‹ Histoire de la RussieChapitre 48 sur 269 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

environs du lac Ladoga, il emporte une petite forteresse nommée N va, située sur la Néwa non loin de son embouchure dans la mer, bâtie et défendue par les Suédois.

Le coup d'œil prophétique de Pierre lui révèle, dans ce marais couvert de forêts et inondé du débordement d'un grand fleuve , le site de la capitale d'un vaste empire à la fois maritime et continental. Sur les ruines de ce petit fort suédois de Nya, il dessine et il jette les premières fondations de Pétersbourg. Cette capitale future, qui ne consistait alors qu'en quelques cabanes de bois et deux maisons bâties en briques entourées d'un rempart au milieu d'une plaine mal desséchée et mal défrichée, semblait avoir le pressentiment de sa grandeur prochaine; car, cinq mois après sa fondation, des vaisseaux hollandais y jetaient déjà l'ancre pour exporter par la Néwa les pelleteries de la Russie.

Le génie de Pierre le Grand avait ouvert par cette inspiration un nouvel air, une nouvelle mer et un nouveau monde à la Russie. Il surveille sa création d'un œil d'amour; il sonde lui-même le lit de la Néwa; il fonde, à l'endroit où la mer et le fleuve se confondent, la forteresse maritime de Cronstadt (1704).

Pendant que ces travaux et ces armements s'achèvent, il poursuit la guerre contre les Suédois, assiège et prend enfin Narva, conquiert l'Ingrie tout entière, en donne le gouvernement à son favori Menchikof, secourt une troisième fois en vain le roi Auguste de Pologne, son allié, tandis qu'un simple colonel suédois fait élire sous son épée un autre roi aux Polonais, toujours flottants entre

leurs princes. Charles XII, renonçant à renverser Cronstadt, parcourait la Pologne pour l'assujettir à Stanislas, le nouveau roi qu'il venait de lui donner.

Le tsar, tantôt vaincu, tantôt vainqueur en Courlande, finissait par la rattacher tout entière au bloc russe. Revenu à Moscou, il reforma de là une troisième armée sous Scheremetof, pour relever en Pologne la cause de son allié, le roi Auguste. Charles XII, enivré de victoires, poursuivait alors en Saxe la gloire, dont rien ne le rassasiait. Le roi Auguste lui cède lâchement le trône, et lui livre Patkul, son général et ambassadeur du tsar. Charles XIÎ, qui voit dans Patkul un sujet rebelle, le fait rouer vif au mépris du droit des gens. Patkul était surtout coupable d'avoir trop bien combattu les Suédois.

Le tsar, indigné du supplice de son ambassadeur, entra en Pologne avec soixante mille hommes. Il fut question de donner un troisième roi à la Pologne. La France, entrevoyant dans Charles XII un dangereux ennemi de la maison d'Autriche, s'entremit pour lui faire conclure la paix avec lé tsar Pierre, afin de tourner ensuite toute la fougue de ce héros contre Vienne.

« Je traiterai de la paix avec les Russes dans Moscou, » répondit Charles XII, comme Napoléon en 1812.

« Mon frère Charles de Suède, dit Pierre le Grand, parle en Alexandre; mais il ne trouvera pas en moi un Darius! » (1707).

Après ces vaines négociations, Charles XII, quittant la Saxe, rentrant en Pologne, traversant la Bérézina sur la glace sous le feu des canons russes, les rompt à la

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