CHAPITRE XI
DU TRAITÉ DE CUERASCO AUX TRAITÉS DE WESTPHALIE. — LA SAVOIE RESTE FRAN- ÇAISE u'alllres et de POUTIQUë.
Les artirlf^s secrets la convention de Cherasco, trniisiormés en traité piililic par les aveux timides de Mirafiori ' puis décisits de Saint-Germain, avaient abouti à la restitution de Pignerol aux Français. Cette nécessité fut accueillie, en Piémont, par un mécontentement générai; rEspagne ^^ro testa; le prince Thomas, le cardinal Maurice et la ducliesse de Manloue, frères et sœur de Victor-Amédée, rom})irent avecéclat et passèrent à l'étranger. De maladroites ^ mesures de répression, de fausses démarches auprès des émigrés indisposèrent Richelieu sans ramener les mécontents ; lorsque le duc,
' L'article esspntiel, rt^digë en 13 mots, alipulailla remise prorisoire de Pigaerol (19 octobre 1631) ; la vente de la ville. et du terrain nécessaire pour assurer la libre communication de etUêphee wec lê Bauphinê par U$ valUes twcfotm, fut tigaéd )6 5 mai 168ft. >
menace par l'Allemand et TEspagnol, accusé parles Piémontais de vouloir vendre le pays à la France, se vit réclamer par le cardinal-ministre la remise d'une nouvelle place de sûreté, Qivour sur la route de Saluces, ou Trino sur celle de Casai; il comprit, non sans amertume^ qu'il lui serait géographiquement impossible de rester honnête homme* .
La Savoie se préoccupait beaucoup plus de
politique. Dès le 13 avril 1631, le duc avait remplacé le Conseil suprême de Chambéry par un Conseil d'Etat provisoire, sous la présidence d'Hector Miliiet de Ghalles^ le 9 juUlet, le prince Thomas est chargé de la lieutenance-générale; en 1632, le Sénat, la Chambre des comptes et le Conseil d'Etat sont rétablis comme par le passé. Hector Miliiet possédait la confiance du prince; il provoqua plusieurs mesures utiles, et nul doute que Tassociation de ces deux esprits éminents n*eût produit en Savoie des progrès rapides, si la mort prématurée de Tun et les obstacles ^ue rencontra le second ne hissent venus ralentir la mise en pratique de leurs idées. L'année 1632 fut marquée par l'enquête sur la vie de François de Sales, a l'occasion des préliminaires de sa canonisation; 1 ouverture du tombeau du saint évèque donna lu u ;\ une maiiirestation enthousiaste où le peuple d'Annecy devança les déciets de
* Un conlemporaia aliinuc que le duc était seul de booDefoi en Italie el qu**l n'est mmt vray que dan$ le eonteit de Semoye
on ml conçu les brouilleries gui ont traoaHlê les autres princes
Îui sont delà les monf^. fMifh Uaudicr. — Hist» du mtàréchal e Tkoyras. Paris, 1 M. — Ltvro IIÏ. 2?8.)
' lUiégea du 10 Juia 1631 aa 3 avril 1632.
ses affaires intérieures
Roine. Le duc de Nemours venait de mourir; c'était ce marquis de Saint-Sorlin dont la bril* lante bravoure et la froide cruauté furent si pe-*
santés aux populations chez lesquelles il fit la guerre, de 1597 à 1628; il laissait de jeunes enhiiits;s()ii frère, archevêque de Reims, rentra dans le monde à cette ocensiou; jnais de sim-
Fles questions d^apanac^es ne troublaient plus Etat, et la succession du Genevois n'atTectacpie les contrôleurs de linances d'Annecy elles officiers prévaricateurs dont le Sénat voulut apurer les complet. Kn 4633, la création de Y Office d* Abondance parut ouvrir une '-arrière illimitée à Tactivité des Savoyens; rexju' rience prouva, une fois de plus, qu il leur faut, pour réussir, le stimulant du besoin et les impérieux labeurs de rémigration.
En avril 1034, le duc- révoqua le prince Thomas de la lieutenance de Savoie et lui donna pour successeur son propre frère naturel don Félix; il vint Tinstaller à Chambéry, et profita de ce voyage pour travailler en conseil avec le président Milliet, le conseiller Costa de Villard, le contrôleur des finances Garnerin, le maître des comptes Lambert, Tavocat général Favier, apprenant d'eux, sur place, la situation et les besoins du pays. Mais les ministres piémontais n'étaient pas d'humeur à accepter les allégements de taxes proposés par le Sénat, et le prince eut quehjue peine à satisfaire les sujets de Savoie tout(Mi équilil)raul son budget.
Pensant avec raif^on ([u"à chitTre égal Timpot e.-t d'autant moins lourd qu'il se l éparlit sur un plus ^rand nombre de têtes, le duc, par l'édit du 30 décembre 1635, transforma les décimes habituels de guerre en quatre quartiers ex-
traordiaaires de taille sur tous lescontribuable«; le Sénat mit opposition à la publication de cette mesure. Hector Hilliet si^na des remontrances énergiques motivées sur la crainte que cet impôt d'expédient ne devint perpétuel, sur Fatteinte qu'il portait aux libertés des villes privilégiées, sur les charges nouvelles qu'il faisait peser sur ragriculliiro et qui auraient pour conséquence une émigration plus considérable ou Suisse ; ces motifs ne pi cvalurent pas à Turin. Après dix-huit mois de résistance, le Sénat reçut l'ordre d'enregistrer purement et simplement F édit; la lettre du 23 juin 16117 contenaU cette phrase expressive : S. -^1. R. i^ous commande de dirt' aux sénateurs que quand elle a envoié des eominandemenis, après un advis ou deux du Sénat, elle veut estre ohéyeK
Les événements d'Allemagne ' permettaient à Richelieu de ne plus dissimuler les tendances qu'il résuma avec tant de grandeur dans son testament 2)oUtique; Victor-Amédée, impuissant à maintenir sa neutralité^ accepte avec répugnance de reprendre les combinaisons du traité de Brusol, rompues par Marie de Médicis ; il refuse délivrer laSavoie, mêmeen écbangedu titre royal , et limite l'action de la coalition franco4ta-* lienne (traité de Rivoli, 15 juin 1635) au partage de la Lombardie. Deux campagnes meurtrières^ n'aboutirent qu'à la défection du duc de
* Afchives du Sénat. Reg. secret, folio SId.
* Bataille de Lulzen et mort de Gustave-Adolphe (16 novembre 1032), assassinat de Waldstein (95 février 1094), ba> taille de Nordlingen (6 septembre).
' Le 38 révricr 1C36, les milieefi deMatirienne ot de Taren-
tai-^o heurlfnt, f^nns les rizières de Corrano, h toutes? 1?»^ forces espa^Qolcs cl opèrent, sur les chaussées, une retraite héroiqiif
Parme et à ^évacuation de la Valteline. Vie* tor-Amédée essaie de s'entendre avec le mar* cpns de Leganès, son heureux adversaire; les intrigues de l'ambassadeur Emery font rompre les conférences, et le duc, n'ayant plus d' espoir pour sauver ses Etats que dans un succès rapide, éclatant, traite avec Rome pour la sur^ prise de Genève', et décide Créqui à marcher droit à Milnii. Deux brillants cumbals dégagent la route; Victor- Aniédée, concentrant à Verceil ses magasins et ses réserves, allait franchir la Sesia, t[uand, la veille du départ, il meurt empoisonne (7 octobre KOTV
Cette mort subite sauvait TEspagne dans des circonstances à peu prés semblables à celles où l'assassinat d'Henri IV Favait, dix-sept ans
aux applûudissemenls do l'armée; lo 22 juin, rcscadron dfî Savoie, vigouroaso mont conduit par le duc, attaque Leganès à . Tornavcnto et. après trois heures d'uoe lutte acharnée à l'arme blanche, le force à une retraite si précipitée que. malgré la nuit. Il Ht quinze milles avant d'oser camper. En 1637, les Savoyens, commandés par le marquis de Ville, tuèrent à Loganès les inoilieurs do ses cavaliers à l'attaque de Morano.
* Au mois de mars 1637, le dur, appuy(^ par la cour de Rome, cssiya contre deueve une escala ie diplomatique. Le Mémorandum adressé ans cabinets catlioiiaues s'exprime sans é^nîroqnes: c Genève est le séminaire derhérësie. la boatiqne ou sont forgées toutes If"? révoltes de Franco et d'Allemagne,
l'cffole d'où sortent les minisfros ot !p« livrr^ ï/empereur
reprendra lesancicos fiefs des Habsbourg traîtreusement retenus par Berne et Znrieh ; la Savoie recouvrera le pays de Vand pour Jonir eomme autrefois des rivages du I.dnmn, etc. > — Le nonce du pape se plaignit de prorédé, disant : qu'il f^tnit imprudent de publier un document de cette n.iyfure ; que de tels projets voulaient élre tenus secrets, et que, dorénavant, il fandrait agir avee plna de précaution & cause de la politique suspecte de la France. (Archives de cour : Catégorie Xll*. Mnxto YI, griefs contre Genève). De 1638 à 1674, les agents . piémontais ne cesseront pas de surveiller Genève et d'y organiser des complots.
plus tôt, également préservée des plus grands périls ' : ce fut un cruel embarras pour la France, un désastre pour la Savoie. Victor- Amédée T', aussi brave, aussi spirituel que son père, possédait de plus que lui le respect de la foi jurée et n'avait pas son mépris des hommes. On ne lui reprochoit^ dit Guichenon, gue dmx imperfections; Vune qu'il déféroit trop aux avis des gens de finance, Vautre qu'il ne prodiguoit rien â ses meilîeurs serviieuTB. Ce blâme est aujom^d'hui devenu un éloge qui se passe de commentaires.
L'ambassadeur de France, d'Emery, fort maltraité par les historiens piémontais - , sauva la dynastie. Il conduisit la régente et le jeune François-Hyacinthe àVerceil, sous la protection de Tarmée française, et déjoua les intrigues des princes accourus Tun de Home^ Tautre des. Flandres. Le régente proclame sa prise de possession du pouvoir par un manifeste où elle énumére ses droits à la tutelle dérivant des dtspositiom de la M commune, des coustumes et Statuts de Savoy e, et de l'intention du feu seigneur duo par luy expressément déclaré; elle convoque a Turin, pour le 48 décembre 1637, les députés des trois ordres afin de prêter solennellement le serment de fidélité au jeune
' Le duc lui piio du mal qui remporta, avec ses liculenants le eomle de Verroeet le marquis de Ville, chez le marëehtl de Créqui où il soupait. Ce fut une habileté de la part des rnnpablos, quels qu'ils fussent, de jeter quelque soiipron sur la eouduite de la cour de France. Voir Yilt. Siri (Mern. recondilej et Mieh. Bandier. ^Hitt» du nuiriehat de Thoffrat, Vnis, 1614. m. 328 et soir.)
^ Comte de Saluées {Hist. milit. IV. 22 et 40). Tesauro. (Origine dtsîla guerra emle éel PiêtnonttJt et GaleazKO Caaldo
duc. A ce moment, Richelieu donnait d'excel- ' lents conseils :
li Qu'il sf^roît iinportant, dans ces cornmeiicenien(<, pour s'a(ia( litM' les pupHÎations de la Savoie, de suulaîier le> iiples et leur oster partie des impositions dont iiestou'iit ( liar<;ez; que si cela est impossible pendant la guerre, ([u'elle leur lasse au moilis entendre qu'elle n*alleiidoit que la paix pour leur procurer les allégements qui n'estoient point encore en son pouvoir. * »
La duchesse ChresUenne prit, en effet, plu- > sieurs mesures qui attestent son bon vouloir, sa sollicitude pour les intérêts publics, et son intention de s attacher le tiers-etat* pourTop'poser à la noblesse, fort iravaUUepar le prince Thomas, et au cierge dont plusieurs dignitaires, et en particulier rarchevéque de Tarentaise, étaient tout dévoués au cardinal Maurice. Les lettres multipUées échangées entre les princes et leurs s^ents de Savoie, de 1634 à 1647, révèlent la vivacité de ces manœuvres, comme aussi leur peu de succès.
Leganès entre en Piémont comme un libérateur et adjure les Italiens de se lever en masse pour iLjtter les Franrais au-delà des Alpes; d'Emery se saisit de la dictature, siiuve Casai, organise la victoire, |)iiiiit les traîtres, et entraîne la régente jut qu'au iniliea de l'armée. La beauté, la jeunesse, la grâce séduisante de Chrestieune exaltent le dévouement des soldats ; mais le cardinal de La Vahilte, successeur de
* Aubpry. Hist. de IlicheUcu. toino ï. 364.
' Le 28 janvier 1G38, la régenlo tonlhuie les patentes de privilèges accordées aux bourgeois de Chambëry eu 1566, 1588, 1601 et 1608, et déroge en lear faveur k l'ëdit de financée de 1836 {SMAT. Reg. XIXVl. 910) ; etc.
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Créqui, tué. sous les murs de Brème, perdaiiau conseil les heures ou'il aurait dû passer à cheval; on ne put débloquer Verceil, le Montferrat fut envahi ^ ; ces entreprises nianquées amenèrent de part et (Vautre de vifs reproches, et lamort de François-Hyacinthe (4 ociol)rel638), en rapprochant du trône les frères du feu duc, 'mit les affaires au pire.
Chrestienne de France n'était ni une Marie de Médicis, ni uneÂnne d'Autriche, bien qu'on Tait accusée comme elles de fîaûre de la politique avec son cceor. La seconde régence débuta par des coups de vigueur ; on ne marchanda pas la noblesse, on ne pilla pas les finances, mais on notifia aux chefs de Tannée et de la justice Tavènement de Charles-Emmanuel II, son second fils, âgé de quatre ans*. La mortd'Hyadnthe,un an presque jour pour jour après celle de Victor-Amédée, semblait à la duchesse régente et à ses conseillers un avertissement de tout prévoir et de tout craindre. Le Piémont, tant de fois remué au contact successif de toutes ces armées d'étrangers, se livi^ait aisément aux intrigues; mais la Savoie se rallia de suite et sans arrière-pensée à rinnocencc de l'enfant et au courage de sa mère. Une nouvelle assemblée des députés des trois ordres eut lieu à Turin; les nobles uul ne s'y (irent pas représenter furent prives de leurs tiefs, les villes dont les maiidataires ne répondirent pas à
' A FeliâSiinu, te 28 .septembre 1638, les {jeuulàhoaiineâ de rMeadron de Savoie taillèrent en pièces, un contre trois, les cavaliers polonais et croates de don Francisco de Melo, sotv ressenr de Leganès.
« à Turin en 1C34, il ëpûuso on 1C(53 Franyoi.^e d'Orlétns, aile de Gaston, et,en 1664, Jeanne-Baptiste de SÂvoie-Nemonrs,
rappel de leur nom durent payer Famende de cinq cents écus d'or; il y eut, d'après les comptes du général des finances, quatre cent dix-sept gentilshommes en retard et seulement deux communes, encore les députés de cellesci justifièrent d'un accident au passage des Alpes et se présentèrent le lendemain.
En 1639, Chrestienne de France avait trentetrois ans; elle était dans tout Téclat de sa beauté; telle Ta représentée Philippe de Champaigne dans son portrait du château de Moncaliere. Les yeux bleus, des perles mêlées à ses tresses blondes, les épaules nues, cette ravissante personne, l'air un peu surpris, mais sûre d'elle-même, frissonne au vent des Alpes dans son corsage de satin dair. Assise et souriante, mais prête à se tenir droite et fière^ elle efFeuilie d'une main distraite la couronne de fleurs qui symbolise son orageuse royauté, si fragile sous son édat. Fine, élégante, elle rappelle le portrait de M"'® de Grignan par llignard,sauf que le nez, droit, le pli accentué des lèvres, je ne sais quel air de sereine grandeur révèlent, sous la femme, larégt iite et la mère. C'est uiie reine que la révolte surprend au bal.
Tandis que la régente se débat contre le parti piémontais ' , résiste à Richelieu et, avertie
• Deux hornni»'s qu»; Viflor-Ami'dée îivait fait arrêter, en 1632, comme suspects, et que la régente fit relâcher, éiaieot devenus les chefs delà révolte au nom de rantonomie piémontaiae; ila se disaient aussi ennemis de la Savoie que de la France, aussi hostiles à rt^gcnte qu'à Richelieu. Pazero, comte de Cervôre, était l ûme (iofi conjurés ; nouveau Machiavel, il avait publié, en 1627, uu livre singulier sous le titre : l'Arte dêl segretaro oolitiéo ; Masserati «^éissait à son ami et entraînait après lui toute la nobless*^ avec If comte Capris et le comte de Bens. Le i>arU fraaçais était eoadoit par le. comte
par le sort du P. Monod, commence contre le tout puissant cardinal-ministre cette lutte com^ pliquée du droit contre Fambition, de la sou» plesse contre la ruse, où Madame-Royale, si elle n*eut pas le bonheur do toujours vamcre^ eut du moins le mérite d'avoir toujours fait son devoir, les princes livrent le Piémont à l'Autriche (17 mars 1639) en échange des patentes impériales qui les reconnaissent comme seuls tuteurs et régents^ La situation de la duchesse C3ire8tienne était ^ désespérée qu'elle adressa au roi son frère, de Turin , le iv avril, ce su* prôme appel :
d'AgUé, favori de la duchesse, et deux savoyens, lo comte de Saint-Maurice et le P. Monod. Le cardinal Mnurirc, surpris flous UQ déguisement, à la veille de pénétrer dans Chieri. est reconduit è la frontière ; Pazero, gaûsi à Turin le jour où itdoit enlever la citadelle, s'évodo. D'Eniery, furieux, dénonce h Richclien la générosité d-' la régcnie comme une trahison ; il accuse le P. Monod do négocier un accord entre les princes et leur belle-sœur et exige son reovo!. Svr le reftas de la régente de sacrifier à d'abturdes soupçons ton serviteur^ son tomfuseur et son awit, Monod est enlevé prè? d'Ivréeet jeté dans un cachot de Pignerol. Le P. Monod jouait le rôle de l'abbé Scaglia , mais avee moins de pmdence et de sneete. Son cas a été raconté de plnaieurs manières; ce qui est certain» c'est qu'il possédait une grande itifiacnce et que la durliosse ne se décidait à rien que sur son avis. Il avait été coin promis dans l'affaire du P. Caussin lorsqu'on essaya d'obtenir de Louis Xlil le rappel de la reine-mère e! le renvoi de Richeliea; e*e8t le' raoïif que plusieurs t'crivains, en particulier Aul>ery (l. 367) donnent à l'aiiiniosité évidente du cardinal contre le jésuite savoyen. D'Emery comprit que Monod, enfermé à i'i^nerol, passerait vite pour un martyr ; on lo transféra dans nne prison piéniontaise, à Coni , puis, en Savoie, au chAteau de Myolans, où il mourut en 1^4 4, rominr? l'établit une dépêche du gonvernenr de Montruélian, C.ignole.
* Les Patentes du 18 mni 1639 frappent de nulUtè tnns les actes du gouvernement depuis la mort de Vietor-Amédée et déclarent coupables de lèze-maje^ quiconque obéira anx édita (î^ Madame-Royale ou exécutera les arr(''ts de ses cours dejustice. iamais on n'osa exciter avec plus d'audace au mépris dn trône
1638ti68l
< Nous sommes en mauvais estât, il ne faut point marchander k V. H., car il fout qu'elle sache la vérité et qu'elle m'assiste avec sa puissance. C'est sur moy qu'ils vengeront la rage de vostre sang ; ayez pitié de moy qui me perds pour la servir. Je luy recommande
fortune ne soit pas inégale à leur naissance. Je les remets tous sous sa })i o(( ction et le supplie de leur servir de
père et peut eslre de mère, car ne sçay ce que sera ma fortune, et qu'ils no tombent jamais ès mains de ces . tyrans qni veulent ru\ ner TËstat sons couleur de liberté, laquelle ils veulent ravira eux et à inoy. Ce seront peut estre \v> dernières su|»})rKat!ons que je fcray à V. M. ; au m 111 elle touche au duigl que je ne [lerdray jamais i'aflecliun a la France et à Y. M. sinon qu'avec ia vie. ' j>
Turin, menacé à tout instant par des coups de main ou des émeutes, ne paraît plus un asue assez sûr ; le marcpis de ville fait passer en secret le Mont-Cems au jeune duc et le confie au patriotisme de la garnison de Montmélian. llichelieu consent, en retour, au rappel de d'Emery, devenu pursunnellenient dtsa^iéaLle à ia régente ; mais, s'autorisant de certaines capitulations trop faciles et de quelques essais de rapprochement avec le urmce Tliomas % il exige la remise des places lortes aux Français ^ et
et h la haine des citoyens les uns contre les autres ; le trouble que ces mesures odieuses jelèreat «laits la vie civile ue fui égalé que par la rage des vainqoaQrs «t l'abus effréné des représailles.
* Lettre publiée daas les Mémwreg relatifs à VhUL de Francet de Pctitot, et dans VBtst de Bichelieu d'Anbery. I* 386.
* Le portrait do Tîioiuaa à cheval, par Van D3'ck (galerie de
Turin) est une admirobio toile; c'est un prince Eugène après la vicloirc, ou un Cliarlos l^*^ avant l'échtifaud. Thomas de Savoie-Carignan, médiocre en tout, ne méritait pas un tel peintre.
' Qui au moins, disait-il, ne se rendront pas h la première somma tien et attendront que le pétard soit à la porte rCorrefp. é^iom. Tome II» page 409).
mon cher fils, comme
le renvoi du comte d'AgUé. Ghrestienne, blessée dans ses affections et dans sa fierté, cède pourtant aux instances de M. de Chavigni et de
1 abbé La Monta ; le traité de Turin(i^^juiD ) livre à Richelieu toutes les villes piémontaises restées lidèles à la régente; la révolte devient alors universelle et la duchesse, surprise dans Turin* , doit au dévouement chevaleresque de quelques officiers de Savoie de pouvoir se réfugier dans la citadelle, d'où elle s'échappe pour passer le Mont-Genis. Richelieu prévoyait cet événement et, dès le 6 juillet, il conseillait à la régente de n'accorder sa confiance qu'à des Savoyens ou à des Français La Savoie était encore paisible ^ ; ennemie
* Dans la nuit du 27 loùi lt)30, les Espi^rnols entrent à Turin : le comte l'hilippe d'Aglié, le conile de Rossillon, lo marquis de Lullias, le comte de Beuil et quelques Françaiv mettent Tépée à li maio, dégagent la litidre de la duchesse et la conduisent à la citadelle an traren des mes pleines do tnmulte et de coups de feu.
' : î.n n'vollede toutes lo? pl;tr'r'< du Piémont doit faire connoistre à Madame rpie !p> peiipJns sont /ibusés et aigris contre elle et qu il ne s y faut pas lier... Madame n'eâl point en sûreté parmy ce peuple... Madame devra osier la garde des portes de Turin aux capitaines qoi sont Piedmontois et la donner aui chefs françois qui sont à sa solde ou autres qui lui soj ent fidèles. U est besoin que àladame prenne garde à ne laisser point prèsdn dnc son fils des personnes suspectes, mesme entre les menns officiers, comme sont tous les Hedmontois, maïs elle pourra mettre des Savoyards en leur plice. > Mémoires pour servir à l'histoire du cardinal de Richelieu. — Taris, 1660. II. 801. (instructions données par le roi, d'Âbbeville, le 6 juillet 1089* an eardinal de La Valette, et au due de Longueritle, commandant les nrmées du roi en ItaliOi etan sieUf d'Hémety» ambassadeur de S. M. en Piémont.]
' La pppte ilr 1G30 se perpétua dans le Val d'Aoste jusqu'en 1632. En 1639, la Tarentaise fut infestée; on l'isola ; il y mourut 713 individus, mais la coatagion ne se répaudit pas bord de U vallée. (Arcli. de le ehaneellerie arehiép. de ^areataiee.)
pur instinct de tout ce qui se faisait par les Piémontais, elle avait laissé tomber avec inditférenceles provocations des agents des princes. Elle accueillit avec joie la régente, car les fautes que le piiuce Thurnas commit à Turin, en décimant les honnêtes fjens\ en révoquant les cours de justice, en poursuivant à outrance les derniers amis de la régente, } Tétaient point iaite!=i pour lui attirer les sympathies des Savoyens , qui aiment peu le cliangement et ont horreur des caprices du pouvoir quand ces caprices les peuvent atteindre. Toutes les ressources de la régente furent concentrées dans les loyales prùvtnces de Savoie ' ; de Montmélian, la duchesse réjpond aux témoignages de dévouement du Faucigny, du Chablais, de la Tarentaise, du Val d'Aoste, lève des subsides, enrôle les soldats suisses que lui doivent les Gantons aux termes du traite de 1647. Richelieu se rap-proche aussitôt de cette proie qu'il croyait mourante, et dont l'indomptable énergie se réveille avec le danger ; le roi Louis XIII se rend à Grenoble ; il sollicite sa sœur de venir Ty visiter. Le bruit courait à C.hambéry qu'on allait y décider le mariage de la princesse Marguerite avec le dauphin de France et que, si le jeune duc, délicat et faible, venait à mourir, la Savoie serait séparée du Piémont et réunie au Dauphiné pour former Tapanage du prince français.
* Le témoignage des Uistorieiiâ piémonUib ue j^eul être sutpMt i je parle d'après Âsaarini (tome II, livre m), Capriata (Ur m XTi), et Vittono Siri (Mem, rMontfife. Vol. Tiii).
* ÀR. TURIN. Mst. corresp. inéd. de Madame-Royale et dm
cardinal de Richelieu (1638 à 1642). C'est à tort, et dans un but dont on ne saisit pas l'intéréti que certains contemporaina ont représenté la Savoie comme teaaot, eu 1639, le parti dea piincei contre le Frence.
— ses —
Madame-Royale dépêche à Grenoble un ami dévoué pow* sonder le terrain; le marquis de
Lullins, fêté par le roi et le cardinal, apprend
des dames de la cour, car il y avait des habitudes^ le secret de ce voyage singulier. 11 repart à bride abattue pour Montméiian où il arrive à minuit; il fait éveiller la duchesse, lof^ce au couvent de Saint-Dominique; on tient conseil. Apres son récit, il n'y eut personne de la compaynic qui ne souhaitât d'être d Suze*. La duchesse Chrestienne brava tout et partit aussit«M pour Grenoble, avec Capré de Mrc^r ve et le conite d'Aglié, réglant ses alTaires comme si elle eût craint d'être retenue. Elle nomme le marquis de Pianezze lieutenant-général en Piémonty et commande au marquis de Saint-Ger-
laisser le jeune duc sortir de la citadelle ni recevoir d'étrangers, même sur un écrit signé de sa main. Ses prévisions se réalisèrent à demi. Louis XIII raccueiilit avec les démonstrations de la plus sincère affection ; mais, le lendemain, le cardinal-ministre lui déclare Tintention au roi de mettre une garnison française à Montméiian et de prendre le jeune prince à sa cour Le refus énergique de la régente soulève les colères du cardinal qui s'emporte jusqu à oublier le respect. Richeheu essaie sans
* Guichcaon. tiist, généal.t tome Ul, page 940.
' Tandis qiio lô ministre rudoyait la rdgente, un officier courait à Montméiian de la part du roi pour saluer If? (\uc. Le marquis de Saint-Gerrauin n eul garde do refuser la porte an messager ; mais il lui montra le jeune prince coucbë et endormi. Le 9 février 1051. la reine Anne d'Autriche, pressée par les Frondeurs, fera d/bottcr le jenae Loois XIV elle remettra an lit; même jeu, même illusion.
de Montméiian, de ne jamais
succès de s'attacher le comte d'Aglié, dont Tinfluence sur les déterminations de la duchesse lui était connue :
« Vous voilà satisfait, lui dit-il, au borlir de l'audience royale, ayant séparé Madame de Savoye du roy son frère. — Mais Madame-Royale prend party d'eliemesme ; je n'ay ny pouvoir ny droit sur ses conseils, répond le comte. — Eli ! riposte le cardinal, plut à Dieu que tout le monde enfust persuadé îMadame-Koyale consenreroit sa réputation et ses affaires en iroient mieux.* »
Madame -Royale repart pour Montmélian, aussi mal satisfaite du roi que le cardinal l'était • d'elle, décidée à tout, et déclarant qu'elle se défendra jusqu'à la dernière heure, plutôt que de consentir aux infamies qu'on lui propose.
Les pourparlers ne discontinuaient pas. Un
Srovincial aes capucins de Savoie, le P. Saint- [artin d'Aglié,a^ent secret de Madame-Roy^ale et muni de ses pleins pouvoirs, homme habile, rompu aux: intrigues et resté grand seigneur sous le froc, négociait avec Richelieu et séparément avec chacun des princes. Quelques lignes d'un document curieux feront comprendre ce que pouvait être la situation d'un pays où les grands seigneurs se plaignaient de ne s'être
?as vendus assez cher. Richelieu éciivait de 'aris, le 14 décembre 1639 :
« Je ne se aurois assez m'étoimer de la continuation de l'aveugleuieut de Madame, puii>qu'il est jusques à tel
' On accuïsait Chrestienne de France d'avoir pour le comte d'àgliéles sontiments de Marie de Médicii» pour CoDcini : Richelieu» dans son Ttstament politique, ose parler an roi de l'incùndMtte de sa sœur ; et les rontemporaioa affirmaient que quant aux faiblesses des grandes âmes Madame-Iioyale n^avoit point dégénéré (A.. Hamiltou. Mémotres du comte de GrammoiUj,
point qa'U Fexpose toujours & sa niyne. Je suis bieii ayse que don Félix et le marquis de Sainl*Morîce poursuyventrexécution des choses promises ; pour les plaintes que fait le marquis de Saint-Germain de n*avoir pas reçu des bienfaits du Roy tandis que S. M. estoit à Grenoble, je m*estonne de ce qu'il no rcronnoist pas luy-mesme qu'on Ta fait oxprès, de peur do !o rendre suspect ; s'il croit que les libéralités du Hoy soient raccourcies, il a jrrand tort : c'est à luv de se ineltre en estât de les mériter et à nous de les lui procurer. ' »
Cependant, le comte d'Harcourt dégage Casai, assiège Turin , y entre après quatre mois • d'un blocus effroyaoie et y reçoit la régente (19 novembre IGiî)) au milieu d'acclamations passionnées; les bourgeois, qui pendant tout J'été avaient vùcu de rats et de pain volé sur des morts, passèrent l'iiiver en bals et en mascarades. C'est une des conditions de l'humanité que les sensations trop vives n'aient guère plus de durée qu'un feu de paille; on passe brusquement de rabatteuiéiit à Teuthousiasme ; rien ne s'oublie aussi vite que la souffrance, si ce n'est un bienfait. Vhilippe d'Aglié l'éprouva. Seul des ministres, li s'opposait aux représailles que les vainaueurs de 1640 infligèrent aux vainqueurs de lo39; que peut un bonnôte homme contre les a[)pctits de la foule et la rancune des ambitieux? Accusé de tiédeur par la duchesse elle-même, suspect à la France, il fut un soir jeté dans un carrosse par les agents de Mazarini et n'en descendit qu'au pied du donjon de Vincennes.
Richelieu abusait de sa situation d'arbitre de r£urope pour traiter la Savoie en province
* Arrh. des Relations extérieures. — Dépêche da cardinal à M. de i^acour.
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française et disposer de .ses Lioupes comme si elles eussent appartenu au roi*. Les princes if étaient p^uère plus satisfaits des Espagnols que la régente de Richelieu. Le comte de Siruella exerçait en Piémont tous les actes de la souvei'ainel^^ au nom de Philippe IV, percevait l'impôt, levait la mUice, tît no manquait pas une occasion de froisser les gentilshommes piémontais. Les parties intéressées comprirent enfin que leur désunion perdait l'Etat, et que l'indépendance du duché allait disparaître si Ton permettait quelques mois encore cette prise de possession tacite des Espagnols en Piémont et des Français en Savoie, l^bain VIII prit une
1>art active à ces rapprochements; il redoutait 'extension des Espagnols en Italie autant que ringérence des Français dans des affaires qu'il prétendait diriger seul. L'existence, au milieu des Alpes,d'un Etat catholique indépendant était indispensable à ses desseins ; aussi ses agents secrets, les trois capucins diplomates qui se montrèrent, de lOoO à li)i4, si discrètement habiles% durent-ils agir de concert pour obtenir l'assentiment des trois cours intéressées. L'accord se fit aux dépens du cabinet de Madrid.
Les négociations nouées ])ar Mazarini, devenu cardinal, aboutissent au com[)romis de Turin (14 juin 1542) ' qui partage le Piémont
* En 1G41, il envoya deux régiments de cavalerie piémontaise et une compagnie d'arquebusiers de Savoie à Tannée do
Catalogne.
' Le P. Josepli, qu'on appelail en France l'LmineKce grise, le P. Jeao de Aloucaliere eu bavuio, et à Vienne, le P. Chiaoga, confesseur do rimpératrice ELéonoro de Gonzague.
' Archires de cour. — Tutelles et Régences. Liasse IV. 60. — Tr<Utaii di Face trà Maioma-KMLk ChritHanu êi
entre les oncles du jeune duc et leur livre une
large part dans le gouvernement*. La paix n'était qu un pis-aller^ nul ne s'y trompa; Nice et Ivrée, résidences des princes, devinrent le centre de nouveaux complots. La duchesse ellemême ne dissimulait point. Ecrivant au Sénat de Savoie pour lui annoncer la lia de lu guerre civile elle s'exprimait ainsi :
c Notre affection pour nos peuples nous a emportée si avant aae nous avons condescendu à cet acte sans exemple ae partager avec les princes nostre autorité et nostre régence. * *
Tandis que la guerre du Piémont so prolonge par cette série de petites manœuvres et (\r petits succès qui durait depuis 1(535, Richelieu meurt (4 décembre 1642); Louis XIII le suit (14 mai 1643), et le règne de Louis XIV s'ouvre par le ministère de Mazarin et la victoire de Rocroy.Les aiïaires de la Savoie semblèrent, dès lors, reprendre une marche régulière. Le comte d'Aglié, remis en liberté, imprima aux résolu-
Francia egli ierenissimi princtpi Maurilio cardinale e Franciteo Tomoio di Savoia. — 14 ffiugno 1643.
* Lg cardinal Maurice, Ag»^ de 50 ans, ëpousa sa nièce, Louise do Saroie, qui en avait 14. Les sœurs de celto enfant sacrifiée étaient Marguoritet née en 1635, mariée en 1660 au duc de Parme, et AdéU'ide» n^e en 1636, mariée en 1650 ait due de Barièie.
* SENAT. RBQ%$if€ têcreL M y avait en Savoie quoliiues intrigante vendus à rétrangcr» tele que le sénateur Devise (Cibrario.
Origini eprogresso,) chef dn parti espagnr-l, qui ne rnfinquaient pas une occasion d'amener des conflits entre le Sénat oi la Cour OU des querelles entre le peuple et l'armée. En 1C43, Janu^ d'Oncieu remplaça Hector Miiliet dans la charge do premier
présidont ; la rt'gout? l'avait rniployé dans plusieurs missions auprès de Jiiclieljeu et n'avait eu qu'à se louer de sa loyaaté. (Galii. Diynila it Cartche del Piemonte. I. 1890
fions du cabinet une impulsion vigoureuse * . En U)ii, îo duc Charles-Emmanuel, âgé de dix ans, quitte Montmélian et passe les Alpes. Comme une g^arnison française occupait Turin, il fixe sa résidence à Fossano, au centre du Piémont, aussi loin que possible des places occupées par les alliés de la Régente; cette sorte de protestation ravit les Piemontais et parut impertinente à la France. Mais Tintérôt fait, à Toccasion, bon marché de la vanité; les revers des Espagnols en Allemagne déterminèrent les ministres à se rapprocher de Louis XIV pour atténuer ce que l'attitude du prince avait eu d'agressif. Le roi ne crut pas payer trop cher la sûreté de l'alliance en restituant Turin, Carmagnole etSantyà ^; le duc rentre dans sa ca-
* Deux lettres donnent la clef de cet incident. Le 14 juillet 1643, Gaston d'Orléans écrit à Madame- Royale : « Madame ma sœur, je n'ny pas eu moins de joye de rentière liberté que leurs Mnjest^^s ont donn(''c au comte Philippe d'Agiié, que j'ay eu de douleur et déplaisir lorsque je sçcus que sans aucune menre délilx^ration, mais par l'animosité et passion particulière du cardinal (\•^ ni'-li Miou, il avoit esté arresté prisonnier. Cette procédure ^i CAiraordinaire contre une personne innocente où voslre autorité a voit esté si fort blessée, fut trouvée teilement estrange qu'incontinent après ta mort dodit cardinal le tm foj, mieax informé, le tira du bois de Vincenncs. > — On le retint quelqtio? jônr<^ à Paris, puis, en le lais -anf aller, la reine Anne d'Autriche écrivit à la duchesse, le 3 août 1643: «: Ma sœur, je ne doibs point, ce me semble, entrer à justifier ce qui a esté fait do passé, ny à blasmer les actions qui ont esté autorisées do nom du Rav mon soignonr j'on ay vu qui m'ont percé le cœur, et luy, uva V i[nc do inoiii ii , a bien lait connoistre par sa conduite qu ii eu avoit tolérées quelques-unes qu'il n'avoit pas ajH prouvées. H fut persuadé que le bien de son serrice l'obligeoit à se saisir de la personne du comte d'Âglié, il y consentit, etc. »
* Le traité du Valentin (8 avril 1645) déclare qoe le roi de
France et la duchesse de Savoie veulent témoigner de plus «î plus à toute l'Italie qii'ih n'y ont pas d'autres intérêts qi(p ceux de leurs alliés, pour empêcher l'oppression des Lspagnols
pitale,et la régente réunit toutes sesrest^ources pour pacifier le Piémont. Depuis 1641 , la guerre y continuait par des combats, des surprises entremêlés d'entrevues et de pourparlers ; le mot d'ordre des trois armées semblait être le même : gagner du temps, vivre sur l'habitant. Ces malheureuses provinces » en proie à la maraude des troupes régulières et aux pillages des déserteurs et des bandits, furent mises i feu et à sang par la vendetta de deux familles, que suivit une insurrection sodale aussi sanglante que les jacqueries du moyen-l^e. '
La duchesse Chrestienne sollicitait avec plus d'impatience que jamais la cour de Paris de lui reconnaître le titre royal que Yictot<*Amédée avait pris sur ses monnaies et dans les actes publics comme héritier de Chypre ^ Cecy m'est fort à cœur^ écrivait-elle déjà au marquis de Saint-Maurice, le 25 octobre 1637, car je ne prétends pas estre moindre que mes sœnrspoiir n'avoir pas comme elles le nom de reine\ C'était le mot de Béatrix de Provence en 1262. ^Mais,
^Traités publics. 1. 550). L alUfiQce est prorogée de dix aus ; la régente livre la eitadelle de Verne à vue garnison française et fournit, pour toute ladnr^e delà guerre et poar servir» aoit snr
le Pô, soit sur le Rhin, son infanterie de Savoie.
' AR. TURIN. Memnrïp Ms^. sugli cvveniynenti di Motidovi e la crudelta del cavalière Operti. {39 feuillets in-folio). Hist, milil.t tome IV, page 216.
* Emmanuel-Philibert s'était efforcé d'assoupir ces vieilles querelles, qui dataient de 1478 e( s'étaient fort envenimées en 1508 et en 1529. En 1619 il y avait eu conflit de préséance, à Paris, entre le vénitien Contarini et Tabbé de la Mantà, ambassadeur de Savoie. En 1630, Urbain VIII qualifia les cardinaux d éminentissimes princes de l'Eglise, titre qui les fit passer avant le dne de Savoie.
' Elisabeth avait épousé, en 1615 , le prince des Astaries (Philippe IV}, et Henriette, en 1635| Charles I*".
jus(ju cn l642, la question de vanité se compliquait d'une question politique et d'un surcroît de grandeur qui devaient arrêter Richelieu dans ses projets d'envaliissement. Aussi le ministre ajourna-t-il la décision du roi'. Le P. Monod, auteur du pamphlet de 1633 sur les usurpations de la république de Venise {TraUato del titoio reggio) ^ se mêla aux manœuvres de la reinemère, du P. Caussin et de M"® de la Valette, s'y laissa surprendre et fut désavoué, M pour son imprudence^ son livre pour ses vues trop ouvertement ambitieuses. En sacrifiant Monod, la duchesse chargeait Samuel Guichenou d'écrire ÏHistoire généalogique d« la BùyàU Jfaîson de Savoie^, conçue au point de vue exohMôf de la splendeur de la dynastie, et dont le dessein eéaévBl préparait fa dictature de Victor- Améofée IL La fdle d'Henri IV avait l'âme haute; au moment où le narlement d'Angleteere détrônait Charles I^*", elle inspirait le fivre de René Favre : Le bien public pour le fait de la jiisticCy(\uï battait en brèche les prérogatives politiques du Sénat de Savoie Mais René ne put imposer les opinions que son père avait si longtemps pratiquées sur romnipotence du prince.
' Le titre d'altesse royale, les honneurs de la gardo ef du tambour à la Cour de France ne lurent accordés au duc de Savoie que par le traité de Turin do S9 août 1696.
- En lG-20, le juriscouâulle piémodtais BagnasacQ avait Irailé au point de vue jttridi<|ae la question de Chypre dans son : Traltato noprà il regno di Cipro*
' Lire la dédicace à Madame-Royale (édition de Lyon, de \rm), et la lettre du roi de France, du 6 juillet 1653, adressée * k l'auteur.
* Imprimé h Annecy, chez André Leyat, en juin 1646 ; réini*" primé à itart» eu 1657. — Voir $m qUApitçc X, page 343.
Le Sénat maintint énergîquement ses droits , fit saisir le livre, révoqua le préb^ideut du conseil du Genevois et le traduisit à sa barre. Ici encore le calcul des dates éclaircit tout. Lorsque parut le livre du sénateur de la Valbonne, Charles I*^» , retiré en Ecosse, semblait, avec l'appui de la France, être à la veille de chasser le parlement , les presbytériens et les indépendants. Le li novembre 1646, la régente écrit au Sénat que René Favre a écrit ^ja r son ordre ; le procès poursuit; le 14 mars 1647, après la trahison des Ecossais, la régente exhorte le Sé" nai à rendre la liberté à V accusé , sauf à continuer la procédure sHl promet de se présenter à toute réquisition.Qnelqiies semsdnes plus tard, il semble à la duchesse que tous les trônes de sa famille s'écroulent autour d'elle; elle craint de s'aliéner par le Sénat la Savoie, sa fidèle province, et signe, la rougeur au front, une lettre embarrassée qui désavoue Favre et l'humilie elle-même. En France, Mazarin, maître de la régente , et la Fronde secouant ce frêle édifice de duplicités et de bravades; en Espagne, les révoltes de Palerme et de Naples ébranlant jusque dans bcslondementsle trône de Philippe IV; en Angleterre, Charles F'" signant sa propre condamnation dans la fameuse lettre que surprit Grumwell, et oViil se vantait d'accommoder bientôt les parlementaires d'une jarretière de chanvre au lieu d' une jarretière de soie; que de motifs pour expliquer ci tle lettre du 2 juilletl647, oùla duchesse, contredisant ses propres paroles du 11 novembre, affirme que le livre du bien public a été imprimé à son insu, qu'il lui déplait et qu'on ait à le supprimer. Le Sénat
abusa de l'humiliation de Madame-Royale, et
8a remontrance du 19 juillet 1647^ son arrêt de 1648, prouvent que le caprice des princes est encore moins absolu que l'orgueil des compa* gnies judiciaires ^
Les négociations de paix avoitaientà Munster, où les pléninotentiaures de Savoie ne purent se dégager de rétreinte de Hazarin et obtenir d'être traités comme parties principales et non comme alliés dla suite. Aussi riijourneinent des conférences fut-il accepté avec empressement par la régente, qui se ni|)i)roclia dès lors, sans arrière-pensée apparent ^ de ses beaux-frères, ainsi que le pi ouve le raanifesle daté de Turin , le 13 avril MW), par lequel elle convoque les trois ordres ]M)ur le dO nnai, à Tell et île prêter le serment de lidélité; la régente s exprime ainsi:
€ Ayant par ordre général du décembre 1^2, en exécution du traicté que nous avons faict avec messieurs les princes Maurice et François^Thomas mes beaux-frères, ordonné à tous magistrats, vassaux, feudataires et subiects de S. A. R. tant de çà que de là les monts, de quelle qualité, grade et condition qu'ils soient, de paroistre en personne par devant nous, le 6 de mars 1644, pour prester le serin ont à monsieur mon fils et au défaust de luy sans ent'nri8 inaslo*^. Ipixitimos et naturels (que Dieu ne veuille) au dirt sieur pritire Maurice, et amsy surccssiveraent en faveur des masles selon la prérogative du degré, lequel ordre ayant esté du depuis suspendu pour des lég:itirnes empescheiiieiils par celuy r|ui lut faicl à Fossan, le 21 l'ebvrier 1644, lesquels cessants, par les présentes, avec l'assislanee des princes mes beaux-frères et par Fadvis des gens de nostre conseil résidant, etc. »
* Cm lettres ODt été publiées dans VffiiL du Sénat. (II. 30). Mais on rr^rpffo qiip cet incident si grave n'y ait été qu'effleuré : Mic crat iocut.
T.cs espérances manirestées dans cet écrit ne se réalisèrent pas ; co fut sans doute la faute des princes plus que celle de la régente, si l'on en juge par les mémoires contemporains et les allnslons discrètes de Guichenon. Quoique S. A. H. fut sur le point de la puberté, dit ret historien, et doué d'une grande vivacité d'es» jml, néanmoins il n'avou ni les forces, ni la disposition naturelle, ni la taille de ceux de son âge. Les princes ses oncles en tiraient parti pour le succès de letirs erUreprises particulières. Ils prétendaient que leur pupille devait rester en curatelle jusqu*à Tàge de vingt-cinq ans ; Thomas surtout, turbulent jusau'a la fin de sa vie, donnait à sa belle-sœur des inquiétudes, sans nombre et l'abreuvait de dégoûts * .En 1647, on découvrit un complotde moines contre la vie de la duchesse et celle de son fils, dans lequel furent impliqués les personnages les plus considéral)les do Turin ; les procédures et la punition lurent enveloppées d'un tel mystère que ^es vrais détails restèrent inconnus". Madanic-
' AK. TURIN. Correnp. diplom. avec l'abbé La Monté, le secrétaire Ricardi et In pr('*sident Nomis.
- Le moino GandoUo publi iit un almanach pour 1648. dans Ici^uel il prophétisait des moiU iiagiques. Interrogé sur quel fondement d'astrologie il avait osé prévoir de tels accidents, le moine répondit avec hardiesse : Que ce qn ilavoit vcrit Vavoit esté non point sur le peu qu'il connois-snif rte eet art ridicule, tiiais sur ce qu'il scavoit de la culonlé des hommes, Lo vieux sénateur Sillani, Tanditeur Mazin, un aventarier nommé Gioja, furent traduits en justice : on fit disparaître les deux premiers ; (lioja, que nul nf» réclamait, fut condamné par arrAt à être enterré vif; le moine moisit en prisort, dit Morcurio, tandis qu'on sollicitait à Rome l'aulorisalion de le traiter eu séculier, iuoiquê, du temps d'Emmmwl^PhiUbtrt, remarque Guichenon, on se fût, en pareil cas, dispensé de telles formaUlés* Œist, généal. II. m. — Boggio. Chieaa e Séato, 1. 77.)
Royale résolut, sur llnsis Lance du comte d*Aglie, de se débarrasser des co-régents par un coup d'Etat. Elle quitte Turin pour Rivoli^ se rapproche d'Ivrêe sous prétexte de chasse, se saisit de la ville, fait appel à ses partisans et proclame, par le manifeste du 19 juin 1648:
c Que S. A. entroit dans sa quatorzième année, par conséquent dans le gouvernement direct de ses Estais, que néanmoins elle ne demeureroit pas éloignée des soins qu'elle estoit obligée de prendre pour tout ce qui regaroeroit son service et le bien de ses fidèles sujets, les conjurnnt de continuer lour mesme zèle et affection que jadis dans l'exercice de leurs charges. >
Charles-Emmanuel 11 lit aussitôt entériner par les Sénats de Cliainbéry et de Tiiriîi, et
Far les Chambres des comptes de Savoie et de iémont, quelques édits relatifs à In prmition des hérétiques, des duellistes et des blasphémateurs, et d'autres renouvelant le vœu de Louis Klll, portant défense de servir à l'étranger, et supprimant dans la formule du serment de fidélité les réserves qu'on y avait insérées en faveur du droit éventuel des princes ses oncles à la couronne ;c6 qui se fit ainsi^ remarque à dessein Guichenon,pour montrer qtie S, A. R. voulait être reconnue pour souverain absolu dans ses Etats, sans plus dépendre du SénaJt de Savoie ni de ceux de Turin et de Nice, Madame-Royale n'abdiquait pas; rilu ramenait au conti^aire, sous le nom de son (ils, tonte l'autorité dans ses mains et ne l'abarKloniia qu'avec la vie. D'Ivrée , l'ordre est donné aux troupes franco-savoyennes de prendra FoiTensive; le 29 juin, le camp espagnol est pj is d'assaut; mais le défaut de canons et d attelages
fait manquer l iiivasioii de la Lombardie, et le siège de Crémone, mal conduit^ aboutit à une retraite absurde*.
En France , la journée des barricades (28 août) répondait aux imprudences de Mazarin enivré de la victoire de Lens ; par bonheur, les révoltes de Portugal, de Catalogne, de Naples, de Sicile, les échecs des Flandres et la fatigue de l'Allemagne privaient la cour de Madrid des ressources qu'elle aurait trouvées dans les troubles de Pans; les conférences d'Osnabrûck et de Munster àbouth^ent) contre Tespoir de Philippe IV, aux traités de Westphalie (24 octobre 4648), qui préparaient ceux de 46W , de 1668 et de 1713.
* Marquis de Quincy. Histoire milit, de Loiùs XJK.