‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 12 sur 191 · XLVI PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

XLVI PROLÉGOMÈNES

dans toute l'Asie. Deux grands événements l'y avaient d ailleurs favorisé et fortifié : la réforme de Zoroastre dans la Perse et surtout celle de Bouddha dans l'Inde.

A ne les eoBSÎdérer m qu'à lenr poim de Yoe politiqve sans entrer dans les inextricables controverses soulevées par les doctrines religieuses ée ces deux réformations, Zoroastre régla le magîsme, et le fit rentrer dans des conditions hiérarchiques. Bouddha supprima la division par castes. Rien ne fut plus favorable au développement du pouvoir suprême en Asie et principalement dans quelques parties de l'Inde et dans la Chine. L'époque de ces deux imporiantes réformes n'est point connue ; mais elles sont à coup sûr très postérieures à Moise. Le Bouddhisme ^t même «i moderne relati^'^efiiem nu Pemuieuqiie , ^Vn a voulu le rendre contempoiaiii de l'ère chrétienne ; mais c'est une erreur.

Les origines germaniques et Scandinaves sont identiques, quoique, selon toute apparence, la migration germanique soit antérieure. Le Wodan des Germains estl'Odin des peuples du nord. L'identité d'Ôdin et de Bouddha est sinon certaine, du moins très probable (1).

La Bactrîane et en général l'Asie centrale tont entière étaient , aux yeux même des anciens , la patrie du faire humain , soit que notre race y eût pris naissance, seit qu'elle y eût fait seulement une hahe, en y laissant dans ses migrations successives, un échantillon de chacune des races qui compose notre espèce. LVisioire, la mythologie surtout, guide plus infaillible que l'histoire dans le labyrinthe des

(1) Klaproih , Gœrres, Ritter et le eomte BJenuttena (Futoinoe des Anglais dans l'Inde, trad. de M. de Baroncourt).

PBOLBGOMBNEfi. XLVII

Griffue»^ nw» neprésentent le Caucase comme le centre mythiqne du monde. De ses sommets étiacelamii surgirent h Lune el le Soleil. C'est TArarat de la BUrie, le Caf des mahométaos, TÂlboniU t le Bong du Zend-ÀTesta (i), asyle des derniers débris du vieux genre buaiaîa, berceau 4« la race noaveHe.

Les idées des Scandinaves et des peuples asiatiques mur la formation du monde et sur la situation du cielf de la terre et de renCer, ont entre elles nne grande analogie dans les chants de l'Edda. Odin réside sur une montagne et de son latte (sX contemple toute la terre. Les pins hantes montagnes touchât an ciel. Les Scandinaves comme les Persans adorèrent leurs dieux sur les sommets des montagnes. En Islande, le nom de Godaborg {forteresse des dieux) (S) est encore donné à des montagnes très élevées; tel est aussi l'Olympe des Grecs. Les chants populaires de la Perse (^) , placent le mont et le burg on chftteau d* Aspurg ou Asprus dans une chaîne de montagnes voisine du Caucase occidental ; c'est là que se rendait Rusthan, l'Hercule persan.

Les Indous mettent la résidence de leurs dieux dans les mêmes montagnes et leur donnent le nom disapura ; ce

(1) GiBrres, Histoire des Mythes du monde Asiatique (en allemand). T. I. Heidelberg, 1810. — Klaprolh, Asia Polyglotta.

(8) I«es tnees historiques du séjour des Ases se retrouvent dans l'antiquité. Dans le nom de César on a voulu trouver l'OBsar étrusque, et dans Toesa un ase. Il est certain que Ara (Fautel) se nommait Asa dans la langue pri mi tiTe.

(8) Llslandais Gudmondas dit dans ses notes de l'Edda de Sœmund (Yolnpsa) : « Asa, Asia » ^lum divinum, sacra terra ; non his « ab Asia nomen, sed regio ab illis suscepit. »

(4) Strabon parle d'un lieu nommé Asbourg qu'il place non loin du Caucase. Ptolémée le met sur le Rhin.

XLVIII PROLEGOMENES.

qui aurait un sens identique au nom d'Asbourg , séjour des

Ases ou des dieux.

Ces noms, ces tradi tion&,se reirouTen t dans les migrations qui peuplèrent le Nord, Dans Tune des plus récentes, puisqu'elle icoincîde avec Tëre chrétienne , les Scandinaves apportèrent de TAsie centrale le culte et la mythologie de leurs ancêtres orientaux. OdiUi leur chef, fixa sa première demeure dans une contrée voisine du Tana!s qui dut probablement à ce conquérant le nom d'Asaland ou d'Asahe^mur(i).

C'est dans la Germanie que nous retrouverons la mystérieuse Asbourg.

(1) Disserution posthumede lUsk. Gopenhagoe, 18M.

TIII

TACSTE.

La royauté germanique, la royanié barbare , était âec*> tife. Tel est en cette matière raiidme géoéralement reçu. Noua le diacat^roas tout à rheare. Gontentoiia-aoQi de reoMirqiier dèa à présent, que la source unique de cette opinion est la Germanie de Tacite.

Une s'i^t point deprotester contre un jugement légitime,

fannulé depuis dix-huit siècles. La Germanie est un chef-

d'cBUTre, de précision et à quelques égards d'exactitude;

aossi, loin de nous appesantir sur cette observation déjà

très vieille, qu'en vantant les mœurs des Germains, Tacite

a fait la critique de Rome, nous ne demanderons pas même

si, pour étudier la Perse, il serait prudent de recourir aux

LeUres Pereanee.

t PROLEGOMENES.

Malgré des tendances satyriques si notoires , malgré les préoccupations déforme qui éclatent dans la sobriété tout artisle d'un si beau langage , il faut admirer l'abondance, la rlcbes8e,la plénitude de ce genre de renseignements qu'on appelle aujourd'hui itatMiquêJty et que Tacite a empruntés, selon toute apparence, aux archives impériales. Dans cette délimitation si précise des territoires et des zones, on reconnaît non seulement la sagacité personnelle d'un voyageur, mats l'information générale d'un gouYernement. Peut-être même son action immédiate est-elle sensible dans l'œuvre de Tacite qui, depuis Nerva, n'était plus et ne pouvait plus être de l'opposition. Peut-être la Germanie n'estelle au fond qu'un rapport administratifs un eompU rendu ù Tempereur. A ce point de vue, elle serait encore un modèle désespérant.

Toutefois, aprèsavoir admirablement tracé le vaste théitre où se meuvent ses tribus errantes. Tacite a-t-il également apprécié leurs menirej leurs coutumes, leur culte, et, si on ose hasarder ce mot , leur politique? A*t-il porté sur leurs origines ce long et limpide regard qu'Homère transmit à Hérodote, secret divin, perdu avec le génie grec, et dont la muse latine n'hérita jamais? Le début de Tacite suffit pour rendre son jugement récusable dans toute cette partie fabuleuse et mythique , sans laquelle pourtant, le point de départ d'un peuple n'est plus qu'un problème insoIuble.Tacite croit les Germains autochtones. lien donne une raison bien puérile : • Personne, dit-il, n'aurait voulu quitter l'Afrique, l'Asie ou l'Italie pour une telle contrée » (Tac. Germ. II). A l'en croire, il n'y a jamais eu de migrations maritimes dans cei pays, parce que l'Océan germanique est impraticable (id.). Il se contredit peu de lignes après (III) en fai-

PROLEGOMENES. LI

saut aHosion aux voyages d'Hercule et d'Ulysse ; mais, s*il rapporte ces traditions, il n'incline pas à les croire (IV), et, d'ailleurs, il traite avec si peu d'importance les origiqes de la Germanie, qu'il les abandonne au choix du lecteur, « Chacun peut, selon son humeur, les rejeter ou les admettre • (III) (1).

Sans exiger à la fin du I** siècle de l'ère chrétienne , une complète intelligence de l'Orient; encore si nouyellt^ parmi nous ; sans vouloir que sous la forme indécis^ des nuages Scandinaves, sur la surface rod>tle des uiaraîi^ de la Frise, Tacite ait reconnu les divinités brillantes détachées du ciel d'or de la Perse ou de l'Inde $ sans s'étonner qn1l ait constamment confondu le sacerdoce germanique (2) avec rinstitution celtique des Druides, qu'en passant devant la mystérieuse Asbourg, il n'ait point reconnu dans son nom un vestige de la ville des Ases (IV) ; nous demanderons comment, en l'absence de ces notions préliminaires sur les Germains, il aurait pu remonter Jusqu'à la source de leur nationalité ; comment il les aurait jugés en dehors de leurs précédents, comment il aurait pu retrouver en eux, et, surtout dans leur royauté, les traits bien altérés sans doute , mais encore si visibles de l'antique Asie?

(1) Péot-ofl adopter sans modifies tiOD, ou du moins sans tenir compte des révolutions successîTes» tout ce qu'avancent les historiens anciens? Sans faire le moindre tort aux Belges, peutr-on les croire MKpirieufê en bravoure aux riverains de la Seine et de la Loire? Cest 1^ pourtant ce qu'affirme César.

(1) Â proprement parler, les Germains n'avaient point de prêtres ; jamais , par exemple , cbez les Francs , on ne voit de traces d'un sacerdoce païen ; autrement, Il y aurait eu une lutte sacerdotale entre les deux religions.

LU PAOLBGONKfflS.

Le livre de Tacite a été recoono, en Allemagoe sartoai, comme la pierre angulaire, comme la base inébranlable de toute opinion ultérieure sur la race germanique. Nulle erreur n'y a été relevée ni aperçue ; tout y a semblé dicté par une sorte d'intuition surnaturelle ; on s'est fait un point d'honneur d'y plier les observations les plus contradictoires, et en dépit de la science moderne, l'autochtonie des Germains est encore soutenue par quelques uns de leurs descendanu (1). Nous ne souscrivons pas à ce fimatisme ; nous n'avons pas dissimulé les lacunes que nous avons cru apercevoir dans l'œuvre de Tacite ; mais après les avoir consutëes , il nous reste à nous demander si toutes doivent être attribuées à ce grand historien luimême, et s'il a toiyours dit ce qu'on a prétendu lui faire dire.

(1) Mumert» Qh^^iû^U bcrottca SùttMfm (cfoiibai ^r tnaOau CMntleftib tnib %Mmnf isse.

Page 1