

fiarcilaso de h Vega fut de retour à Yuste, Charles s'emprfssa de lo faire appeler dans sa chambre (c'était le 1 0 s^pt^mbre) pour connaître le résultat de sa mission. Il apprit^ avec joie, que la reine de Hongrie cédaïl à demi, etîî espérait que, arrivée dans les Pays-Bas, elt<3 consentirait à en prendre Tentière direction pendant l'absence de son fils. Garcilaso de la Vega fut renvoyé à Valladolid. oii Pempereur commanda qu on tînt prêt un sauf-conduit pour le docteur Corneille Baesdorp èl dit ou douze personnes, qui précéderaient en Flandre la reine de Hongrie *.

Onze jours plus tard, Charles-Quint n'était plus, Le 21 septembre, Il avait terminé au monastère de Yusle son existence M glorieusement remplie. Cette nouvelle bouleversa la reine de Hongrie ; son affliction fut si poignante qu'elle aggrava sa maladie de cœur , dont elle éprouva coup sur coup deux accès si violents qu'on la crut morte \ Mais triomphant encore de la maladie et de la douleur, elle fit ses dernières dispositions pour exécuter la promesse qu'elle avait transmise à son frère mourant. Elle avait tracé son itim^rairc, cl une flotte était réunie h Laredo pour la conduire en Italie, afin de lui épargner un trop long trajet par mer ^. Le 8 octobre, elle «écrivit de Valladolid à Philippe II :

de Hongrie arriverait à Yuste pour le servir, s'il bd trouvait plu£ mal* lî répondit qu'eUe ne viendrait pos^ d'après C4> qu'il lui avait fait dire. Quijuda ayant ajouté que la princesse dona luana était dons une grande Inquiétude, se tenait prèle à partir, et n'attendait pour c^la qm son autonsallon^ i) s'j' refusa-, 1 MiGNRT, Chartes-Quint, etc ^ p. 424. ' GACBAan, oper. cit., t. 1", p. 355, et Mio«ffT, p- 4i3.

* Lettre de l'évèque de Païen cîa à Philippe 11, du 20 octobre 1558. dans le recueil de M. Gachard, t. W, p. 436.

* Stirlikc, oi>er. cii,,p. 569. Porrrrs H eu ter t s n'a pas eu connaissance des uégociulîons entaniées avec la reine de Hongrie pour rengager â rêve- Bîf daosles Pays-Bas; il saTâit pourtant que re retour était décidé et U indique même, p- 6S0, l'ilinéraipo que Tançiennc régenle se proposait de iuivre : ^ Uuum paul«> antè, deaiderio Beljfarum tacla, iter BarcilonaGe-

u Seigneur! J'ai cru devoir écrire cette lettre pour que

u V. A. sache ma détermination, laquelle est d'accomplir ce u qu'elle commande. Je me dispose autant qu'il est en moi , et u avec toute la promptitude et la diligence possible à partir, sans « tenir compte de Tobstacle qu'y mettent mes indispositions, « lesquelles ont commencé avant le décès de S. M , et depuis se « sont aggravées de façon que, avec quelques paroxysmes comme « deux qui m'ont accablée pendant ces huit jours, je serais débar- « rassée de mon voyage.* Je ne le désire d'ailleurs que pour satis- « faire V. A. et accomplir ce qu'elle commande, puisqu'il est en «t tout point contraire à mes vœux personnels et à mon contente- « ment. On avancera les préparatifs autant que ma santé le per- « mettra, quoiqu'ellesoit fort chanceuse et inquiétante, et quoique M S. M., empêchée par la mort, n'ait pas pris la résolution que je «I lui demandais, de consentir aux trois conditions principales et « nécessaires auxquelles j'avais subordonné mon départ. Je suis « convaincue que V. A. les agréera et les exéeulera ; car, pour « moi, je suis fermement résolue, et je le serai toujours, de ne « pas m'en écarter. L'une est que je n'accepterai ni ne prendrai « le gouvernement en aucune façon ; l'autre , que je ne demeu- M rerai pas aux Pays-Bas lorsque V. A. s'en éloignera ; la troi- «' sième, que je ne partirai pas d'ici sans avoir les fonds nécesasaires en espèces sonnantes, pour le moment actuel , et, pour « l'année suivante , sur des ressources assurées, de manière à « pouvoir soutenir la guerre. Je crois que c'est là le nœud et le « point principal de toute rafTaire. Quant aux deux premières « conditions , bien que je n'eusse d'abord consenti à mon départ « que lorsque V. A. les aurait acceptées et me les aurait garan- « ties, je ne laisserai, pour exécuter ses ordres, d'entreprendre le

nuam, iodèquc lerrestri ilinerc in Belgium faccre coDslituisset, clas.sis<jue in eam rem parala staret »

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