LIVRE III
politique. £n général, les simples prêtres, les solitaires, étaient presque tous favorables aux Barbares. Odoac^e, allant en Italie, visita saint Séverin^ fameux solitaire, qui demeurait sur le Danube près de Vienne (!)• Sa cellule était si basse qu*Odoacre, qui était un jeune homme de grande taille, se baissa pour ne pas toucher au toit. Le saint lui annonça sa gloire future et lui dit : t Pars pour Tltalie, tu es « couvert maintenant de la peau des botes sauvages, « mais tu ne la porteras pas longtemps. »
Salvien bravait les évèques. Voici sur quel ton il écrivit à Tun d*entre eux , homme de race sénatoriale.
« A Eucher, évéque, Salvien. — Ursicin, votre « élève, est venu dernièrement me présenter vos « salutations. S*il n'avait pas de mission^ je loue sa « prudence^ sans approuver son mensonge; si vous i lui aviez intimé vos ordres, je trouve étonnant t que vous ayez mieux aimé m' envoyer vos amitiés « que de m'écrire , c'est à dire de donner de vos c nouvelles par un esclave plutôt que par vous* < même. Je vous en fais donc un reproche , et je « désire que vous vous en corrigiez, si toutefois il € y a là de la négligence et non pas de la vanité, c L'arrogance devient pour l'ordinaire la compagne « des nouvelles dignités; à dire vrai. Ton ne doit « point soupçonner en vous un dé&ut si général i
(f) VitaS. Sever. Noric. ap. Boll. 8 jan.
t tant est grande votre dooeeiir ausai bies que « votre bonté. Donc, je ne oeaae de déairer, mèoie i ft présent, que voua répondies à la vimlle ealîme « que je vous ai vouée, afin que, si vous voua êtes «écarté de vos manières envers certaines per- < sonnes, ûd n'attnboe point cet oubli k votre nou« « veau grade.
« Le nombre des fidèles s'est augmenté , » dit Salvien (4), « mais la foi s*est aibiblie; les fils vont croissant et la mère est malade. Par votre fi&condité, 6 Eglise I vous vous êtes trouvée plus débile ; on vous a vue déchoir dans vos progrès et perdre quelque chose de vos premières forces. Vous avez répandu par tout T univers les membres du corps religieux, membres sans vigueur, vous êtes devenue opulente par la foule des croyants , et pauvre par la foi ; aussi riche en multitude qu'indigente en dévotion, immense dans le corps, étroite dans l'esprit, grande au dehors, et petile en vous-même, croissant par uu prodige inconcevable , et décroissant en même temps. Personne n'est donc en eûreté, excQpté les grands; nul n'est à l'abri de ces dévastations et de ce brigandage universel, si ce n'est peut-être ceux qui ressemblent auy voleurs eux-mêmes ; bien plus , la chose en est veoue à cet excès de désordre, qu'à moins d'être méchant, on ne peut
(1) Dans son livre Du GimoemementdeDien.