CHAPITRE Xm
OCCUPAnON DE LA SAVOIE PAR LES ARMÉES DE hOVÏS XIV. — LE DUC DE SAVOIE DEVIENT ROI PAR LE TRAITÉ D'UTREGHT.
Le traité de Ryswick consacrait diplomatiquement, malgré Topposition de Rome et de Venise', le titre royal .du duc de Savoie et ses prétentions à la prccminence sur les autres princes italiens; mais la guerre de la succession d'Espagne va rejeter la Savoie, pour un siècle, dans les bras de F Autriche et la livrer de nouveau, pour près de cinquante ans, aux
Eérils où l'avait tant de fois engag^ée, déjà, i'ainition du Piémont. L'absolutisme de Victor- Amédée se heurte, sur les deux versants des Alpes, à des résistances dont les manifestations
* Le marquis Costa, dans ses Recherchés sur Je livre anonyme de Guichenon (1862}» a raconté avec iniinimeot d'esprit «t de justesse la ^rt considérable que cotte poursuite da utie royal prit dans la diplomatie de la Cour de Turin et les inconvénients qui en résultèrent pour le jf^snitr Monod et l'avocat Guîcbeûoo, ifistnunenti sacrifiés d'one politique à oatraace.
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varient avec le caractère des populations. lies Savoyens subissent impatiemment la réaction
Siémontaise et les innovations dédaigneuses u comte Ressan, intendant à Chambéry, dont le proconsulat sème la désaffection; les paysans de Mondovi ne se contentent pas de railler le comte Gropello et de dénigrer ses actes; ils courent aux armes et, pour les vaincre, il faut les détruire Ce fut au milieu de ces complications que s'ouvrit la succession d'Espagne ; et le duc de Savoie, sommé par Louis XIV d adhérer au testament de Charles II, était en même temps sollicité par l'empereur Léopold de le déchirer*.
Moins de dix mois après le mot fameux qui transféra la com onne d Espagne dans la Maison de Bourbon, TAngleterre, la ifollande et l'Autriche signent le traité de coalition dit de la grande alliance (septembre 1701). Le marquis de Torcy, ministre de Louis XIV, réunit en faisceau les Etats secondaires ; le duc de Savoie devait en être i'àme et le nerf; on comptait sur lui pour maintenir l'Italie, inquiéter rÂlie* magne, dégager les Alpes ; mais tous les moyens d'action dont on croyait disposer pour diriger
* Sar la populaUon de 60 paroisses, 445 famUles seulement
<*phappèrf!nt aux massacres; on les transporla en masse dans le lerritoire do Vorceil (lf">!'8 à U)99). U s'agissait encore delà taxe du sel et Je la rc^pmtition int'gnle de l'impôt foncier.
* Charles U était mort le l^^ novembre 1700, après avoir eu pendant trenle-deux ans la douleur de voir les ambitions de Bas parents et de ses voisins recommencer lu partage anticipé de son héril.i^e. V(;ir los d*'tail.>i aux Aicb. de Turin fCorTcnp. mss. des agrtitf diplom. à Paris. Londres, La Hayej o[ dans le livre du marquis de Torcy (Mém. pour servir a l hist. dei négoe* demût U traité d$ Rywkk jusqu'à ki païUs d^Utr§efa, — ISdit. de La Haye. i7&7).
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sa conduite s'évanouirent aux premières attaques; il se glissa parmi ces diplomaties embrouUlées comme un cerf dont les crochets subits déconcertent les meilleurs limiers, disait l*envoyé de Venise ; il roinpit toutes ses attaches, provo(|ua les ruptures, utilisa juscpi'aux apparences, ne recula devant aucuiie audace, - s'enorgueillit des manèges les plus effrontés, et, tantôt écarté avec mépris, tantôt passionnément recherché, il aboutit, par cette voie tortueuse, à un succès qu'il ne inéi-itait pas.
Cette guerre, où tout se fit d'inspiration, où rien ne fut prévu, cette politique oscillante, plus capricieuse en ses alternatives que le caprice de la mer, furent pendant douze ans à la discrétion de femmes dont les vengeances, les amifit's, les perfidies brouillèrent les calculs des diplomates et les plans des hommes de guerre, au grand donimaçe des peuples.
Victor-Améaée tint le &l des intrigues, sup-
f>léant à la force par la ruse, informé de toutes es combinaisons avec de tels détails et un si parfait à*propos, qu'on fit souvent honneur à sa seule perspicacité de résultats çull dut unicjuement à la promptitude d'avis intelligents. Il e^it au cœur de Versailles par sa fille de prédiletlion, la duclu'sse de llourgogne ; la sœur (rAdélaidc, jiOuise-( i.ihiielle de Savoie, mariée à treize ans au roi d'Espagne, Philippe V, qui en avait dix-sept, devint aussi à Madrid un instrumeid d'autant plus dangereux qu'on s'en méliait monis. Ces deux femmes, d'une précocité rare, également inquiétantes pai' res})nt, la grâce, la passion, eurent le prix de dix armées dans les mains de l'habile Amédée. On diluait, à lire les historiens, que les princes ne
sont point faits comme les autres hommes, que les ressorts de leur âme ne vibrent qu*à certains échos^ qu'ils restent insensibles aux piqûres secrètes, aux atteintes malsaines. Leur isolement les rend, au contraire, plus sujets à Terreur que personne ; l'histoire atteste que les décisions les plus graves ont eu souvent pour motifs de méprisables calculs, un intérêt privé, le caprice d'autnii. Bien de plus naturel dans les sociétés où le dédain d'une favorite fait tom])er un grand ministre, où «quelques gouttes d'eau jetées sur une robe brouillent deux empires
Dès le 6 avriliVOi, le duc de Savoie, tout en protestant qu'il ne fi\i^issaîi que de garantir le repos de V Italie, avait vendu fort cher à la France Falliance suspecte sur laquelle le cabinet de Versailles fondait ses meiileui'es cspéran ces*. Contrarié par les lenteurs calculées de Victor- Amédée, Catinat, malgré d'apparents succès, bat en retraite; son successeur, Villeroy, se laisse prendre à Crémone. Le duc, entraîné par les rancunes de son ministre, le marquis de Prié, s'effraie de la victoire de Vendôme à Luzzara (15 août 1702), négocie avec la reine Anne, se rapproche du prince Eugène, et entre en pourparlers avec 1 Empereur; mais il livre son secret à la jeune et belle comtesse d'Orco, qui le vend à Ghamillart. Un ordre de Versâmes
* Se rappeler l'histoire de lady Masham et, pour ce qui est spécial à 1 a SaToie, Tesdl du comte d'AgUé^ le renvoi d'Horlense
Mancini, etc.
' Hèglement de la dette f^-^pnprtnle ; mariage de Marie-Louise de Savoie avec le duc d'Anjou i^Philippe Y) ; subsides mensuels de 600,000 lÎTTes ; partage de l'Italie ; commandement en chef doB armées firiniio-piémoiitaises ; «le. (CooTOiition de Turin, Troiiéi fi^lkt, tome II.) L'irt. ZIV oarMtérlâtiqiie,
raj^pelle brns^jaement en Lombardie Vendôme qui 8'engageait dans le Tyrol; le cabinet de vienne, comprenant que le duc est trahi, se
hâte de publier comme définitif Taccord dont
les bases sont à peine confidentiellement ébauchées ; Vendôme fait envelopper par ses troupes les régiments piémonlais de son corps d*armée, leur annonce la défection du duc de Savoie, les désarme, et les enrôle parmi ses propres soldats. Louis XIV expédiait en même temps a Turin cette mise eu demeure hautaine :
« Monsieur, puisque la religion, Thonneur et votre propre si^ature ne servent de rien entre nous, j'envoie mon cousin le duc de Vendosme ponr vous expliquer mes volontés. Il vous donnera vingt-quatre heures pour vons décider. »
Victor- Amédée, surpris par le procédé un peu vif de la Cour de Vienne^blessé par Tafiront que Vendôme inflige à son drapeau, ne prend conseil que de sa fierté et fait à Louis XIV Tune des plus rudes réponses que le grand roi ait reçues :
« Sire, les menaces ne m'épouvantent point. Je prendrai 1cs mesures qui me conviendront le mieux relativpiiient à rindigne procédé dont on a use envers mes troiJ[ies ; je n'ai que faire de mieux m'expiiquer^ et ne veux ealeudre aucune proposition. »
Aussitôt, il déclare la guerre et, dans un manifeste resté célèbre, fait appel au patriotisme (7^8 rl^'fenseursdes Alpes, des gardiens de l Italie, ordonne la levée des milices, la nipture des ponts, l'incendie des Tnagasins qu'on ne peut défendre, et imagine mille ressources pour suppléer aux soldats, à Targent, au temps qui lui
manquent. A VersaiUes, Ton en^ya, suivant rusage habituel en cas de rupture, un gentilhomme tenir commgnie à l'envoyé de Savoie ; à Turin, Tambassaueur Phélypeaux fut traité avec moins de courtoisie ; on le fit soufi&ir jusque dans sa nourriture, dit Saint-Simon, ou le menaça du cachot et de la tête; U ne se déconcerta jamais, désolani M. de Savoy e par sa fermeté, la hauteur de ses répimseSjdeses mé^m, de ses railleries. Les Savoyens, négligés ou exploitée pendant la paix, ressaisissaient quelque importance, aux yeux des ministres piémontais, sitôt Qji'on se brouillait avec la France. I7éclat de 4702 en fut une preuve nouvelle.
Depuis les premiers mois de 1702, le duc s'attendait, à la luplare et avait résolu d'accorder quelques satisfactions à la Savoie. La correspondance du chancelier de Belle garde avec le premier président Bertrand de Chamossol m 01 lire le prince hésitant entre le désir de se ra] >|)rocher du Sénat et la crainte de paraître abandonner une parcelle de son absolu- \\m\o impérieux. Le 20 janvier 1702, il donne l'ordre d'exécuter Fédit sur la douane ; le Sénat obéit en le modifiant; le 14 avril, Farrét du Sénat est révoqué. Le 23 mai, à ])ropos do remontrances sur Védit du tabellion % Bellegarde déclare aux sénateurs que le prince, après avoir entendu les avis de ceux de ses sujets qu'il a
* La lutte h ce propos dura jusqu'en 1703 ; le Sénat, ne considérant que la charge Cseale du tabellion, prétendait qu'il ^tait inique de rendre publics, par la formalité de riDsinaatioii, les conventions soas seiogs-privés , les testaments olographes* les actes de commerre, secrets par leur nature; il ne voyait pas, ou ne voulait pas voir, que V insinuation était le seul moyen de prévenir bien des fraudes en donnant une date certaine aux eonveotions qui ne possédaient pas l'inthenUcité du notariat.
daigné consulter, ordonne comme muiire ce que bon lui semble. Toutefois, Victor-Amédée se rendit au conseil du Sénat, refusant de vider les prisons pour remplir les cadres des milices; puis, répondant enfin à dos sollicitations réitérées déjà en 1698 et en 1701 , il publia Tédit du 3 mai 1702, conforme an projet du procureur général Favier, et relatif aux successions monastiques. L'édit déclarait atteint de mort civile, mcapable de tester et de recevoir, quiconque, après le novidat dans quelque ordre que ce fût, aurait fait profession par vœux solennels ou simples, et quiconque, mime sans être lié par des vob/ux^ mrait porté rhabit monastique pendant six- ans. Cëtait reproduire, « sous une forme plus radicale , Tédit d'Emmanuel-Philibert, du 2 mars 1563% et atteindre surtout les Jésuites au profit desquels il était tacitement abrogé. Victor-Amédée,moiiis à coup sûr pour rendre hoinmage aux vieilles institutions de la Savoie que pour ne paraître céder qu'à lu pression de Topinion, écrit à la marge :
€ Quoique les souverains puissent faire des lois motu proprio, néanmoins elles acquièrent un nouveau degré d'autorité quand ils les font sur la réquisition de leurs Etats qui sont composés du clergé, de la noblesse et du tiers. »
Les Jésuites jetèrent les hauts cris et demandèrent éaergiquement qu'on rapportât ledit; à les entendre, c'était la ruine de leur Société et de tous leurs collèges de Savoie, il
• Copié lui-même, mol pour mol, d'un édit royal pour le Dauphiné rapporté par Claude Ëxpiily ; il portait en préambule U formule habituelle du temps : les $ynâict de nos Es$aitnfnu 9fU fait dire el rmmtirer fu$, etc.
s'engage alors entre Chambéry et Turin une curieuse correspondance ; le duc a bien voi:du, pour un instant, approuver l'avis du Sénat, mais il n'est point fâché que l'attitude du clergé lui permette de revenir sur sa décision. Le 47 avril 1703, arrêt d'enregistrement et publication de l'édit dans les provinces; le 23 avril, ordre de surseoir à l'exécution de l'édit, à cause du tort qu'il fait aux Jésuites; le 28, arrêt de sursis. Le 4 mai, une lettre confidentielle de M. de Bellegarde au Sénat explique que Von a reprémiteVédit comme impie et Ihéréti" que, sam exemple au monde, eurUnU pour l'art. IV: il engage la Compagnie à rechercher Ue précédents, en France ou ailleurs, et promet d'y prêter tout son appui. Le \% le Sénat transmet à Turin un volumineux mémoire où sont discutées les prétentions des Jésuites; le 18, M. de Bellegarde félicite ses andens collègues des arguments décisifs qu'ils ont trouvés pour la défense de l'édit, il espère que le prince prendra des résolutions dignes de sa justice et de sa pénétration Le Sénat s étaye de l'opinion des niagistrats français, des arrêts du Parlement de Grenoble, et propose un nouvel édit réformé que le prince accepte. La rédaction de l'articfe FV admet désormais la faculté, pour les religieux profès, de rentrer dans leurs droits civils en faisant annuler leurs vœux dans les cinq ans de la profession. Cette satisfaction de pure forme ne contenta ni les Jésuites ni les cardinaux Strozzi et Sforza, envoyés à Turin par Clément XI pour peser sur les ministres,
^ Archives du Sénat. ^ Regûlre des billets royam de 1701 à 1703 (Lettres inéditesj.
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et le Sénat se léliciiait do sa propre adresse quand il écrivait en juillet 1703 : Nous admirons l edit royal dont Vheureux tour sauve les inconvénients et les murmureîi qui pouvaient naître de celui de 1702.
Malgré cet échange un peu forcé de bons procédés, Victor-Amédée se jugeait impuissant à défendre la Savoie, et il voyait dans ce pays de si vives et de si naturelles sympathies pour la France qu'il en proposa l'agrégation à la Suisse. Les instructions secrètes données à l'intendant ' Mellarède pour son voyage à Berne contiennent des articles qui se passent de commentaires:
t Obt^ir de Berne et de Zurich qu^on fasse pour la Savoie les mêmes observations que pour les pays qui sont auprès du lac de Constance ; proposer en retour de leur céder ses propres droits sur Genève, de renoncer définitivement au pays de Vaud; et, Hntéresi estant le ressort qui fait remuer ce corps^ vous vous servirez de ce remède à propofi (4 octobre 1703). — Ne se préoccuper que de Berne et de Zurich, car avec tous les autres il y aurait des lenteurs telles que la Savoie seroit occupée avant; il n'existe plus de traités qu'avec les Cantons catholiques pour lever des troupes ( le dernier datait de 1651), mais les Avuycrs calculent trop chèrement, il conviendra de lever soi-même, ùprix débattu, des particuliers. Le Valley accorde le passage aux Français ; exiger le même droit pour nous ; i'empécher s'il se peut par Berne occupant le pays de Vaud et pesant sur les Vàilésans (8 novembre). — Avoir recours au remède le . plus prompt, mais en prenant plus de précautions que jamais. Ne pas confier la Savoie au seul canton de Berne qui a toujours eu des desseins sur le Ghablais ; engager tous les Gantons protestants à garantir le duché et charî^er Berne de le défendre par un traité quiète tout prétexte de le garder (28 décembre). ^
M. de Mellarède réussit, en effet, à iaire
accepter par les Cantons le principe de la neu* tralisation de la Savoie sous la protection du corps helvétique ; mais le marquis de Puysieux, ambassadeur de France, sut empêcher une entente sur les détails d'exécution^ et la Savoie futenvahie avant que les conférences deSoleure eussent pu rien terminer.
La campagne de 1703 fut courte; en Piémont| elle se réduisit à des marches savamment calculées pour éviter une bataille; en Savoie, elle aboutit à la conquête de la province, en douze jùur$; le maréchal de Tessé ne rencontra qae qtielques bandes de persans tarins ar^ més par le comte de Saîes^. Tandis que Mellaréde et Puysieux font assaut de ruse et de courtoisie à Soleure pour surprendre la finesse des Suisses, le duc, engagé avec la cour de Vienne depuis le 5 janvier 1703, s'attache définitivement à l'Empereur; il en reçoit les territoires frontières du Milanais ^ et le secours d'un contingent allemand; mieux (|ae cela* le génie du prince Eugène^, ce petit abbé, dédaigné par Louis XIV et qui, devenu la tête et le bras de la coalition, devait tenir en échec pendant trente ans la fortune de la France.
* Comte de Saluées. Hi$t. miUt, Tome V, page 143.
* La Lornelline, le Vigévannsque, TAlexandrin, la vallée da la Sesia et les Langhes. (Convention du 26 octobre 1703.)
> Eugène (né à Paris le 18 oetobre 1663) i^tait le petit-fib da remuant prince Thomas» le beau-frère de la récente CUrestienae, et le fils de Faîtière et dissipée Olympe Hancini. Les jours de bataille, souriant au milieu du feu, ou mordant de colère ses gants et ses dentelles, comme à Turin et h Dennin, il semblait le génie de la guerre. Ën 1697, lorsqu'il passa de rétat ecclésiastique à rëtat séculier, il résigna Tabbayc de Taloîres en faveur de Ludovico délie Lanze. (Bulles d'Ionoceat XII XMflffrites an R^istre du Séoa^ XL, folio 54»)
Louis XÎV prend occasion de la naissance d'un lils de la duchesse de Bourgogne pour renouer avec le duc de Savoie des rapports de politesse mal traduits et mal reçus. La défection des Portugais, la prise d'armes des Cévenols, compensent les succès des généraux français sur le Rhin. Le duc Victor-Amédée, comme jadis Charles-Emmanuel, s'exagère les embarras du roi et repousse les ouvertures de paix en s'écriant : je ne veux pas d'une alliance qui n'est qu'oppression et d'une amitié qui m'avilit! Tolérant par intérêt, il s'accorde avecles Gamisards du Languedoc, arme les Vaudois, sollicite les Religionnaires dauphinois , reçoit Cavalier à Turin et lui donne cinq cents Piémontais qui se perdent sur les côtes provençales ^
La Savoie n'avait point essayé de faire résistance, car elle était au courant des négociations engagées avec la Suisse et ne redoutait pas le retour des soldats qui n'avaient laissé derrière eux que de bons souvenirs. Le 15 septembre 1703, le maréchal de Tessé entre à Ghanibéry avec douze cents hommes ; il envoie des détachements prendre possession des provinces; le seul château d'Annecy résista quelques heures. Le départ des Piémontais et l'arrivée des Français n'avaient pas causé plus d'émoi qu'un simple changement de garnison. Cependant le Si'UMt, qui aurait dù reprendre séance le 2 novembre, à l'issue des vacances, ne s'était pas encore assemblé le 17. M. de Tessé croit deviner dans cet effacement volontaire un plan concerté d'opposition et invite les magistrats à
- * Hardehal de Saint-Hilaire. Mémoirts milit. et poUt, L Livre IV. — Comte LaBiberti. Mmoriê éiflom, lU.
prêter serment au roi Louis XlVidans les vingt-*
Îuatre heures. Le registre des audiences pour 703 ne contient à ce sujet que cette mention d^une condsion pleine de finesse :
« Le Sénat, pour éviter que la justice soit adiniiiistrée
{)ar des étrangers, a délibéré de prêter sermenl et l'a ait le même jour. »
Comme en 1690, tous les sénateurs se rallièrent au nouveau répne; le premier président, Bertrand de Ghamosset, s*excusa sur son # fnrand âffe et fut remplacé, Tannée suivante , par Guérin de Tendn,randeii premier président de 1601 , révoqué en 1606, et qui eut pour successeur, en octobre 1705, son propre iSIs. Ce fut le seul Français que Finvasîon imposa aux Savoyens; le Sénat, la Chambre des comptes et les magistratures subalternes lurent maintenus avec les mômes attribuiiuns et le môme personnel. Le comte de Tessé remit le commandement, le 18 décembre 1703, au duc de La Feuillade. Ce grand seigneur, trop connu par Texcés de ses adulations, prit en Savoie une attitude pleine de morgue et de roideur, qui fit
flus d'une lois regretter la politesse de M. de 'es«é et la bonhomie affectueuse de Catinat. Les négociations contiiuiaient àSoleure et à Baden; M. de Murald, député du corps helvétique, vint à Chambéry (février 1704) pour s'assurer des intentions du roi; ses compliments furent amers.
« Les seigneurs de Berne et de Frihourg, tiil-il dans sa harangue^ ne prétendent pas que la conquête de la Savoie soit injuste; mais ils ne doivent pas plus négliger le soin de leur repos que celui de leur liberâ. Ils requièrent donc qu'il y ait suspension d'annes en ce pays jus-
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Îtt'à la résolution de la Diète de Baden. — Le duc de La 'eoillade, dans sa réponse, se plaignit de ce qne les Cantons , recevant incessamment des grâces du Roi^ y faisoient fort peu d*attention et ne se lassoient pas de lui en demander de nouvelles. — M. Escher, président de la Diète, relève ce mot imprudent dans une belle lettre à M. de La Feuillade: Chacun ayant fait ce à quoi il s'éloit engagé, il n'y a uas eu de grâce. Si le Roi avait l'intention d'envahir nos EM<, je suis chariié de dire que, plutôt que de permettre qu'on donne quei«iuc atteinte à notre liberté, nous verserions jusqu'à la dernière goutte de ■ notre sang. — Le duc, qui avait pour mission de caresser les Suisses, répond aussitôt : S'il m'est échappé quelque mol ou quelque expression dans la chaleur du oiscouTs, je TOUS prie de n'y faire aucune attention ^ car je n'en ai aucun ordre du Roi. Si vous n'êtes gas satis^ faits de la neutralité du Faucigny et du Ghablais, le Roi vous remettra encore Montmâian. ' »
Louis XIV reculait devant Tattitude de la Suisse; essayant de gagner du temps , il ne renonçait pas à rannexion de la Savoie, mais il hésitait à rompre. Au mois de mars, la Diète de Baden notifie les conditions de la neutralisation des Âlpes : évacuation de la Savoie par les Français; occupation du pays çar 2,000 Suisses ; à Montmâian , garnison mixte se composant pour deux tiers de Suisses et pour un tiers de Savoyens. Louis XIV, fort ému, ne pouvant accepter, n'osant refuser, trouva un expédient inattendu dans l'impatience de Victor-Ainédée. Le duc redoutait par dessus tout que les Bernois occupassent la province ; il aurait voulu les utiliser, mais à leurs périls et risques, sans
* ÂR. TURIN. Ambassade de Soieure ; dépêches de i\lella< rède, etc. MaxMO GIX. 98 et 107.) — Archires de Berne: eoounumcfttions de M. le secréieire d*Et«t de Siiirler.
engager l'avenir. J^a Diète exigeait uji i^age, et le duc essaya de ressaisi i\ en compromelt^nit les Suisses, ce gage aux trois quarts perdu. Au mois d'avril 1704, prulitant de l'attaque des Français sur Nice qui a dégarni la ligne des Alpes, le comte de SchuUenibourg passe le Sainl-l>ernard avec quatre bataillons et descend en Tarenlaise; le baron de Saint-Remy franchit le Mont-Cenls, rr'occu[)o la Maurienne, sans briller une amorce, avec trois bat'aillons et trois cents dragons, et ravitaille Montmélian. Une dépêche de Victor-Amédée à M. de Mellarède, en lui donnant avi^ le cette entreprise, le pressait de décider, à tont pr/.r,les Bernois à lui donner quelques soldats, si peu nombreux qu'ils soient, Venseigne y suffiroiL Le 12 avril, la Savoie paraissait reconquise sans combat. Le duc sollicite la Diète d'en profiter. Mais , le 15 avril, le baron de Saint-Remy, trop enflé de ses faciles succès, tente avec ouatre mille hommes l'attaque de Chambôry. M . de La Feuillade soit enfin de rinaclion siiii^uHère où l'avaient rcLeiiii les ordres de la Cour, le rejf'ite en désoidrc sous le canon de Montmélian , le poursuit dans la vallée de l'Isère et le reconduit en sept jours, tambour battant, dans le Val d'Aoste, après avoir forcé tous les cols de la Tarentaise d*' l-iidiis avec bravoure par les milices des paroisses. Ce succès tranchait le nœud. Le duc écrivit à Meliarèdc :
€ C'est une mauvaise espérance (|ue celle de la neutralité. C'est la maxime ordinaire des Suisses d*entamer des négociations et de les tirer en longueur sans prendre aucune ferme résolution, lisse laissent séduire à la promesse du roi de France de ne point incorporer la Savoie au royaume; nous ne voulons plus semer de
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Targeiit panm eux (29 mai 1704^). — Rompez sur ce chef; c'est une aflaire manquéc (4 août). j>
Quelques jours plus tard, la bataille deBlenheini août), peniue par Marsin et Tallard, livre aux Impériaux l'Aile magne el la plus belle armée <1e la France: les Anglais occupent Gibraltar; rLucirulue Cluu'les «lébarque à Lisbonne. Le due do Savoie l eprit roiïeiisive.
L'épuisement, la vieillesse de Louis XIV, que se disputaient les irdluences contraires de M'"<^ de Maiatenon et de la ducbesse de Bourgogne, se marquèrent aussi tristement en 1705 qu en 1704. Seuls, Berwick et Vendôme rétablirent en Italie le prestige des armes royales, La défense de Verrua par ^T. de La Koche d'Allery Ulostra la campagne de 1705 ; pendant ce siège de six mois, le duc Victor-Amédée, retranché dans son camp de Grescentino, fit preuve d'une Intrépidité rare et d'mie ardeur qui serait devenue du génie sur un plus vaste tnéâtre. Mais, à la fin de 1705, le prince Eugène bal en retraite sur le Tyrol^ Berwick fait une fois de plus h\ couquète du comté de Nice,el la dernière citai lellc de la Savoie capitule ; il ne restait plus au duc 'nie Turin, perdu entre des alliés douteux el (Il.< ennemis vainqueurs.
La citadelle de Montmélian résistait depuis deux ans aux sommations et aux attaques du marécbal de Tessé et du duc de La Feuillade. La ville sonfTrait d'aussi rudes épreuves qu'en 1690. Le 7 octobre 1703, les bourgeois .de Montmélian demandent au commandant de la citadelle des pionniers pour les aider à palissader les brèches ouvertes dans les murailles et s'offrent à les défendre. Le comte
deî Casellette répond avec dédain qu'il n'a que faire de cette avant^gardc de fantaisie;^ il ordonne qu'on porte dans le château les vivres et provisions et que les liommes valides aient à s'y retirer. Le 28 octobre, les syndics lui représentent qu'une compagnie de soixante des leurs s'est offerte spontanément , comme en 1090^ que plus de quarante jeunes gens de la
Ï)aroisse ont pris du service en Piémont, qu'il eur est impossible de faire davantage. U est probable que Tolficier piémontais leur tint rigueur, car les registres du conseil ne mentionnent aucune délibération du 28 octobre 1703 au 24 janvier 1706; il semble que la vie civile ait été suspendue. Depuis la retraite du baron de Saint-Remy, la garnison fut bloquée et, dans les dernières semaines, souffrit de la fiaun. Le comte de Santéna qm la commandait ne put, comme le marauis de JBagnasc, inspirer à ses soldats, trop nomoreux, Tardeur héroïque qui l'eût fait mourir plutôt que de capituler. Il battit la chamade le 6 décembre 1705. On y prit quarante-cinq canons, trois cent cinquante milliers de poudre et liuit cents hommes, parmi lesquels six cents Savoyens qui refusèrent de passer en Piémont. ' Pendant l'hiver, on dé-
* Les bourgeois dea vilios et les communiers dos paroissea . étaidiit obligés, par la contame et les ordoDnances» de. partnstre sous les arma au momt une fois l'an pour abattre l'uysean et tenir la jeunesse ercrcée cv ca^ de ba^oin. Ceux de iMonlnii-lian se dispensaient de Cl- devoir. En 1702, Je syndii* Bonnevie iait délibérer qu'on dressera l» liste dea absents cl qu'ils payeront ramende de & florins ^ilrcA. vMmmp,)
* Louis XIV écrivit au Sénat, lo 17 janvier 170(3, pour lui l^irepart de ee snecès aont il appréciait l'importance. La Compagnie a?«^Î9ta, en robes rouges, au Te Beuin chnnt<1 cette occasion dans l'église de Saint-Légefi comme elle Tavait fait»
molitles fortifications de cette ciel de la Savoie; c'était le mot d'ordre V
L'impéritie des généraux de Louis XTV perdait un à un ces Irêles avantages. La funeste bataille de Turin (7 septembre 1700) aboutit à la retraite des Français et à l'annexion au Piémont de trois provinces italiennes ^ Victor- Amndée, étroitement lié à la politique de la reme Anne^, attaché par un traité secret à la Prusse*, repousse avec dédain les ouvertures de paix et, rêvant de plus hauts succès, envahit la Provence. Battu sous les murs de Toulon,
en 1704 et ea 1705, pour la prise de Suzc, de Verceili d'Ivrée, et comme ello le fit pour celle de Nice. '
' Peudaal celle guerre, les généraux iran^ais firent table rase des remparts, des citadelles et des Tilles fortes qui lom-
bèreot en leur pouvoir : Suzo, Vcrceil, Ivréo, furent rasées en 1704, Vcrrua en 1705, Monimf'lian, Nice, Monlalhan, otr , en 1706. Chamillart appelait cela rogner /rv ongles du Savoyard,
* Carutti (1. 260 à 27'J) a fort exagHi *- le mérite dos vainqueurs ; lire le récit do l'utlicier Mengiu (lielat. du siège de Turin iVaprès det âoeumentt inid tt, Paris* 1832); le marquis Costa et d'autres auraient aussi pu consulter avec fruit le Journal histnruine du siège (Amsterdam. 1709.), réédité par le comte Solar de la Marguerite en 1838, et les Mém, du marquis de Saini'Simm sur les guerres du Piémont (Tome IV.Livre II).
* La reine Anne, le roi de Prusse et les Hollandais fournissent au duc de Savoie, à frais commiiinSt des soldats et des
subsiiîe'^. — Traité de IV^lin, du 2H novembre 1704; conveil-» tion de Crescentino du 27 décembre. {Traités. II. 239.)
* Articles secrets convenus à Turin , le 4 aoAt 1704, pnr 1 intermédiaire de Hill Atchaiu : v. Désirant oster à la France le pied qu'elle a en deçà des Alpes et pwrtoir à la seureté commune quemeneutent tes vastes desseins de cette couronne, etc. » Ln t i iijo ratifie la e(îSsion impériale de 1703, s'engage à faire restituer à l'Italie ce (/ul' la France poss?dp nn (ir}à rfpv Alpes. btipuie la liberté des Vuudois, promet de faire eilurt puur La cession du Dauphini et de la Provence, coaquis oa Bon, etc. {Archives de cour. VI. Négoc. avec l'ÀnçleUnrre. 335). Cet ' arcord se rattachait aux articles secret^ ronvenus avec Léopold, tu 1703, contre la France. (Traités publics. II, 203.)
il repasse le Var après cinquante jours de déceptions (août 1707)'; dans les premières semaines de 1708, les coalisés tbreent sur trois points la ligne des xMpes ; Villars les rejette en désordre au-delà du mont Genèvre, du Mont- Cenis et du Saint-Bernard. En 1709, Berwick imagiiio celte ligne de camps retranchés et de coiomics mobiles qui, par la disposition des troupes et la prestesse des mouvement s, lui permet de réunir, en trois jours, le tiers de ses forces sur n'importe quel point attaqué. Tournoux au pied clu Viso, Briançou à Fissue des cols du mont Genèvre, Ban aux au débouché de la Maurienne et de la Tarenlaise, sont les pivots sur lesquels s'exécute la concentration rapide des 18,000 hommes dont il dispose pour tenir tête à des généraux ardents, à des troupes nombreuses, dont la coalition renouvelle incessamment les ressources et qui occupent un front d'attaque de deux cents lieues.
Victor-Amédée retiise de commander Varmée d'invasion; deux allemands entrent en Savoie; le comte de Thânn par le Mont-Cenis, le comte de Schûllembourg par le Saint-Bernard. Berwick espère attirer rennemi jusque sous les redoutes de Barraux et lui livrer bataille, ou, par une diversion hardie, ramenant son centre sur sa gauche et sa droite sur Briançon . le prendre en flanc et en queue, franchir les Alpes à son tour et enle\ier Turin. Le comte de Thânn devine ce plan , il installe trois mille hommes à Suze, jette des garnisons en iMaurienne jusqu'à
* Voir dans 1«8 Mémoires da âne de Saint-Simon (Tome II.
Chap, XLT) ce que fut l'attitude des Provc^nraux , disant tout haut qu'il ne leur importoit à qtn ils fussent, M. de Savoye, qwi qu'il fih ne pouvant les tourmenter plus qu Us l'étoient.
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Aiguebeile, et pass(i en Taïuuitaise par les cols delà Vaiioise et de la Madelène. Les deux régiments français, qui avaient l'ordre d'évacuer lentement la Tarcntaise, se laissent forcer à La Roche-Cevins et à Conflans(27 et 28 juillet). Berwick occupe les Bauges, établit des redoutes en avant de Fréterive, et repousse la triple attaque des Impériaux qui essaient de rompre ce front défensii à La Rochette, à Jarsy, et de le tourner par Faver{;es et Annecy*. Le rigoureux hiver de 1709 repnt avec une intensité telle, dès les premiers jours de Fautomne q|ue le comte de Thânn se n&ta de battre en retraite sur Suze et Aoste ou il installa ses quartiers.
' Ces opérations se reliaient à celles du Nord (bataille de
M.ilplaquet, Il septembre; prise de liions, -20 octobre) et à une attaque des Piémontais pjr la vallée d'Oulx.
- Il fut si froid, (lue noyers et los rliûtai^Miiers périrenf par ]n gelée qui les iit éclator, nolnmaient dans la vallci; d« I.a Roclietto fAreli. du Sénat. — Enquête mr le procès cicil de Olopigny. Kog. de 1712, folio 164). Il s'en suivit la cherté dos hlds. Catherin Carpinel, al)bt? (i'Knîrenioii! nt df vrii !(■ !a îSainle-Cli.Mioîlp, s*m*\ it d'internnkliaire aux munitionnairrs îles troupes fr.iii ' uises; condamné comme accapareur, jeté en j>rison jusqu'à ce qu'il eut payé l'amende (arrêt du l^»* juillet IToy). il fut réliabilité sur l'ordre exprès de Louis XIV, ui;ili^r«* lu résistance du Sdnat. Œrgi-^frc d'entt'rineinent. '27.) Le froid et la famine furent universels en France ut eu Savoi»». A Versailles, les laquais du roi mendiaient par les rues. (Dnruy. Hist. des lenips inodefnts. 396.) A Malplrjquct. les soldais n'avaient ni liabils, ni souliers, Viliar.< /c. jcàncr à lour fie. rnlr on ne donnait du p;iin qu'à la moitié de l'armée qui était ♦ n marche. (Mémoires de \ illars et de Saint-Simon.) Le froid ne fit de tiïls ravages dans les campagnes que parce que la faim avait épuisé les corps et qu'il n'y avait ^.'uèrc plus rien ((ui soutînt l's àincs. — i>c froid ne d(^p;issa pas en moyrnrn» 18 degrés Kuauniur (l*eigDot. iJec/icrc/ics sur les grands hirtrsj. t. Le petit peuple d'alors n'était vêtu que de toîlo ; les maisons ne 80 réparaieni plus : la chaumière, ouverte h la bise sifflante, <îtait vî lf» dfl bestiaux, 1 1 f.inni!! > n'avait plus ces bor-^ compagnons, ces douT réchautleurs de la vie humaine qui, de leur.s
£nl710, les coalisés attaquent les Alpes dauphinoises; Berwick manœuvre comme en 1709, avec la même sûreté de coup-d'œil, et repousse
avec un égal bonheur rattaqut^ furieuse des Piémontais. Cet échec, les victoires de Vendôme en Espagne, Tavénement aux affaires de ministres torys, amènent un rapprochement entre la reine Anne et le cabinet de Versailles.
Victor-Amédée avait tout à perdre à une paix trop prompte ; sachant que Harley et Bolmgbroke cherchent à traiter sur les oases du faU (uxompli, il se décide à tenter en personne la conquête de la Savoie. H conduit avec talent et vigueur les débuts de la campagne de 1711 ; mais, retardé par les pluies du printemps^, ne prend l'offensive ^u'au fort de Tété. Le plan d'attaque fut celui de 1709; le 10 juillet, les coalisés, débouchant à la fois par le Moiit-Genis et le Saint-Bernard, se concentrent à Moùtiers; le 12 ils occupent Conflaiis; puis, tournant le massif des Bauges par la vallée de l'Isère et le lat (l'Annecy, tandis que leurs avant-postes, escaladaiii les crêtes, livrent des combats partiels à Jarsy, Ecole, le Chàtelard, le col du Fresne, la Chartreuse d'Aillon, Fréterive, Aîby, Cusy, et que Berwick, pour les forcer à livrer bataille, abaiiduiiiie l'une après l'autre ses plus fortes positions et se replie sur Barraux et Chapa-
toisons, de leur tiède lialeine, la défendeni puîssnnimiMjf. Ifi nature ne lut pas plus rude qu'en 1788, en 1829 ; elle n'eut pat- ëlé homicide si elle n'eût pas frappé sur l'homme nu dépomUé par Vhwnme. »
* La ville d'Annecy, compromise par une inondation terrible, dv 8 an 36 février 1711, fat sanvëc d'un désastre par le hrigndîer-gf'iK^ra! comte d'Imeroiirt et les syndics. fRelation inédit€, heure par heure, aa lolio 75 du Hegistre Ll Y dn Sénat.)
reillan, lis entrent à Saint-Pierre d'Albigny le 24, à llumilly le 26, à Chambéry le 27.
Yictor-Amédée installe son quartier-général sur la colline de Ghignln ; son front d'aitaque se développe sur les hauteurs qui, du pont de Montmélian à Téglise de Saint-Baldopli, mrment nn rempart naturel auquel les villages fortifiés de Francin, des Marches, de Myans servent de bastions, les marais de Tlsère de fossés. De là, jl couvre Chambéry,s' appuie au massif des Bauges, qui peut au besoin lui servir d'asile si la ligne des Marches est forcée, et assure ses libres communications, à droite avecIaFranche-Comté et la Suisse, à gauche avec la Tarentaise et ritalie. Pendant quarante-trois jours, le duc de Savoie occupe cette formidable position ; le territoire de la province était délivré de Tennemi, et cependant il ne réussit pas à provoquer les manifestations des Savoyens et ne put hasarder Fassaut du ciunp de Jiri wick. Des pluies continuelles détrempaient le sol, les troupes allemandes et ilalicuiies, bivaquant sur des routes défoncées, dans des villages abandonnés, n'ins-
Ï)irant que froideur et repulsion, décimées par a misère et les maladies, n'avaient même pas le stimulant du combat. Le 8 septembre, Victor- Amédée, la mort dans l'àme, se met en retraite sur Conllans. Craignant d'être bloqué par les neiges qu'annonçait un hiver aussi précoce que ceux de 4709 et de 1710, il recule à regret, livre aux flammes ses campements, et^ doublant les étapes, franchit le roi de la Vanoise le 13, tandis que le gros de 1 armée passe dans le Val d'Aoste. On a blâmé l'hésitation du prince à tenter le sort eriine bataille ; mais le duc, découragé par rindiiférence des Savoyens, n'ayant
dans sa main que (\q> soldats r't rangers, fut si navré de cette poignante déception que ses partisans ne purent que le plaindre. L'année 17i2 lui apporta de nouveaux chagrins; la mortfoudiroyante de la duchesse de lk}urgogne (18 février), cette aimable et ravissante enfant dont le duc de Saint-Simon a laissé le délicieux portrait; la victoh^e de Denain (24 juillet); Tinsistance de Louis XIV à repousser les demandes présentées ea sa faveur, depuis 1709, par les ministres anglais * .
En Savoie, les troupes de l'armée française d'oecupalion se concentraient autour de MontmélLan; cette malheureuse ville ét.al vouée par sa citadelle, plus que tuutes les autres cités de Savoie, aux nianx (^rapporte la f;uerre. Il semblait rjue !n rléuiolil'on du fort eût dù <»n écarter les armées; cepeiidant on v jnaintint le quartier-général; Piémontais. ! spa^jnols. Français se sentaient attirés sur ce roclier peuplé de souvemi's ; il leur semblait que le fait seul d'y poser le pied enchaînât la province. Ruinée?: par l'incendie de 1600, les maisons n'étaient pas encore reconstruites en 1709 : Montmélian est devenu lemoindre village du pays de Savoie, disaient les syndics, la plupart des habitanls ont abandonné la ville; il n'y teste pas sia; familles en état d'acheter du hlé^ les autres smt réduites à lamendidté^. La plupart avaient
* Lors des conférences dn marquis de Torcy et du Grend-
Pen-ir)(in.iirc Hoiiisius à La Haye (dëpèche du roi au prësidMit Rouille, >n avril 1709); puis à Gertruydcraberg (1710), et lors d*>«; mur les rédigés par Saint-John en 1711 et 1712. (Marquis de Ton y. Mémoim dipl m. III, pages 2 à 136. j
' D« Iti'Jl -1 17un, l'IU'piLùl Ji.silibua pauvres i quartes do iiit; par :3CLuaiiie \id 4U(ii le d« Moutioëliau vaUiu là liUes 69).
en effet vendu leurs propriétés à des étrangers^; il n'y avait plus de ressources communes, car le droit ae barre, le commun du vin, la ferme des boucheries et des fours - ne rapportaient plus rien depuis la diminution de la population. Les syndics ne pouvaient même plus Taire les frais annuels du rôle des bourgeois pour maintenir les droits de la ville et recouvrer l'arriéré^. Cependant, quelques étran<gers s'y étaient établis depuis la guerre, et le Conseil lem* interdit de mener des bestiaux sur le commun et mit un demeure ceux qui prétendaient à la Lum ^eoisie de remplir les condilioiis prescriles\ Au mois de septembre 1705, on fut obligé de devancer Tépoque habituelle des vendancres à i ause du dégàl que faisaient les soldais du liiocus ; les vignes les plus exposées au feu de la citadcVIle étaient celles où Ton maraudait de ]>référence.
L'occupation française ne pesa pas sur la Savoie aussi lourdement qu'on a bien voulu le dire. Après le début qui paraît toujours un peu rude^ d'une prise de possession, les réquisi-
^ En 1703, le commandant du fort exigeait que les bourgeois
fournissent le vin n la garnison. Les syndics lui pronv^mt qup tom les vignobles d'Àrbia et de Montmélian appartienut n f anr messieurs de Chambéry, que c'est à peine si Von trouverait quatre bour^eoig aymt des tngnes dant Uur clos,
* On payait au four banal 4 deniers pour la enlsson de chaque gros piiin, rt 8 sols pour la fournéedu prîil four (1726). En 47:31, les deux fours d'Arbin sont n!fprm< ^ 100 libres, plu^ la charge de fournir de bois la inaisun de v iile et les prédicateurs.
' £n 1706, dix-sept nouveaox bourgeois étaient débiteurs à
la ville de 2,080 florins.
* Le payement d'une taxe d'ontn'p ou trtfrngf. l'achat d'un fusil pour la milice et de trois seaux de cuir bouilli potir l'inrendift.
* Le 19 Juillet 1709, le$ bourgeois de Mouiméiiaii logent un
lions en nature et l'impôt en deniers se régularisaient, et les Savoyens regrettèrent plus d'une fois la loyauté et les ménafçcmenls de radininistration militaire de Louis XIV. Il suffit pour s'en convaincre de comparer le Mémoire sur l'état de la Savoie en décembre 1709 ^ remis par le Sénat à l'intendant d'Angervilliers', au Mémoire sur Vétat de la Savoie en décembre i 743, que la même Compare adressait trente-quatre ans plus tard a l'mfont don Philippe*. Au mois de mars 1710, les communes se concertent et envoient chacune à Chambéry un délégué pour choisir, à rélectioii, un solliciteur de qualité qu'elles entretiendront à Paris, à frais communs, pendaul la durée de la guerre, afin d'obtenir des réductions de taxes et toutes les douceurs qu'il se pourra'^. L'agent choisi fut le baron de Monllurt qui remplit sa mission sous la surveillance du Sénat ^ Les ministres français n'avaient pas attendu ses réclamations pour indemniser les populations des
détachement de pnssi^^o compose <î ^'û hominfs. 80 chevaux et 12 canons allant en Maurienne, ei se plaignent heauroup de celle dépense exorbitante. fReg. des délibérations, J Ils sont taxés h 32 quintaux de blé sur les 6,000 que doiveot fournir 79 paroisses de la vallée de Chambéry. Que diront-ils en 174-2?
' Docnnienl inédit publié sons le LVI dcâ Pièces /tislt/icaiives et suivi de l'ordonnance de l'intendant satisfaisant au
désir du Sénat (n« LVII).
* Pnblié par M. Bamier dans son Mittoire du Sénat., i 1 . 484,
^ Registres dit déUbératiQnt de Saint-Jean, Montmélian, ete. (3 mars 1710).
* Archives du Sénat, f Papiers divers ; liaues coléei 1712.) I,a correspondance d«! cet apctif 1711 cl ni5^ donne de curieux détails sur [{m iuddentâ du U Lour el &ur i dijupioi des sommes et des blancs-seings dont il réclamait h chaque lettre un noarel envoi.
dégâts causés par les passages de troupes ^ ; ,et la plupart des communes qui eurent à loger des soldats s'entendirent avec les officiers pour leur payer tant par jour, ce qui faisait une économie des trois quarts sur ce qulls auraient dépensé en nature'.
L'intendant d'AngerviUiers eut lemérite d'administrer la Savoie, pendant Toccupation française, avec autant d'énergie que d*équité. Lorsque le maréchal de lîerwick amène au camp dt» Francin dix mille hommes en doublant les étapes, sans avoir eu le temps de préparer des mag^asins, il demaiide à la ville de ( ihambéry iîM) quintaux de blé. Le clergé prétend ne contribuer que pour 10. el seulnmentàtitre dn don gratuit; d'AngerviUiers reluse une proposition qui ferait peser sur le tiers-état tnie cJtarge répartie également sur tous les orJ/^i.s, ut en exige 300 par provision. Le Sénat, systématiquement ennemi de la liberté du commerce % refusait d'exécuter Tarrèt du conseil de 1709 permettant la circulation des grains ; l'intendant répond à un mémoire de trois pages par un billet de dix lignes qui met à néant les objections:
â Siia Savoie est dans la jit'mii if* (|Uf^vous dites, pouvsz-vous craindre que les tU'augers aiiieai acheter dans
* Le 13 mttr^ 1710, le trésorier de Mont m»'] i an ro- oit le mandat d'aller (oucher 5 Chamhéry une indemnité lie 791 livres accordée à la ville pour les dégâts de 1707 el 1708. Moùtiers reçut 3,287 florins eo 1718.
* Cette proportion est avouée dans une délibération des syndics de Montmélian du 13 novembre 171S. Le capitataie
d'une fompagnie irlandaise qui y avait ses quartiers d'hiver reçoit 30 sols, son lieutenant 19, lus autres à proportion, et ils
se foumissent de tout, sauf le lit garni.
* Voir i^oz PR£U\ £S le docament inédit n» LX.
votre marché? Et si vous obtenez que cette liberté, dont certainement ils n'useront point, leur soit néanmoins interdite, ne vous 6tez-vous pas en même temps à vousmêmes les secours que vous pourries aller chercher chec eux si le commerce était libre ? Je ne puis rien changer à mon ordonnance, et je suis persuadé que si vous y faites réflexion, vous me remercierez de ma fermeté. »
En même temps , d'AngerviUiers admettait avec bienveillance les réclamations des communes, payait les iournitm'es, accordait des indemnités' T.es besoins de la guerre avaient fait éta blir dans tout le royaume ^1710) la âime royale, c'est-à-dire un impôt du aixiènie du rc^venu en sus des taxes ordinaires et extraordinaires ; la dîme fut remplacée en Savoie par une augmentation de la capitation évaluée 150,000 livres; on réclama. L'intendant établit par des chiffres que le Dauphiné, qui essuie tous les maux que Sùuffrela Savoie, payait 900,000 livres, et que la quote-part de la Savoie serait de 400,000 si la faveur particulière du roi ne Tavait réduite des deux tiers. Il faut ajouter que les Savoyens trouvaient à Versailles un chaleureux appui auprès des Jésuites et de la duchesse de Bourgogne. Aussi, en 1743, le Sénat proposait-il aux Espagnols l'exemple de Tarmée française. C'est fort mjustement qu'on a déclamé contre la conduite des généraux et des intendants de cette époque* .
' Comme il lîst prouvé par los archives municipales de Chaoïbéry, Muuimeiidu, Moùtiei s. Aiguelielle cl par la correspondance tdmiaUtratire conserrée à Plntendance de Grenoble et an DépAt de la guerre à Paris.
* « La présence de deux armées ('française et piémontaisej répandait la (errenr en Savoie; foii* fren\blaif (vt r nnms de La Feuillade et d'ÀuyerviUiers ; celle triple époque n'a de comparable que les plus sombres jours de 1793. » (Burnier. — Biêt* 4u SéwU. II. 146.) Le même écrirain « cepeadanf eonelalé
La lassitude des peuples imposa» aux cabi-
nets européens la paix à tout prix ; mais les prétentions du duc de Savoie parurent telle-
mentexorbitantus, que les conférences ouvertes à Utrecht furent aussi souvent rompues, renouées, abandonnées et reprises que celles de Westpliaiie. Victor- Arnédée, certain que ses intérêts étaient devenus ceux de F Angleterre * , se préoccupa fort peu de la reprise des hostilités; tandis que ses ambassadeurs, Taudacieux
laierrenr dc<: Esparjitulx, de 1713 'i 174!», et nilmi^ la modérafiol» dont les agmts du comité de salui puiUc firent preuve en Savoie (If . 361). — Il n'est pas ira lecteur do bonne lOî qni ne blAnio surtout l'exa^i^ération des paroltvs suivantes: « Après le Irailé d'Utrccht, la Savoie rf >pira. î'<'nd;iiil dirlongucs années Tjoîrc prnviiH O avait subi le ré ijime du sabra dans toute sa révolu tante briiiuliiii. 11 semblait qu'un eût pris à tùolie de lasser sa constance par nn système dliumiUationt et d'amnm qui eût réduit au désespoir nn peuple moins calme que le nôtre.» flbi' dem. Tome 11. Ch. Vil. 153.)
' C'est alors qne îo rahinel de Suiiif-.lame;? en\oya à Turin le comte de l'etcrborrow, qui aborda ie duc de Savoie avec une brusquerie de nature à déconcerter ses lenteurs calculées; il lui prouva qn^à hésiter plus longtemps il perdrait» aux yeux do In reine, les bénéfices de sa sitoatlon et que, la paix faite aYOC l'Angleterre , il resterait exposé aux justes exigences de i.ouis XIV . Ce langage décidé modifia lu conduite de Victor- Amédée : Ses représentants abandonnèrent leurs f rétentions chimériques de peur de voir un jour rejetées les légifiwus demandes fActes, mémoires et antres pihes anfh. concernant la paix d'Uirecht. I. 5^17. — L'Europe à Utrecht. — Le Correspondant. XXXV. 88a.}, et la Savoie se retira de la grande allianee. Les ministres anglais proposent de transférer Philippe V en Italie, de lui donner la Savoie, ]e Piémont et la Sicile, qut. après lui, reviendraient à la Fravce; le duc de Savoie devenait roi d'Espagne. Philippe V s obstine; Louis XïV hésite» ei les wighs, successeurs de la reine Anne , firent roi le duc Victor>Amédée nu profit de l'Autriche, pour qu'il gardât les Alpes contre la France et la séparât à tout jamais de VTtalie. Assuré que son propre succès est une condition forcée do la paix, Victor -Amtîdéo n eut donc rien à faire pour précipiter les iy^nemenlii'
Màttei, Tinsinuant Meilarède, se détaehai^nt deTAutriche pour passer aux Anglais, il consacrait à la reconstruction des villas ducales de la vallée du Pô, incendiées en 1706, des millions^ qu'il eut mieux employés à rei»arer les pertes que le passade des armées laissait en Savoie; triste imitation des ruineuses folies de Louis XIV à Versailles, à Marly, à Main tenon.
Enfin, le traité d'Utrecht fut signé le 41 avril 1713 ; il restituait à Victor-Amédée tout ce que les Fi aïK^ais occupaient en Savoie et en Piémont, et lui accordait l'ile do Sicile et le titre de RoI^
Jamais la Maison de Savoie n'avait été plus merveilleusement favorisée par les événements. Victor forçait la fortune à lui rendre plus qu'elle ne lui fit jamais perdre^ \ mais les blessures de la guerre se cicatrisaient lentement dans les provinces, et cet éclatant succès, dû à la patience plus qu'au génie, à la linesse plus au^aubon droit, consacrait surtout Tingratitude au Piémont.
En Savoie , les patriotes n'avaient cessé de désirer une solution conforme aux intérêts du
Fays. Un parti puissant, mais fort prudent, si on en juge par son attitude en 1711, continua pendant toute la durée de Foccupation Cran-
* DeaiBi. Sttma ddVIiaUa occidintak, XIV. — Carutti Stwria di VUiorio Âm$diù II.
* Voir le texte au Traités publics. Louis XIV échange Exiles, Fi'npstrello, les vallées d'Oulx, dii Rardonnèche et de Pragelas conlre la vallée de Barcelonelte ; Philippe V admit In droit de la Maison de Savoie au trône d'Èspagne, pour le cab où U ne laiaaeraii pas d'héritier direct ; la dynastie de Savoie a tovjours pria des précautions pour les éventualités fntnres, si improbables qu'elles pnrussent. T o< affaires italiennes furent réglées avec l'Autriche au traité de Kastadt ((i mars 1714).
' Maïqnis de SaintfHilaire. Mémoiru polit, 9i miUt, lil.
çaise, à entretenir avec les ministres plémontais une correspondance secrète; les syndics des Tilles étaient eux-mêmes en communication, et se tenaient mutuellement informés des accidents de la politique ^ On ne peut blâmer cette attitude, car entre Taccession à THelvétie, Fan* nexion à la France ou le retour pur et simple au Piémont, les Savoyens avaient certes le droit de choisir, et surtout de discuter le parti le Dioins contraire à leurs sympathies et à leurs besoins. Mais le priiico n avait perdu le sou-
voie avait tant de fois vu les officiers et intendants piéni mtais battre en retraite devant Tarmée française; ni de Topposition respectueusement énergique du Sénat de 1G80 à 1690, de 1696 à 1703; ni de sa malheureuse campagne de 1711; sans Tinsistance de Mellarède, nul ne se fût inquiété de la Savoie à Utrecht*, et les premiers actes de Victor-Amédée, à son retour, marquent une secrète amertume, à demi combattue par la crainte de trop brusquer la fierté natioiude ou Topinion des magistrats.
Victor^Amédée arriva à Saint-Pierre d*Albigny au mois de mai 1713^; le 5 juin, M. de
^ Je duQue aux PHËL'VES. n«' LVIIl el LIX, deux leUre:î iniditit «foi fétuineot cette sitnation. L'one de Hellarède aux syndics de Chamb^ry (U avril 1713). l'antre des syndics de
Chambéry aux syndics de MoAtiers (18 avril).
' L'art. X du Irailt' .^itpuln qnr» le eomraercf-' df> la France avef ritolic se fera : par lucr. au port du Villeiraiiche ; par terre, sur la chaussée de Turin à Lyon par le Mont-Ceois, Cbaoïbéry, liOS SeheUea» le Pont-de-Beanvouin. Il aTait été question d'adopter le pertuis du Mont Viso et les routes dauphinoises. La convention de Paris (4 ami 1718) régla certains détails d'eiécation et de limites.
* k cette date, nn ordre dn mi^istrat de la ôàaié interdit
laquelle la Sa-
Prades lit au comte de Schùllembourg la restitution officielle des Etats. Le 2 août, les villes, bourgs et villages de Savoie reçoivent l'ordre d'allumer des feux et d'illuminer trois nuits de suite, pour la paix, d peine d'amende contre ceux qui ne manifesteront pas leur joie. Le Sénat avait été invité à ne poursuivre provisoire» ment personne pour les faits qui s'étaient produits pendant Toccupation* ; cependant, le comte de Schûllemi>ourg révooue les officiers des bourgeoisies et fait brftler les drapeaux à la croix blanche qui ont servi depuis 1706*.
La cuur de Turin lit immédiatement publier Fédit de répartition de la taille pour les sept derniers mois de 1713, frappa des ré(iuisiiiuns de vivres jusqu'à ce que la réinstallation des services militaires lut termiuée, ordonna une taxe extraordinaire du tiers en '^us de rinipiH foncier pour la réparation des punis et chemins et leva deux régiments de milices pour l'Italie ^
toule relation avec rAlleniagne, la Suisse, lo'? r.n n •, inifi fes par la peste on suspe< ts de contagion. En noveni^ ic sur la preuve des mesures saauaires prises par Berne et uenève, on rétablit la libre pratique avec la Suisse.
< Billet royal du SI juillet 1713. La paix fut l'occasion de grandes fêtes à Cliambery, du 6 an 11 août.
* Lu ehandêlUi tl U drapeau neuf» ainti quêU^m d'/^on-
neur offert au comte do Scluillembourg à SOU arrivée, le 10 septembre 1713, roûtèrent 345 ûorias aux bouigeois de Mont-
niéiian. {Àrch. municip.J
* Les bourgeois de Montraéliari furent tirés à 5,750 norins 8 sols 2 deniers de taille et 1,800 ûorios décapitation pour let> sept mois de 1713 ; le 90 fë?rier 1714, ils sont taxés à 4,999 florins de taille, plus 1/3 pour les chemins; ceux d'Âiguebelle à 3,019, ceux de Moûtiers à 7|01S, ceux de BonneviUe à l,084,eie.
(la. CH. c.)
* Chaque paroi>>S(î y ouiribna, en proportion du nombre de ttê habitauti, d'apie^i une évaiaâtiou provisQiûe* L'édit du 24
La Savoie ressentait les premières atteintes des traités d'Uirecht;elle exagérait aussi, par ce sentiment d'égo'isme naturel aux peuples comme aux individus, les rancunes ou les prévi^^i()lls du cabinet de Turin: elle se plaignit d'être épuisée pour des besoins qui n'étaient pas les siens, pour des ami>itions qui lui devenaient étrangères, et ne mit point dans la balance les bienfaits dont le nouveau C4ésar accompagnait ses décrets absolus. Tandis que le roi échangera< la Sicile contre la Sardaigne et, pour tout ramener dans ses mains, fera appel aux maximes les plus hardies de l!esprit révolutionnaire, la peste va ierrilier les populations, le Sénat désertera son rôle séculaire, mais les communes n'abdiqueront pas leurs privilèges ; et, en dépit de ces contradictions apparentes, le progrès social continuera à marquer sa course par des étapes qui, pour être imprévues, n'en seront pas moins sûres. La mort de Louis XIV (1715) accentue les résolutions de Victor-Amédée eu Taisant disparaître dans ce subit naufrage tout un monde vieilli. Soixante et douze années de règne avaieuL appesanti sur l'Europe un joug intolérable; il sembla qu'un coup de vent chassait le brouillard et que le joui* se levait.
septembro 1713 ordonnanl le recensement d^s mâles no fut exécuté qu'en 17^8. Francin cl Ârbin i'ournirenl ensemble 4 hommes, la ville de Moolroëlidn 3, Gonflans 8, Thonon 9, Àa&eef 9, efo* (Arthmo mUilar$.J