‹ Histoire de la RussieChapitre 49 sur 269 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

septième charge dans les marais du fleuve, mais ne remporte de la victoire que la gloire d'avoir vaincu. Il arrive au Borysthène jusqu'à Mohilof, menaçant en effet Moscou. Pierre le côtoyait en flanc avec une armée depuis Smolensk.

On s'attendait à voir prendre le chemin de Moscou à Charles XII. L'hetman des Cosaques, Mazeppa, aventurier polonais, traître à toutes ses patries et maintenant transfuge des Russes dans le camp de Charles XII, le détourne de Moscou, et lui persuade qu'en se jetant dans l'Ukraine il déchirera plus profondément le cœur de l'empire. Mazeppa promettait à Charles le concours des Cosaques, sur lesquels l'ancien hetman lui-même avait perdu son autorité. Le roi de Suède , sur la foi de ce transfuge, s'engage dans les marais entre le Borysthène et les torrents qui s'y perdent; le tsar l'y suit pour intercepter les renforts que Levenhaupt, général suédois, amène à Charles XII; il attaque ce général et lui livre une bataille de trois jours , qui furent trois victoires en une. Dix nulle Suédois, prisonniers ou morts, tombent aux mains du tsar (1708).

Charles XII, rejoint par Mazeppa avec deux hordes de Cosaques au lieu d'un peuple qu'on lui avait promis, s'obstinait à errer dans l'Ukraine avec un reste d'armée de vingt-deux mille hommes; le froid le dévorait dans ses marches. On le conjurait en vain, comme on conjura plus tard Napoléon dans les mêmes neiges, d'éviter l'hiver, cet allié de la Russie, dans une ville forte de l'Ukraine, pour reprendre la campagne au printemps. L'ambition n'écoute pas plus que la peur. Charles XII, assiégé par les frimas et par les Russes, s'obstinant à ne pas repasser le Borysthène, subit l'hiver dans son camp, et marcha au dégel jusqu'au Tanaïs.

Pierre l'atteignit à Pultawa, petite ville qu'approvi-

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sionnaient les Cosaques du Don. Charles XII, quoique blessé au pied dans une escarmouche, marcha aux Russes, porté sur un brancard, et enleva leur redoute. Les Suédois poussèrent le cri de victoire ; mais soixante mille Russes et Allemands commandés par Pierre, par Shérémétof, par Menchikof et par le général Bauèr, refluèrent avec le poids de leur masse sur la petite armée des Suédois. Le brancard qui portait Charles XII , atteint d'un boulet de canon , roula en débris sur la neige sanglante du champ de bataille. Les trabans du roi relevèrent leur général , et le portèrent sur un lit de leurs piques entrelacées. Il combattit pendant deux heures, le pistolet à la main , du haut de cette plate-forme , reçut de nouvelles blessures, et ne céda le champ de bataille que couvert de dix mille morts.

Un cheval rapide , sur lequel on parvint à le hisser et à l'attacher, l'emporta vers le Borysthène, dans la fuite des derniers restes de son armée. Menchikof, qui l'avait devancé au passage du fleuve, enveloppa et fit prisonniers d'un seul coup quinze mille Suédois. Il ne restait de ces vingt-deux mille soldats, la terreur du Nord, que le souvenir de leurs exploits et l'étonnement de leur disparition. Charles XII, sans armée et sans retraite, fut contraint de chercher un refuge en Turquie.

Le champ de bataille de Pultawa fut le berceau de la . grandeur militaire des Russes. Leur nom grandit de toute la gloire du héros qui s'était évanouie devant eux. Celle de Pierre le Grand n'était pas tant d'avoir remporté une grande victoire, que d'avoir créé l'armée capable de vaincre enfin le vainqueur de l'Europe (27 juin 1709).

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