XVI
La déclaration de guerre de la Turquie la surprit dans l'œuvre de ces améliorations intérieures. Les confédérés polonais catholiques avaient osé attaquer ou du moins harceler les Russes, campés auprès de Varsovie. Ils invoquaient cette fois le divan à leur secours. Le sultan fit marcher trois cent mille hommes vers la Pologne. Les armées russes couvrirent les frontières de l'empire, depuis Azof jusqu'à Chokzim. Au premier combat sous les murs de cette place, le général de Catherine, le prince Galitzin, fut précipité dans le Dniester par les Ottomans. Les confédérés polonais de Bar, en s'unissant en ce moment aux Ottomans, auraient facilement purgé leur patrie de l'occupation des Russes. La France, dont ils imploraient les subsides, leur refusa l'or nécessaire à l'armement du pays.
Frédéric, saisissant l'heure avec l'instinct du guerrier et de l'ambitieux, envoya le prince Henri, son frère, à
Pétersbourg sous prétexte d'hommages et de fêtes, mais en réalité pour négocier le démembrement de la Pologne. Les fêtes babyloniennes que Catherine donna au prince de Prusse, dans son palais de Tzar/co-zéto, ne furent que le voile éblouissant de l'intrigue politique.
« J'épouvanterai la Turquie, dit-elle textuellement au prince ; je flatterai l'Angleterre : chargez-vous d'acheter l'Autriche pour qu'elle assoupisse la France, son alliée actuelle. »
Frédéric avait prévenu les conseils de l'impératrice en séduisant le téméraire et léger Joseph II, empereur d'Allemagne, par l'appât d'une partie de la Pologne. On détermina d'avance les parts à Tzarko-zélo; on devait les déchirer plus tard. C'était assez pour l'impératrice d'avoir, pour le moment, désintéressé l'Europe entière de toute opposition à ses manœuvres en Pologne et à sa guerre contre les Turcs. Son vice-roi, Poniakmski, déclara lâchement, au nom des Polonais, la guerre aux Turcs qui versaient leur sang pour sa cause.
L'armée ottomane, deux fois victorieuse sur le Dniester et en Pologne, reflua, après dix mois de combats, en Moldavie. Pendant que son nouveau général , le célèbre Romanzow, la refoulait sur le Pruth et sur le Danube, Catherine, avec la tolérance de l'Angleterre, de la France et de l'Espagne , faisait sortir du golfe de Finlande, contourner l'Océan et entrer dans la Méditerranée deux flottes commandées par les deux frères d'Orlof, pour insurger et envahir le Péloponèse et les îles grecques de l'Archipel.
Nous avons révélé, dans Y Histoire de la Turquie, les intrigues fomentées en Grèce par les Orlof pour Parracher à l'empire ottoman. La Valachie et la Moldavie, occupées par Romanzow deux fois vainqueur, trempaient dans l'insurrection des Grecs contre les conquérants de