II PROLÉGOMÈNES
grandes rëvoliuions da globe terrestre. Destinée à devenir la règle et le levier du monde, la royauté n'a point disparu dans le gouffre d'une destruction matérielle. Toute idée nécessaire échappe aux commotions physiques et se conserve dans le cceui' de Thonime. C'est son asyle, s4n arche. Pour ne pas mourir , il lui suffît que Thomme soit sauvé: Le grand cataclysme, dont la iradition se trouve chez tous les peuples, n'est nulle part le commencement d'une ère. L'ordre ancien reparut alors épuré et rajeuni. La royauté ne fut point créée, mais renouvelée. Dans les traditions de l'Inde et de laChaldée, elle ne semble même pas avoir été interrompue un seul instant. Identiques à noti^ Noé, Satyavrata, Xisuirus, n'étaient point des patriarches, mais des rois. Parmi les germes qtii devaient rendre la vie au monde, la nef mystique portait aussi la royauté ; et, sans sortir des livres saints, lorsque la terre reparaît encore -^ . limtç trempée des eaux du déluge , lorsque le voile bru- / : jâjéins^qjn Vtiiffiôpffiàiy se dissipe et se déchire, la Genèse noiifi;monvj^ tln^t^p pastoral environné de irônes : au ceBtôe^^ÔjÀpa^fiî'it ses lentes, les pasteurs, les troupeaux ,. *-eVrlâ)t'f<9f9,^v<)Ùte du ciel, et, à i'^en tour de ce paysage, coniâiepôâf ^enr^ever le coloris tranquille par l'éclat d'un cadre d'or, toutes les grandes monarchies , Tlnde, la Perse, l'Egypte, éiagées Tune sur l'autre, descendant par degrés, jusqu*à ces royautés primitives qui^ par d'imperceptibles nuances, se confondent avec la vie pairiarchale.
LA ROYAUTE OMENTALE.
Dès les premiers ftges de l'histoire , nous voyons Flnde et l'Egypte établies sur les bases jumelles de la théocratie et de la royauté. La religion veille aux intérêts des deux puissances, car les hommes qui eu sont investis ne n^résentent que les parties diverses d'un ensemble ; pierres . numérotées et classées pour servir aux assises du même édifice. Comment un tel accord a- t-il pu se former ? Est-ce l'effet unanime de l'esprit religieux? est-ce le résultai d'une longue lutte ? Notre époque aux principes contentieux, aux paroles belligérantes , n'a voulu voir la qu'un pacte formé à la suite d'une guerre violente. Dans ces pa* lais ou le roi semble un prêtre, dans ces temples, dans ces hypogées, où le prêtre semble plus qu'un roi, la criiinne
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moderne n'a reconnu que des vainqueurs et des Vaiactis: v En admettant cette hypothèse , il n'est pas très tkisê^éer^-: deviner auquel des deux partis la force est restée, q^ dei ' deux a gardé la réalité ou la vaine apparence du ppiïvpil-. > . Selon Topinion générale, la théocratie a triomphé; cepen-^v;. dant, tout l'exercice de la puissance Suprême est demeiiré^^ entre les mains des rois. Eux seuls administrent , rec9U7 • î : vrent les tributs, décident la guerre, la déclarent et ibai^- jchenià latéte des armées. Dans l'Inde, les rois seuls ffOU' ; vernent légalement. Les Brahmes sont les chefs, les suV^; \ * veillants, les conseillers très écoutés du trtoetrinspira^^' "■■' tion première , Tinitiaiive , Tinterprétation des lois ,. sont l'apanage de la caste sacerdotale; mais, hors les cas dé v^ conscience, Texécution des lois est entièrement réservéeaux Kchatrias, caste guerrière et royale. Quoique le' ;• Brahme , placé à la tête de Tespèce humaine, soit reconnu, - ' en principe, supérieur aux rois, cette sopériorité mécâ- •;. physique ne blesse le Kchatria ni dans son autorité hkdans son orgueil . A l'un le ciel , à l'autre la terre ;. èé n'est pas un antagonisme, mais un partage. L'autorité de la royauté indienne a pour garant la parole des Brahmèë. Ils cherchent son origine dans les astres : ils loi donnant, • . pour ancêtres la Lune et le Soleil. ;: .
Les combats gigantesques que se livrent ces dynasties^.;/ dans les chants du Mahabharat, semblent se passer- dalis / un monde intermédiaire ; la royauté, même dans ses écarts/ x même dans ses entreprises les plus violentes, y est présea*- ' tée aux respects publics avec la double auréole d'une gé^ • néalogie sidérale et d'une poésie divine. Là tout est commun entre la royauté et le sacerdoce ; la poésie et t'an attestent cette fraternité. Le Soudra assujetti, le Paria im-
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pur, creusenly à la voix du Brahme, les rochers de Salsète et tfEléphantine. Par un art trop ignoré de nos jours pour ne pas élre d*ùne haute antiquité , ils soutiennent des niasses énôroies sur de frêles piliers coupés dans le roc vif; mais ce n*est pas seulement aux dieux et à leurs prêtres qu'ils ouvrent ces merveilleuses demeures ; Jrahma ou Yischnou, Chiva ou Mahadeva, la Trimourli divine aux trois têtes et aux douze bras ne les remplissent pas seuls. La royauté a aussi ses hypogées.
Avec quel accent le Ramayana pleure sur le pays privé d*ttn roi ! Avec quelle magnificence la dignité royale est célébrée dans les livres dogmatiques , dans le Manava- Dharma-Sastra , ce Code émané de Manou lui-même, cette source de la religion indoustanique !
(Livre VU. — 8 à 6.) « Le monde privé de rois étant de « tous côtés bouleversé par la crainte, pour la conservation • de tous les êtres, le Seigneur créa un roi. «
« C'est parce qu'un roi a été formé de particules tirées de « Tessence de ces principaux dieux , qu'il surpasse en éclat « tous les autires mortels. »
« De même que le soleil, il brûle les yeux et les cœurs, « et personne sur la terre ne peut le regarder en face. »
Voilà ce qu'était la royauté, dans cette Inde si subordonnée pourtant à.la théocratie brahmanique \ à la vérité, il serait diflBcile de prétendre qu'elle se fût maintenue parmi les Indous comme une autorité régulière. Dans ces têtes éebaufiées par le repos du corps et brûlées, par le sor leil de Textase pins encore que par le soleil terrestre, tooi prenait une forme colossale, mais.vague et indécise. La réar lité devenait sans cesse un prestige : l'histoire n'était jar mais qu'une cosmogonie ;. aussi,, aucune, liste, exacte des
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dynasties indiennes n*esi purvenae Jusqu'à nous et n*a eonsen'ée dans les pagodes. Tom ce qui ramenait Tin* dien à f humanhéet le faisait descendre des sphères myiitî* ques de laTrlmourii lui causait un malaise dont il n'aurait point voulu laisser de traces durables. Pour lui, les successions dynastiques n'étaient point dans l'ordre naturel ; la succession des règnes ne constituait à ses yeux qu'une suite d^avaiarsou incarnations divines.
Le nonchalant orgueil de ces peuples se refusait à toute interprétation simplement bumaine, et, dans l'excès de leur enivrement panthéistique, ils aimaient mieux se jeter liors de l'humanité que de s'y tracer des limites. Leurs rois n'étaient pas toujours des hommes \ en revanche , Thomme n'était pas seul roi ; tout être prédestiné , toute créature éluedevenait elle*méme le centred'une incarnation et avait droit au sceptre et an diadème. Dans les épaisses forêts de la presqutie du Gange, la caste des éléphants blancs marchait conduite par un roi qui, à travers les palmiers et les bambous, courait livrer bataille à l'éléphant noir , chef d'une caste ennemie. Les lions dans les rochers, les tigres dans les déserts , les serpents dans les fleurs, formaient autant de monarchies, dont l'homme éperdu implorait quelquefois la pitié par des hommages et des sacrifices. Ces quadrupèdes, ces reptiles, constituaient des peuplades imelli-p pentes , et les dieux eux-mêmes ne dédaignaient pas leurs secours. Ainsi , toute la création prenait une une, elle fléchissait toutefntière devant la royauté, elle lui rendait hommage comme à la pierre angulaire de Tordre. Idée grande, défigurée par un naturalisme effréné, mais qui, dans la contrée de rnnivers la plus assiqeuie à l'mflnenoe sacerdotale»
PftOLÉtiOllÈNfS. YU
réserve encore la preauèie place au gouvemeineiii d'un seul (1).
Telle e&t a«€sî TEgypie. Analogue à Tlode par Tespril de ses insdtuiiOBS , elle s'en distingue par une physionomie 6â*iease , réservée, par un art sobre e( réfléchi. Ce n'est plus cette poésie abondante comme les eaux du Gange, iaiye comme sa surface, profonde comme son Ut, interminable comme son cours. Le Nil n'a point inspiré des chants sans Diesare et sans terme ; majestueux et paisible jusque dans ses débordements , jl enseigne à la voix humaine la discrétion et le silence. L'Egypte est muette, elle n'a que des mains et des yeux. Elle ne peut point (chanter, elle ne sait que graver et lire.
« L'JEgypte,» a dit une femme éloquente (2),« semble dès
• raniîf ui^ la terre des souvenirs. Abraham, qui vint par « deux fois chercher l'abondance en Egypte, y trouva des
• richesses, des rois, de la puissance; Joseph y fut conduit « esclave par des caravanes de marchands. L'ordre social « tel que, durant tant de siècles, l'Asie n'a cessé de le con-
• cevoir, était déjà comme ancien en Egypte ; Menou dans
• l'Inde, Mij9ps en Crète, retracent les Menés dont l'âge ne
• saurait se fixer. Les nobles débris de l'Egypte ont partout
• présenté Isj^ à nos modernes voyageurs; aussi Israél,
• dit ALoîsfi, ne pouvait sacrifier au milieu de l'Egypte; il
(i) Lob d« Manou ( éd. Loiseleur Oeslonohamps). — Ramayana
(éd. Scblegel). — Haliarabat (éd. de GalculU)» — Nalus ( éd* de Bopp). — ^eereu , Sbeen, elc, etc.
(2) La comtesse Yictorine de Gbastenay {De VAm^ eontidérationt rtligiêuêêt, pbitot^kiiiuet et liuiraireM , Paris, iules Reoouurd , AS32, 4 vul. ia-3''). Cet auvr^ge est rempli d'élé?ation dans la pensée et de grandeur dans la forme.
Yill Pl^OLÉGOMÈNES.
• iai fallait, pour sacrifier, se plonger au fond du dé- « sert. »
Si l'Egypte contraint la pensée à se renfermer dans un petit nombre dé signes, quelle netteté , quelle précision , quelle durée surtout ne sait-elle pas leur imprimer ! La langue hiéroglyphique est l'oeuvre de la théocratie, mais combien nVt-elle pas été favorable à la royauté !* ou plutdt la royauté et la théocratie n'ont été séparées ni dans la pensée ni dans l'exécution des monuments égyptiens. Tout temple y est la demeure d'un roi vivant, toute pyramide la demeure d'un roi mort. Le souvenir ou les dépouilles des monarques sont confiés à la garde de la religion qui, dans les peintures animées comme dans les signes symboliques, se montre à la tois la protectrice et la protégée des rois. C'est elle qui leur prodigue ces titres magnifiques émanés de son inspiration immédiate. La liaison intime des deux grandes castes est visible dans les dénominations des monarques : Justicier du monde. — Soleil parfait en justice.— Approuvé dePhré. — Soleil dominateur des* offrandes. — Le soleil stabiliteur. — Le soleil seigneur de la région inférieure, chéri d'Ammon. — Le fort, ami de la vérité. — L'ami du soleil. Enfin, le nom populaire , le titi« officiel dés rois, n'est autre chose que le plus haut symbole de la divinité : Pharaon, plus probablement Phré ou Phra, c'est le soleil lui-même.
L'existence légale des reines est un des diagnostics les plus sûrs de la force des idées royales. Si l'épouse du roi est honorée , si elle compte comme partie intégrante et essentielle de la royauté,la pensée monarchique est dans toute sa force. Les reines d'Egypte partageaient avec leurs époux la vénération des peuples pendant leur vie , l'apothéose