‹ Histoire de la RussieChapitre 2 sur 269 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

terre, frappèrent l'imagination des Grecs, chez qui les passions sont filles du soleil; ils firent des mœurs des Scythes hyperboréens des tableaux séduisants, retracés d'après eux par Pomponius Mêla et par Pline, ce poète de la géographie et de la nature.

» Leur pays est fertile, disent-ils, l'air y est pur et serein; leur vie est plus longue et plus heureuse que celle de tous les autres hommes, car ils ne connaissent ni les maladies, ni les crimes, ni la guerre. Satisfaits de leur médiocrité, ils coulent leurs jours dans un doux loisir au sein des jouissances innocentes; ils habitent dans les forêts et dans des bocages délicieux ; les fruits de ces arbres sont leur nourriture. Ils meurent sans regrets et seulement alors qu'ils sont las d'une vie devenue onéreuse, ils donnent un festin d'adieu à leurs parents et à leurs amis, ils se couronnent de fleurs et se précipitent dans la mer écumante. »

Ces rivages de la mer Noire et surtout de la Chersonèse Taurique, aujourd'hui la Crimée, tentèrent l'esprit aventureux des Grecs. 500 ans avant J.-C. , ils fondèrent des colonies sur les côtes de la mer Noire. Ces colonies, bien accueillies par les Scythes habitants du litttoral, y portèrent l'agriculture, les arts, la littérature de leur patrie. Sous le règne de Trajan, ces Scythes mêlés de Grecs lisaient Platon, récitaient de mémoire les poèmes d'Homère et chantaient ses vers dans les combats.

La mer civilise ceux qui la fréquentent. Leur roi se

fit construire, au lieu de ses tentes, dans les environs d'Odessa, une vaste maison décorée par les architectes grecs ou égyptiens de sculptures, de sphinx, de griffons en marbre. Son peuple cultivait déjà le blé, cette nourriture et ce commerce immémorial de ces plaines. D'autres branches de ces mômes Scythes, appelées branches royales, peuplaient la Crimée et immolaient les étrangers à leurs dieux sur le promontoire où s'élève aujourd'hui Sèbastopol.

Hérodote, ce chroniqueur sans critique des traditions populaires, parle des peuplades scythes de l'intérieur des terres, qui se transformaient tous les ans pendant six mois en loups, c'est-à-dire qui se revêtaient de fourrures pendant leurs rudes hivers. En énumérant, sur la foi des esclaves ou des voyageurs, les peuples scythes qui vivaient encore plus loin dans le nord, à peu près sur l'emplacement de Kiefou de Moscou, il suppose que ces Scythes hyperboréens dorment, comme certains animaux, d'un sommeil de plusieurs mois, engourdis comme leur terre. La Scythic russe, selon lui, n'est qu'une plaine immense entrecoupée de bouquets de bois toujours \erts, et où Pair est rempli de plumes légères, c'està-dire de flocons de neige.

Ces Scythes russes de l'intérieur, moins civilisés par le contact des Grecs, conservaient dans leurs mœurs plus d'empreintes de la barbarie, toujours fille de l'isolement et de l'ignorance. Ils adoraient littéralement Yépée, qui donne la mort; ils buvaient le sang de leurs ennemis dans des crânes façonnés en coupes; ils tannaient la peau des hommes tombés dans les combats pour s'en faire des vêtements.

Le philosophe Anacharsis , un de leurs premiers citoyens, voulut leur rapporter d'Athènes les lois de

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