LIVRE V
Entrons maintenant dans la province la plus célèbre, celle que Guicciardin appelait le beau et noble pays de Flandre. Il se divisait en trois parties : la plus importante était la Flandre flamingante, où dominait la langue flamande ; la seconde était ia Flandre gallicane, oii l'on se servait du français ; enfin la troisième était la Flandre impériale. Cette vaste contrée renfermait vingt-huit villes murées, plus de trente autres localités ayant également le rang de villes, quoique dépourvues de murailles, mille cent cinquante-quatre villages , la plupart riches et bien peuplés, un grand nombre de châteaux, quarante-huit abbayes . et un nombre infini de prieurés, de collèges et de monastères. Bile possédait quatre ports de mer : TÉcluse, dont le havre pouvait contenir plus de cinq cents navires , Nieuport, Dunkerque et Ostende, ville alors naissante, encore dépourvue de murailles et habitée par des pécheurs '.
La Flandre gallicane, contrée à la fois agricole et industrielle, renfermait les belles et riches cités de Lille , de Douai et d'Orcbies, la puissante seigneurie de Tournai et l'état de Tournaisië. Sous le rapport commercial, Lille tenait le premier rang après Anvers et Amsterdam. La Suisse, la Savoie, l'Allemagne, la France , la Lorraine , la Bourgogne et les autres provinces des Pay&-Bas lui envoyaient leurs productions ; et elle entretenait des relations suivies avec la Livonie, la Pologne, la Norwége, le Danemark, laMoscovie, la Frise, la Hollande, laZélande, ï'Écosse, TAngleterre, l'Irlande, l'Italie, la Sicile, l'Espagne, l'Afrique et les Indes. A deux lieues de Lille , on trouvait le fief qui avait
1 Dunkerque a];^rtenait alors à M. de Vendôme, roi de Navarre, ainsi que Gravelines, Bourbourg et Engbien. Ces (lomaines étaient entrés dans sa maison par suite de mariages. En temps de paix , il en jouissait ; mais en temps de guerre avec la France, le roi d*Espagne, en sa qualité de suzerain, les réservait ordinairement comme compensation pour les seigneurs belges dont les biens en France étaient également mis sous le séquestre, I. 43
donné son uom à l'une des plus anciennes familles des Pays- Bas; eétait la bonne et forte ville de Lannoy >. Armentières s^ipartenait au comte d'Egmont. On y fabriquait annuellemeot plus de 25,000 pièces de drap, principalement l'espèce conooe sous le nom des quatre eoukurs; elles étaient expédiées en Italie et de là à Constantinople. Orchies était également célèbre par ses fabriques de soieries. Douai, qu'allait enrichir une université, avait retape et le commerce du b!é.
La seigneurie de Tournai se composait d'une ville célèbre défà sous la domination romaine, plus célèbre encore sous les rois <k* la première race. C'était Tournai ; elle contenait 72 corporations de métiers. Depuis que Charles-Quint avait rattaché Tournai aux Pays-Bas, le commerce y avait pris un nouvel accroissefnent ; plus d'aisance s était répandu dans les classes inférieures. C'est ainsi que, en 4 543, on avait remplacé par des tuiles les toits de paille qui , à cette époque , couvraient encore les maisons. Le Toamaisis renfermait la ville de Mortaigne et le village de Saint- Amand, célèbre par son abbaye.
Alost était le chef-lieu de la Flandre impériale. On reman^uait aussi dans cette contrée la ville de Termonde, oii se tenait chaque semaine un grand marché de lin très-fréquenté , ainsi que le cb&teau de Rupelmonde, qui renfermait les originaux des privil^es accordés au comté de Flandre , et qui servait en même temps de prison d'État.
La Flandre proprement dite était bornée au nord par I Océan, au midi par la Lys et la Flandre gallicane, à Test par TEscaut et à l'ouest par l'Artois. Gand était considéré comme la capitale de cette province si riche et si considérable. Les troubles de 1540 n'avaient point altéré d*une manière sensible son antique pros-
A Après l'eitinction de la postérité mascuiioe des Lsodot. ce dooaiiie aa comte de Bareo. fils aîné du prince d'Orange.