‹ Histoire de la rose chez les peuples de l'antiquité et chez les modernes. Description des espèces cultivées. Culture des rosiers. Propriété des roses, et leurs diverses préparations alimentaires, cosmétiques, etc., etc. Par M. le marquis de Chesnel, lieutenant-colonel de la légion infanterie légère des pyrénées-orientales, membre de plusieurs sociétés savantes, etcChapitre 3 sur 25 · DES FLEURS · texte numérisé non relu

DES FLEURS

Les fleurs ont fourni aux poètes et aux naturalistes tant de dissertations intéressantes pour la science et pour les gens du monde, qu’il semble que ce sujet n’a plus rien à offrir à la curiosité ; mais quoiqu’on ait beaucoup dit et écrit sur ces aimables productions de la nature, on n’a guère à redouter de fatiguer l’attention , en la ramenant souvent sur des objets qui se présentent toujours avec de nouveaux charmes.

Les dames , surtout, accueilleront avec indulgence un ouvrage consacré à l’histoire des fleurs: en retraçant les agrémens des favorites de Fiore , c’est adresser un hommage aux femmes et faire leur apologie , puisqu’on ne peut louer les unes sans parler des autres , et que les fleurs ont été, de tout temps, destinées à exprimer mille choses flatteuses.

Au sein d’une fleur, tour à iour.

Une heureuse image est placée :

Dans un myrtlie on croit voir l’Amour ,

Un souvenir dans la pensée;

La paix se peint dans l’olivier ;

L’espoir dans l’iris demi-close;.

La victoire dans un laurier

Le culte des fleurs est universel : l’homme sauvage et l’homme civilisé éprouvent le même sentiment d’admiration à l’aspect d’un beau végétal ; tous les rangs apportent un empressement égal à cultiver un plus ou moins grand nombre de fleurs ; et lorsque le superbe hortensia décore la terrasse du palais, le modeste basilic orne la fenêtre de l’artisan.

Fleurs charmantes ! par vous la naturcfest plus belle;

DaDS ses brillans travaux l’art vous prend pour modèle ;

Simples tributs du cœur, vos dons sont chaque jour

Offerts par l’amitié , hasardés par l’amour.

D’embellir la beauté vous obtenez la gloire ;

Le laurier vous permet d’embellir la victoire ;

Plus d’un hameau vous donne en prix à la pudeur;

L’autel même, où de Dieu repose la grandeur,

Se parfume au printemps de vos douces offrandes ;

Et la religion sourit à vos guirlandes.

Le délassement le plus doux de l’enfance est de tresser des couronnes avec les fleurs qui entaillent la prairie , ou qui croissent , solitaires , sous l’ombrage des bois ; l’amant timide exprime ses premiers feux par l’hommage de ses bouquets ; la beauté naïve abandonne à l’objet aimé les fleurs que ses mains dérobèrent au gazon , et qui parèrent son front ou se fanèrent sur son sein. La vieillesse sourit aux fleurs , et souvent sa dernière prière est pour qu’on en répande sur sa tombe.

L’amour que l’homme a pour les fleurs, re-

monte à sa création , et ce penchant n’a rien perdu de sa vivacité.

Dès que l’homme eut soumis les champs à la culture , D’un heureux coin de terre il soigna la parure ;

Et plus près de ses yeux , il rangea sous ses lois Des arbres favoris et des fleurs de son choix.

Du simple Alcinoüs , le luxe encor rustique ,

Décorait un verger. D’un art plus maguifique ,

Babylone éleva des jardins dans les airs.

Quand Rome au monde entier eut envoyé des fers ,

Les vainqueurs , dans des parcs , ornés par la victoire , Allaient calmer leur foudre et reposer leur gloire.

La sagesse autrefois habitait les jardins ,

Et d’un air plus riant instruisait les humains.

Et quand les dieux offraient un élysée aux sages, Etaieut-ce des palais ? c’étaient de verts bocages ; C’étaient des prés fleuris , séjour dus doux loisirs ,

Où d’une longue paix ils goûtaient les plaisirs.

Mais si la culture des fleurs procure une agréable distraction , elle attriste aussi quelquefois celui qui s’y livre avec passion. Quel chagrin pour lui de ne jouir que peu d’instans de la vue d’une plante à laquelle il a donné de longs et de pénibles soins ! Pourquoi faut-il déplorer la fragilité d’une existence qui contribue au charme de la nôtre !

Que votre éclat est peu durable.

Charmantes fleurs, honneurs de nos jardins I Souvent un jour commence et finit vos destins ;

Et le sort le plus favorable Ne yous laisse briller que deux ou trois matins.

Parmi les fleurs qui décorent nos parterres on en distingue un très-grand nombre dont les formes agréables, l’éclat des couleurs, la suavité des parfums rendraient notre choix irrésolu si nous devions décider entr’elles ; mais quelle que soit notre admiration pour la plupart de ces espèces, un penchant irrésistible nous fait toujours donner la préférence à la Rose ,

Tendre fruit des pleurs de l’aurore ,

Objet des baisers du zéphyr.

Relue de l’empire de Flore.

La Rose plaît à tous les âges : dans tous les momens de sa courte existence, soit lorsqu’elle s’épanouit, soit lorsqu’elle brille dans tout son éclat, soit lorsqu’elle est prête à se flétrir, elle semble avoir toujours quelques rapports à nous. Penchée le soir sur sa tige épineuse, elleparaît languissante à l’homme mélancolique, qui trouve dans le tableau quelle lui offre un sujet pour ses rêveries ; celui à qui tout rit dans la vie contemple avec extase, au milieu du jour, la pureté de ses'fonnes et son coloris brillant, qui lui représentent le bonheur dont il jouit;

la jeune fille aime à la voir dans toute sa fraîcheur et à la cueillir le matin , couverte de rosée et entourée de boutons; les amans heureux , les nouveaux époux l’associent à leurs plaisirs, et elle devient à tout moment le prix ou le gage de leur affection; dans l’âge de retour, cette charmante fleur nous l’appelle les plaisirs de l’enfance; et dans l’hiver des nos ans , lorsque son parfum exalté par la chaleur du soleil, vient réveiller nos sens assoupis, nous la nommons encore la plus délicieuse des fleurs.

Dès cpie le printemps fait éclore les fleurs , chacun s’empresse d’accueillir les Roses qui annoncent la saison des amours.

Quand l’haleine des doux zéphirs ,

Et la verdure renaissante ,

Annoncent la saison charmante Et de l’amour et des plaisirs,

Vainement mille fleurs écloses Appellent la main des amans ;

Ou ne croit revoir le printemps Qu’en voyant renaître les Roses.

Les anciens, les modernes ont chanté la Rose; tous, à l’envi, lui ont prodigué les épithètes les plus galantes , et toujours elle est l’objet des comparaisons les plus flatteuses.

On fait rarement l’éloge d’une figure fraîche et jolie, sans y marier les Roses avec les lis ; le poète ouvre les portes brillantes de l’orient

avec les doigts de Roses de la vermeille Aurore J et ramène le printemps sur un char de verdure et couronné de Roses. Veut-il célébrer la jeune fille qui n’a point encore sacrifié aux plaisirs ? il la compare au bouton de Rose, près duquel voltigent les zéphirs impatiens. Veut-il peindre la beauté coquette ? c’est la Rose qui reçoit tour-à-tour dans son sein les papillons légers, offre-t-il une Rose à la beauté ? il s’exprime ainsi ;

Fille des dieux , Rose à peine entr’ouverte Au souffle pur du zéphir amoureux ,

De ses baisers ne pleure pas la perte :

Je te réserve un sort plus glorieux !

Oui, sur le sein de l’aimable Thémire ,

Heureuse fleur, tu ras faire ma cour :

En même temps , ah ! fais qu’elle respire Et tes parfums et les feux de l’amour!

Elle avec toi, par un divin prestige ,

A l’œil charmé vous paraîtrez deux fleurs ,

Que le printemps sur une même tige.

Le même jour aura fait naître sœurs.

De toutes deux l’haleine parfumée Pourrait double'r le plaisir et l’erreur.

Si ta rivale , à vaincre accoutumée ,

A tes attraits ne joignait pas un cœur (i).

La Rose , qu’un rien flétrit, est l’emblème de l’innocence et de la virginité. De-là les vers

(i) Ces jolis vers furent adressés à Madame Eulalie Castres, née Daran, par M. Le Noble, capitaine à la Légion des Pyrénées-Orientales,

charmans de Catulle : ut Jlos et cceptis , etc. « Là Rose solitaire, épanouie à l’écart, ignorée des troupeaux, respectée du soc, caressée des zéphyrs , vivifiée parle soleil, abreuvée de rosée, fait les délices du berger et de la bergère. A peine est-elle arrachée à sa tige quelle perd sa fraîcheur, se flétrit, et cesse d’avoir des charmes pour eux. Telle une vierge timide, aussi long-temps quelle est vierge , captive les hommages; mais dès quelle a perdu cette fleur précieuse , les jeunes gens cessent de la trouver aimable , et ses compagnes de la chérir. »

L’Arioste , dans ces vers : la verginella è simile alla Rasa , etc. donne également une leçon au beau sexe. « La jeune fille est semblable à la Rose ; tandis que solitaire et ignorée elle repose dans quelques beaux jardins sur son épine native; tandis quelle est à l’abri de la dent destructive des troupeaux et de la main furtive des bergers , le doux zéphyr , l’aube humide, l’onde, la terre, tout conspire à l’embellir , et la jeunesse folâtre aime à en parer ses cheveux et son sein ; mais elle n’est pas plutôt détachée de sa tige maternelle et verdoyante , quelle perd le prix qu’elle avait aux yeux des hommes, la bienveillance du ciel, ses grâces, sa beauté, et tout ce quelle pouvait

avoir d’aimable. C’est ainsi que la jeune innocente , qui se laisse ravir celte Rose précieuse qui lui doit être plus chère que la vie, perd tous les avantages dont elle devait jouir , jusqu’à l’attachement que ses autres amans pouvaient avoir pour elle. »

Toi dont l’incarnat enchanteur Offre une fleur à peine éclose ,

Jeune Églé , veux-tu de la Rose Conserver long-temps la fraîcheur?

Songe qu’à cette fleur si tendre La nature sut attacher Une feuille pour la cacher,

Une épine pour la défendre.

Anacréon et Sapho disaient de la Rose qu’elle était tout le soin du printemps et la joie des mortels : d’autres ajoutaient quelle était la splendeur des plantes .

Mais, ainsi que pour toutes les fleurs, on s’est plaint de la courte existence de la Rose : « la durée d’un jour est la mesure de son âge ; la même étoile qui la voit naître le matin, la voit mourir le soir de vieillesse. »

M. de Malherbe adressa les vers suivans à Dupérier, qui venait de perdre sa fille :

Ta hile était du monde où les plus belles choses Ont le pire destin,

J5t Rose , elle a vécu ce que vivent les Roses ,

L’espace d’un matin.

C’est en comparant la durée de l’existence de l’homme à celle de la Rose, que La Fare et Chaulieu invitent à jouir des plaisirs passagers de la vie.

La Rose qui obtient tous nos suffrages a été cependant l’objet de l’antipathie de plusieurs grands personnages : François Venier, doge de Venise, et le chevalier de Guise , se trouvaient mal s’ils respiraient l’odeur d’une IWe; Anne d! Autriche, femme de Louis XIII, ne supportait pas la vue d’une Rose, meme en peinture.

On sera moins surpris du sort qu’a éprouvé la Rose quand on se rappellera que Jean II, czar de Moscovie, s’évanouissait en voyant une femme ; et l’on sera convaincu , de nouveau , que les dames et les Roses ont souvent une destinée semblable.

Entre le3 femmes et les Roses Il est mille rapports parfaits;

Mêmes destins en toutes choses,

Même beauté, mêmes attraits.

Oui, femme et Rose sont divines ;

Mais en nous charmant tour-à-tour,

L’une blesse avec ses épines L’autre arec les traits de l’amour.

L’odeur suave de la Riosela fit appeler Pihodon, par les Grecs, les Arabes l’ont nommée nard ou naron, les Latins et les Italiens Rosa, les

Hollandais Roozen , et les Anglais et les Àllemans Rose.

L’origine de la Rose est ce qu’il y a de plus embrouillé dans son histoire, et a donné lieu h des fictions plus ou moins gracieuses selon que l’imagination des poètes est plus ou moins ingénieuse.

Anacréon nous dit que la Rose naquit lorsque Vénus sortit du sein des flots. Celui qui vint la déposer sur le gazon du rivage, aurait laissé, avec son écume, le germe du Rosier qui s’éleva aussitôt pour embellir ce lieu mémorable, et parfumer l’air que la déesse respirait pour la première fois.

Le père Rapin, jésuite, auteur d’un poème des jardins, raconte ainsi qu’il suit, l’origine de la Rose : une reine de Corinthe appelée Rhodante, était d’une si grande beauté qu’on ne pouvait la voir sans devenir éperdument amoureux; aussi le nombre de ses adorateurs s’accrut à un tel point, que, pour se soustraire à des instances qui ne lui laissaient plus un instant de repos, elle se réfugia dans un temple consacré à Diane. Cet asile ne la mit point à l’abri de la poursuite de ses amans. Trois d’eutr’éux, nommés Brien , Areas et Halesin , plus hardis que leurs rivaux, pénétrèrent dans le temple, et voulurent avoir par la violence ce

que les soins et les soupirs n’avaient pu leur faire obtenir; mais Rhoclante , non moins pudique que la déesse dont elle embrassait l’autel, se défendit avec vigueur. Le peuple qui était accouru aux cris de la princesse, fut tellement ébloui par l’éclat de sescharmes, qui semblaient alors recevoir un nouveau lustre de la douce fierté qui se peignait dans sa physionomie, que dans son enthousiasme, il s’écria : Diane n’est plus la déesse de ce temple, la belle Rhodante recevra désormais nos hommages ; mais au moment où il se disposait à renverser la statup de la première, Apollon se présenta dans le temple. Furieux de l’outrage qu’on faisait à sa sœur, il métamorphosa Rhodante en Rosier , et pour punir aussi le sacrilège commis par les trois amans, il changea l’un en <ver , l’autre en mouche , et le dernier an papillon.

Une historiette grecque donne une origine différente à la rose. Rioselia avait été consacrée , dès son berceau , au culte de Diane ; mais sa mère qui ne s’était imposé ce cruel sacrifice qu’afin de conserveries jours d’un enfant qui lui était cher et dont elle avait redoulé la perte , fut bientôt aveuglée par la meme tendresse, et résolut d’arracher sa fille du temple pour l’unir au beau Cymêdore. Roselia , au pied de l’autel de l’hymen, prononça de coupables sermens ,

dont son cœur innocent ne connaissait pas le danger; mais Cjmédore , que la crainte de la déesse poursuivait, seliâta dentraîner sa jeune épouse. Déjà ils avaient franchi les derniers degrés du temple, lorsqu’ils furent aperçus de Diane. On ne se joue pas impunément du courroux des dieux : un trait fatal vint percer le cœur de Roselia, Cjmédore transporté de douleur et de tendresse, se jeta sur le corps de sori épouse; il voulait la soutenir! la ranimer !. Mais.ô prodige !. il n’embrassa

qu’un arbuste couvert d’épines et inconnu jusqu’alors. Cet arbuste, né du remord de Diane et des larmes de l’amour , se couvrit de Heurs odoriférentes qui reçurent le nom de la malheureuse Roselia , et conservèrent le souvenir de sa métamorphose.

Entends mes vœux , puissant amour !

S’il est une métempsycose ,

Pour renaître dans une Rose.

Joli bou ton , mou seul désir

Serait d’orner le sein de Laure;

Dussé-je y mourir de plaisir,

D’un soupir j’y voudrais éclore.

Gessner , dans une de ses idylles , donne l’origine suivante à la Rose ; c’est Bacchus qui parle : « Je poursuivais, dit-il, une jeune nymphe ; la belle fugitive volait d’un pied léger sur

les fleurs et regardait en arrière; elle riait malignement, en me voyant chanceler et la poursuivre d’un pas mal assuré. Par le Styx ! je n’aui’ais jamais atteint cette belle nymphe, si un buisson d’épine ne s’était embarrassé dans un pan voltigeant de sa robe. Enchanté, je m’approchai d’elle et lui dis : ne t’effarouche pas tant, je suis Bacchus , dieu du vin, dieu, de la joie, éternellement jeune. Alors, saisie de respect, elle baissa les yeux et rougit. Pour marquer ma reconnaissance au'buisson d’épine, je le touchai de ma baguette, et j’ordonnai qu’il se couvrit de fleurs dont l’aimable rougeur imiterait les nuances que la pudeur étendait sur les joues de la nymphe : j’ordonnai et la Rose naquit. »

Les musulmans , plus singuliers dans l’origine qu’ils donnent h la Rose , prétendent quelle a été formée, ainsi que le riz, de la sueur de leur prophète Mahomet.

Saint Basile nous dit qua la naissance du monde, les Roses étaient sansépines, etqu’elles en eurent à mesure que les hommes méprisèrent leur beauté.

Si les auteurs 11e sont point d’accord sur l’origine de la Rose , ils ne le sont pas davantage sur la couleur vermeille qu’a aujourd’hui cette fleur qui, primitivement, était blanche.

B ion , Ovide et l’auteur du Per vig ilium Veneris , prétendent que la couleur de la Ptose est due au sang d’ Adonis. Venus ordonnait, dit-on, que le sein des bergères se mariât chaque matin à la Rose humide encore, teinte du sang d 'Adonis , et parfumée des baisers de l’amour.

Aphtonius et Tzetzes assurent, au contraire, que l’incarnat de la Rose provient du sang de Venus. Adonis insensible aux prières de Cypris, qui le conjurait de ne plus s’exposer aux bêtes féroces qu’il poursuivait chaque jour dans les forêts, fut tué par un sanglier ; la déesse en volant au secours de son amant, ne fut point arrêtée par les ronces et les épines qui la déchiraient de tous côtés; plusieurs gouttes de son sang jaillirent sur des Roses , qui devinrent rouges de blanches quelles étaient.

Plusieurs écrivains [disent encore que Bac~ chus ayant laissé tomber une goutte de vin sur la Rose , il changea ainsi sa couleur.

D’an jeune lis elle avait la blancheur;

Mais aussitôt le père de la treille,

De ce nectar dont il fut l’inventeur ,

Laissa tomber une goutte vermeille ,

Et pour toujours il changea sa couleur.

D’autres , enfin, ont avancé que Cupidon , jouant à la table des dieux, de ses ailes ren-

versa le vase qui contenait le nectar, lequel se répandit sur des Roses et leur donna sa couleur. Philostratus pense que c’est pour cette raison que la Rose est consacrée à l’amour; mais cette dédicace au dieu de Cythère a encore une autre origine.

Dûs que l’homme habila la (erre ,

L’ennui contrista son séjour |

Mais pour adoucir sa misère ,

Tous les dieux dirent à l’amour :

Des animaux tu vois le maître Gémir de sa tranquillité ;

Pour le captiver , forme un être Qui de ta mère ait la beauté.

A. ces mots , Cupidon rassemble Des lis, des Roses, des bleuets ;

Il les mêle , il les fond ensemble :

A l’instant brillent mille attraits.

Du corps où respirent 1 es grâces Se trouve composé de lis ;

De bleuets quelques faibles traces En ébauchent le coloris.

Il effeuille ensuite une Rose Sur un teint frais, mais languissant;

Sur les genoux il en dépose ,

Les doigts en obtiennent aillant.

Deux globes , qui déjà palpitent,

Sont embellis par deux boulons ,

C’est pour l’amour seul qu’ils agissent ;

Heureux effets de tous ses dons !

Il ne lui restait que deux Roses ,

Et leur emploi l’embarrassa ;

Sur des lèvres à demi-closes D’abord la première il plaça ;

Mais quand il posa la seconde ,

Les dieux sourirent tour-à-lour....

Depuis ce beau jour , dans le monde ,

La Rose est la fleur de l’amour.

Arpocrale , dieu du silence , reçut de C'upidon la première Rose qu’on eût encore vue, à condition qu’il ne découvrirait pas les intrigues de C/pris. C’est pourquoi la Rose est considérée aussi comme symbole du silence, et que l’on dit être sub Rosa , lorsqu’on n’a rien à redouter des indiscrets.

La Rose obtint chez les anciens l’hommage que nous lui rendons aujourd’hui ; elle brillait dans toutes les fêtes et les pompes sacrées; elle était le symbole de la beauté, du plaisir , de la mollesse et de la volupté.

Les Grecs et les Romains entouraient de guirlandes de Roses les statues de Vénus , (ïHébè et de Flore. On prodiguait les Roses aux fêles de cette dernière déesse, ainsi qu’aux Saturnales, et le pied des autels elles marches des temples en étaient toujours jonchés.

On voyait à Elis trois statues des grâces , la première tenait une Rose , la seconde un myrthe et la troisième un dé à jouer. Le myrthe et la Rose, parce qu’ils sont consacrés à Vénus ; le dé à jouer, parce que la jeunesse

aime les jeux; la Rose était l’ornement des grâces , parce que, comme elle , ces déesses brillent de leur propre éclat sans parure étrangère.

On représentait la paix tenant une poignée d’épis, de Roses et de branches d’olivier.

U hymen était représenté sous la figure d’un jeune homme couronné de Roses.

Erato , l’une des Muses, était couronnée de myrthe et de Rioscs.

En Grèce , les amans faisaient claquer des feuilles de Roses pour savoir s’ils étaient aimés, et lorquelles ne rendaient pas un son éclatant, ils auguraient mal de leurs amours. Cet amusement est encore en usage de nos jours, et à défaut de Roses, nos pastourelles se servent du coquelicot, mais sans attacher aucune superstition à ce badinage.

Dans les fêtes de Y hymen à Athènes, les jeunes gens des deux sexes, couronnés de Roses et parés de fleurs , formaient des danses.qui avaient pour objet de peindre l’innocence des premiers temps.

Dans les fêtes de Junon à Argos , la déesse était représentée couronnée de lis et d e' Roses.

Les Romains aimaient passionnément les Roses, et les recherchaient particulièrement pendant l’hiver. Les plus délicats les fai-

saient venir à grands frais de l’Egypte et des pays les plus éloignés : ils en couvraient leurs chapeaux, leurs lits, leurs buffets; et dans le, temps même de la république, ils n’étaient pas contens, dit Pacatus, si les Roses ne nageaient sur le vin de Falerne qu’on leur présentait.

Ce n’est que sous le règne de Uomitien qu’on a trouvé à Rome le secret de faire fleurir les Piosiers pendant l’hiver. Alors dans toutes les rues , dit à ce sujet Martial , on respirait, l’odeur du printemps que répandaient les fleurs fraîchement tressées en guirlandes. « Envoyeznous du blé, Egyptiens , nous vous donnerons des Roses. »

Malgré l’austérité des Lacédémoniens , leurs soldats poussèrent si loin la sensualité après la campagne de Cirra , qu’ils ne voulurent plus boire que du vin parfumé.

Antiochus , lorsqu’il se livrait h la volupté, couchait sur des R.oses pendant l’hiver, sous des tentes d’or et de soie ; l’empereur Galien dormait sous des berceaux de Roses; Verrès se tenait assis sur un carreau parfumé de Roses , et approchait sans cesse de ses narines des sachets pleins de Roses; Théorius buvait au milieu des Pioses; Marc-Antoine , en mourant, demanda à Cléopâtre d’en couvrir sa tombe.

Une couronne de R.oscs était la marque de la galanterie ; Horace ne les oublie jamais dans les inscriptions de ses repas agréables.

Et qui peut refuser un hommage à la Itosel ' La Rose dout Vernis compose ses bosquets ,

Dans les jours de festin , la couronne d’IIorace.

Les Romains appelaient leurs maîtresses du nom de Riose , ma belle amie, me a Posa.

Dans les jeux publics, chez les Romains , les sénateurs, les spectateurs distingués , et quelquefois même les acteurs , recevaient de la main des Idiles , des couronnes de Roses.

La Rose a toujours paré les tombeaux. Les Romains et les Grecs consacraient , par testament , des jardins qui devaient fournir des fleurs à leurs cénotaphes , et celui qui aurait violé ces jardins se serait rendu coupable d’un grand crime. Quelquefois encore le testament precrivait aux héritiers de se réunir tous les ans , au jour anniversaire de la mort du testateur, pour dîner prés de son tombeau , et d’y paraître couverts de Roses cueillies dans la plantation sépulcrale. On bâtissait dans l’enceinte des jardins un logement destiné à recevoir un esclave , dont l’unique occupation était de venir, à des époques fixes, orner de

guirlandes les tombeaux. Une loi romaine dé^ fendait de décorer les funérailles ; mais les décemvirs avaient excepté de cette prohibition la couronne de Proses destiuée à couvrir la tête du défunt.

On voit à Torcallo, près de Venise, une inscription portant donation , de la part d’un affranchi, au collège de Centanei , des revenus du jardin el d’un palais , pour servir à célébrer ses obsèques et celles de son maître.

On lit dans des épitaphes que les parens s’engageaient à aller tous les ans répandre des Roses sur des tombes. On en voit meme de sculptées sur des tombeaux anciens.

Dans la collection des pierres gravées de Stock, on voit sur un grenat un papillon posé sur une Rose. Cet emblème ingénieux peut désigner encore une jeune fille morte dans l’âge des grâces et des plaisirs.

En Turquie on sculpte une R.ose sur le tombeau des jeunes fdles.

En Pologne on couvre de Roses le cercueil des enfans } et lorsque le convoi passe on jette des fenêtres une quantité de Fioses.

Dans quelques provinces de France on renouvelle chaque jour les fleurs qu’on répand sur les tombeaux. Cet usage existe aussi en

Allemagne , eil Suisse et plusieurs autresendroits.

Du bon Ilelvétien qui ne connaît l’usage ,

Près d’une eau murmurante , au fond d’un vert bocage ,

Il place les tombeaux, il les couvre de fleurs ;

Par leur douce culture il charme ses douleurs ;

Et semble respirer, quand sa main les arrose ,

L’àme de son ami, dans l’odeur d’une Rose.

On a représenté dans un joli bas-relief , sur le tombeau de Madame de lg. Live , morte à vingt ans , le temps moissonnant une Rose.

Les rois de Bithynie s’asseyaient sur des oreillers garnis de Roses.

A Baies , lorsqu’on donnait des fêtes sur l’eau, tout le lac Lucrin paraissait couvert de Roses.

O11 appelait r Smindride le Sybarite que le pli d’une feuille de R.ose empêchait de dormir.

Suivant la mythologie indienne , Pagocla- Siri , l’une des femmes de fVistnou , fut trouvée dans une R.ose.

Zoroaslre ayant fait croître sur-le-champ un cyprès , en présence de Darius , celui-ci lui demanda d’autres prodiges, et Zoroaslre , pour le satisfaire , fit des conjurations dans lesquelles entrèrent une grenade et une Rose.

Quelques auteurs ont avancé que Yescarbot avait une telle antipathie pour les Roses , que

là seule odeur de celte fleur lui causait la mort. C’est sans doute d’après cette assertion que les anciens voulant dépeindre un homme énervé par la volupté, le représentaient sous l’allégorie d’un scarabé expirant sur des Roses.

On lit dans Ylliade que le corps & Hector fut embaumé par Vénus elle-même, avec un parfum mêlé de Poses.

En Grèce, à Babjlone et à Rome, on faisait le plus grand cas des chaussures dont la peau avait été préparée à l’odeur des Roses.

L’antiquité offre plusieurs exemples de morts subites causées par l’imprudence de dormir ou de se renfermer dans un endroit où se trouve une trop grande quantité de Roses.

Ces événemens firent souvent jeter les hauts cris contre l’usage des Roses , qui devient pernicieux quand on en abuse. Aristippe , respirant un jour le parfum d’une Rose , éprouvait une jouissance si délicieuse, qu’il s’écria : « Maudits soient les efféminés qui ont fait décrier de si douces sensations ! »

Un commerçant de Neucratie , nommé Tlérostrate , avait acheté à Paphos , une statue de Vénus avec laquelle il se mit en mer. Une tempête furieuse s’étant élevée sur les côtes d’Egypte, les matelots effrayés se jetèrent aux pieds de la déesse et implorèrent son secours;

elle accueillit leurs prières : l’on vit aussitôt la statue se couvrir de myrthes et de Roses , et les upages épais qui s’étaient amoncelés autour du vaisseau se dissipèrent pour laisser apercevoir un ciel pur et asuré. Hérostrate de retour dans sa patrie , consacra sa statue protectrice dans le temple de Vénus , et témoigna sa reconnaissance par des sacrifices pompeux. Ses amis furent invités à un repas splendide, et des couronnes de myrthe et de Roses leur furent distribuées.! Ces couronnes reçurent le nom de Neucratites.

Abdulkadri , personnage fameux chez les Turcs , avait le dessein de s’établir à Baby lone -, mais on n’avait aucune envie de l’y recevoir ; cependant, pour ne point blesser les lois de l’hospitalité , en le lui déclarant ouvertement , les principaux habitans imaginèrent d’aller au devant de lui avec un vase rempli d’eau , voulant lui faire comprendre, par cette espèce d 'hiéroglyphe que , comme ce vase était plein jusqu’au bord , et qu’on n’y pouvait rien ajouter, de même leur ville était si remplie de savans et de poètes , quelle n’en pouvait contenir davantage. Abdulkadri saisit parfaitement leur intention : pour toute réponse , il ramassa une feuille de Rose , la posa doucement sur la surface de l’eau contenue

dans le vase , leur faisant voir qu elle y tenait sa place sans déborder l’eau, quoique le vase fût plein. Ce trait ingénieux plut tellement aux Babyloniens, qu’ils menèrent Àbdulkadri en triomphe dans leur ville.

Dans l’un des livi’es attribués à Salomon, la sagesse éternelle est comparée aux plantations de Rosiers qu’on voyait près Jéricho.

Hérodote dit que dans les jardins de Midas , fils de Gordius, il y avait des Roses à soixante feuilles qui croissaient d’elles-mêmes , et qui avaient un parfum plus suave qu’aucune autre.

L’histoire du Mogol, rapporte que la célèbre princesse Nourmahal lit remplir d’eau de Roses tout un canal , et quelle s’y promena avec le grand Mogol ; la chaleur du soleil ayant dé' gagé de l’eau de R.oses l’huile essentielle qu’elle contient , on remarqua cette substance qui flottait à la surface de l’eau , et c’est ainsi, dit-on, que se lit la découverte de l’essence de Pioses.

L’empereur Heljogahale fit remplir un vivier tout entier d’eau de Roses.

Saladin ayant pris Jérusalem en ii83 , ne voulut entrer dans la mosquée du temple , convertie en église par les chrétiens ,'qu’après avoir fait laver les mui’s avec de l’eau de Roses, et cinq cents chameaux suffirent à peine,

dit Sanut , pour tranporter toute celle qu’on employa dans cette occasion.

Après la prise de Constantinople par Mahomet II , le 29 mai 1 4-55 , l’église de Sainte- Sophie fut aussi lavée avec de l’eau de Roses, avant d’être convertie en mosquée.

Jadis on portait aux baptêmes de grands vases remplis d’eau de Roses. Bayle rapporte , à ce sujet j qu’à la naissance de Ronsard , la nourrice , en chemin pour aller à l’église , le laissa tomber sur un tas de fleurs , et que la femme qui tenait le vase de Roses le répandit sur l’enfant. Cette circonstance fut regardée comme un heureux présage de la bonne odeur que devaient un jour répandre ses poésies.

Pionsard fut le poète le plus en réputation sous le règne de Henri II ; il mourut en 1 585. On a de lui des vers extrêmement médiocres, pour ne point dire mauvais ; mais il en composa sur la Rose qui, en se reportant à l’époque où ils furent faits , méritent de trouver place ici :

Mignonne , allons voir si la j Rose, Qui ce malin avait déclose Sa robe de pourpre au soleil,

N’a point perdu cette vesprée ,

Les plis de sa robe pourprée Et sou teint au vôtre pareil.

Las! voyez comme en peu d’espace,

Mignonne , elle a , dessus la place.

Las! las! ses beautés laissé choir!

Puisqu’une telle fleur ne dure Que du matin jusqu’au soir,

Donc si vous me croyez, mignonne,

Taudis que votre âge fleuronne

Cueillez, cueillez votre jeunesse;

Comme à cette fleur la vieillesse Fera ternir votre beauté.

Ce poète ayant remporté le premier prix des Jeuæ-Floraux , reçut, au lieu d’une èglantine d’or , une minerve d’argent dont il fit présent au Roi. Marie Stuart, reine d’Ecosse , l’aimait tellement, qu’elle lui envoya un magnifique Rosier d’argent, qui valait deux mille écus , avec cette inscription :

Ronsard, l’Apollon de la source des muses.

M. de Haller dit qu’on distille dans les Indes une liuile essentielle de Roses extrêmement précieuse , et qui sert de présent de souverain à souverain.

Le grand-prétre , chez les Hébreux , ornait de Roses son front dans les sacrifices.

Le Synode de Nîmes , tenu dans le troisième siècle , enjoignait aux juifs de porter sur la poitrine une Rose, pour les distinguer des chrétiens , afin qu’on n’eût pas pour eux les mêmes égards.

Les juifs célèbrent encore aujourd’hui une

fête qu’ils appellent paques fleuries ou pdques de Roses , dans laquelle ils ornent avec des Roses leurs lampes , leurs chandeliers , leurs tables , leurs lits et autres meubles.

On lit dans la vie de Sainte-Dorothée , qu’un ange lui donna un bouquet de Roses. C’est d’après cette tradition que cette sainte est toujours représentée tenant un bouquet de Roses.

Les premiers chrétiens blâmèrent l’emploi des fleurs j soit dans les festins, soit près des tombeaux, à cause des rapports qui se trouvaient, de cette manière , exister entre le culte du vrai Dieu et la mythologie payenne. Tertulien a fait un livre contre les guirlandes et les couronnes ; Clément clAlexandrie trouvait mauvais que les chrétiens se couronnassent de Roses, lorsque Notre Seigneur l’avait été d’épines.

Il y avait à Poitiers, dans l’abbaye de Sainte- Croix, une colonne qu’on avait élevée sur la tombe d’un jeune homme, en mémoire d’un miracle. Le lendemain de son enterrement, on avait vu , dit-on , paraître tout-à-coup , sur le lieu de sa sépulture , un Rosier couvert de Roses épanouies.

Après la mort de Saint-Louis , évêque , neveu du roi de France Louis IX , on vit, dit-on , sortir une Rose de sa bouche.

On voit à Rome, dans l’église Sainte-

Suzanne , une vieille mosaïque qui représente Charlemagne à genoux , reçevant de Saint-¬ Pierre un étendard semé de Roses.

La Rose s’est rendue malheureusement célèbre en Angleterre, dans les différens entre les maisons d 'Yorck et de Lancastre. Sous le règne de Henri VI , en i 4-53 , il y avait en Angleterre, un descendant d'Edouard III , dont les droits à la couronne étaient fondés sur un degré plus près de la souche connue, que la branche régnante. Ce prince était duc d ‘Yorck. 11 portait sur son écu une Rose blanche , et le roi Henri VI , de la maison de Lancastre, portait une Rose rouge. C’est de là que vinrent ces noms consacrés à la guerre civile. La bataille de Bolsworlh , donnée en i 485 , et dans laquelle périt Richard III , mit fin aux 'désolations dont la Rose rouge et la Rose blanche avaient rempli l’Angleterre.

Clémence Isaure fit des legs considérables , et ordonna qu’on répandit des Roses sur son tombeau, en présence de tous les amis des ieltres, et qu’on distribuât dans cette fête, de?, prix aux poètes qui se seraient le plus distiii» gués. Au nombre de ceux décernés chaque année , par l’académie des Jeux Floraux , se trouve la Rose èglantine.

L’île de Rhodes doit son nom au grand nom-

lire de Roses que produit son territoire : les anciens disent qu’il y avait plu de ces fleurs lorsque Vénus s’y retira secrètement avec Apollon pour faire l’amour. On voit encore aujourd’hui , dans la Campanie , un grand terrain connu sous le nom d'il mazzone delle Rosa ; ce champ portait jadis le nom de Rosatinus, a cause de la quantité prodigieuse de Roses qui y naissaient sans culture. Cet arbuste est très-commun dans plusieurs de nos provinces : Fontenai, célébré par l’auteur de l’Art d’aimer, a pris son surnom de la quantité de Roses qui croissent dans ses environs.

Quand Marie Antoinette passa par Nancy pour ses épousailles avec Louis XVI , alors Dauphin , les Lorrains lui préparèrent un lit parsemé de Roses.

La Rose était autrefois si précieuse , en France, que dans plusieurs endroits on ne pouvait, sans permission, cultiver le Rosier.

En Allemagne une fille qui a prodigué à ïAmour les faveurs réservées pour l'Hymen , est forcée, le jour de son mariage, de mettre sur sa tête une couronne de Roses au lieu d’une couronne de myrlhe.

Les Perses bouchent avec des Roses les flacons de vin qu’on met sur leur table. Ils célèbrent aussi, vers l’équinoxe d’automne , une

fête nommée ahrizan , dans laquelle on se fait réciproquement des visites en se jetant des Roses à la figure.

En Italie les femmes nouvellement accouchées portent ordinairement un bouquet de rhue , pour n’être pas incommodées de l’odeur des Roses que peuvent porter les personnes qui les viennent visiter.

A Rome on bénissait la Rose le jour appelé Dominica in Rosa.

On rapporte au onzième ou douzième siècle "origine de la coutume qu’avaient les papes de oénir une Rose d’or le quatrième dimanche du ■arôme , pour en faire présent, en certaines irconstances , à quelque église , prin.ce ou ■rincesse.

Alexandre 111 qui avait reçu les plus grands îonrieurs dans son voyage en France , envoya a Rose d’or à Louis le Jeune. Voici comment 1 s’exprime dans sa lettre au monarque Français : « imitant la coutume de nos ancêtres , de porter dans leurs mains une Rose d’or le dimanche Icetare , nous avons cru ne pouvoir la présenter à personne qui la méritât mieux que votre excellence , à cause de sa dévotion extraordinaire pour l’église et pour nous même.»

Bientôt après les papes changèrent cette galanterie en acte d’autorité, par lequel, en don-

nint la Rose d’or aux' souverains, ils témoignaient les reconnaître pour tels. C’est ainsi Qu’Urbain U donna, en 1 568, la Rose d’or à Jeanne , reine de Sicile , préférablement au roi de Chypre. En 1 4 18 , Martin V consacra solennellement la Rose d'or , et la fit porter sous uu dais superbe à l’empereur qui était alors au lit. Les cardinaux, les archevêques et les évêques, accompagnés d’une foule de peuple , la lui présentèrent en pompe , et l’empereur s’étant fait mettre sur un trône , la reçut avec beaucoup de dévotion , aux yeux de tout le public.

Henri VIII d’Angleterre, reçut aussi la Rose dor de Jules II et de Léon X.

Le pape l’accordait encore aux princes qui passaient à Rome, et l’usage était, il y a trente à quarante ans , de donner cinq cenls louis à celui qui l’apportait de la part de sa sainteté ; mais la R.ose , ou pour mieux dire le Rosier , par son poids seul, valait quelquefois le double de cette somme.

Dans les vieilles coutumes cl Auvergne , d’Anjou, de Tours, de Lodunois et du Maine , on voit que dans les familles nobles , le père qui avait des enfans mâles, ne donnait le plus souvent à sa fille, en la mariant, qu’au chapeau ou chapel de Roses. En Normandie

les filles n’avaient aussi, pour toute légitime , qu’un chapel de roses ; ainsi mariées elles n’avaient aucun droit à la succession de leurs père et mère ; mais on pouvait les y rappeler par forme de legs. Les filles portent encore aujourd’hui une guirlande ou couronne de Roses , lhrsqu’elles vont à l'église pour y recevoir la bénédiction nuptiale; mais dans l’ancienne coutume, ces guirlandes ou garlçindes étaient d’or ou d'argent.

Tertulien et les autres pères de l’église , parlent de cette coutume de mariage.

Parmi les anciens droits seigneuriaux, on trouve beaucoup de redevances de boisseaux de Roses , pour la provision d’eau de Roses du seigneur.

Souvent jadis, au lieu de nappes, on couvrait les tables de feuilles de Roses.

La Rose était le prix de la vertu dans la fêté de la Rosière de Salency. Tout le monde connaît l’institution de celte fête qui avait pour objet de perpétuer dans le cœur des jeunes filles , l’amour de la sagesse, de la piété et de tous les devoirs que la vertu impose. L’origine remonte jusqu’à Saint-Médard, évêque de Noyon , qui vivait dans le cinquième siècle du temps de Clovis , et qui mourut en 5/p. Cet évêque, qui était aussi seigneur de Salency ,,

village aune demi-lieue deNoyon, avait imaginé de donner tous les ans , à celle des filles de sa terre qui jouirait de la plus grande réputation de vertu, une somme de vingt-cinq livres, et une couronne ou chapeau de Roses.

Il perpétua cet établissement, en détachant des domaines de sa terre, douze arpens, dont il affecta les revenus au payement des vingt-cinq livres, et frais accessoires de la cérémonie de la Rose.

Heine de nos jardins , Rose aux vives couleurs »

Sois fière désormais d’être le prix des mœurs ,

Et de voir éclater tes beautés printanières Sur le front ingénu des modestes bergères;

Sois plus flattée encor de servir en nos jours De couronne aux vertus que de lit aux amours. ha pomme à la plus belle, a dit l’antique usage ;

Tin plus heureux a dit : la Rose à la plus saga.

La tradition assure que Saint Mèdard donna lui-même ce pris glorieux à l’une de ses sœurs, que la voix publique avait nommée pour être Rosière. On voit encore au-dessus de la chapelle de Saint Mèdard , située à l’une des extrémités du village de Salency, un tableau où ce Saint prélat est représenté en habits pontificaux , et mettant une couronne de Roses sur la tête de sa sœur, qui est coiffée en cheveux et à genoux.

Par le titre de la fondation, il fallait non-

seulement que la Rosière eût une conduite irréprochable , .mais que son père, sa mère , ses frères, ses sœurs et autres parens, en remontant jusqu’à la quatrième génération, soient eux-mémes irrépréhensibles.

Le seigneur de Salency jouissait seul du droit de choisir la Rosière entre trois filles du village, qu’on lui présentait un mois d’avance , et l'examen se faisait avec l’impartialité la plus sévère.

Le huit juin, jour de la fête de Saint Médard, le cortège se rendait en grande pompe à la paroisse, où il entendait vêpres, et delà à la chapelle de Saint Médard , où, après la bénédiction, le célébrant posait un chapeau de Roses , entouré d’un large ruban bleu , sur la tête de la Rosière , qui était à genoux, et lui remettait eu même temps les vingt-cinq livres , en présence du Seigneur et des officiers de justice.

Le ruban bleu ne fut ajouté au chapeau que sous Louis XIII. Ce prince se trouvant au château de Varennes , près de Salency, fut supplié par M. de Belloy , alors seigneur de ce dernier village, de faire couronner en son nom la Rosière ; le Roi y consentit, et envoya le marquis de Gordes, son premier capitaine des gai’des, qui fit la cérémonie pour Sa Majesté,

tt qui, par ses ordres, ajouta aux Roses une bague d’argent et un> cordon bleu : « Allez , dit le Roi au marquis , offrir ce cordon à celle qui sera couronnée. 11 fut assez long-temps, le prix de la faveur, qu’il devienne aujourd’hui, la récompense de la vertu. » C’est depuis celte époque que la Rosière recevait cette bague, et quelle et ses compagnes se décoraient dm ruban.

Au sortir de l'église, le seigneur, ou son représentant, conduisait la Rosière au milieu de la grande rue de Salency, où les vassaux du fief de la Rose étaient obligés de lui présenter une colation qui retraçait la simplicité des mœurs antiques et qui était une espèce de redevance.

La table était garnie d’une nappe, six assiettes, sixserviettes, deux couteaux , deux verres et une salière pleine de sel. Les mets consistaient en un lot de vin clairet en deux pots, cru sur la côte du village, un demi lot d’eau fraîche, deux pains blancs d’un sou , cinquante noix et un fromage de trois sous.

Sur la fin de ce sobre repas, les mômes vassaux lui présentaient, par forme d’hommage , un bouquet de fleurs, deux éteufs ou balles de jeu de paume , une flèche et un sifflet de corne, avec lequel l'un des censitaires sifflait trois fois

avant que de l’offrir. Ils étaient obligés de satisfaire à toutes ces servitudes, à peine de 60 sous d’amende.

Le repas étant achevé, toute l’assemblée se rendait dans la cour du château, sous un gros arbre, où. le seigneur dansait le premier branlé avec la Rosière. Ce bal champêtre finissait au coucher du soleil.

Le lendemain, dans l’après midi, la Rosière invitait chez elle toutes les filles du village, et leur donnait une grande colation, pendant laquelle on chantait des couplets, tels que ceux-ci :

Cette fille , dès sa jeunesse ,

Nourrit son père infirme et vieux ; Elle n’a point d’autre noblesse ,

Point de parchemins , point d’aïeux.: La noblesse est bien quelque chose; Mais elle n’est pas le vrai bien :

La noblesse au vulgaire impose , Mais, sans la vertu, ce n-’est rien.

On ne voit point sur son visage Briller la fleur de la beauté ;

Mais dans son ame honnête et sage , Régnent la douceur, la bonté :

La beauté c’est bien quelque chose ; Mais clic n’est pas le vrai bien :

Elle a tout l’cclat de la Rose ; L’éclat, sans la vertu, n’est rien.

Dans son parler est la simplesse , Qu’on chérissait au bon vieux temps ;

De l'esprit et de la fiuesse Elle n’a point les agrémens :

L’esprit est pourtant quelque chose ;

Mais l’esprit n’est, pas le vrai bienr Quelque forte qu’en soit la dose ,

L’esprit, sans la vertu , n’est rien.

Jamais elle n’apprit à lire

Ce livre a suffi pour l’instruire Du chemin qui mène au bonheur:

La science est bien quelque chose;

Mais elle n’est pas le vrai bien :

A l’orgueil quand elle dispose ,

La fête de la Rosière de Salency occasionna, en 1774 > un procès qui fut porté au parlement de Paris. Le seigneur d’alors se crut en droit de choisir la Rosière sans l’intermédiaire des habitans, de lui poser la couronne sur la tête sans pompe et sans cérémonie, et soutint que la dépense de la fête , quoique médiocre , pouvait être de beaucoup réduite. Ces prétentions ridicules furent condamnées par le bailliage royal de Chauny qui fixa les règles pour la nomination de la Rosière et l’ordre et la marche de la cérémonie, par sa sentence du 19 mai 1773; mais le seigneur de Salency ne crut point devoir céder : il appela de cette sentence au parlement de Paris qui, le 20 décembre 17745 rendit un arrêt solennel en faveur des habitans

de Salency, homologua tout ce qui concernait la fête de la Rosière , et condamna le seigneur à tous les dépens, ainsi qu’aux frais de l’impression et affiche de l’arrêt.

Dans un mémoire que M. Delacroix publia dans cette circonstance , il s’exprime en ces termes : « La noblesse des Salenciens est celle de la Rose ; ils n’en connaissent point d’autres. La famille qui, depuis St. Mèdard , a vu le plus souvent ses rejetons couronnés, est la plus illustre parmi eux. Si les arts hélaient pas les esclaves de l’opulence, ce serait une vue bien touchante que celle d’une chaumière de Salency, ornée d’une suite de tableaux représentant de jeunes Rosières parées d’un cordon bleu avec tous les attributs de leur couronnement. Ce spectacle vaudrait bien celui d’une galerie qui n’offre à nos regards que les superbes destructeurs du genre humain. ïly a si long-temps quel’ons’énorgueillitdela férocité de ses pères , qu’il serait bien à souhaiter que l’on commençât à mettre une partie de sa gloire dans la sagesse de sa mère. »

D’autres fêtes de la Rose furent instituées à Canon , Briquebec , Saint-Sauveur-le-Vicomte, la Falaise, Saint-Nicolas d'Angers, Nanci , Saint-Nicolas de Nantes , Meau, Montricoux, Suresne , Romainville , etc., etc.

Pendant le séjour de Louis XVIII kBlahem bourg , il fut invité à assister à une fête de la Rosière , S. M. s’approcha de la jeune personne qui avait été désignée comme la plus vertueuse, et lui plaça la couronne sur la tête. La Rosière lui répondit ingénument : Dieu vous la rende !

Il existait autrefois dans nos parlemens une cérémonie appelée la baillée des Rosés , dont on ignore l’origine et l’époque à laquelle elle a cessé. Cette cérémonie était particulièrement en usage dans les parlemens de Paris et de Toulouse. Le droit de Roses se rendait par les pairs, en avril, mai et juin, lorsqu’on appelait leurs rôles. Pour cela on choisissait un jour qu’il y avait audience à la grand-chambre , et le pair qui les présentait faisait joncher de Roses , de fleurs et d’herbes odoriférantes, toutes les chambres du parlement; avant l’audience il donnait un déjeuner splendide aux présidens et aux conseillers, même aux greffiers et huissiers de la cour, ensuite il venait dans chaque chambre, faisant porter devant lui un grand bassin d’argent rempli non-seulement d’autant de bouquets d’œillets, Roses et autres fleurs de soie et de fleurs naturelles , qu’il y avait d’officiers, mais encore d’autant de couronnes rehaussées de ses armes ; après cet hommage, on lui donnait audience à la grand-

chambre ; ensuite on disait la mess e ; les hautbois jouaient , excepté pendant l’audience , et allaient même jouer chez les présidens pendant le dîner. 11 n’y avait pas jusqu’à celui qui écrivait sous le greffier, qui n’eût son droit de Roses.

Excepté nos rois et nos reines , aucun de ceux qui avaient des pairies dans le ressort du parlement n’étaient exempts de cette espèce de redevance : les rois de Navarre s’y assujélirent; et Henri (i), fils d’ Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret , justifia au procureurgénéral que ni lui, ni ses prédécesseurs, n’avaient jamais manqué de remplir cette obligation. Des fils de France l’ont fait en iSyj.

L’hommage des Roses occasionna , en i 545 , une dispute de préséance entre le duc de Montpensier et le duc de Nevers , qui fut terminée par un arrêt du parlement, qui ordonna que le duc de Montpensier les baillerait le premier, à cause de ses deux qualités de prince et de pair.

Le parlement avait un faiseur de Roses, appelé le Rosier de la cour, elles pairs achetaient de lui celles dont ils faisaient leurs présens.

On présentait au parlement de Paris des Roses et des couronnes de Roses, et à celui de

(i) Depuis Henri IV “ Roi de France.

Toulouse , des boutons de Roses et des chapeaux de Roses.

Aux beaux jours de la chevalerie, les Roses étaient souvent un emblème dont les preux se plaisaient à décorer leurs armes. On voyait dans un écu une Rose entrouverte avec cette dévise : « Çuanto si mostro men , tanto è piu bella. » Moins elle se moxrtre plus elle est belle.

Dans le Selam des Persans, la Rose jouait un grand rôle par ses allégories.

Dans le roman de Perceforêt , on voit une reine , après un tournoi , donnant au chevalier vainqueur un simple chapeau de Roses , parce que c’est, dit-elle, un trésor pour les amoureux.

Dans le roman d ’Amadis, Oriane, prisonnière , ne pouvant ni parler, ni écrire à son amant, lui jette du haut d’une tour une Rose baignée de ses pleurs.

Les Roses forment le dénouement du fameux conte de Y due d’or d Apulée. Dans ce conte un jeune homme est transformé en âne, et ne peut reprendre sa première forme qu’en mangeant des Roses.

Le roman de la Rose, de Guillaume Lorris, est une allégorie dans laquelle il faut surmonter beaucoup d’obstacles pour conquérir une belle Rose.

M. Aimé-Martin , dans ses lettres a Sophie voulant donner un exemple de l’équilibre parfait que la respiration des végétaux forme avec celle de tous les êtres , rapporte ainsi les amours du rossignol et de la Rose.

« Quelle distance sépare le brin d’herbe de l’homme l et cependant notre vie tient par une double nécessité à l’existence de ce faible végétal. Quelle étonnante création que celle où l’on, ne peut rien ôter sans que le tout ne périsse ! O Saadi ! tu la connaissais sans doute cette loi sublime de l’harmonie de l’univers, lorsque ta chantais les amours du rossignol et de la Rose -, de la Rose muette et superbe, et du rosssignoly le rival & Orphée. »

« Bientôt dans les bosquets du superbe Orient,

La plus belle des fleurs, la Rose va paraître ;

Elle s’ouvré , aussitôt son parfum se répand.

La nymphe des jardins , surprise en la voyant ,

Croit qu’une autre Vénus en ce jour vient de naître ,

Pour la reine des fleurs on veut la reconnaître ;

La Rose est étonnée ; une aimable pudeur

Le rossignol la voit, frappe l’air de son aile,

Respire ses parfums , voltige sur son sein.

Chante l’amour heureux , et s’envole soudain ,

Quoiqu’il ait fait serment d’être toujours fidèle. »

« Arrêtons un moment le volage oiseau , saisissons-le parles ailes , et qu’il soit emprisonné

avec le Rosier dans une cage de cristal. 11 est donc vrai qu’il va devoir la vie à l’amante que son cœur abandonnait ! Privé d’un air nouveau, son joli gosier cesserait bientôt de produire des sons harmonieux, si, par un prodige

inconcevable. Ne devinez-vous pas ce qui va

«e passer ? Déjà le rossignol a vicié , par sa respiration, l’atmosphère de la cage ; mais le Rosier avide de l’air respiré par son amant, l’absorbe, et ne l’exhale doucement, qu’après l’avoir purifié : autant de fois le rossignol le décompose, autant de fois il relient les poisons dans son sein; et lorsqu’enfin l'oiseau expire en chantant sa reconnaissance , le Rosier se penche, se flétrit et se meurt. »

« Ainsi l’on voit deux vrais amans Exister l’un par l’autre , avoir même constance , Confondre doucement leur paisible existence ,

Pour expirer dans les mêmes momens. »

La Rose figure dans une historiette intéressante qui fut insérée dans le Mercure de France, en 1818; je la rapporte ici toute entière.

« Le prince de Béarn ( depuis Henri IV ) n’avait pas encore douze ans , lorsque Charles IX vint à Nérac, en i 565 , pour y visiter la cour de Navarre. Les quinze jours qu’il y passa furent marqués par des jeux, des fêtes dont le jeune Hçnri était déjà le plus bel ornement.

» Charles IX aimait à tirer de l’arc ; ou voulut lui en donner le divertissement, et l’on pense bien qu’aucun de ses courtisans , pas même le duc de Guise qui excellait à cet exercice , n’eut la maladresse de se montrer plus adroit que le monarque. Henri, que l’on appelait encore Henriot, s’avance, et, du premier coup, enlève, avec sa flèche , l’orange qui servait de but. Suivant la règle du jeu, il veut recommencer et tirer le premier; Chartes s’y oppose et le repousse avec humeur ; Henri recule quelques pas, arme son arc et dirige sa flèche sur la poitrine de son adversaire : celui-ci se met bien vite à l’abri derrière le plus gros de ses courtisans, et ordonne qu’on éloigne de sa personne ce dangereux petit cousin.

» La paix se fit; le même jeu recommença le lendemain : Chartes trouva un prétexte pour n’y pas venir. Cette fois, le duc de Guise enleva l’orange qu’il fendit en deux; il ne s’en trouvait pas d’autres. Le jeune prince voit une Rose sur le sein d’une jolie fille qui se trouvait au nombre des spectateurs ; il s’en saisit et court la placer au but. Le duc tire le premier, n’atteint pas; Henri, qui lui succède, met sa flèche au milieu de la fleur , et va la rendre à la jolie villageoise sans la détacher de la flèche victorieuse qui lui sert de tige.

» Le trouble qui se peint sur la ligure charmante de cette jeune fille, qu'il embellit encore* se communique à çeljfi qui le fait naître, et les doux regards qu’ils échangent à la dérobée sont les premiers signes de la vie nouvelle qui vient de commencer pour eux.

» En retournant au château, Henri questionne ceux qui l’entourent ; il apprend que l’aimable enfant se nomme Fleurette , quelle est fille du jardinier du château, et quelle demeure au petit pavillon qui se trouve à l’extrémité du bâtiment des écuries. Dès le lendemain, le jardinage est devenu la passion de Henri ; il a choisi un terrain de quelques toises aux environs de la fontaine de la Garenne, où il sait que Fleurette se rend plusieurs fois dans la journée; il l’entoure d’un treillage; il y fait des plantations où il travaille avec d’autant plus d’ardeur qu’il est aidé par le père de Fleurette , et qu’il a, vingt fois par jour, l’occasion ou le prétexte de lui parler.

» Depuis près d’un mois Henriot en contait a Fleurette. Henriot et Fleurette s’aimaient éperdument , sans trop savoir encore ce qu’ils se voulaient; ils l’apprirent un soir à la fontaine. Fleurette s’y était rendue un peu tard ; l’air était pur ; le murmure des eaux, les plaintes ■du rossignol enchantaient le silence des bois ,

et la lune éclairait, d’un jour mystérieux , uneretraite où la nature est déjà la volupté. Que se passa-t-il dans cette soirée, à la fontaine de la Garenne, entre le petit prince de douze ans et la petite bergère de quatorze ? il est plus' aisé de l’imaginer que de le décrire; tout ce que j’ai pu savoir, c’est qu’au retour de la fontaine la bérgerette avait pris le bras du prince du Béarn , et que celui-ci portait la cruche sur sa tète. Ils se séparèrent à l’entrée du parc; l’un retourna gaîment au château, l’autre pleura en rentrant dans son modeste réduit.

» Le père de Fleurette ne s’était pas aperçu; que sa fille, depuis ce jour, allait plus tard qu’à l’ordinaire à la fonlaine; mais le précepteur du jeune prince, le vertueux la Gaucherie avait observé que son royal élève avait toujours un prétexte pour s’échapper à la meme heure ; et que par le plus beau temps du monde, la forme de son chapeau était habituellement mouillée. Cette remarque éveilla la surveillance du sage Mentor, il suivit de loin le jeune prince, ' et arriva, sans être vu, assez tôt et assez près, pour s’apercevoir qu’il était venu trop tard. Convaincu, comme Fénelon, que la fuite est le seul remède à certains maux, sans autres remontrances , il annonça au jeune prince qu’ilà: retourneraient le lendemain à Pau,- d’où ils-

partiraient pour se rendre à l’entrevue de Bayonne. »

» L’instinct de la gloire, et peut être celui de l’inconstance, parlaient déjà, au cœur de Henri; cette nécessité d’une première séparation, qu’il courut, en larmes, annoncer à Fleurette, trouvait à son insu quelque adoucissement au fond de son âme ; mais comment peindre le désespoir de la naïve et sensible Fleurette l dans les derniers momens d’un bonheur prêt à lui échapper, elle pressentait tous les maux de l’avenir. —Vous me quittez, Henri, disait la tendre enfant étouffée par ses pleurs, vous me quittez, vous m’oublierez, et je n’aurai plus quà mourir. Henri la rassura et lui fit le serment d’un amour éternel, que Fleurette seule devait acquitter : « Voyez-vous cette fontaine » de la Garenne ( lui dit-elle au moment où la » cloche du château rappelai X.Henri, et donnait » le signal du départ ), absent, présent, vous » me trouverez là, toujours là, ajouta-t-elle avec » une expression qu’il noubliera pas. »

<c Les quinze mois qui s’écoulèrent jusqu’au retour de Henri au château de Nérae, avaient développé dans l’âme du jeune héros des vertus incompatibles avec l’innocence des premières amours; et les filles d’honneur de Catherine de Mèdicis s’étaient chargées du soin d’effacer

«le son souvenir l’image de la pauvre petite Fleurette : celle-ci, plus affligée que surprise d’un changement dont sa raison précoce l’avait dès long-temps avertie , ne lutta pas contre un malheur quelle avait prévu, et ne songea plus qu a s’y soustraire.

» Elle avait vu plusieurs fois le prince de Béarn se promener dans la Garenne avec mademoiselle dAyelle , et n’avait pu résister au désir de se trouver un jour sur leurs pas. La vue de Fleurette plus belle encore de sa tristesse et de sa pâleur, réveilla, dans le cœur du j eune prince, un tendre souvenir : il se rendit le lendemain matin , à son logement , la trouva seule et lui donna rendez-vous à la fontaine de la Garenne : j’y serai à huit heures , répondit la jeune fille sans lever les yeux de dessus son ouvrage. Henri s’éloigna aussitôt; il attendit, avec toute l’impatience d’un premier amour, qu’un regard de Fleurette avait ranimé dans son sein, l’heure qui devait la lui rendre. Elle sonne; il sort du château par une porte dérobée et passe à travers les taillis du bois, de peur de rencontrer quelqu’un dans les allées. Il arrive à la fontaine; Fleurette ne paraît pas; il attend quelques minutés; le moindre bruit des feuilles fait tressaillir son cœur : il va, vient s’arrête...., approche de la fontaine; urie petits

baguette est plantée sur l’endroit même où il s’est tant de fois assis près de Fleurette. C’est une flèche; il la reconnaît; la Rose fanée y tient encore; un papier est attaché à la pointe; il le prend, cherche à le lire, mais le jour s’est

éteint.Palpitant, inquiet, troublé, il revoie

au château, ouv re le fatal billet, et lit ces

mots. « Je vous ai dit que vous me trouve-

» riez à la fontaine ; peut être avez-vous passé » près de moi sans me voir; retournez-y et » cherchez mieux.... Vous ne m’aimiez plus..., » ilfallait bien... Mon dieu ! pardonnez moi !... » 5 î Henri a deviné le sens de ces paroles; le palais retentit de ses cris : on accourt; des valets, munis de flambeaux, le suivent à la Garenne. Pourquoi s’appesantir sur de cruels

détails ? Le corps de l’adoi’able enfant fut retiré du fond du bassin où s’épanchaient les eaux des la fontaine , et déposé entre les deux arbres qu’on y voit encore. Les regrets déchirans, la douleur de Henri, qui resta du moins fidèle au souvenir de Fleurette., ne peuvent qu’honorer la mémoire du prince. »

Quand Scipion s’empara de Carthage , la jeune Elma, demeurée en otage, lui fut remise comme le plus doux prix de sa victoire. Esménard. reti’ace ainsi le moment de leur en¬

trevue :

Elma tremble et triomphe ; elle prie , et son cœur Redoute en l’implorant la pitié du vainqueur.

Sur les lis de son front une Rose égarée ,

Peint avec le désir la pudeur éplorée.

Dans les fables de Gay , poète anglais , on remarque celle intitulée : the poet and the Rose , le poète et la Rose , qui a été ainsi rendue en vers français :

-Certain rimeur, un'jour , errant dans un jardin ,

Respirait l’air pur du matin ;

Non loin de là venait d’éclore La (leür consacrée au plaisir ,

La favorite du zéphyr ,

Lareine du printemps , le chef-d’œuvre de Flore.

De son éclat le poète ravi,

S’approche et lui chante ceci :

« Rose f viens près de ma maîtresse,

» Viens briller sur un sein charmant ;

» Plus heureuse que son amant,

» Le teint frais de ma bien aimée » Va faire pâlir tes couleurs.

» Un air plus doux que tes odeurs ii Sort de sa bouche parfumée.

» Jalouse Rose , ainsi nous mourrons tour-à-tour,

» Toi de dépit, et moi d’amour ! »

Dans le conte de la Belle et la Bête , une Rose cause d’abord beaucoup de chagrin , et finit par occasionner le mariage d’une jeune et belle personne avec un prince charmant. Un marchand, au moment de se mettre en voyage,

demanda à ses trois filles ce qu’elles désiraient qu’il leur rapportât : les deux premières désirèrent des robes et autres objets de parures ; niais Zémire , la plus jeune, ne réclama qu’une Rose :

Je ne veux qu’une Jîose : elle me sera chère Plus que le don le plus brillant ,

Et je dirai : c’est à moi que mon père Daignait penser en la cueillant.

Le marchand, après une longue navigation, peu heureuse pour ses intérêts, et qui ne lui permit pas de remplir les commissions de ses aînées, revenait chez lui, lorsque les vents contraires le forcèrent à relâcher dans un endroit où se trouvait un château inhabité. Cependant son domestique et lui eurent une table bien servie et toutes sortes de commodités dans ce séjour mystérieux. Au moment de le quitter, le marchand ayant aperçu un Rosier, se ressouvint de la demande de Zémire , et il s’approcha de cet arbuste pour y cueillir une Rose; mais à peine il l’avait détachée de sa tige, qu’un monstre se présenta à lui et l’accabla de reproches pour lui avoir pris une fleur à laquelle il attachait le plus grand prix. Le marchand essaya vainement de calmer son courroux , il n’obtint que la faveur d’aller voir sa famille pour la dernière fois, et fut obligé de s’enga-

ger, sur parole, à revenir bientôt se livrer à la mort , ou d’abandonner une de ses filles à l’horrible maître du château. On pense bien que le pauvre marchand arriva chez lui bien désolé. Il remit pourtant la Rose à Zémire sans lui rien faire connaître de ce quelle lui coûtait, et l’aimable enfant se livra à toute la joie que lui inspirait cette possession.

Rose chérie t

Aimable fleur!

Viens sur mon cœur....

Qu’elle est fleurie !

Ah ! quelle odeur! etc.

Cependant la tristesse de son pere, dont il cachait la cause , lui donnant une vive inquiétude elle questionna et pressa tellement le domestiqué qui avait été du voyage , quelle lui arracha l’aveu de ce qui s’était passé. Elle n’hésita pas un instant, et guidée par les renseignemens quelle eut le soin de prendre , elle parvint jusqu’au château ééAzor , c’est ainsi que s’appelait le monstre.

Enfin , pour abréger , ce monstre n’était rien moins qu’un beau prince qu’une méchante fée avait changé en une bête hideuse , et qui devait rester sous celte figure jusqu’à ce qu’une belle fille consentît à l’épouser malgré sa laideur. Zémire , pour sauver la vie de son père,

et par reconnaissance pour les bons procédés que le monstre avait eus pour elle, l’ayant accepté pour époux , Azor reprit aussitôt sa première forme pour la conduire à l’autel.

Un petit conte arabe, tiré d’Al-Mofadal , a, été ainsi mis en vers :

J’allais pour saluer le père des croyans ;

Près de lui se trouvait un vase plein de Roses,

D’une pourpre éclatante et fraîchement écloses ,

Et telles qu’on les voit dans son plus beau printemps.

Près des Roses brillait une fille charmante ,

Fille rare en beauté , l’honneur de nos déserts ,

Qui modeste autant que savante ,

Connaissait l’art heureux d’assortir de beaux vers.

Jeuue homme , dit le prince , il faut nous faire entendre Sur la rose naissante un couplet gracieux :

La iiore, dis-je alors , est un présent des dieux,

Tel que la jeune fille au regard doux et tendre Qui commence à rougir et qui baissse les yeux.

Alors de mon couplet imitant la cadence :

La Rose, dit la fille, est comme la rougeur,

Prince, qui de mon front anime la pudeur.

Quand d’un de vos regards j’obtiens la préférence.

Demoustier , dans ses lettres à Emilie, offre souvent la Rose dans ses images; en voici quelques exemples :

n Sur ce front siège la candeur.

Quand il rougit, la modestié Cache le trône du génie Sous les Roses de la pudeur. *

« L’amour, caché sous le voile de l’amitié, est un bouton de Rose renfermé dans son enveloppe. »

« Adonis , . dans mon sein [ C'est Vénus qui parle ) , jamais ne ■vieillira.

Mou Adonis est une Rose

Que mon souffle rajeunira. »

« Ma belle enfant qu'as-tu fait de tes Roses ?

Je ne te vois que des lis aujourd’hui.

Qui peut avoir flétri tes lèvres demi-closes ?....

Le petit scélérat ( l’amour ) !... Je gage que c’et lui ?... »

« Une odeur d’ambroisie parfumait les bosquets et les vallées de l’ile de Rhodes. On apercevait çà et là des touffes de Roses , qui fleurissaient les trônes de verdure où Vénus s’était reposée. »

« Je crois que deux tendres amans ,

Après avoir cueilli des Roses au printems ,

Moissonné dans l’été , vendangé sous Pomone , Savourent l’amitié dans l’hiver de leurs ans ,

Comme un excellent fruit conservé de l’automne. »

« Aussi vermeil, aussi frais que les fleurs qu’il caresse, le teint de zéphyre offre la rougeur virginale de la Rose naissante. »

« L’anémone a fleuri , la Rose vient d’éclore ; L’innocente rougeur dont elle se colore Est le sang de Vénus versé pour Adonis.

Leur sang et leur destin dans ces lieux sont unis :

Vénus rougit la Rose, Adonis l’anémone. »

« Plusieurs gouttes de sang de Vénus jaillirent sur des Roses qui devinrent rouges de blanches qu’elles étaient. »

« Aussi moi, qui jamais n’obtins d’autre faveur,

Que de vous présenter quelquefois cette fleur ;

3e crois , en la voyant briller sur votre cœur,

Voirie sang de Vénus retourner à sa source.»

François I. er comparaît une cour sans femmes à une année sans printemps , un printemps sans Roses.

Voici des pensées extraites d’Anthénor :

« Je me garderai bien de m’enfermer ici avec l’amant le plus passionné , les Roses y seraient bientôt des pavots. »

« Amythis dépérissait comme un bouton de Rose séparé de sa tige. »

« A Sparte , je donnerais l’exemple de la frugalité ( cest Alcibiade qui parle ) ; a Athènes et à. Persépolis , je voudrais, sur des touffes de Roses, savourer à-la-fois tous les parfums de la volupté. »

Les vers suivons sont du président Dupaty.

<c Quand Cinlhie au matin, j’en atteste l’amour , Entr’ouvre ses beaux yeux aussi purs que le jour.

C’est l’aurore ou la Rose , on croit la voir éclore.

On trouve dans Gessner et dans Thompson ,

(te)

diverses pensées inspirées par la Rose : en voici quelques-unes :

Gessn. — « Mes jours s’écouleront ici comme vos ondes tranquilles; ils se faneront doucement comme se fane une Rose qui exhale en mourant ses derniers parfums. »

« O Rose 1 que tu exhales une odeur agréable , quand mon berger te cueille et qu’il te place sur mon sein..... Alors je ne respire que la joie , et mon cœur s’ouvre soudain à la félicité. Qui » mon berger, construis un berceau pour Bacchus et pour l’Amour; et moi je cultiverai, pour le dieu d’amour, des Roses auprès des pampres. »

Thomp. — u Vieus doux printems , fraîcheur élhérée, viens, descends dans nos plaines du sein de la nue, baigne de rosée nos arbrisseaux ; descends : la musique des airs s’éveille autour de ces groupes de Roses.

« Cette nymphe répand un doux éclat semblable au lis et à la Rose rafraîchie par la main de l’aurore. »

« Leurs lèvres séparées comme le bouton de Rose , humecté par la rosée du matin, respirent les délices. »

Le roi de Prusse se promenant dans le jardin de Postclam avec Voltaire , demanda un# Rose , celui-ci la lui présenta en disant :

Phénix des beaux esprits, modèle des guerriers»

Cette Rose naquit au pied dq vos lauriers.

Dans une hymne aux beautés de Corinthe et d’ Athènes , l’auteur de Zéphyre ou le berceau de Flore, trace ainsi le portrait des femmes :

« Femmes ! femmes ! vous êtes le plus bel ouvrage qui jamais soit sorti des mains des immortels : vos regards sont vifs et purs comme les rayons de l’aurore; votre peau est aussi fine que le duvet des fleurs ; le souffle de Zépbvre n’est pas plus doux que vos accens; la nature .a coloré du même pinceau et vos joues et les Roses. »

« La femme est le génie consolateur de l’homme : c’est elle qui couvre de Roses les épines de la vie, et qui embellit la perspective de l’avenir. »

Dans l’hymne au soleil de M. l’abbé de Reyrac, on trouve cette apostrophe à la Rose :

« Fille des zéphyrs , amour clu soleil et du printems, reine aimable de nos jardins, charmante Rose , qui t’a donné cette odeur suave qu’on respire avec tant de délices ? »

Les oiseaux affectionnent aussi le Rosier, et plusieurs espèces , telles que le rossignol , le bouvreuil et la fauvette nichent dans cet ai'brisseau. Dans le jardin du château de Mon-

mour en Béarn, qui appartient à M. Lamothe , il y a un grand nombre de Rosiers , et presque tous, au printemps, renferment des nids. Celui qui me frappa le plus lorsque je visitai ce jardin, fut un nid de fauvette , construit au milieu d’un bouquet de huit à dix Ptoses ; il fallait écarter ces dernières pour voir l’intérieur du nid , mais sans rien déranger , et en s’approchant seulement du Rosier , on voyait la tête de la fauvette s’élevant tant soit peu au milieu de ce groupe de fleurs.

On voit des Roses sur les médailles de Rhodes , de Roda en Espagne, de Rhodanusia dans les Gaules , et de Cythnus ( Pembrolc ) dans la mer Egée.

La Rose ligure aussi dans le blason ; elle s’appelle soutenue, quand elle est représentée avec sa queue : elle est quelquefois d’un même, et quelquefois d’un différent émail, mais toujours épanouie.

On appelle Roses , de petites étoffes de soie, de laine et de fil, dont les façons représentent des espèces de Roses.

Enfin l’architecture et plusieurs autres arts ont leurs Roses. Il y a. Rose de vent, Rose d’ornement, Rose de compartiment, Rose de moderne, Rose de pavé, üo^edeboutonnier, Rose d.e luthier, Rose de serrurerie, etc., etc,, etc,

Le Rosier est un des végétaux les plus répandus dans l’iiémisplière septentrional, tant sur l'ancien que sur le nouveau continent. On le voit depuis les côtes de Barbarie jusqu’en Laponie , et depuis l’Espagne jusqu’au Ramschatka; on le trouve dans l’Amérique septentrionale aux environs de la baie d’Hudson, et sur les montagnes du Mexique ; mais , jusqu’à ce jour, on n’a pas connaissance qu’il existe dans l’hémisphère méridional. Cet arbrisseau est très-commun en Europe et les Alpes et les Pyrénées seules en fournissent en abondance.

Le genre rosier offre un si grand nombre de variétés qu’il devient très-difficile d’établir sa nomenclature : aussi n’indiquerai-je , parmi ces variétés, que celles qui paraissent bien constantes d’après les recherches des meilleurs observateurs.

Les Rosiers sont répartis, par les botanistes, dans trois sections bien distinctes, déterminées d’après la forme du fruit : la première com-

prend les Rosiers à fruit globuleux ou rond ; la seconde les Rosiers à fruit presque globuleux ; et la troisième les Rosiers à fruit ovale. Mais comme cetle division ne se rattache nullement au plan que j’ai adopté en composant ce livre, et quelle ne servirait peut-être qu’à le rendre maussade, je l’ai négligée entièrement et n’ai suivi aucun ordre dans la description des espèces. Cependant, afin de faciliter les personnes qui voudraient les ranger méthodiquement, ou recourir aux ouvrages classiques , j’ai eu le soin de faire précéder le nom du Rosier, d’un chiffre indiquant la section dans laquelle il faut placer l’espèce, et de le faire suivre de la dénomination latine qui établira une correspondance aisée avec les auteurs.

Avant de passer à la description des Rosiers que nous cultivons, je vais indiquer ceux qui étaient les plus communs à Rome, dans les jardins , et dont Pline nous a conservé les noms.

« Les Roses les plus estimées, dit-il, sont:

les Prénestines , puis les Coronèoies , ( notre Rosier musqué à tiges rampantes ) parce qu'on les employait particulièrement dans la composition des couronnes. Quelques uns ajoutent les Milésiennes , ( notre Rosier de Provins ) qui sont les plus fortes en couleur et qui n’ont que

•douze feuilles. La Trachinêenne , ( notre Rose incarnate ) moins rouge , vient après. La Rose dont on fait le moins de cas est V Alabaude , dont les pétales sont blancs. La Spinéole , (notre Rosier très-épineux ) qui offre plusieurs feuilles très-petites, n’est pas non plus fort recherchée. Nous possédons également l’espèce à cent feuilles , ( notre Rose de Hollande ) la Grecque, ( notre Rose des haies ) que les grecs -appellent Lichnis , qui est inodore, à cinq feuilles grandes comme celles du violier, et qui ne se plaît que dans les lieux humides ; la Grécule, dont les pétales toujours entortillés, ne s’épanouissent jamais, à. moins qu’on ne les ouvre avec la main : ils sont cependant très-grands; vient enfin l’espèce appelée Moscheuton , qui a des feuilles comme l’olivier, une tige comme la mauve. »

La Rose du mont Pangée, est notre Rose Canelle. Les Roses de la Campanie étaient les plus recherchées ; les Romains s’en servaient pour la composition de leurs parfums les plus délicats.

Il paraît que les anciens ne connurent point notre Rose jaune, ni même notre Rose blanche , à moins que cette dernière puisse être rapportée à leur Alabaude.

Page 1