LIVRE III
« espérer de sûreté. Au milieu de tant d'injustes c persécuteurs, il est peut*ôtre des hommes qui déff fendent les gens de bien contre cette dépréda-
< tion et qui , suivant l'Ecriture, arrachent Tindi- € gent et le pauvre de la main du pécheur. Mais il « n'en est pas un qiu fasse le bien, non, presque
< pas un seul. Où est celui qui prête secours aux c opprimés et aux souffrants, lorsque /et préùrei
< même du Seigneur n^asent pas résister à la vio- « lencQ des persécuteurs? »
Enfin, pour achever et compléter sa pensée, après un tableau hideux de la misère du peuple, il montre les esclaves , les citoyens et jusqu'aux fils de famille, préférant à un tel état de choses la fuite chez les Barbares, et trouvant parmi les Germains et les Goths la sécurité que leur refuse la patrie. Salvien n'était pas seul à penser ainsi j la popularité de son livre s'explique par le grand nombre des sympathies qu'il rencontrait. Le bas clergé , las du joug des évéques gallo-romains , souhaitait les Barbares qui trouvèrent en arrivant un point d'appui dans cette société mixte, déjà à moitié barbare comme eux, société aussi peu romaine que lesphanariotes de Stamboul ne sont Européens. Les Goths et les Bourguignons sympathisaient peu avec le parti aristocratique , seul représentant véritable de la vie romaine. Ce parti était d'ailleurs presque entièrement orthodoxe. Quelques
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restes de paganisme s'y laissaient encore apercevoir; mais de toutes les confessions de foi, le symbole arien était celui dont Tépiscopat se sen* tait le plus éloigné. L*arianisme des Goths, jugé avec tant de bienveillance par le prêtre Salvien , était odieux aux évoques. Toutefois^ ils compre* naient comme le peuple, que Rome ne pouvait plus sauver les provinces. La Gaule abandonnée n'avait plus d'espoir que dans elle-môme ; son sa* lut devait venir du dehors. Ainsi pensait la caste épiscopale , à la tète de laquelle se trouvait saint Rémi, évèque de Reims, supérieur à ses collègues et même à ses contemporains. Nous avons vu son élection aristocratique. A l'urbanité^ aux grâces du patricien, saint Rémi réunissait la doctrine, la sainteté de l'évéque. La douce gatté de son visage annonçait la pureté de son ame (1), la dignité de ses traits, la majesté de sa démarche, inspiraient la vénération. Il était à la fois patriote, négociateur et quelque peu rhéteur, car son esprit était fin elson langage recherché.
Nous avons une lettre de compliments écrite par Sidoine Apollinaire à saint Rémi; il semble que le prélat poète ne voie dans l'évéque de Reims qu'un bel esprit comme lui , mais Rémi n'était pas Sidoine. La petite vanité des lettres ne suffisait pas à son ambition, un grand dessein occupait cette in-
(1) Flodoard.