LIVRE IV (i
Bas *. Dès que la guerre avec la France lui eu laissa le loisir, il envoya à Rome le docteur François Sonnius, un des plus doctes et des plus célèbres théologiens de l'université de Louvain. Il devait se faire assister de François de Vargas, ambassadeur d'Es» pagne à Rome *. Sonnius représenta au pape Paul IV que les anciens diocèses avaient une juridiction si vaste qu*il était impossible que les évêques eussent un soin convenable de leurs ouailles. Il supplia le pape de retrancher ce qu'il y avait de trop dans les anciens diocèses et de le répartir entre de nouveaux sièges, de manière que chacun correspondrait à la langue naturdle du pays. Pour subvenir à l'entretien des nouveaux évèques, on leur affecterait de riches et suflQsantes abbayes, des prévôtés, des prieurés et autres bénéfices. Paul IV, après avoir fait examiner l'affaire par une congrégation de sept cardinaux, accueillit, le \9 mai 4559, la demande du roi catholique autant pour élever de nouvelles barrières contre l'hérésie que pour sceller sa récon* ciliation avec le fils de Charles-Quint '. La nouvelle de la décision favorable du souverain pontife trouva encore Philippe II dans les Pays-Bas ; il prit aussitôt les mesures nécessaires pour l'exécutioo de ces bulles importantes.
Il avait, du reste, multiplié ses ordres pour le châtiment des hérétiques. Non content des instructions si pressantes données è Marguerite de Parme, il recommanda de même à tous les gou-
' Strada, lib. I.
' François Sonnius (Van de Velde) assista plus tard au concile de Trente. ~ François de Vargas était conseiller de Castille et jurisconsulte distingué. 11 mourut en 45S0, dans le monastère de Cistoso, près de Tolède, où il s'était retiré.
^ Voir, dans Rifein, t. II> p. 805, une dépèche adressée par Henri II à Tévéque d*Angouléme, son ambassadeur à Rome, pour protester contre les arrangements arrêtés dans ce consistoire, parcequ'ils étaient préjudiciables « rintérét de rarcheyéque de Reims.
les
LES r4YS-iA8 SOUS raiLippE tr.
verneurs ta plus grande énergie et la plus inflexible sévérilé. 11 teur fut enjoint de faire exécuter rigoureusement les édîLs contre les hérétiques, et de ne pas plus épargner les luthériens et les çacranientairas que les amibaptistes \ Philippe s'adressa dans le môme but à tons les conseils provinciaux de justice et prtncipalement au grantï conseil de Mali nés, à qui il avait déjù recommandé cet objet do sa propre bouche. Il le chargea expressément d'observer les cdits et d'en surveiller Texéculion par les autorités qui lut étaient subordonnées. Elle devait se faire avec tcMile rigueur et sans excepter personne ; il fallait procéder non-seulement cnnlre les Iransgresseurs, mais aussi contre les juges qui voudraient user dedi^simniation et de connivence. On ne pouvait admettre l'excuse de ceux qnî^ sous prétexte de Ja sévérité de la loi, se montreraient timides et craindraient de prononcer les peines îitutuées pav les ordonnances de letTipereur. Si le conseil décou\iait quelqu'uji qui énonçât une opinion équivoque sur les choses fto Dieu ou de la religion, et qui laissât deviner que cette opinion avait |»our but do favoriser les hérétiques ou de lea soustraire aux peines prononcées par k*s édits, on devait procéder contre ce suspect comme fauteur d hérésie j quand même il ferait partie du cuns(*iL Le roi prescrivait de nouveau d'observer les f>lacards à rencontre de tous les sectaires, analiaptkles^ sacra^ menfuires ou luthéiiens^ sans exception aucune, même contre ceux qui pourraient seulement être ontachi^s des erreurs intro« duites el soutenues jvar Luther. Le roi recommandait ensuite au magistral, qui avait la surveillance des écoles, de les visiter sou-
* Dnns son Apoitiffie, iv {ii Lace d'Orauge dedans fi)rnicneniciit que lor<^]iie PhUiiJ[iQ II s'ejtibuqua [Xfur lEgpagne, i\ lui c^timmanda de laîre mourir pluMCUfsr/e^*ft' rir fcif», suspcfjtiidhét^iiiie; mois ii refui^a dt» le raiie et te jn'crUt — Voir aussi les iastructJDTis doaiiL*es au marquis de Bér§hes« joraque Pliilippe 11 lui conféra le gouvernemeut du Uainuut, dao^ l^s tiuHHim fîefa Vontmisntmi fff^ukfthisUfin-t nouvelle sérjejlt V, p. 54f.
IfTRE IV (1559). ICI)
vent et de n'admettre comme instituteurs que de bons catholiques ; le magistrat devait également tenir ia main à ce que la jeunesse fât bien instruite dans le catéchisme que le gouverne^ ment avait fait publier. Enfm, il fallait exclure des postes administratifs ou judiciaires les candidats qui n'auraient pas toujours eu la réputation de bons chrétiens et de catholiques * .
Le 40 aoât, à minuit, Philippe II, accompagné des principaux seigneurs du pays , se rendit au Sas, où il s'embarqua pour rejoindre en Zélande la flotte qui devait le transporter en Espagne et qui se composait de deux <^nts vaisseaux. Le mauvais temps l'obligea de séjourner dans les Iles de la Zélande plus longtemps qu'il n'en avait l'intention ; et ce retard TafiBigea vivement, car le moindre délai lui semblait une calamité. Le jeudi S3 , la du^ chesse de Parme et les principaux seigneurs des Pays-Bas prirent congé de lui. Vers les onze heures du soir, il entra dans son navire et resta à l'ancre jusque dans l'après-midi du lendemain. Un bon vent s'étant levé, il s'éloigna des côtes des Pays-Bas, qu'il ne devait plus jamais revoir, et parvint heureusement jusqu'au canal près de l'ile de Wight ; mais lorsqu'il entra dans la mer d'Espagne, sa navigation fut retardée par un calme extraordinaire. Enfin, le 8 septembre, la nef royale et quelques autres navires de la flotte touchèrent à Laredo, au moment où venait d'éclater une horrible tempête qui engloutit plusieurs vaisseaux de l'escorte, avec les meubles et les effets précieux dont ils étaient chargés ».
A peine Philippe II fut-il de retour en Espagne, que les flam-
I Manuscrit de l'ancienne bibliothèque de Bourgogne, n« ^6075.
^ Journal de Vandenesse, qui accompagnait Philippe II en Espagne, comme contrôleur. — Lettre adressée à M. de l'Aubespine par Christophe Challairc, maître d'hôtel de ce dernier, et datée de Mildelbourg, le 44 août {Négociations , etc., de Sébastien de TAubcspine, p. 89). — Lettre do Philix)pe 11 à Tévètiue d'Arras, datée de Sudbourg (Zélande), le 24 août, dans les Papiers (VÈlai du cardinal de Granrelie, t. V, p. 6V1 .
170 LES t>AVS^BAS SOUS PHILIPPE 11.
mes des bûchers éclairèrent d'une lueur sinistre la volonté im* tnuable du roi de tout sacrifier au maintien de la foi catholique. Le 2 octobre , il voulut lui-même présider un autonla-fé célébré i\ Valladolid et où furent brûlés treize personnes ainsi que le cadavre d'une femme qui, pour s'épargner les tortures du bûcher, s'était coupé la gorge avec des ciseaux. Presque tous ces cob« damnés appartenaient à des familles nobles et reconmiandables ; il s'y trouvait plusieurs prêtres, entre autres Pierre de Gazaibi curé de Podrosa, ainsi que des religieuses dont la jeunesse aurait dû désarmer les bourreaux. Après l'auto-da-fé, Philippe, accueil* 4ant la demande qui lui était faite par l'inquisiteur général, jurt solennellement et publiquement de soutenir et de défendre le saint office, et de lui révéler tout ce qui aurait été dit contre la foi, par quelque personne que ce fût. Ce serment, redoutaUe dans ses conséquences, devint comme lexcuse d'une politique entachée trop souvent de duplicité, de fanatisme et.de cruauté.
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LIYBË CmOUIÊME.
Prépondérance de l'Espagne. — Possessions de Philippe II. — Coup d'œil sur les forces, l'industrie, le commerce, etc., de TEspagne. — Prospérité des Pays-Bas.—Productions du sol.— Commerce d'échange.— Industries des différentes provinces.— Moeurs des habitants.— État de Tinstruction.
— Les chambres de rhétorique.— Lés dix-sept provinoes.— Description de la région septentrionale.— Ancien aspect de cette contrée ; inondations; digues. — Le duché de Gueldre. — La Frise. — Le comté de Hollande.
— Mœurs des Hollandais. — Fabrication du beurre et du fromage ; pèche du hareng ; commerce. — La Haye , Dordrecht, Amsterdam, etc.
— La Zélande.— Description de la région méridionale.— La principauté de Liège. — Le duché de Luxembourg. — Le comté de Namur. — Le comté de Hainaut.— Prospérité de Mons et de Valenciennes.— Domaines de la noblesse. — L'Artois. — Le comté de Flandre. — Lille, Tournai, Alost, Gand, Bruges, Ypres, etc. — Contestations commerciales avec TAngleterre ; détails sur Tindustrie de la Flandre. — Le duché de Brabant.— Louvain et son Université.— Bruxelles.— ÉtatdeMaestricht.
— Duché de Limbourg. — Seigneurie de Malines. — Anvers. — Progrès de cette ville depuis la décadence de Bruges. — Elle éclipse Venise. — Les Hanséates. — Population. — Monuments. — Gouvernement de la Commune. — Maisons étrangères. — Les nations. — La bourse. — Les factoreries. — Le port. — Principaux articles d'importation et d^exportation. — Industrie des Anversois. — Aisance de la bourgeoisie. — Aspect riant de cette grande métropole commerciale.
Quoique Philippe II e\\i été déçu de l'espérance ambitieuse d'hériter aussi de Ja couronne impériale , il primait néanmoins fous les autres souverains de son temps par le nombre et la puis-
LES PAYS-BAS SOCS t»BltJt»nË It-
sancede sas Étals, Charles-Quint lui avait laissé en Europe les
royuumes de Castille, d'Aragon et de Navarre ; la principauté de Catalogne et leBoussilloo; les royaumas de Naples et de Sicile; la Sardaigne et le Milanais ; \m Pays-Bas et la Franche-Comté de Bourgogne, En Afrique, l'autorité du roi d'Espagne était reconnue tlans l'archipel du Cap-Vert et dans les provinces de Tunis et (POran; il possédait, sur les côtes occidentales, larchipel des Canaries et, en outre, les lies de Fernando-Po, d'Annobon et de Sainte-Hélène* L'immense et riche hémisphère , découvert par Christophe Colamb, s'était encere agrandi pendant les dernières années du règne de Charles-Quint i au Mexicïue et au Pérou, à la Terre-Ferme, à la Nouvelle-Grenade et au Chili, le^ Espagnols iivaîent rattaché les vastes provinces arrosées par le Paraguay j,t la Plata. L'Espagne possédait aussi l'iîe de Cuba, celle de Si^bt-Domingue, la Martinique, la Guadeloupe, la Jamaïque, <*t bientôt elle allait prendre possession des lies Philippines dans la merdes Indes.
Fiers de cette puissance colossale , les sujets de Philippe II disaient : " Au moindre mouvement de FEspagne, la terre trem^ ble. » Et cédant h la fougue de leur imagination , ils ajoutaient que le soleil ne se jovait et ne se coucliait que dans le pays de leur domination ^ ils disaient aussi que leur langue était Ja seule tpn Fût propre pour parler à Dieu.
L'Espagne , à l'avènement de Philippe lï, se li^nuvaità rapogée de sa puissance. Elle était réellement , selon les expressions de Cumoëns, la ttHe de TEurope. La supériorité de ses armes, de son industrie, de son commerce et de ses richesses lut assurait le premier rang , dont elle était égalenîent digne par sa suprématie dans les arts et la littérature. Enfin, l'Espagne dominait alors le monde el Ini imitosait jusqu'à ses modes.
Les armes étaient la pusmn dominant^^^ exciusivei des nobles ou hidalgos î mais les aulroî- classes n'avaient pas encore aban-