LIVRE IV
116 savait pas être son futur époux; mais lui, après avoir bu et rendu la coupe» toucha du doigt la main de Théodelinde^ qu'il porta à son /ront et à son visage. Toute rougissante, elle raconta cette aventure à sa nourrice, qui lui répondit : a Si cet « homme n'avait pas été le roi lui-même et ton « fiancé, certes il n'aurait pas osé te toucher. En € attendant , taisons-nous , de peur que cela ne c parvienne à ton père ; mais en vérité c^e9t une c personne digne d'occuper un trône et de se c joindre à toi par mariage. » En effet , Authari était alors d'une jeunesse florissante, d'une stature convenable, la tète inondée de cheveux blonds, enfin d'un aspect très agréable. L'ambassade repar* tit honorablement reconduite par quelques Bavarois. Arrivé aux frontières d'Italie, Authari se dressa autant qu'il put au dessus de son cheval, et lança une petite hache qu'il tenait à la main contre un arbre, où elle resta fixée : Us comprirent que c'était le roi (1).
Ce fut sous ces galants auspices qu'arriva en Italie la belle reine , qui longtemps lui donna des lois, couvrit le sol de monuments, disposa de la couronne et fonda une dynastie. Dirait-on cette aimable Théodelinde contemporaine de nos Fré-
(1) Paul Diac.Gesi. Lang. LIb. in,Ch. S9. — Muralori, T. I, p. 449 et 450. ,
dégonde et de nos Bruoehaui ? Aulhari mort , les Lombards lui abandonnèrent le choix d'un époux et d'un roi. Elle nomma Agiluif, Bavarois comme elle; après sa mort, sa fille Gondeberge fut appelée à donner successivement deux rois à l'Italie. Le second fut Rothari, le grand législateur.
Dans cet intervalle , les relations des Francs et des Lombards furent continuelles, souvent amicales, plus souvent hostiles. Des alliances de famille unissaient les deux races : Alboin avait épousé une fille de Clotaire r% la mère de Théodelinde était Mérovingienne; mais la rivalité guerrière l'emporta surlesaflfinités domesliques. l^antdtles Lombards pénétrèrent en France par la Bourgogne et le Dauphiné, tantôt les Francs d'Austrasie essayèrent de les poursuivre jusqu'au delà des Alpes; aucune de ces entreprises n'eut de résultat matériel , mais un grand effet moral suivit ces rapports des deux peuples. Par l'exemple des Lombards, les Francs prirent goût à l'aristocratie, et par le contact des Francs , les Lombards retournèrent à la royauté.
Toutefois, ce contrecoup réciproque fut plus sensible en France qu'en Italie. Dans les expéditions lointaines, les chefs des hommes d'armes acquirent une importance personnelle, indépendante des rois qui, trop jeunes ou désunis, ou déjù amollis, ne paraissaient plus eux-mêmes à la tète