‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 10 sur 191 · HOMERE ET SAMUEL · texte numérisé non relu

HOMERE ET SAMUEL

Le signe caractéristique de l'invasion des Héraelides fut partout la défaite de fidée royale. Cette catastrophe avait d^à été préparée par la chute de la royauté troyenne dont Torigine était entièrement grecque ; car l'antagonisme de la Grèce et de Troie ne ùit qu'une querelle entre deux bran* cbes de la famille de Pélops.

Argos et les Pélopides représentaient en Grèce la royauté, l'Egypte; Thèbes et les Cadmides représentaieni l'opinion antiroyale, la Phénicie.

La guerre civile, née au sein de la dynastie qui régnait à la fois en Asie et en Grèce, porta le premier coup à \^ puissance réunie de la royauté et du sacerdoce. La prise de Troie signala une ère nouvelle: Priamet Agamemnon tombèrent; l'Euménide prit possession d*Orestepar-

PROLEGOMÈNBS. XLI

rîcide, et Calcfaas monrat de douleur, parce qu'il ne comprenait plus l'oracle.

Celte révolution brille d'un éclat immortel dans l'Iliade. Homère est un réformateur, et c'est à ce titre qu'Hérodote fait remonter à Homère la création des dieux de l'Olympe. L'antique sacerdoce égyptien, la vieille royauté d'origine misralmique, apparaissent ici sous une forme odieuse ou dérisoire (1). Calchas le Pontife, Agamemnon le Roi, ne sont plus recommandés à la vénération publique. L'un demande des hécatombes humaines réprouvées désormais par l'es* prit nouveau qui s'élève sur l'humanité ; l'autre est encore revêtu de toutes les formes du pouvoir suprême, il appelle le respect et l'obéissance ; il semble msû^itieux et calme , mais il n'est plus ni obéi ni respecté. Son extérieur frappe et impose, pénétrez plus avant, vous ne trouvez au fond de son ame que doute, colère et impuissance. Eole lui déaie le vent qui donne la victoire; Apollon lui envoyé la peste; Achille enlève sa captive; l'armée le méconnaît, et sa femme le tue aa retour. Voilà le Roi des Rois. C'est ainsi qu'à la veille de notre rénovation sociale , l'esprit français, à défaut du génie grec , nou§ montrait sur un théâtre public, l'aristocratie élégante encore et ingénieuse, mais déjà trompée par l'audace , circonvenue par la ruse, cédant déjà de toutes parts à une puissance occulte, en attendant le moment où elle allait tomber sous la force ouverte.

Revenons vite sur nos pas , et , pour autoriser cet étrange parallèle, réfugions-nous du moine dans la comi-

(i) Les anciens comprenaient ainsi les poèmes d'Homère. Nelil-on pas dav Horace :

« Quidquid délirant reges plectuntur Achivi? »

XUi PROUSGOHENXS.

que Odyssée. Ici> lu marqae d'uoe époque transitoire est encore plus visible. Tout a disparu jusqu'à la forme; le Roi est banni , ir^qixéj dëgvisé, mendiant. Une aristocratie ^uneet hardie instd te son héritier^ nange son bienef convoite sa femme. Dans le» deux poèmes, fes dieux, jadis si s^eins et si graves, se baissent, se querellent , rient d'un rire ineitingolble, et, honteux dTeox-inémes, s'enveloppent d*un nuage.

A pea pràs au moment où les Héraclides attaquaient la royauté hellénique , une voix formidable s*élevaic contre les rots dans Israël.

Le peuple s'était écrié : « Nous voulons avoir m roi qai nous^ gouverne. Nous vonlcms- être comme tontes les antres nationsv N^^tre rot nons jugera; il marchera à notre tète, et il combattra pour nous dans nos^ guerres. »

Et pourtant Samuel avait dit au peuple:

« Voici quel seva le droit du roi qui vous gouvernera: il prendra vos enfants pour conduire ses chariots^, il s'enr fera des gens de cheval, et les fera courir devant son char.*

« Il en fera ses officiers pour commander; les uns miffe hommes, et les autres cinquante. Il prendra les uns pour labourer ses champs et poorrecueillir^es blés, et les antres pour lui (taire des armes et des chariots. »

« Il se fera de vos filles des parfumeuses, des cuisinières, et des boulangères. •

« Il prendra aussi ce qu'il y aura de meilleur dans vos champs, dans vos vignes et dans vos plants d'oliviers, et il le donnera à ses serviteurs. •

« U vous fera payer la dime de vos blés et du revenu de vos vignes, pour avoir de quoi donner à ses etrouqves et à ses officiers. »

PROLÉGOMÈNES. XLIU

« Il prendra vos seniieurs, vos servantes, ei les jeunes geas les pin» forts , avec vos imes ; et il les fera travailler

pour lui. »

« Il prendra aussMadtme de vos troupeaux, ei vous sersa ses serviteurs. •

« Tous criereff alors evatre votre roi que vous vous serea élu, et le Seigneur ne vous exaucera point (parce que c'est voMrmtees qui aves demandé d'avoir un roi). »

Homère et Samuel attaquèrent la royauté. Au son de la lyre d'Homère, la dernière pierre du vieil édifice tomba. Au cri de détresse poussé par Samuel , le Seigneur luimême répondit : « Faites ce qu'ils vous demandent, et donnez-leur un roi. • (Rois I. VIII,li-S2.)

Pourquoi cette diflërence?

Flétrie , desséchée en £urope , la royauté regerma en Israël et reverdit dans toute KAsie, parce que l'Orient est le soi naturel delà plante royale. En conserver la semence pour des temps meilleurs, fut la mission providentielle de la contrée on natt l'aurore. La loi politique de Moïse civilisa l'Europe et ne put féconder l'Orient. Le gouvernement des Juges n'avait été qu'une alternative entre l'esclavage et le triomphe, entre la captivité et l'assassinat ; une anarchie horrible avait suivi le régime électif; Achimelech essaya la royauté ; punie comme tentative, elle devint bientôt une nécessité. Le peuple juif voulut des rois pour être semblable aax autres nations de l'Asie. En effet, la royauté s'y était relevée de toutes parts. La Phénicie eut des rois ; les Héraclides eux-mêmes, destructeurs de la royauté en Grèce, fondèrent tme dynastie puissante en Lydie. Chassé par le Dorien , à peine l'Ionien eut-il touché l'Asie qu'il devint monarchique comme un descendant de Feridoun ou de

PROLEGOMENES.

Misraîm, et la monarchie macédouienne, fondée par THéraclide Caranus , enfanta plus tard le demi-dieu qui , d'une prédestinée, tint le flambeau devant le grand hymen de l'Europe et de l'Asie.

Godras, le dernier rot d'Athènes , avait péri ; la république s'était constituée son héritière. Emigrés en Asie, les enfants de Codrus furent reconnus rois (1).

Transporté en Asie, le Celte lui-même se courba sous le sceptre; les Gaulois étaient républicains, les Galates monarchiques. Il y eut donc action et réaction : le souffle antiroyal porté par le vent d'Orient avait fécondé l'Europe, el, dans le même temps, l'esprit royal était retourné dans l'Orient. D'un côté, Lycurgue , Solon, Brutus ; de l'autre, David, Salomon, Alexandre et Mithridate (3).

(1) Pausaaias.

(2) Nous avons rejeté aax Pièces Justificatives (À) un (Mssage d'Eschyle» qui présente d'une manière frappante le contraste de l'idée égyptienne et phénicienne.

Wïïl.

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