QUE
On Usait encore dans le sixième siècle de l'ère chrétienne, anprès de Tanger en Afrique, sur deux colonnes de pierre blanche , une inscription portant ces mots : « Nous sommes «ceux qui avons fui devant le brigand Josué, filsdeNâvé. » Cette inscription était en langue phénicienne (i).
C'est en eifet de Moïse à Josué (de 1500 à 1540 avantl'ère dirëtlenne) qu'il faut placer un des plus grands mouvements qui précipitèrent l'Asie sur TEurope. Nous nom« meroQS cette migration Phénicienne^braîque.
L'époque de son départ, les élémrats qui la constituèrent, sontencore Tobjet d'un profond dissentiment parmi les cri*
(1) Procop. de Bel. Vandal. II, 20.
XXIV PROLKGOHENESr
tiques; sans entrer au fond d'une telle discussion, nous nous bornerons à dire qu'à bien considérer celte question, moins dans les détails que dans Tensemble , on la ramène aux mêmes termes. £n effet, sous les noms dlsraé- Hies, de Chananéens, de Philistins, consacrés par la Bible ; sons les noms de Phéniciens , de Syriens , de Tyriens, de Sydoniens, adoptés par les annalistes grecs, on ne trouvera en définitive qu'une invasion arabe.
Il ne faut donc point restreindre notre point de vue à la nation hébraïque ; en y associant les tribus nomades ou commerçantes de la Syrie, tout devient probable et même certain.
Distingués dans l'Ecriture, tantôt comme deux races différentes, issue l'une de Sem, l'autre de Gham; tantôt comme deux branches d'un seul tronc , les Hébreux (i) et les Phéniciens étaient des frères ennemis. La religion les avait désunis, surtout depuis Moïse; mais leurs rapports mutuels n'en étaient pas moins fréquents. Ils étaient fondés sur l'analogie des mœurs > des coutumes , et ce qui est incontestable, sur l'usage d'une langue identique ou du moins analogue (2).
Les prescriptions mosaïques contre le mélange du peuple de Dieu avec les enfants de Baal , prouve leur penchant mutuel à se rapprocher. La loi n'était pas assez forte pour empêcher les Juifs de prendre des femmes syriennes. Si le législateur est irrité , s'il lance l'anathème , c'est que
(1) MûUer, de rebut Semitarum, dans Bfunk, Palestine, p. 88.
(2) Voirsur ce point essentiel, Munk, Palestine, p. 87* Il résulte de ses recherches, que les noms propres Cananéens (Phéniciens) et Hébreux sont les mômes, que dans le fragment carthaginois du Pœ^ nu/ti# de Plante, les mots et les tours de phrases sont hébreux , que
PROLEGOMENES. XXV
toutes les foudres de Jéhova ont peine à réveiller Tlsraélite dans les bras de Tétrangère ; ie glaiye lui arrache à la fois l'amour et la vie.
. Le trafic suffisait d'ailleurs, pour rapprocher les deux peuples. Au temps de Moïse ^ les Hébreux étaient déjà riches. Le commerce de transit, qui s'établit depuis entre Jérusalem et Tyr, n'était point entièrement inconnu à la royauté patriarchale d'Abraham et de Jacob.. Les Hébreux apprécièrent de bonne heure les pierres et les métaux. Cette intelligence , cette préoccupation se révèlent dès l'ouverture de la Grenèse : Lor de la terre dHévUa est trèê bon ; iieei là aueei que ee trouve le bdellion et la pierre dtoni». (Gen. II, 12.) £n Egypte, les Hébreux possédaient des vases d'argent et d'or; dans le désert même, ils revêtirent d'une grande magnificence d'abord le tabernacle du vrai Dieu , puis le simulacre du bœuf Apis , l'osure et même tout prêt à intérêt étaient réputés coupables, mais seulement entre soi, au sein des tribus; les lois prohibitives n'atteignaient pas l'Hébreu dans ses relations internationales.
En écartant des livres de Moïse la partie spécialement religieuse, en rapprochant son système politique des fragments bien imparfaits du gouvernement phénicien, il est difficile de ne pas y reconnaître de frappantes analogies (1). Il n'en est pas ainsi de l'E^pte. Hors son organisation sa-
d'après le témoignage de la Bible et de Flavius Josèphe, les peuples dlsrael et ceux de Canaan se comprenaient mutuellement sans interprète, qn'Isaîe appelle langue hébraïque , la langue de Canaan , et qu'enfin les deux idiomes étaient positivement sémitiques. Voir auisi Bochart, Gésénius, Bohlen, etc., etc. (1) Cl Tyriorum colonia fuerunt Gades, vetustissimum îHic Hercu-
XXVI PROLEGOMÈflES.
cerdotale, dont M<»ise a enprunté toute la hiérarchie et les rites, il D'en a fait que la satyre. Mais soît iofluence morale du législateur hébreu sur une contrée voisine, soit Importatioa philisiine sons les tentes dlsrael, il y a identité parfaite entre le système aristocratique de la Phénicie et celai dn peaple Juif.
Avant Saûl , les Hébreux n'ont point de rois , du moins la BlMe ne donne-t-elie point ce nom aux patriarches; mais quoiqu'elle l'accorde aux diSérents chefs qui habitent la terre de Canaan , leur nombre suffit pour prouver la faiblesse de leur pouvoir qui d'ailleurs est limité par la oonstittttioii intérieure àé leurs tribus. L'aristocratie dominait évidemment dans les petites royautés cananéennes; plusieurs tribus n'avaient pas même de rot ; par exemple, l'Ecriture ne fait mantien nulle part d'un roi de GabiBonj rnne des principales villes de Canaan; dans le Livre de JoBué(Ch. X, V. 3.); elle est appelée fine fnHe grande eemme une des vUlee reyaies; les députés des Gabaonites parlent à Josué au nom de leurs mneiens et de ttme leurs eompairiotes (Ib.y ch. IX, v. 11). Il est daîr que
lis temi^lam k PliaenicUHM coadiMiai visehttur, et oeremoniÉs ¥ks^ nicis celebratum, Sic autem describitur k Silio ut multa in eo leUgîonis EbralcJB ' vestigia appareant. Templum iUud non Iaxis, sed trabibus ooDStabat, ad modum tabernacull Kbraeoram : namTemplo Salomonis ?etustiu8 fuit Gaditaomn. Hoc sues arœbantor. Linet veste indicebantur, qui ad sacra accedebant. Pedibas erant nudis quemadmodum et Moses coram ardente rubeo. Uxoribus abstinebant in ordine vicia suae, ignis illic perpetuus »
« fled mttiia efigies, simulacrave nota Deomm ;
« M^estaie iocam, et aacro implevere timoré. »
( Huet. Demonstr. Evang.) Les Phéniciens, comme les luifs, s'abstenaient de la chair de poic.
MLOLÉGOMENBS. XXYII
Gabaan formait afee trois amresTîlleSiCapbtra, Beéroih 01 Kiriatk, (A., ?. 17) un petîi ëtai répvblicaîD. Les ba* bkanis de Galiaon étaient de la iribi» des HMêeg. Le Hé- ▼ite Haiaor, prîoee de Sickem, pour traiter avec lea fils de Jaeob^abesoîftde poner l'affaire devaoi l'assemblée du peuple (Geiièse,XXXiy^20) ; il n'a pa^le tiire de MeUch, mais celui de Nàri; et, du temps de Joaaé, la ville de Sicbem ne figure pas non plus parmi les villes royales. ' Les quatre titres qui désignent ta dignité suprSme dans f Ecrimre satole sont: Mêleek^ NaHj JlUauph^ Sehaphêi. I>>mme il est certain que ledernier appartenait à la langue phénicienne, les trois autres devaient y être également compris. Le mot Melech (roi) vient d'une racine que les Arabes emploient encore maintenant , dans le sens de po#séder^ et qui, en hébreu, signifie éêminêr^ régner. Meheh est un mumram abioltê, un roi par sxeellenee^ un r^i de me^CSauMel, 1. 1, ch.YIII, v. 11-18.). Le mot Naeisi" gniftetf<bW, e'iu^ Il est toujours distinet de Meleeh^ l'un désigne la royauté héréditaire, l'antre la royauté déléguée. La Yulgate le traduit par Prineeps ; elle donne la même version du mot AUoufph dérivé d'Mleph. Ce dernier mot qui, comme nom de nombre, signifie mille^ sert aussi à désigner une fraction de tribu, une famille; de là Allouph^ dans le sens de ekéf de famille. Dans la Bible , ce mot s^emploîe particulièrement lorsqu'on parle des Iduméens. Enfin , le mot Sehophet Quge) appartient bien certainement à la langue phénicienne ; car on le retrouve dans les Suffètes de Carthage. On peut en conclure que la phraséologie de la Phénicie et celle d'Israël étaient identiques, comme leur langage. L'œuvre de Moïse est une réforme dans l'araméisme.
XX vu I PROLEGOMENES,
Nos livres saints étaient-ils parrenus à Tyr on à Sîdon? les Phéniciens en ont-ils en le texte sons les yeux on da moins en connaissaient-ils l'esprit ? Il est diflScile d'en douter ; les deifx peuples 'étaient trop voisins , leurs affaires étaient trop mêlées, trop confondues pour qu'une telle ignorance fût présnmable. Nul doute que le Pentateuque n'eût franchi les frontières de la Judée, et, qu'ignoré du peuple, il ne fût un objet d'étude pour les prêtres du Melkart. Dans la famille Âraméeune, et surtout dans l'opinion desJuifs^ridolatrie, c'est à dire la fausse interprétation du pouvoir des simulacres , était moins une religion particulière qu'une hérésie du culte légitime. Le Pentateuque doil donc avoir pénétré en Phénicie, et comme les établissements de ce peuple sur le littoral des mers de la Grèce et de l'Italie est un fait définitivement acquis à l'histoire^ malgré les dénégations du paradoxe moderne; partout où les voiles tyriennes se sont montrées, nous pouvons reconnaître et nous reconnaissons en effet un écho plus ou moins affaibli , des trompettes et des tonnerres du Sinai (1).
(1) Pour se convaincre de l'hostilité du Pentateuque à la royauté, il suflSt de comparer, dans la PoUHque de Bossuet, les passages tirés des livres sacrés postérieurs à Moïse, et ceux qui appartiennent au Pentateuque. Les premiers respirent l'obéissance du sujet et plus que du siyet; le pouvoir des rois y est exalté avec la plus merveilleuse magnificence ; dans le Pentateuque, au contraire, ce queBo»suet applique aux rois, irait tout aussi bien ^ un avoyer de Berne ou k un président des États-Unis.
mn-UEVCE ,DE L'ESPRIT PHÉNIGIEtf • HÉBRilÎQUE SUR LA GRÈGE, L'ITALIE ET LES GAULES.
Y a-t-il eu un rapport immédiat entre Moise et la Grèce? la grande voix du Décaiogue a-t-elle été portée sur les rives mythologiques du Céphise et de TAlphée?
Plus de onze siècles après Moïse, les Grecs et les Juifs, si on en croit le Livre des Macbabées , se reconnurent et se saluèrent parents. Lacédémone avouait son origine Israélite, fondant cette croyance sur les documents déposés alor^dans ses archives domestiques. Elles ne sont pas parvenues jusqu'à nous; le témoignage du Livre des Macbabées nous a seul transmis ce renseignement si précieux (i),
(1) llach. I, la — Flavii Josephii opéra omnia, Gr. Lat. T. n, Ub. Xa, cap. lY, 10, 11. in-f», 1796.
XXX PROLEGOM EUES.
mais l'authenticité en a été contestée par beaucoup d'habiles critiques, et, il faut le dire, par presque tons (i).
Hors un seul (2) qui a compromis la vérité en l'exagérant, aucun de ces commentateurs n'a voulu reconnaître la possibilité d'une origine commune entre les Grecs et les Hébreux; l'antiquité tout entière leur a paru s'élever contre cette opinion, et surtout ils n^ont pas voulu croire qu'à l'époque d'Abraham, une émigration d'Hébreux parvenue en Hellénie , ait donné pour fondateur à la ville de Sparte , je ne sais quel compagnon du patriarche, nommé fantastiquement Sparton. Dans ces limites étroites , leur dotrte-est très légitime. Le prétendu %arten ne mérite pas <fD*on s'y arrête. Toaiefois , dans un sois |diis âend* « en descendant de l'époque d'Abraham à celle de Josaé,fip0rmation des Machabées, rapportée pvJosèphp, n'a rien qui blesse là vraisemblance.
L'origine phénicienne de Gadmus, roi de Thèbes en Béotie, a été controversée par les modernes (3) ; mais tous les mythes anciens relatifs à ce héros , attestent son antagonisme arvec la race qu'M trouva en possessien du pouvoir sur le continent et dans les ties de la Grèce.
(1) Bochart» Canaan (Creograph. Sacr. Paris, post.) XXIIé r** Hngonis Orotii Annotata ad vetos tesumentum. Lutetix Parisionim. H.DC.XUT. aDHotalaad M accabaicum I. — Johannis Seldini de Synedriis et Praefecturis juridicis veterum Ebneorum libri très. Francofurti 1606. — SSinet, SibUf^e^r ffttoXtoetxhthi^ , D» p» 50SI. — Pastoret, Histoire de la Lé^islfttiaii. T. m, 1&
(9) Pietri DanielU Uuetii, Abricencis» episeop. Demoustrat. Bvan^ gel. Parisiis. M J)GXC , propositio lY. p. 118. —M. Sainte-Beuve (Port-KoyalyT.S.) s'est fort agréablement moqué des systèmes de Té* véque d'Avmiches, qui, dans VLoSte, voit Bacohus,, Bel us. Hercule et mille autres choses ; mais, j'en demande pardon au spirituel et sa* vant historien , Huet a du vrai.
(3) OTTFBIED MULLER et son école.
PlOiilSOMÈNBS. XXXI
Ai>rè8 avoir soigneusement laminé les opiokmsdiverses et contradictoires, après aYoir admiré cette gymnastique infatigable de la philologie qui , à l'aide de quelques doou*ments , tanl^ dépouille l'f^pte dans Tiotérét de la Pbénicie , tantôt voie la Pbénicie au profit de FEgyple $ après un examen mûr et consciencieux, nous revenons au point de départ du bon Hérodote, sauf à en tirer des conséquences dont il n'a pu avoir Tidée ni même le pressentiment. En écartant d'ailleurs tous les détails intermédiaires, nous voyons, rangés en bataiUe face à face, sur le même terrain, i'^SyP^ ^( 1^ Phénicie , Argos et Tbèbes , le génie de la royauté égyptienne et celui de la démocratie arabe.
Les deux types de Tinvasion [Aénicienne en Grèce sont « Gadmus et Hercule; difficiles à séparer, difficiles à classer surtout, mais qui pourtant, daos la diversité de leur légende, semblent indiquer deux époques différentes: Gadmus, le combat et la lutte -, Hercule, encore la lutte, mais pour couronnement , la victoire et le triomphe.
Cadmus arrive avec ses dieux Cabires, ses dieux abstraits, comme l'alphabet dont il fut, dit-on, l'inventeur; il arrive, poussé par l'instinct matériel du négoce; sur ce sol où le limon égyptien avait déjà déposé tous ses dieux, où germaient toutes les fleurs de ses symboles, de ses hiéroglyphes gardés par l'innombrable armée de ses dragons, de ses ibis, de ses ichneumons et de ses sphinx. Gadmus court à la recherche de sa sœur Europe, à la découverte de celte Europe encore inconnue, mais bientôt souveraine. Il rencontre le monstre égyptien, il le combat, arrache ses dents et les sème. De celte moisson sort une armée qui s entre déchire. Gadmus est maudit j il fuit avec sa femme Harmo^ nie, comme lui bannie et maudite ; il exile sa vieillesse sur
XXXII PROLEGOMENES.
les bords sauvages de l'Adriatique. Il meurt; son génie lui survit. Sa race téméraire nie les dieux ou du moins n'y croit qu'après les avoir vus sans voile et touchés de l'œil ou de la main. Symbole des audaces de la pensée, Sémélé, fille de Cadmus, est consumée par Jupiter ; Bacchus, le civilisateur du monde, sort de celte union tragique. Ino, autre fille du grand Cadmus, est précipitée dans les flots ; mais les vieilles divinités des mers reçoivent la Phénicienne, et la reconnaissent pour une d'entre elles. Jupiter se réconcilie avec le Cadméen Laïus, à la plus dure des conditions : il lui interdit une postérité. Laïus rompt le pacte, il ne veut pas mourir tout entier. Jupiter reste fidèle en ses menacée. Laïus meurt par le fils même que sa désobéissance a produit; la fatalité plane toiyours sur la maison de Cadmus ; le jour qui enfante est aussi le jour qui lue.
La résistance du destin à la volonté de Thomme, la douloureuse victoire de l'intelligence humaine toujours triomphante, mais toujours blessée; en un mot, la lutte du passé et de l'avenir se retrouvent constamment dans cette fable sublime. Gomme son aieul , OEdipe est vainqueur du monstre d'Egypte, mais à quel prix!... le crime volontaire , le malheur certain, l'exil, l'inceste et la mort ; voilà le loyer du savoir. Clkassé par les dieux et par les devins, OEdipe, av^eugle, s'asseoit au pied de cet arbre du bien et du mal qui élève partout ses branches chargées de fruits , mais dont la semence est dans le cœur de l'homme. Œdipe est toujours un étranger; il n'est point enseveli dans sa patrie, il ne peut pas mourir de la mort commune aux hommes; pour trouver le repos, il a besoin de la foudre. Toutefois, celle race obstinée rompt, comme le chêne, et ne plie pas. Entouré
PR0L£G0MBNfi8. XXXIII
d'ennemis , assiégé dans sa ville , Etéocle n'invoque les dienx de la Grèce qu'après avoir longtemps résisté aux supplications dn peuple ; la prière est sur ses lèvres^ le doute an fond de son ame. « Vous priez, vous embrassez les statues ; pour invoquer les dieux , ne perdez pas lef hommes ; l'obéissance aux cheb , voilà la mère du succès ; femmes! honorez les dieux, je le veux bien...» pour lé Cadmide, la prière n'est qu'une concession!.. «Quand une ville est prise, les dieux l'abandonnent (1); » c'est le. mot de la conscience et du scepticisme, mot sinistre, sourd et profond.
La race de Cadmus périt; Etéocle, le défenseur de lapa^r trie, Polynice, le complice de l'étranger, tout tombe également; car les dieux ne veulent point de choix dans cette race qui les connaît, les juge et les brave. Ai^s est Tinfir trnment de la colère céleste ; la royale Argos , la ville aux traditions sacerdotales et monarchiques, Argos immuabte dans la défense de la tradition égyptienne. et qui, après avoir terrassé l'idée nouvelle dans les fils de Cadmus et d'OEdipe, va trouver un adversaire plus formidable.
Cette fois , la trompette guerrière ne sonne plus la dé* faite, mais la victoire ; l'idée mal écrasée se redresse.
Hercule remplace Cadmus ; la Tbèbes Béotienne est toujours le symbole de laPhénlcie.L'expulsion.des Héraclides avant la guerre de Troye , leur retour après la prise de cette ville , constituent le trait le plus important des antiquités helléniques ; plus important peut-être que l'expédition contre les "J^^royens , si la Poésie ne l'avait portée à une hauteur où l'Histoire , malgré ses ailes , ne saurait jamais atteindre.
(1) Eschyle» les Sept devsot Thèbes.
XXXIY PftOIiÉOeMfilfl».
Qu'on oublie Hercule ec ses travMx domestiques, «t os prétendu Eurysthëe dont le nom me peut troufer de place duBS la géaéuiogfe des Pélopides , véritables rois d*Argos; qu'on ne songe point i cet Hercute local qui ramène des bœurs, balaye desétables, nettoyé des marais; an Als d'Ampbytrion, chaulé par la fabuleuse Grèce aur un mode tragi-comique.
La pensée d'un Etre souverain , qui gouverne le monde d'après des lois immuables et y maintient l'ordre et renilë, peut seule expliquer ee mythe où la force physique ^w^" rait gouvernée par la loi , Hercule par Eurystbée. Nicomaque nous tn indique IHdée première, d'origine assurément phénicienne. î\ lâgnale Eurysibée comme la loi suprême. Cest Dieu, et von «n homme qui coadanme Hercule an travail (1).
Suivantlesvieux mytbographes grecs, qui tt*av aient que des renseignements bien imparfaits sur la Fhénicie, le tls d'Amphytrion et d'Alemène , Egyptien par son père, et par sa mère, descendait par son aïeul Ptersée du dieu eoletl Bélus (9). Mais, ajoutait la tradition , la figure d'Amphytrion n'avait servi que de masque au roi des dietix et des hommes, lorsqu'il voulut donner la naissance à Hercule. Son origine était donc médiatement et immédiatement divine.
Hérodote trouva à Tyr et à Thasos un Hercule tout antre que celui dont U avait connaissance.Convaincu de cette différence, mais plein d'incertitude sur ses causes, il finît par
(1) Lydos de liensR). f ▼, 4$» p. m.
0i Tof. U» tabjes géaéiaU X, i: « etX »» k UAs de rAp|N>llodoie de Heyne, avec les renvois au texte et aux observations de l'éditeur sur les Uéraclées et leurs auteurs. Fabric. Bib. gra. I, p. 580» éd. Elarles.
PaOLfiGOM£MBS. XXXV
décider au hasard que le nom de Hérakiès esc originaiiie d'Egypte. (Her. II, A3-45.) Les Grecs mêlant aux récils syiid)o]ique8 des Egyptiens quelques unes de leurs tnaditions nationales, en formèrent le poétique et brillant tableau des voyages et des travaux d'Alcide.
En résumé , Hercule est le Melkart phénicien , le Moloch de Sidon et de Tyr, le dieu Melek, le Diêu-Roi^ le Fort-Roi) premier des dieux , le seul Dieu, le Ah iIms le sens de Jehova, déclaré roi des Juifs par Moïse. Divinité tutélaire de Tyr , les navigateurs phénkHens répandirent son culte d'ile enUeet4e rivage en rivage jus^u'aïAX extrémités de l'Occident (1).
Tout renaît et se renouvelle» l'histoire n'eic qu'un eerole qui tourne incessamment sur IvHiiéme. N'y a-t^U pas trae ressemblance frappania entre ces Phénieiem tdonc l'esprit à la fois aventureux ^t catculateur forme «ne .Iransiiieo de la mythologie à l'histoire, et ces Portugaisi, ces Espagnols, moitié chevaliers, moitié trafiquants, qui découvrent des mondes au nom de la foi« iy étaMissent par la violence et forment , sans le savoir, «a lien entre le moyen-4g8<qui décline et l'ère moderne qui s'élève? Les Phénieiens les avaient devancés dans eeUe carrière $ ils étaiem conuaerçaaia» navigateurs et eoaquérants-missâannaipes. Leur Melkarthy leur Hercule se dressail sur la poupe de leurs aavires ; partons ils ûéptmX&s^ son cuHie , partout oh il le fallait, leur inquisition prématurée rinstailait sur une base .sanglante. C'est |tfur Thasos qu'il fut apporté à Thèbes en
(i) Les prêtres de Tirdéelarèrent k Hérodote que le temple de llelluirtb » Mti avec la ville, avait 2300 ans d'existence. (Fondation S7S0 ans avant Jésas-Christ.) (Hérodote , H , 44, Lareher, €hronol. aUer. T. YU, p. 128.)
XXXVI PROLEGOMENES.
Béode^, le culte des Cabires s'y rattache, et, sans duI doute, le druidisme celtique remcote à la même source.
Il n'est pas nécessaire de rappeler qu*il y eut sept Hercules. Le Tyrien est le plus ancien. Cent soixante-six ans après l'importation du premier, la patiente Hellëoie composa son Hercule grec de toutes les forces de la nature rassemblées sur un seul point, comme, plus tard, Praxitèle réunit sur sa Vénus toutes les beautés des filles d'Athènes.
Ne nous arrêtons pas aux Doriens issus de Deucalion, à leur union avec les Héraclides et les descendants de Cad* mu8;rappdons-nous qu'au moment de leur restauration, Hâ^clides, Cadmide^et Doriens mêlés, confondus, ne forment plus qu'un tout , qui , vu de haut et de loin , présente aux regards l'élément phénicien combattant contre réiément contraire et qui malgré le nom de retoury c'est à dire de tv^foifralum, tronvé'plus tard par les historiens grecs, n'est au fond qu'une dernière invasion phénicienne composée à la fois d'anciens colons établis an nord de la Grèce et d'émigrés nouveaux qui pénétrèrent comme leurs prédécesseurs sur le continent Achéen , par les Mes de Thasos et Samolhrace.
Partout, à la suite des Héraclides, la monarchie succombe ou se modifie dans son essence. A Sparte, la royauté devient bicéphale, et par conséquent impuissante; à Athènes, eUe est abolie après une noble résistance, scdiée du sang d'un roi. Argos, Sycione, Messène, ces antiques sanctuaires de la royauté voyent leur vieille idole descendre de son piédestal, puis tomber à terre , puis se confondre avec les matériaux du nouvel édifice démocratique, comme les monuments matériels de cette époque se perdirent depuis dans les constructions turques. Les Héraclides
PftOLÉGOMENBS. XXXVII
retOHnient dans le Péloponèse après la gueri'e de Troie , el fondent des états qui deviennent enfin , pour la plupart, on des royautés limitées comme Sparte, ou des républiques comme Athènes ; c'est à dire, en d'autres termes, que leur domination signale en Grèce la formation des gouvernements républicains, et qu'il faut attribuer à l'influence de celte race phénicienne, la forme antiroyale que successivement prit toute la Grèce.
La .déroute de la royauté , consacrée par le retour des Héraclides, caractérise le mouvement que nous avons àp-^ pelé phénicien-hébraïque. Mous ne prétendons pas en fixer l'époque positive ; il dura plusieurs sièclea , mais nous y reconnaissons sans hésiter, l'esprit qui anima la Grèce et les contrées dont la civilisation est d'origine hellénique. Telle est l'Italie, au moins depuis Numa ; caril est constant, d'après le témoignage de Diodore, que les Sabins étaient une colonie dorienne.
Si l'on vent entrer dans un examen détaillé du culte, des mcrars et des lois, les analogies Jes similitudes, les identités, surgissent. de tous côtés (1). Ces rapprocbements excèdent les bornes que nous nous sommes proposées ; mais, en restant dans nos limites, nous ferons trois obser* vations fondamentales :
L'esprit phénieo^ébraique inoculé à la Grèce, et par la
(i) Les resseniblaiices entre la législaUon des Doases Tables» celle de S0I0119 et les prescriptions mosaïques, sont aussi nombreuses que frappantes. Elles ont été soigneusement réunies et comparées dans l'ottfrage de Lidnius Ruflnus (Gollatio legum Judaîcarum et Romanamm) publié par Pierre Pithou. La dlme est un des traits distindifs qm font retrouver la physionomie hébraïque sur le masque romain et grec.
XXXVIII PROLUGOMÈNBS.
Grèce à l'Italie, a fomenlé et établi partout, quoique avec desnutDces diverses,
1* L'abolition de l'autorité d'un seul,
2'' L'éublissement de la dualité du pouvoir,
3* L'existence politique du sacerdoce.
La première assertion n'a pas besoin d'exemples.
Pour prouver la seconde , il suflSt de rappeler les deux rois de Sparte, les deux consuls de Rome, les deux chefc de Sidon, l'un guerrier, l'autre grand^prétre (1) ;. les suflètes de Carthage dont le nom est évidemment cefaii des shophec» de Canaan.
Quant à l'existence politique du sacerdoce , faut-il citer les Mvites, les pontifes et les druides?
L'esprit phénicien se retrouve dans la race cettiqne. Qnel est le lien qui rattache fa Pbémcie à nos premiers aneâtres ; nous^ ne le rechercherons pas, mais constatons que la migration celtique , bien plus ancienne que celle dont nous allons esquisser l'histoire , appartient aussi au mouvement phéDico4iébraiqne , et que nous en retrouvoM' la trace non seulement dans les mystères draidiquea si anan logues à ceux de la Samothrace , mai» encore dans ces Yercengetorix (2) , dans ces Yergobrètes consuls gauloia^ chefs d'une anoée ou magistrats électifs; dans la haiw des Gaulois pour la royauté absolue, enfin dans leur facilité à adopter les mœurs aristocratiques et les lois républicaines de Pempire romain (3).
(i) PygmalionetSichée.
(9) Selon toaie apparence, ce n'est point nn nem prepre » snis «n nom de dignité.
(3) N est évident, par les Commentaires de Gésar, qoe la dignité loyale était aussi peu goûtée des Gaulois que des Romains. Ce sont
PROLEGOMENES. XXXIX
ceux-ci, au contraire, qui connaissant l'impopularité de ce titre parmi les Gaulois, cherchent à Vy multiplier pour les affiiibUr. On trouve sans cesse dans les Commentaires : JRex o unatu ùfipettatu^ ett,..* a S. P. Q. R. appdlatus ut regnum in eivitaie sud occupavU. C'est ainsi que l'Angleterre multiplie les llaharadjas dans Tlnde. — Napoléon a commenté César» grande et magnifique annonce qui n'a pas rempli l'attente publique. C'est un peu Gomeiile commenté par Voltaire.