‹ Histoire de la RussieChapitre 220 sur 269 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

Tandis que Napoléon repliait lentement ses armées, rançonnait la Prusse, créait le royaume de Westphalie, méditait l'invasion de l'Espagne, séquestrait l'Angleterre dans ses îles, et accomplissait sans obstacle maintenant tout ce qu'il avait reçu de la victoire et de la négociation la liberté d'accomplir, Alexandre, humilié à ses propres yeux, rentrait à Pétersbourg, embarrassé de sa nouvelle amitié. Il cachait à sa propre cour et à sa mère ellemême l'étendue des concessions faites à Tilsitt. M. de Romanzof seul, devenu son premier ministre, connaissait le traité secret. Élevé dans les traditions de la politique antiottomane de Catherine 11, M. de Romanzof pardonnait tout à son maître et à Napoléon, pourvu que l'empire ottoman fût livré en proie à la Russie.

Napoléon , par un abus d'influence ou par un excès d'indélicate6se inexplicable, avait envoyé pour représenter la France en Russie le général Savary, un des complices les plus suspects du meurtre du duc d'Enghien. Alexandre poussait la complaisance jusqu'à l'oubli. Il

Page 1