CHAPITRE XIV
MŒURS 9 FINANCES, COMMERCE, INDUSTRIE. — LÀ VIE DE FAMILLE. — LES ÉTABUSSEMENTS DE CHARITÉ.
Le ii avril 1713, la dynastie de Savoie avait atteint le rêve qu'elle poursuivait depuis tant de siédes avec une merveilleuse souplesse et une persévérance que rien n'avait pu rebuter; c'est Mellarède, tin avocat de Savoie, qui arrachait à l'Europe, pour la jeter aux pieds de Victor-Amédée , cette couronne de Sicile si fatale à tant de princes. De nouveaux horizons s'ouvrent devant les fils dllumhert aucc blan^ ches mains, d'Amédée-Féiix et d'Emmanuel- Philibert; mais les progrès du peuple de Savoie ont-ils marché aussi vite que ceux de la dynastie? Le pilote est entré au port; y a-t-il avec lui conduit le navire? L'étude de la société savoyenne, de 1516 à 1713, peut seule servir de réponse à eMe impertinefUe qtiesUm, pour parler comme Louis XIV à propos du désir de Victor-Amédée de prendi e le titre royal.
Je vais essayer , en analysant la législation et en la comparant aux mœurs, d'établir ce que furent l'esprit, les tendances, les progrès des Savoyens de i7i3; et, s^ils valent mieux que leurs pères de 1516, nous ne ferons, pour notre part, aucune difliculté d'avouer qu'il y a autant de diHérence entre notre condition actuelle et la leur, qu'on en pouvait mesurer entre la puissance du nouveau roi de Sicile et l'autorité du premier comte deMaurienne.
L'histoire des individus est comme le fil qui sert à tisser l'histoire du pays : foibles, inconsistants dans leur isolement, ces fds, rattachés les uns aux autres, forment une trame solide sur laquelle les détails delà vie publique se détachent avec de plus vives couleurs. Cest souvent dans les particularités les plus intimes, disait le marquis Costa de Beauregard, que Von re^ trouve le secret de ces grands événements qui changent la destinée des naiions. Ce chapitre, composé d'éléments neufs et presque tous inéditS) est écrit pour les Savoyens restés fidèles au culte de leurs vieux souvenirs. La société, a dit un moraliste chagrin*, n'est que le conflU des égoîsmes que règle le respect apparent des convenances et de la loi; la force y triomphe guidée par la ruse. Triste condition de l'humanîté si cette appréciation était d'une exactitude absolue! L'étude du passé donne une meilleure idée de l'homme, parce qu'on peut mesurer le chemin parcouru ; puis, ne se console-t-oii pas du présent en vivant dans l'avenir? L'espoir, n'est-ce pas le grand asile et le grand levier ?
Interrogeons nos pères. Les scènes de mœurs
* H. laine. Btioù 4e wU%qu$ a d'tUttoire, 18ô7.
abondent dans les Archives, et c'est à regret que je fais un choix parmi ces tableaux.
€ Le 9 avril 1C63, Charles -Emmanuel fit son entrée solennelle à Chambéry, à l'occasion de son mariage arec Françoise d'Orléans. Les syndics allèrent rattendre au pré du Colombier, entre Buisson-Rond, le Bocage et la
couvent des Carmes, et lui offrirent les clefs de la ville; ils étaient suivis de deux cents bourgeois en habits i,Tisavec le manteau hîeii. Vuh venaient les chevalierstireurs avec le roi de i'uiseau, les gens de Mâché avec les pèlerins de l'hôpital, la compagnie des enfants de ville composée de cent vingt cavaliers vêtus de casaques de velours veit i^alonnc d'argenl, la croix blanche au bras. Trois cents gentilshommes à cheval formaient un seal rang sous les grands ormes de la route ; ils ament l'habit de satin vert ou de velours incarnat, des dentelles d'or et d'argent ; le marquis de la Serraz portait la cornette blanche; chacun d'eux était suivi de valets armés d'arquebuses. Les sénateurs en robes de velours écarlate sur la soutane de soie, le loquet de velours en tête, montaient des chevaux dont les housses traînantes, de velours noir, balayaient le pavé ; de grands laquais chamarrés de leurs armoiries tenaient les brides blanches el les etners d'or. »
Les paysans des villa^s étaient accourus, dans leurs grossiers habits de bure blandie^
Êour yoir passer les puissants de la terre. Âussi eureux de leur insouciance que ceux-ci de leurs grandeurs, ils dansaient sous les aibrés au son du tambouiin. C'est à propos de ces chansons et de ces jeux que le cardinal Le Camus, évéque de Grenoble, dit à un curé voulait les interdire : Eh! Monsieur^ laissez leiir aumoins la liberté de secouer leur misère!
Un mémoire du Sénat établit qu'à cette époq[ue la noblesse se ruinait en prodigalités folles, et que les gens de loisir d'une conoitiou moyenue
épuisaient leur patrimoine en imitant les caprices des gentilshommes*. Quelques années après cet avis, la régente Jeanne-Baptiste signait un édit prohibant Tusage des dentelles ou tissus d'or et d'argent; faisant défense aux hommes de porter des dentelles de filandre, de France ou de Venise ailleurs qicaux €oU letè, manchettes et cravates; aux femmes d'en mettre à leurs juj^e&f robes de ruelle^ manteaux j>lissés, moumùirs à moucher; chaaue délit était puni d'une amende de cent écus d or, dont le tiers au dénonciateur^. £n 1643, les magistrats de Genève avaient essayé aussi de mettre obstacle à l'exagération du luxe ; mais la Chambre deréforme, ses lois somptuaires, ses pénalités et ses remontrances n'avaient point eu un meilleur succès que les avis du Sénat et les édits de la régente. Trois ans après Féditde 1676, par une contradiction singulière, on autorisait
* Les premiers métiers établis avec privilège à Chambéry furent ceux à tisser les bas de soie et les dentelles d'or (Sénat. Reg. XLV.) ; il s'y faisait, en 1622, un grand commerce de verres el eolliers de Venise. (Patentes du priaee Thooias. ) Quant à la passion de la chasse, il suiïit de citer le débat de Tarrlt du 23 septembre 1598 : < L 'abus de la chasse est paa";^ si avant que jutqu'au menu peuple s'en faif une profession ordmatre, sans différenceny desUeax ny des Lestes, outre </ue pluxieursà cette oecamn udtteni him towomt la euUure de Murs fems el Vêiwreke de leuft méiairUs* »
* Don Antoine âr Savoie, gouverneur de la province depuis le 25 septembre 1676 jusqu'au 25 noveujbre 1677, dépensa l^endant cette période 8,590 livres 7 sols pour sa table. (Compte journalier dee dépentes de bouehe de Monteignewr arrêté parle mettre d'hôtel Rebot et rintendant Charrost. — Ârch. du Sénat ) Cette somme représente onviron vingt mille francs de notre monnaie, li est vrai qu'il se nourrissait de gibier les jours gras, delavaretset de truites les jours maigres; et qu'il fallait de la viande de boucherie pour les valets. Son pain, de fine fleur de froment (il fallait un setter de blé pOQT en faire ei» H* wrujt f eve&ait à % ilorins la lïTre-poids*
l'établissement à Gharnbéry d'une fabrique de dentelles d'or ; il est vrai que la régente se reti- ■ i*ait devant le parti piémontals et que la noblesse se souciait peu de lois somptuaires ^ .
Je ne cite plus qu'un fait. Une jeune bourgeoise passait pour riche quand elle possédait mille écus de capital et trois fermes d'un revenu de 472 florins ; elle avait le droit de vivre nabh' ment, c'est-à-dire sans travailler. La vie des femmes de Savoie se passait alors à TégUse, à la promenade, à l'assemblée, et, pour une fille de bonne famille, l'éducation se réduisait à ceci : être tenue bien en linge, apprendre à danser y à cha/nier, puis être mise au couvent jusqu'à ce qu'an lui ait trouvé un mari*. Quant auic femmes de maisons illustres , leurs bagues et joyaux*se calculaient, en justice, au vingtième de la dot et dépassaient le cin* quiéme dans Tusage^.
En jSavoie, comme en France, la manie des duels fut la conséquence de la légèreté des mœurs et de l'oisiveté générale. Il fellut y remédier :
€ L'édit de 1661 ordonne à quiconque a le droit de porter Tépée de prêfer le serment de ne plus jamais ?e battre en duel et de iTas^^isler personne, soit aux pourparlers soit au pré. Toutes les querelles entre gentilshommes seront déférées à un ti^bunal d'honneur qui accordera telles satisfactions que de droit, aux formes approuvées eu France. Les duellistes obstinés étaient
* Editda 96 août 1679, contresigné deLdscheralne.fBally. 437.)
' * Décret du Sénat réglant les condilions de la tutelle de Marie Mitonet, papille de Jean Arbareate, boorgeois de Ch«mbéry. nUff. dê$ twtatêUet de 1698 à 1711» folio 84.)
' Enquête dans le procès de dame Melchiotte de Saint- SéreriD, Teart dncoiaie de â^nufix. (Aeg. LiL)
ponis doiDMrt: mais les arrétsiie forent jamais néaitét
qu*en eflfiçie. Les chefs de la noblesse, en Savoie et en Piémont, MM. de Saint-Thomas, de Monaslérol, Fana, Âgoslino df Ile Lanze, Cumiane^ Pallavicini, chargés de rédiger le Code des satisfactions, déclarent que les rapports entre les Savoyens et les Français sont tels que les premiers ii'obser>eront volontiers (jue ce qu'ils voient déjà pratiqué par leurs voisins, en raison do ro que les inanièrps d'npir leur sont lainilières en toutes rîioses, mais siiiuulit i ( luent en ce qui regarde réiiiulalion â chercher la satislartioTi d'une offense dans le sort des armes. Dans ce rèfîieinenl, ou prévoit le fait d'avoir jeté une bouteille d'encre sur le sein d'une femme, d'avoir voulu lui couper le nez ou la robe, etc. d
Notez qu'il s'a^t des mœurs de la noblesse Et cela dans le siècle qui est demeuré le type du grand air^dela dignité imposante, avec une littérature fine, spirituelle ettendre*, au milieu des excès du beau langage et des ridicules de la politesse. Explique qui voudra ('(^s contradictions : la quintessence du sentiment^, les effusions du mysticisme \ en face des brutalités des sens et du mépris de toute pudeur\ Le président de La Pérouse et le niai^quis de Lul-
* Le règlement du 30 nov embre 1661, rédigé sur 1 avis de la noblesse, fnt oDragiatré au Sénat le 14 Janvier 1669 et les art!fies compléroeolairea le U mars. (Registre secret, folios 180, 194 et 204.)
* Pasfa] meurt en 1674, Racine écrit Phèdre en 1G7C, La Fontaine pul!T> ^^^x «^Tfi k-^^s Fdbfr^ 1G79. Bossuot imprime en 1081 lo DUcours sur l histoire ynivcrselle. En 1662, Molière STait donné l'Ecole des femmes, son meilleur Siiecès.
* V Aafr 'c. l'Atnadis des Gan}n, etc.
* Le in ro du jésuite Molinos a vingt éditiojiji du toute kugue. de 1G74 à 1680 ; do 1675 è 1695, deui jeunes iemmeb. M»** GnyoB et Marie Aiaeoque, one vcure et une religieuse, jetaieDtl'éqtû- ▼oqae dans le eolUi, préchant ViaUanii$wmtfU dam l'amomr,
* Lire les Ménmm ihi dus ib Smnt^Smmu
fins fiirent désignés comme arbitres de cette
nouvelle et délicate juridiction. Les intentions
étaient bonnes ; le désir de tout réglementer conduisit parfois à des couceptioab ridicules :
c Le gentilhomme qui aura donné des coups de bâton à un autre tiendra prison une année, payera mille florins
à l'hospice de Charité, puis recevra, étant à genoux, tète nue, et rolTensé assis en \mp chaise, le chapeau sur la tète, le bâton à la main, aulaii! de coups nu'il en aura donné, suppliant l'offensé de ( uiMdérer {\u il était transporte de colère lorsqu'il a commis cet excès. »
Dès 1680, il avait fallu prendre contre le jeu des mesures sévères. Les jeux à la mode en Savoie étaient le biribi et la bassette \ On comprend mal l'histoire de cette époque si Ton n'a
Sas lu les lettres de la princesse Palatine, celles e M*"* de Sévigné et les Mémoires de Saint- Simon. Ce maudit lansquenet faisait perdre à la duchesse de Bourgogne jusqu'à trois mille louis dans une soirée, et à M'"*' de Montespan 700,000 écus sur une carte. On prenait un maitre d piper comme un maître à danser; savoir tricher était Tune des conditions de toute éducation accomplie. Le bon ton, en plein Versailles, n'était qu un mélange singulier de folies, d'imperliiiences et de grossièretés que déguisait mal la banalité de T élégance ou le piquant de Fesprit.
Les sept nièces de Mazarin restèrent pendant trente ans les types européens de la fantaisie et de la mode; le récit de leurs aventures atteste rinconcevable légèreté d'une époque où
^ Édil^de Madamo-Royale. [Reg. du Séual XLV.)nyaTait cent é ;i]«t d'or d'amende contre les joueurs et 200 contre le banquier du biribi ; 500 ducatoas pour chaque table de baisettt.
Ton appliquait à des sottises les mêmes pas* sions ardentes qui, au XVl^ siècle, s'étaient epanouies avec tant de grandeur, dans le mal comme dans le bien* La connétable Colonna avait deux pages français, l'un de dix-sept ans, Tautie de treize, dont elle usait pour s'habiller; usage digne du temps (1654) où un cardinal infligeait à une enfant de six ans Tétrange plaisanterie qui amusa toute la Cour de France pendant trois semaines* ; où Molière avec G^orges Dandin (1668), Tliurnas Corneille avec Afadame Jo&in (1676), Racine avec Phèdre (1677), se firent applaudir par ceux-mêmes dont ils raillaient si amèrement la vie. Il est vrai que Bossuet écrit le Discoiirs sur V histoire (idSi) et que le savoyen Saiiit-Réal essaye de détourner du jeu la belle duchesse de Mazarin en Tintéressant à sa Conjuration des Espagnols (1674).
Hortense Mancini vécut, en eiïet, trois ans à Chambéry (1672 à 1675^ dans les rc flexions et dans V étude, dit son vieil intime Saint-Evremond; dans la dissij^aJtion et dans les fêtes ^ si l'on en croît son ancienne amie la marquise de Cîourcelles. Ce qui paraît certain, c'est qu'elle eut à Chambéry une véritable cour, qu elle y attira les hommes les plus distingués de la province, que les personnes les plus considérables se faisaient un prétexte du voyage d'Italie pour la venir voir, et qu'elle y donna de grandes jalousies à la duchesse de Savoie, car le duc Ty vint souvent visiter, l'invitait à ses chasses, et la recevait avec magnificence dans ses villas de plaisance * :
< En lire les détoilg dans les Mimoirn de de La Fayette.
* Saint- Evremond. Œumru. Edition de Londres. 1714* Tmm IV. IM à m. T^me V. 47,
< Elle étoit d*humeur A faire trois cents lieues pour
une aventure, et donna le branle h tous ceux de Savoye quiavoieni le goût de ramiisement et la vanité de paroître. Ses malheurs ont contribué à ses mérites. Elle est devenue pour la Savoye comme une lumière qui égaie ce pays sombre et ennuyé. Tî ne tient pas à son procédé que les gens du païs qui la Iréquentent ne s'estiment tous aussy grands seigneurs (qu'elle, qu'ils ne croyent Chambér)' aussi beau que Pans et Rome, et la YÎe qu'elle mène aussy agréable qu'elle en aye jamaii menée. Depuis sou séjour, on va moins à Tunn et Ton ne s'écarte plus guère ny vers Grenoble ny vers Lyon, tant sa maison a d'attraits. * »
Ces grands succès lui firent du tort à Turiii ; à la mort de son mari, la réf^ente exila Hor«> tense qui dut partir en plein hiver :
« Mais ce qu il y a de rare, dit la marquise de Courcelles, c'est que celle femme tnumphe de toutes ses disgrâces par un excès de folie qui n'eut jamais d*exem-
S le, et qu'après avoir eu ce dégoût d*étre chassée encore e là, eue ne nense qu*à se réjouir. En passant à Genève, elle étoit à eneval, en plumes et en perruque, avec vingt hommes à sa suite, ne parlant que de violons et de parties de chasse. \ »
A ce tableau enjoué de Gharnbéry devenu tout d'un coup un centre de plaisirs, de conversations et d'étude par la seule présence d'une femme d'esprit, — car l'esprit attire autant que la beauté et retient dix fois plus, — il n'est pas sans intérêt d'opposer un croquis de Genève, daté de neuf ans plus tard. On y voit le peu de cas que les hommes de ce temps faisaient de
^ Mémwm de ta êucktuê d» Maxa/fin, attribut à Tabbé dt SdDi-Réal. — Editions de Cologne (1676) et de Leyde (1678).
* Mémokn, Page 106. Edition de Jaanet 1866.
la nature et combien le tour d'esprit inclinait d*inslinct au pamphlet :
« Après avoir resté quehiues jouniée:> a Turin, nous grimpâmes les Alpes, nous nous rendîmes à (ienc ve, un samedi au soir, quatre jours après notre départ de Turin. Cette nlle est assez mal siluèe, bornée de tous côtés par des niuuLagnes et par un lac. Mais ses habitants sont si ardents au travail que, dès l'enfance, chacun s*exerce à imaginer quelque métier pour gagner sa vie. Là, pas un pauvre ne vient tous montrer ses plajes on TOUS infecter de sa puanteur dans les temples; la mauvaise foi du bourgeois n'y fait point rouler le carrosse du conseiller ou acheter des maisons nobles au procureur; là, une police exacte fait trembler les cabaretîers, les boulangers et les bouchers. Je m'étonnois que tant de braves gens ijussent être damnés; je m'en défendis moins quand je vis leurs ministres tronquer les Pères et se hausser sur leur propre vanité beaucoup plus que sur leurs vertus; et je fus aussi mal satisfait de Genève, où l'on croit autrement ([u'on ne vit, que de Komei où Ton vit à l'opposé de ce que l'on croit. ' »
A dire vrai, il n*est point de siècle où les jouissances délicates ne l'aient emporté sur les plaisirs sensuels; la seule différence est dans la mesure. Les grandLS (ianies ne savaient pas Torthographe mais elles pétillaient d'esprit et le multipliaient autour d'elles. Les espiût^ intelligents de la Savoie ne restèrent pas insensibles aux dix-huit lettres de Pascal à un provincial de ses amis (1656 à 1657), pas plus
* Mémoires du naaolitam RoMtlU (à U date de 168^. Perle. Chez Cleade Reffîa. 1714.
* Saint-Evromond écrivaitt seoe rire, k la ducheese de Ha-
zarin : L'orthographe de votre lettre n'est que trop exacte. Il n'est pa^ de la dignité d'une personne si considérable de bien
Îiie les coeurs tendres aux pages brûlantes des orrmU spin^ue/s, écrites par ^^o^» ^ 1683, dans ce chalet des environs de tnonon, oû la pourmivùit le diable des Urmlinea qui
venoit hnser les châssis. Mais pour expliquer toutes ces clioses, puur commenter les impressions ressenties à Ghambéry, Genève, Annecy, des luttes de Port-Iloyal, de relîrénéu persécution du roi contre ces austères Jansénistes, pour raconter Tintérèt (juc les femmes de Savoie, sérieuses, ainKUit(»s, prirent aux visions des Visitandines ( H>7r) j, aux alanguissements des rnvstiques(Fénelon, M"'*' de Gnarost, M" '' de Miramiun, M""*- de Beilegarde, M'"^ de Challes), aux services obscurs des sœurs de charité (1634), aux destinées nouvelles des enfants trouvés (4648), il faudrait écrire Thistoire des mœurs et l'histoire des lettres au XVII« siècle.
Les audaces des novateurs, les désordres de la Cour, les querelles des princes ne seront jamais commentés impunément par les sujets. L'esprit de révolte est comme l'eau qui smt sa pente et pénètre par d'étroites fissures jusqu'au
flus bas de Téditice. La Savoie, imprégnée des motions françaises , ressentit aussi quelque peu le contre-coup dun ambitieuses visées du prince Thomas et des insurrections plutôt so-
dovi. En 10 iU, les syndics de Ghambéry rédigent un règlement pour remédier aux cabales, querelles et tumultes qui troublent depuis longtemps les délibérations du conseil de ville.* Le dimanche des Hameaux de 1658^ le séna-
* Àxeh* du SéoâU A^g, ULLM, MM»ê.
ciales que politiques de la
de Mon-
teur Grassus et le président des comptes Mont- &lcon se prennent de querelle devant l'église Saint-Léger et en idennent aux coups ^ Les
débats de préséance et les conflits aattril>utions entre le Sénat et la Chambre des comptes furent aussi la source de fréqueiiU scandales, de 1602 à 1690; à ce point que les deux Compagnies refusaient de se rencontrer dans les cérémonies publiques'' ou de se faire les communications administratives utiles au règlement des affaires. Pendant Toccupation française, le marquis de Saint-Ruth et le maréchal de Catinat intervinrent en personne pour ^apaiser l'irritation des deux Cours.
Il fallait que la société savoy enne eût un fonds ■ bien solide pour que de pareils écarts n'y aient pas jeté le désordre. Il n'y eut guère d'éclats que par accident, et, au contraire des pavs voisins, la dépravation du goût y fut plus sensible
9ue celle des mœurs. Si, dans la seconde moitié u XVIP siècle, les routes sont devenues plus sûreSy les actes de violence moins fréquents, si certains faits, parla sorprise qu ils causent ou l'indignation qu'ils provoquent, révèlent un sentiment plus général d*apaisement et de sécurité, les procès criminels sont toujours la preuve d'habitudes éti'anges et d'excès odieux :
c Le 9 janvier 1666, quatre jeunes gens du Dauphiné parmi lesquels M. de Saint-Nazaire et les deux ms du Mrua de Pontcharray vêtus d'habits couleur minime et de manteaux gris» après boire, sortent de Montmélian
< AR. TURIN. JTalfrîtirtiirtdiefte. Magso XXXVIII.
> SENAT. Registre iecret, folios 199 et 351 Comme on le vit en 1663. lors des prières ordonoéM par leSéaat poor la natadk
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où ils étaient allés se divertir. A la croix du chemin de Francin ils trouvent un homme à cheval. — Hét Vami^ lui dit Saint-Nazaire en mettant la main au crin et se retournant vers les avancées de la citadelle, fi est-ce point là le clocher de Myans ? — Owi, répond l'autre, venez avec moi, je vous ferai voir les chanoines, qui nous saouleront sans qu'il eu comte rien. Puis, inquiet de la rencontre, il pique des deux et disparait. Les deux Pontcharra se rapprochentdeSaini-NazaIreettous trois, se tenant l'un l'autre par les bras^ sautoient et dansoient sur le grand chemin. Leur ami, unftisil à Tépaule, passoit dans les vignes. A quelques minutes de là, une vieille femme ramassoit des sarments; ils font mine de Teffrayer et Tun d'eux fait sauter son chapeau avec la pointe de l'épéc ; ^iir l'observation du plus jeune des Pontcharra, il le rMinasse, le lui enlonce sur la tête en blaspht'inant. continuent à suivre, en marchant plus vite, la route de (Jhambéry, Le soleil étoit fort Las. Saint-Nazaire resté quelaue peu en arrière se croise avec un soldat, Paul Bertnier, uaUi d Venue, qui revenoit de Ghambéry, à pied, sans armes, poussant devant lui un mulet chargé de cuirs. On ne put savoir ce qui se passa. Aux cris, les trois compagnons se retournent. Le mulet, tout saignant, détaloit à fond de train; Saint- Nazaire brandissoit 1 épée nue et dégouttante de sang en chantant : il est mort i il est mort sur ma fin t Berthier gisait à terre*, sur le dos, percé de cinq coups d'épée. La vue du cadavre les dé^isa; ils prirent tous ensemble le chemin des prés qui conduit eu Dan|)liiné. Le Sénat informe ; le duc de Lesdiguières sollicite la grâce de ces jeunes fom, gentilshommes de bonne maison, qui n'avoient point eu mauvaise mleniim. Le duc de Savoie demanda au Sénat le récit exact de ce qui s'était passé et retint l'affaire, vu qu'il s'ayissoU d an délit internaiionalj le meurtre resta impuni. * >
* Ce récit est textuellement tiré de la relation adressée par le Sénat an prioee, en réponse à sa lettre dn 6 mars 1666. (Registre secret. Folio 246.) En août 1664, les soldais de la garnison de MontffléliaD étaient venus forcer les maisons de plai-
Un siècle plus tôt, pareil fait n'aurait pas donné lieu à un si long récit, comme le prouvent les brèves mentions d'homicides que le Sénat note sur ses registres. Il y a donc progrès dans le sens intime, sinon dans la pratioue usuelle. Cependant, en 1679, rindiscipline des soldats était telle et le mépris de la vie humaine entrait encore si bien dans les mœurs, qu*un édit ordonne aux gouverneurs des citadelles et villes où U y a garnison, et aux capitaines de troupes en campagne ou en marche^ de ne lah^ Ber vagabonder leurs hommes dans les champs^ avec défense aux soldats de n'aller voler les poules aux granges ^ les herbes a ux jardins, les raisitis dans les vignes, ny de mettre la main à l'espée, à peine d' estre pendus et esiranglés.^
Deux autres épisodes montrent, avec les mœurs et les idées du temps, combien le Sénat avait de peine à faire respecter la loi, et quelle vigilance, quelle énerve il dut déployer çonr maintenir Tordre public. Jacques de Laracme^ fut tué par Jean Real; le Sénat décrélii de prise de corps le meurtrier et ses complices fugitifs; le duc écrit au président de 1^ Pérouse de surseoir aux poursuites et de lui envoyer le dossier dont il se réserve l'examen. Deux rappels sont faits au président qui persiste à ne point répondre. Le prince, fort mécontent, écrit au Sénat, qui s'explique ainsi à la date du 10 mai 1673 :
sanre, faire la maraude él rudoyer les paysans, just^ue daos les faubourgs de (.haiiiiiéry. flbid. folio '235.)
* Du 26 octobre 1679. Arcli. du Sénat. Reg. XVllI. F" III,
' En 1G72, le syndic Laracine, fort léb'' pour les intérAK- de Chafabéry, fit fabriquer Lvon un f'iiilon en fer da pied de ehambre t^ui servit de tjpe pour ic j^itd de Savoie,
^ « Si certains particuliers ont ce erédit de faire différer l'instruction de leurs procès et leur punition sous des prétextes plus s|)écieux que légitimes que ceux qui
entreront dans leurs intérêts donneront à leurs desseins, non-seulement le prince sera tous les jours importuné
Ï>ar de semblables requosles, mais il est certain que 'espoir de l'impunité multipliera les crimes. »
Cependant, sur les ordres réitérés du duc , le Sénat envoie la procédure à Turin le dO juin en protestant de son obéissance * ; comme il l'avait prévu, le dossier ne revint pas. La marquise de Pancaliere avait des difficultcs avec les Minimes de Thonon; la puissante dame sollicite de la régente révocation du procès au Sénat deTurin. Le président J anus de Bellegarde n'hésite pas ; il s'élève avec force contre cette ten- , dance à déplacer les procès, à enlever les parties à leurs juges naturels ; il termine en disant :
€ C'est là, Madame, à peu près Tidée de vos sujects deSavoye, paovresou riches, <iuel(iue qualité qu'ils soyent, qui seront obligés d'aller à Turin demander ou defifendre leurs biens dans une évocation dont nous estimons les suites également contre la justice et contre le service de V. A. R., non-seulement pour nostre pays de Savoye, mais encor pour vos sujects do Piedmont, qui pourroient oraindro insleinentaju'ès cesle ouverture que venant un jimr auiiuel il plairoil cà V. A. R. de nous favoriser d'une |jareille protection, elle pourroît les évocquer par devant nous au mesme péril des inconvénients et des désordres dont nous venons de parler. * »
L'état des finances ne s'était guère amélioré depuis le commencement du siècle: certains faits attestent toutefois la bonne volonté des
I A«9tf iTi iHr$U Folio 388» verso.
s nietm$n du 7 mai 1678. (Registiro S. Folio 330.)
ieaO-1718 — 468 —
intéressés pour diminuer Tincertitude des prévisions budgétaires et contrôler le maniement des deniers. Le 7 décembre 4635, trois bour-
Jeois de Chambéry, Georges Girollet^ Pierre losset, (iaspard Vallet, s'associent et prennent à ferme, pour trois ans, au feu des chandelles^ les greffes civil et criminel du Sénat, ceux du bailliage de Savoie et de la petite chancellerie, moyennant le prix annuel de vingt-sept mille florins l^es abus de rurbiUaire, les enUaves d'une réglementation exagérée, les douanes intérieures, eniiH chaient le mouvement, le commerce, la conseil m nation. La terre s'épuise pour payer rimpùt au fisc, la renie aii seigneur, la dinie au clergé. Les traitants et les lernviers des gabelles ruinent le pays à leur profit, comme les intendants dilapident la fortune des princes. En 1646, le duc de Nemours transige avec (leorges Gantellet, son ancien trésorier, et lui donne décharge de ses comptes moyennant un solde de trente mille livres tournois ^ Dix ans plus tôt,
* En 1619, un édit constate que, depuis longtemps, les revenus des greffes étaient diminués de moitié h cnnse do la faute qu'on avait commise de donner, par faveur ou à prix d'argent, des registres et papiers à des particuliers pour en faire les etpëditions. On ne trouvait personne qui voulût affermer les pefTes, la n(?;:;lignnco des privilégiés retardait les arrêts; ordre de tout rét iLlir aux greffes et de n'en plus rien divertir. (Bally. 256.) Le produit des greffes était fort variai)lc et ne re|K>satt pas sur des données bien sAres, ear ils sont adjugt^s en 1660, à F. Port, pour seulouienl 10,050 florins; on 1654, à Thiollier, potir 17,0^)0: on 1056, ù Tartavei, pour 19,700; en 1659, h ¥ Fort, une seconde fois, pour 22,950; en 1665, k Louis xUarcoz, pour 22,350 ; en lOûS, à J. Koujon, pour 23,850; en 1688, 34,800; en 1689, 16,050. (SENAT. Reg. XXXVI. 80; XXXVIII. 257; XXXIX. 145 et 308; XL. 150; XLIl 75 et 181 ; X L T 1 1 . 72, etc.)E n 1 698,1e grefTe civil seul s'afferm a 1 u , i< o U Oorins pour les trois premières années, 12,900 pour les trois suivantes,
* Acte passé à Paris le ii^avrU.iaeg. XJUVII. Folio 321.}
la ville de Chambéry s^était vue forcée de poursuivre en justice son receveur des gabelles, qui relusait de jusLifu r des recettes'. La ville de Rumilly qui, de toutes les communes de Savoie, se monti a la plus énergique et la mieux administrée, résolut à la môme époque de contrôler avec minutie les éléments de son budget et voulut qae, chaque année, le double du compte du trésorier de ville restât déposé aux archives ^. Les ministres de Turin étaient aussi embarrassés que les princes et que les villes.
Le Sénat s'était réservé le droit de désigner les officiers de justice, sauf Tagrémentdu prince. 11 ne paraît pas que ces charges fussent héréditaires; mais, sauf le cas de révocation pour fait grave^ le titulaire conservait, sa vie durant, la propnété de Toffice et en disposait moyennant un prix convenu avec son successeur; à chaque mutation, le trésorier ducal percevait un droit dont la quotité variait avec les besoins du trésor \
* L'arrél du Sénat (XXXV 1. IGG) condaume le receveur Rosâet à payer mcontinent 9,106 florins restés àns sar rimpôtds Tin.
* Un arrêt do 39 février 1708 (Reg. LUI. 124) homolognant le règlement nouveau de la cité de Rumilly, rappelle cette mesure comme déjà ancienne.
* Bn 1582, Gttillaumo Bracliet, secrétaire de Son Altesse, vieux et infirme, demande à être déchargé de la garde des archives en faveur d'Amé Poucet qu'il df^signe pour son successeur et qui lui paie trois cents ducats. (Reg. XXIU. F« 191.) Le 26 mai 1584 « Boston, des archers de la garde^ rend à Christin Broussin ^-n rhnrgc de châtelain de Maurienne {Reg. XXIV. 64); c'est ainsi que Claude Turrcl est nommé châtelain d'Yenne à la suite de la résigualion de cet oiiice par l'archer de la garde
3 ni en était ponr?n ; un antre archer, Moret, achète la charge e châtelain à Saint-Genix et la revend à Catherin Juiliaid. (Rp^. \Xin. 1^8 et 190 Kn 1631, nn vieux capitaine des archers de i hanihéry, l'ierre Rey, se dém^t de son office en faveur d un notnmé itaidioz pour mille ducalons. Gaidioz n'ohlient pas l'agrCment do prince qui le remplace par on bonrg^oi»
Les domaines privés étaient engagés aussi bien C[ue les cours d'eaux les mines, les sel** gneunes ^ ; on avait si souvent battu monnaie, sous le règne précédent, avec les titres de noblesse, qu'on n en voulait plus, les titres italiens coûtant moins cher^ £n 1698, dans rembarras des finances, à la veille d'un effort suprême, le prince libère les bourgeois de Rumilly de toutes tailles jusqu'au chiiSe de 1527 florins 4 sols
Ear quartier, moyennant la finance de 13,743 vres de France^.
La noblesse ruinée émigrait en France ou en Piémont*^; le clergé seul possédait encore de
de Ghambëry, Claude Petit, lequel paye une finauce de 1,600 duratons, dont 600 pour le fisc et 1,000 pour Rey qal résigne
son ottice. (SENAT. Reg. XXXV, folio ^259.)
* En 1707, on voulut vendro le droit d'utiliser l'eau de Laysse, au-deesne de Chembéry ; mai» il fat proii?é qne cette
eau avait déjà i^té iuféodéc, le G mars 1334, parle comte Amé à la famille Dieuleiit. (AR. CH. C]
* En 1627, le marquis de Lans rf^dni» ;i Cl. Garnerin, pour le payer de ses créances, le revenu des âaliaes de Tarentaise qui lui appartenait par concession du prince. ( Protocole du notaire Gey?roz.)-^ Pendant les troubles civils, le banquier grnnis Costa avait prêté au prince Thomas quinze mille duratousàlO 0;0. (SKISAT. Reg. XXXVfl. 33«. — Donation par Lazare Costa à son fils, datée à Gènes du II avril 1640.) — En 1655, André et Barthélémy Costa, de Gênes, pourvus de fiefs en Savoie et du titre de comte par les princes Thomas et Maurice, sont nommés, à leur sollicitation, gentilshommes ordinaires de la chambre du roi de France. (Reg. XXX IX. folio 180.) -
* Parmi les rares concessions sollicitées pendant cette période, je note les suivantes : En 1681, vente do château de Bassens à Saint«Séverin de Bressicn. cornette des gardes. (Reg. 4n Sénat. XXXV. I.) En 1683, érection marquisat de la terre des Marches et en comté de celle d'Entremont-le-Yieux au nom du président de Bellegarde. {Finances des titres. 38.)
* AR. Ch. G. Transaction des syndics avec le trésorier général, du 3 oelo6rs 1698.
" Voir les Archives de la Ch» dts comptes et YInveniaire des titru féodaus, «iBsique la quantité de seigneurs représenté^
gros revenus ; mais il était trop puissant pour qu'on osât y porter la main. Les cadets de far milles nobles y trouvaient d'ailleurs une carrière toute faite. Quant au tiers-état, s'il a vu diminuer les redevances qu'il payait jadis à la noblesse et au clergé, il n'a fait que changer de créancier; il paie les commis, les intendants, la gabelle, Farmée, et le lise n'a point les compatissances du moine propriétaire ou les pitiés du seigneur suzerain. Le prince s'inquiete pourtant de ne voir parmi ses sujets que des misérables ou des oisifs * ; il tente essais sur essais, et, dans Fespoir de surexciter le travaU national, il repousse Tindustrie de l'étranger, favorise Timmi^ation des ouvriers, affecte des sommes considérables aux routes, aux ponts et aux postes. L'un des faits les plus importants de Tnistoire économique de la Savoie est la création, par Victor-Amédée, le 15 décembre 1633, de VOffice d'abondance, société en commandite, pourvue du monopole du commerce et de l'industrie de ce côté des Alpes :
t Los ofticif^rs de rOlVico sont tenus à une mise de fonds de niillr' ccus ; ils partiripent aux profits et pertes dans la proportion de leur mise. T.a noblesse peut y prendre pari sans déloger* ; la caisse admet des coiiiptes-
par mandataires, lors des cérémonies de prestation do serment,
en l^^o, ÎG37, 1675, etc. Les gentilshommes en étaient réduits à ne pouvoir même pas payer les frais faits par leur^ tJéMgués
{)our réclamer contre cerlaioes atteintes portées à leur^ priviéges par les récents édits. ^Req> au Sénat da registre LlV.16.)
* Ce qu'il importe de préciser, c'est qoe Targent d'alors
valait, comme métal, trois fois plus qu'rtujourd'hui.et dix fois plus comme moyen d'arhpîor denrées. Il fallait le tirer d'un peuple trois fois moins nonilti eui, autant qu'on peut le conjecturer, et peut-être vingt fois plus pauvre.
* Cette disposition fat introduite parle Sénat dans l'arrêt de ▼^cation du 10 mal 1634.
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courants à trois mois de date ; les deniers de TOffice sont insaisissables. Par dérogation aux édits de prohi- Ution, rOffice peut faire le commerce des grains, exempts de droits i perpétuité à Feutrée. U peut im-
gorter chaque année mille sacs de ris de Piémont, des estiaux en nombre illimité, pourvu qu'ils soient répartis entre les cultivateurs, toutes les matières brutes, etc. En retour, il lui est interdit d'exporter les peaux et cuirs bruts, les soies écrues, etc.; mais il peut vendre à Fétranger, sans droits à la sortie, les fromages, les fers • et les armes Lp péage de Siize nst r-iipprinic pour les produits manufacturés en Savoie et destinés au Piémont; i'Oflice a le droit de construire des barques sur le Rhône, l'Isère, les lacs et d'y leiiii des commis armés pour les défendre. Le règlement du 27 décembre 1633 confia Tadministration de la société a un Conseil de six me I Libres du tiers-éUit, élus par les associés , un notaire ducal y remplit les fonctions de secrétaire.^»
Le Sénat y apporte des amendements pleins de sens et que justifiait Fétat économique et
social de la province. Il exige, notamment, outre
le droit aux gentilshommes d'avoir des parts dans la société, que le bétail importé ne sera jamais réexporté, que le secrétaire ne pourra recevoir que les actes des associés, que les châtelains des villes et villages livreront à VOffîœ les vagabonds et mendiants dont on fera des ouvriers. Ce dernier article contenait en germe ridée de nos dépôts de mendicité, et le prmcipe en était pius moralisateur. Les art. XiX et XX
* Sauf, poor les armes, h en offrir d'abord l'achat au lieutenant général qui les fni( taxer par experts. Los produits manufaclurés par l'Oilice portent, pour marque, de fabriques un cœur
fnmoDM d'ane croix. (AR. CH. C;
* Voir anz pièeêt juitifU^Hvet, document n* L, les stêtato de rOMcf qui n'ont jamais été publiés intégralement, pat même dans la MacutUé.
de Fédit avaient une gravité exceptionnelle; le Tprinee offrait des maisons, des terres et les privilèges ae bourgeoisie aux protestants qui
voudraient s' établir avec leurs familles à Chambdru, A nu CCI/, i^i^iitiHy, ou dans ioul autre lieu de leur choix. Ces trois lignes eussent été la conquête pacifique de Genève ; en dix ans la Savoie lut devenue une autre Holiaudo. C'eût été a('roin]»lir par le commerce, en 1634, ce (juMùnmanuel-Philibert, soixante-six ans plus tôt, n osa pas essayer par la politique. Mais un article additionnel' lit avorter ces larges desseins. Les familles qui acceptaient ces concessions avaient quatre mois pour abjurer; passé ce délai on les expulsait. Cette exclusion fut le ver ronceur du système ; cependant, tel quel, rOfficc a abondance, où ch€^n peut entrer en mettayitdes fonds^ estle premier essai hardi de décentralisation du monopole. Le privilège n'est plus seulement le caprice, la faveur du prince, il devient la propriété de l'initiative privée. Lorsque trente ans plus tard (1664), Colbert donnera l'essor à Finaustrie française, il ne fera -que développer la pensée de Victor-Amédée. Victor-Amedée attachait à cette institution une si haute importance qu'il eu confia la présidence à Janus d'Oncieu '. 11 ne suffit pas de fabriquer, il faut vendre ; à mesure qu'augmente la puissance de production, elle exige de nouveaux débouchés. Les promoteurs de Tédit d'a-
' I.ps îirchiv cs de Turin conservent le manuscrit original de
l édit; l'article additionnel est »''crit îj la marge.
* Lo Conservateur de r Office d'abondance était juge à'exce^ Cion, sanf appel au Séoat, poar toutes contestations entre marchandB ou banquiers à propos d'opératkms engagés» avec cette société. (iUg. UZV, folio m)
bondance ne roublièrent pas ; on établit à Ghambéry quiUrt' foires franches, précédunt de quinze jours les grandes foires de Lyon; deux semaines de tralic et un mois de transit permirent les transactions à terme, seul commerce possible avec Fétranger'.
Mais la Savoie n'était point assez peuplée ni assez riche pour sufiiro d'elle-même aux exigences économiques de Tédit de 1633; en écartant les protestants, c'est-à-dire tous les Suisses et les deux tiers des Dauphinois et des Provençaux, la cour de Turin avait mis & néant la seule combinaison qui pût rendre pratique cette belle conception. L Ofhce d'abondance traîna quel- ' ques années, puis disparut, faisant place aux corps de métier, qui se réorganisèrent presiiue tous avec de nouveaux statuts, de 1G40 à 1700, et à des entreprises privées sur lesquelles le prince reporta sa sollicitude. En 1o79, pour favoriser les quatre foires annuelles de Cliam- ])éry, qui ne paraissent pas avoir réussi depuis 1633, on accorde aux syndics le droit de juger sommairement et sans frais, pendant trois jours, sans appel jusqu'à cent ducatons, les contestations au sujet des ventes; la connaissance des crimes et déUts communs demeurant réservée au juge-mage ^ £n 1682, Jacques Béraud, de
* La durée pins OU moins longne des foires de Savoie est une échelle de romparaison sûre. l orsqu'il ne s'agissait que de réchange do prruluifs agricoles entre des populations voisines, les foires duraient au plus trois jours, comme les célèbres marchés d'Annecy en 1491.
* Lettres-patentes des H août et 15 décembre 1679. (Reg. XLV.) n ne faut pas croire que ce fûtnne nouveauté ; pendant
tnnt 1p niovfii-âge, le^^ rnntestations qui s'(^levaipnt nnt jours de mar- lié ( t do foire entre les forains, les colporteurs, gens venu:i> de iuia et i>ans attache dans la localité , se plaidaient
Lyon, installe à Chambéry une iabriquede dentelles d'or et d'argent; il obtient un privilège de vingt années et le droit de le céder*, mais il s'engage à l'aire venir de France et à entretenir à ses frais assez d'ouvriers habiles pour en former d'autres. Quelques années plus tard, le comte de Rochefort établit à Nezin sept fabriques de soie^. Le prince favorisait aussi l'industrie en accordant, moyennant finance il est vrai, à certains industriels ou opérateurs, le droit de se qualifier fournisseurs de S. A. et de placer sur leur enseigne les armes de Savoie^. En 1682, Louis Dufour était imprimeur patenté de S. A. ; il obtient que son £yis et son gendre aient la survivance de sa charge ; en 1715, Claudine Callou, imprimeur à Annecy, et Jacques Gorrin, libraire à Chambéry, achètent le privilège d'imprimer et de vendre^ pendant douze ans, les livres catalogués dans un état vérifié par le souverain Sénat ^
Avant de laisser à Finitiative privée le soin de recommencer les essais de rofBce d'abon-
gommai rement devant le juge des pitdi-gnt, des pieds poudreux (voir au Glossaire de Ducnnge les mots : Pedaneus judrr, pedanca causa, pedes pttherosij ; cette juridiction fort imimi tante se retrouvait sous le même nom en Allemagne, en Italie, en Angleterre* en Eeome.
* La parûlerie d'or fin doit être au titre de France, Genève» Milan, depuis onze deniers vingt grains jnsqu'à giz deniers et
non plus bas. {Patentes du 8 Janvier.J
* L'arrêt de vérification de son privilège est du 22 avril 1701.
' Des patentes rte re genre furent df^Hvrées, de 1682 à 1690, à Salvy La Grifoul. chirurgien à Thonon ; Claude Petit, orfèvre à Chambéry ; Glande La Biebc, peintre héraldique -, Glande Excoffon, confiseur; Ant. BooTiefi maréchal, etc.
* SENÀT. Reg. XLV, folio 123. — LVI, folio 146. Uliete de ces livres, fort curienee, est malbeareusementtrop longue pour être transcrite ici.
i6do-im
dance, le gouvernement s'était préoccupé des voies de communication, et des mesures furent
Ï)rises, à plusieurs époques, pour ramener sur es routes commerciales de la Savoie le transit considérable dont elles avaient autrefois le monopole, et qui s'en était détourné par le double courant de la vallée du Rhône et du Tyrol. Pendant les troubles de la guerre civile, on avait dû laisser prendre aux voituriers de Lvon les routes de Provence, plus longues mais plus sûres. Le service des postes et des relais de Turin à CSiambéry, Grenoble, Lyon et Genève, fut réorganisé dans tous ses détails dès 16S2. ' Les avenues de Ghambéry furent améliorées; on restaura le pont d'Arve, route de Genève, le passage de pont d'Arlod sur le Rhône, roule de Bourgogne, les ponts sur le Guiers, loute de Lyon ; les mariniers de Seyssel, de Ghiuiaz, de Lucey, d'Yenne sur le lUiune, de Pontcliarra sur risère, purent acheter et vendre des barues neuves sans taxes de péage; les quais de ébarquement sur pilotis des petits ports du lac du Bonrget, Hresine, Conjux, redevinrent aussi fréquentés que lorsque le lac était 'un vaste carrefour où se reliau'nt les voies antiques. L'édit de Moncaliere (20 décembre 1655) rétablit T obligation du passage par le vieux chemin du bailliage de Èovalaise et du Mont^ Cents, du pont de Beauvoîsin à Suze. Les marchandises de Hollande, de Flandre, d'Allemagne, à destination de 1 Italie, et celles dltalie pour le nord suivent la route d'AiguebeUe à
' Racrnltn. XXITÎ. OGl. — Dc^ conventions postales définitives furcni ( oaclues pour le tran^poi i et l'échange dp^; correspondauceb affranchiei, avec la trunce en 1690, avec la
s«iflM 011 nos.
lÔdO-1713
Faverges et de Faverges à Genève par le lac d'Aiiiiecy, la Roche, la vallée de l'Arve :
« Ordre aux paroisses de rétablir les chemins depuis les ponts du Guiers elle pont d*Arve, dans les deux directions, jusqu'à la grande croix du MonUCents; ordre d'établir dans les lieux d'étape des hôtelleries pour les
marchands et muletiers, où Ton ne fasse rien payer audelà du t n ri f arrêté par le Sénat ; ordre aux officiers locaux de lourniràtout niarrhand qui !p requerra une escorte de cinq ;'i vingt hommes moyennant la solde d'un Horin par homine et par jour. S'il y a aHatiue, surprise ou vol sur une lrtju|)e de voyageurs ou un t oiivui de voituriers, le tocsin sonnera de commune en conniinne, les habitants prendront les armes et courront sus aux bandits jus(^u*à ce qu'on les ait pris ou investis dans quelque maison forte ; s'ils s'évadent, les paroisses sont responsables du vol. i»
En 1668, les cabinets de Turin et de Versailles avaient concerté un système commun de surveillance sur le commerce de transit, afin d'ausmenter les revenus des taxes diminués par la contrebande ' . Le contrôle s'exerçait à Lyon par des commis de la douane de Suze, à Chambéry et à Suze par les agents des fermiers de la douane de Lyon ^ Cet accord était resté secret; réveil fut donné par la circulation d'ac-
* Le commerce d'exportation était considérable en France, mêmn avr^nt Colbcrl. Jean de /"Mémoires fmancicrs. VI. 182) eal'^ule qu'en 1658 les objet? fabrique française exportés pour i Angleterre et la Holiaiide s'élevaient à' 80 miiiiuuâ de Urres. De 1658 & 1659, il passa à Saze 704 ballots de soieries lyonnaises, pour une valeur moyenne de deux mille éeus chacou. (AR. CH. C. Fermiers de la dace de 8uze,j
* En septembre 16G4, Colberl publia le tarif des douanes. Il l'appuyait de considérations tinVs de cette lettre aux commis de Mortaffne où il disait : Soyax i^iutôt un peu dupes avec les marchandi que de gêner le commerce.
quits datés de Chambéry et Umbi'ésdes annes royales de 1^'rance. Le conseil de ville s'émeut; les syndics présentent au Sénat une requête pour expulser ces étrangers qui troublent la liberté au commerce. Le 21 mars 1659, la régente enjoint au Sénat de supprimer la requête séditieuse des syndics et de laisser à la Chambre des comptes le soin de s'occuper seule des questions domaniales. Le 23, longue et ferme remontrance du Sénat insistant sur ce qu'il s'agit de Fintérêt public, de rempiétement d'un
S rince étranger sur les droits de souveraineté u duc, de perceptions abusives qui écartent les marchands de Provence et de Languedoc^ habitués à traverser la Savoie pour se rendre à Genève, Bâle, Zurich, et déclarant qu'il est stnguiier que ces édits de douane n'aient pas été soumis à la vérification du Sénat ^ selon Vusage; que s'ils ont été tenus secrets c'est au préjudice de la justice et de l'intérêt du peuple. Courrier par courrier (le 27) la régente clotl incident par un billet, avec le contre-seing du marcjuis de Saint-Thomas; elle blâme le Sénat de cntiquer un règlement concerté pour le bien de Chamhérif^ destiné à devenir Venfrepôt du transit entre la France, V AUcmannc, Vlidiie, et l'invite à ne plus appuyer désormais les plainles irréfléchies de bourgeois disputant de ce qails ne connaissent pas ' .
Le service des postes avait été réorganisé pour les dépêches et les exprès officiels, par l'édit de 1614. En 1661, le marquis de \ illeroy,
• Archives du Séuai. Registre secret. IV. Folios 145 à IGO. C'était le troisième essai de lignes de douanes entre la France et la Savoie ; la traite foraint avait été abolie en la Watïle ef wnmUê troMrt» en I63ô«
gouverneur du Lyonnais, prêta son nom à une société d'industriels pour établir un service régulier de messagers dans les Etals de Savoie. Les patentes du 20 août lui accordèrent un privilège de dix ans pour le transport exclusif des voyageurs et des marchandises de Lyon à Chambéry. Turin et Milan ^ Cette concession n'eut pas de suites, parce que le Sénat refusa de l'autoriser avant qirune route de voitures eût été établie à travers la montagne de Novalaise. En 1664, nouveau privilège à une société lyonnaise poinr établir un service régulier de carrosses, de calèches et de litières pour les voyageurs/de transports à prix réduits pour les marchandises, entre Lyon et Chambéry^ Le Sénat réitère son opposition, faisant remarquer que la route proposée par les Echelles n*a pas encore été suivie par des voitures ordinaires, qu'il conviendrait a améliorer les chemins, d'établir des relais et des loiiements, d y habituer le public, avant de tenter les chances d'une entreprise dont l'insuccès retarderait indéfiniment tout nouvel essai*. Ces sages objections eurent pour résultat le percement de la route de la Grotte des Echelles et de celle des portes de C]iailles,en 4670. En 1679, Jacques Salomon et
* Reg .XLI, folio 298. — Le messager partait de Lyon le lundi matin, arrivait à Chambéry le mardi soir, en repartait le mercredi pour Tarin. 11 en coûtait 11 livres tournois de Lyon à Chambéry, 2(3 de Chambéry ù Turin, et 40 de Lyon à Turin, pour le transport d'un homme avec six livres franches de bagages, dépenses de bouche et cheval compris. De Lyon à Chambéry» la taxe des marchandises était de 8 sols par Ii?re.
* ReçUtre steret, folio 973.— Le Sénat,rappelant sa correspondance de 1659 et de 1661, insistait aussi sur la nécessité d une entente préalable aynr les autorités françaises pour eonTonir d'un règlement de douane, de transit et de police.
ses associés, au nombre de dix-huit, obtiennent pour six ans le privilège d'établir un service régulier de voitures de ( lenèvc à Lans-le-Bourg, avec le droit exclusif de Iraiispurt, sauf pour les sels, fromages et denrées du pays. Le ])rince, toujours préoccupé de ses prétentions sur Genève, n'exige qunne condition, c'est qu'avant de passer le pont d'Arve pour entrer en Savoie toutes les voitures seront marquées à ses armes. Le Sénat s inquiète peu de cette frivole satisfaction, mais il réduit le privilège à des proportions plus équitables, et, pour ne point ruiner les maîtres d' attelage de la Maurienne, du Faucigny et du fîenevois, limite le nombre des charrettes à deux entre Saint-Jean de Maurienne et Chambéry , à trois entre Ghambéry et Genève, et stipule que les conducteurs et commis seront tous Savoyens; il rappelle en même temps, sous les peines les plus sévères, la défense de faire des amas de grains et de profiter de la facilité des transports pour les vendre à l'étrangerLDes païen tes du 19 mai 168d autorisent un marchand de Turin, Bosco, à établir des entrepôts^ en Savoie et en Piémont, pour les marchandises de transit, et à employer autant de voitures et d'attelages qu'il en sera besoin. L'arrêt du 9 juin 1681 ir en permet l'exécution qu'à la charge d'emploTf er des commis et voituriers savoyens ; de ne point gêner les services directs de voitures établis entre Turin, Chambéry, Annecy et Genève; de ne point s'opposer à ce que les autres voituriers, si les chemins sont fermés par les neiges ou rompus
* Patentes du 6 décembre 167d, modiliëes par l'arrêt du 15 iéytim 1680. (Reg. ILV, foUos b et 47.)
par les pluies, déchaînent leurs marchandises sur la route et les y entreposent durant huit
joui*s et plus, sans abus. l5es haras d'étalons avaient été créés à Saint-Julien, Saint-Genix et Moiitméliaii * ; dès 1G50 ils s'utilisaient pour la remonte de Tarmée piéniuntaise. I.'édit de 1679% corollaire (iuancier de ces mesures économiques, détend de cotiser pour les tailles aucune personne d raison de son art ou indusfrie.
La surveillance du Sénat s'exerçait jusciue dans les plus petits détails de l'industrie et du commerce pour éviter la fraude et les talsifications^. Les produits agricoles constituaient toujours la meilleure part de la fortune publique en Savoie; les marchés de la Tarentaise* et du Faucigny étaient fort achalandés, et la suppression des prohibitions intérieures sur le commerce des grains avait triplé la production. Malheureusement les barrières économiques de la France et du Piémont empêchaient que le prix rémunérateur du blé vint compenser le
* En 1687, une circulaire adressée ans officiers locaux leur prt^scrit do fournir à Vuillerme« trésorier au pn'^sido de Monlmélian. le rôle des plus belles cavales des provinces, et leur enjoint de lui fournir sur réquisition, à prix diicrel, les grains et fourrages nécessaires à l'entretien dea étalons. (AR. CH. C.) Le prince Thomas de Carignan établit an centre des Banges» près du ChAtelan! un !i tr-ts et des fermps-modèles qui y onl rendu son souvenir pupukiire. Voir PREUVES, n*> LXXIX.
* 7 août. — RaceoUa, etc. Tome XVl.Tolio 35,
' Défense aui ri^ri'ier'; de fabriquer de la cire m<^langée, refus de leur accorder délai pour s'en déiaire; défense de mêler à la cire* même pour des cbandelles communes, du beurre ou de la graisse de boncherie. (Reg. Ll et LIX. Folios 19S et 38.)
* En 1631, les droits de eoustelage et d'iminage da blé dans la grenette de Hoûtiers sont aiïermés 3.719 flurins 10 sots l'an. (Proiopole du notaire Gudinel ) Ce prii élevé prouve que les transactions y étaient nombreuses.
Erodigieux renchérissement de toutes choses, i la récolte était bonne, le laboureur vivait, sauf à ne rien acheter en dehors des produits locaux; s'il y avait disette, sans argent pour faire entrer les grains étrangers, il rn«iiirait de faim. Il n'y avait à vrai dire de loi qu en matière civile ; pour le criminel et l'administration tout se décidait par des édits ou des arrêts ; et l'abus de la réglementation dénote l'embarras d'une organisation mal définie , qui vit d'expédients.
Malgré ce vice radical , la société marche ; de temps à autre, un des étais vermoulus du privilège se brise. C*est ainsi qu'en 1683 un novateur, Denys deCopponay de Grimaldy, seigneur de Ghàtillon, soutint contre les médecins et les apothicaires de Chambéry une lutte acharnée dont il sortit vainqueur, grâce à la protection de la régente et à Fappui éner^que du Sénat. Ici encore,au lieu de faire le récit du procès, je citerai le texte des plaidoyers ; croquis de la société médicale, détails étranges yxe Molière n'a point exagérés, attaques réciproques d*écoles ennemies^ les Galénistes et les Hermétiques,
2 ui rappellent nos allopathes et nos homœopales, tout 7 serait matière à une curieuse étude, si les proportions de ce livre ne me forçaient a seulement l'effleurer.
€ Copçonay, qui depuis vingt-huit ans exerçait la médecine chim ique àTétranger, demande l'autorisation d'établir à ses frais, à Chambéry, avec privilétrc pour lui et les siens, un laboratoire de chimie, destiné à fournir des droLiiie^^ saints et à ba< prix aux pharmacie et à démontrer iiimiecins le traitement simplilié des maladies; allant au-devant des objections, il déclare : ne vouloir traiter personne, attendu qu'il tiura assez d'occupatUms dans son travail sans s'amuser à des exer-
ckes qu'il laim àê dr&U am médeeinê; s'engager à fournir aux pauvres de la pronnce des remèdes graUiits ; refuser de s occuper de la tranmitiaiio» des métaux, épreuves qui ruinent la bourse et la santé et iont tndtgnes de l'art de guérir ; travailler en public, sans mystère ni superfluités. La régente prescrit au Sénat d'étudier TafTaire ; lo Sénat demande l'avis des jtratirieus de Chamhéry ; ceux-ci déclarent à l'unaniiin té (jue le projet deM. de ( (jpponay est absurde' . Le 8 juillet 1 083, Gopponay réplii|ue par un ménioirc au Séuat, rempli de traits piquants : — 11 est bien ^ui pM> d'entre réduit à vaincre aes oppositions en une entreprise où il devoit estre recberclié; il ne croyoit pas que pour la profession il une science oui, pari aveu des médecins mesmes mérite des gages, 1 ou se ûst un motif de n'en pas permettre réxerdea parce qu'il n'en demande point. 11 espéroit encore moins aue, pour n'avoir pas le nom de docteur par les formes, 1 on le deut traiter en homme sans doctrine, puisque l'on ne juge pas d'un philosophe par son manteau, et que l'on peut estre docte à la galénique sans y avoir fait la cérémonie de docteur.Cequiest encore bien sensible au sieur deCopponay,c'estde voir qu'une simple fameletteestrangère, à secrets pleins d'abus, est introduite partout % des
^ Cet acte, datédn vendredi 18 juin 1683, dans la maison du
sénateur Duclos, en pr^sprifo du sénateur Morrpl, est signé par les docteurs-médecins Pusoz père et ûls, Jarre. Audé, Ferragus, et les maltreâ-apoihicaires-juréi» Mermoz père el ûls , Ponet père et fils, Amtan père et fils, &abet et Bonjean. Les Savoyens méritèrent souvent le reproche que leur ont adressé le ruré Besson el Joseph de Maistre, de dénigrer l étranger, leur apportdt-il un bienfait, et de susciter mille ennuis à quiconque, même tmoitien, se pêmuUait d'oiooir plus d'esprit gu^etut, (LeUrea de 1808.)
* Peut-être Guyon, qui avait im secret pour lea éeroitelles etqni guérit beaucoup de malades à Annecy et Thonon. Depuis
le concile de Trente, ordonnant qu'an fermât les couvents aux laïcs, le^ rcligif^uses se soignaient l'une l'autre el avnieiu toutes quelque teiulure de cette science ou tout au moins de la pharmaceutique. M"^ de Nainteuon, dains son Régiment pour foi demoiselles de SaintrCyr ordonne expressément qu'eUatSicbeiit saigner et faire uo peu de médecine.
Sassants inconnus^ sans aveu et sans fortune , en un mat es charlatans, sont d'abord admis à débiter leurs drogues et raédicamens en public et en particulier, etc. Les
praticiens de Chambérv rncruvejit de vrinloir les relever du fardeau des cbarités ; iiiai> les mendiants n*onl^arde de s'adresser sans ari^ent à ceste sorte de inéderine où il faut qu'un niédeciu ordonne, qu'un chirurgien seigne et qu'un pharmacien médicamente, sans quoy le patient ne peut esj)érer guérir. Ces cbaritaljîes ()it|io«arits auroient-ils eu la patience de traiter des mendiaiit> peudaut quinze jours, un moy?, trois moys ou souvent pendant une année dans des maladies rebelles, s*Us n'en espéroient pas le loyer et la récompense ou de la ville ou des dames de la charité; il n'en sera pas de mesme du sieur de Copponay, qui peut guérir un pauvre sans quitter sa chambre,* et pour les riches, il < ile en preuves trois gentilshommes de celte ville, M. de Villy, M. Chevrier, le fils de M">» Briset de Saint-Porcher et le R. P. Magnein, gméris d'hydropisiepour 7 escus après que les autres ne les nroienl pu guérir pour 500 pisîvlrs. Que le souverain Sénat mette dans leurs mains des malades perclus et j)erdus, et l'on verra un soûl huinme et un seul rcm6de i^ut rir le malade briesveuicnt, au lieu que dans leur medecnie chaucellante il faut trois espèces de professions pour mettre le patient à mai. >
Le Sénat ne s'arrêta pas aux critiques des praticiens ni aux abus de ian([age de Copponay, vantant son remède unique, incorruptible, plue précieux que Ver potable, et qu'il tient de la hiérarchie cabalistique de Moïse, Hermès-- Trismégiste, Albert^le^Grand^ Raymond Lulle, etc. ; il se fit rendre compte des guérisons obtenues, du prix réduit des médicaments, et autorisa le laboratoire, mais à la coiitlition que Copponay rrafai/lero// à découvert, et rendroit aussitost publique chacune de ses inventions. C*est le trait que je veux marquer, si peu dans Tesprit du temps, où toute nouveauté était
taxée d'hérési(3, où cliaque succès médical incompris du vulgaire passait pour sortilège, ou le secret d'un inventeur se gardait jalousement au seiu de corporations égoïstes. Copponay ne ut trouver de logis en ville ; le pruice lui donna ors des murs, la maison blanche de Mâché; il y fit fortune \ autant par la vente des drogues et la guéiison de cor laines maladies réputées incurablt s, que par ces consultations mystérieuses qui taisaient fureur^ et ce goût de l'extraordinaire auquel n'échappe aucune civilisation. Copponay lut le Cagliostrode la Savoie.
L'aspect des lieux complète l'idée qu'on se fait des gens : le logis ou le costume devient parfois pour Thistorieii un trait de lumière. . Représentez-vous la physionomie de Chambéry vers 1712 : cette ville entourée de murailles
• Entre autres motifs de l'oclroî du privilège, les patentes expliquent qfic ce laboratoire ronservera dans le pays, par la fabrication des produits chimiques, l'argent qu'emportaient autrefois les médecins du dehors, chirurgiens, apothicaires et colporteurs. On suivait, en Savoie, la pharmacopt^o în Lyon, et les oflScincs élaienl fournies par le fameux droguiste Romand Copiez. Je doisà l'amilië du docteur Gaspard Dénarié deChamhéry, la commonicatioii des précieux âocvtinents inédite Telatifs h Denys de Copponay. L'année euiTante.les médecins^ pour se défendre contre une seconde aventure de ce genre dont l'éclat avâii singulièrement discrédité leur iicience. réorganisèreat leur corporation et en firent une société privilégiée : Nul ne peut exercer s'il n'est agrégé au Collège des médecins; pour être admis à ragrégation. il faut être catholique, dontenrfVnne Université, avoir pratiqué cinq ans, hors la ville, mais en Savoie, payer la taxe de 200 florins, etc. Arrêt de vérification des statuts du 18 novembre 1684. — Voir ci-après eliapitre XV.
* II faut lire, dansltô Mémoires contemporains, en qui se pa^ sait des deux côtés des Alpes. En France, les procès de la Voisin, de la Vigoureux, de la Fillastre. jouant la sorcellerie et faisant marché de poiH(m ^1^76-1680) ; à Turin , l'affaire du raoine Gandolfo et de l'avenlurier Gioja (1647), le procès de Giftcoaera (1669), etc.; à Aoste, eelui de llorgex (1678).
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aux tours rondes, avec ses trois faubourgs, ses couvents hors-des-murs dont les enclos bien fermés défient les surprises, son château superbe qui domine la vallée par la flèche de sa chapelle et les tourelles élancées de son donjon. Les juifs du quartier d'Allinges, barrA la nuit dans leur rue que traverse un canal fangeux, se consolent, par le luxe de leurs intérieurs, les chants, les flûtes et le calcul des affaires de banque, des avanies de la veille ^ Les bourgeois vont et viennent dans la rue couverte f le long du ruisseau d'Albane, attentifs au son de la cloche de Saint-Léger, palladium de la cité, qui sonne le feu, les assemblées du conseil et l'appel aux armes des compagnies de ville. Puis, au carnaval, les gens de Mâché s'k u iront par troupes joyeuses, les hommes à cheval, les femmes à pierl, précédées du tamhourin et du flageolet, dans les futaies du prieuré de Bissy' fêter la saint Valentin. C'est la fête des vignerons et celle des jeunes gens; on n'entend que chansons, coups d'arquehuse; on ne voit le soir que torches errantes par les chemins creux. Saint François de Sales ne toléra pas en Faucigny ces charmantes fiançailles des Yaientins et des Valentines, qui rappelaient
^ Voir dans le recueil de Duboin (Torac II. 398 à 702) ce qui a rapport à la condition des juifs en Savoie.
' Les Archives raunictpales de Chambéry renferment le texte original d'un titre de fondation, aussi rabelaisien dans le fond qne dans la forme, relatif à rofl^aode i faire au prieur de BissT. Quoiqu'il soit ndmis que le latin, dans ses mots, brave l honnêteté, je m abstiens de toute citation. Plus tard, sur la réclamation du Prieur, le Sénat défendit ces assemblées tumultvense» et fut obligé de rendre décrets sur déerets pour couper court à cet usage. (Archives du Sénat. Registre XLIY des ^ arrêts, déerets sur requête des 9 février 1668 et 11 fériier ItlTS.)
loao-iTid
<laris nos Alpes la vie patriarchale de l'Angleterre et de l'Ecosse sans v mêler l'abus du simsbéisme italien. Rien de plus curieux à étiiriier que la physionomie des villes de Savoie au XVIP siècle, reproduites au vif dans les estampes du temps'. Sallanches est hérissée de donjons; parmi les plus apparents se dressent la tour du comte de Menthon, celle des Rubins, carrée, au pignon d'ardoises flanqué de quatre tourelles, celle du seigneur de Montagny, celle du seigneur de Loches, celle du juge-mage, celle du marquis de La Serraz, celle du sieur de Beauregard, etc. A La Roche, douze clochers d'églises et de couvents avec leurs enclos; à Evian, trois forteresses féodales enserrent la cité, les châteaux de Blonav, de Marsilly et de SainIrPaul, tous au baron ae Blonay. Riais les châteaux des deux Allin^es, celui de Faucigny, d'autres encore, apparaissent en ruines sur les cimes; et des maisons éparses, le long des
rétreinte des murailles crénelées et forment des faubourgs ; la force d'expansion du tiersétat brise le cercle féodal; les corps de métiers et les couvents, devenus plus nombreux que
les seigneurs, se partaient Factivité, la richesse, l'influence. L'impression pittoresque, là aussi,
se trouve d'accord avec les révélations des archives. Mais laissons à de plus heureux que
nous le loisir de retracer ces vivantes images d'un temps qui n'est plus.
Les traits de mœurs l'ecueillis dans les dossiers criminels ou les curiosités reproduites par
• Iheatrum Sahaudiœ, — Planches IX et XII, gravées par Joannes de Broën. — Xdition de ITSK.
chemins, aux abords
ieao-1718
les chroniqueurs ne sont que les exceptions de la vie privée; on ferait fausse route en essayant de reconstituer la société du XVIl^ siècle avec ces seuls éléments. Il faut donner une hrge part aux habitudes modestes, aux existences paisibles de la famille chrétienne. Il y avait en Savoie, comme partout en Europe, des milliers d'intérieurs calmes où ne pénétraient guère les livres de VAmadis de Gaule, de VAstrée, et où la lecture de la Philothée, la méditation des Saintes écritures suffisaient à remplir des mois. En dehors du tourbillon mondain et des affectations religieuses y entre les secousses de la
fuerre et Tes troubles civils, vivaient de nomreuses populations que rhistoire a négligées parce qu elles ne se mêlaient au bruit de la nie que lorsqu'on sonnait le tocsin à leur paroisse ou ^*on s'arquebusait devant leur porte. Les habitudes de piété, d*ordi^e, d'économie de la famille bourgeoise contrastent singulièrement avec la vie agitée, inquiète des femmes de grande maison, leurs écarts passionnés, et les Sristes ora^^es d'unions souvent mal assorties.
Au XVIl^' siècle , le récit des aventures des nièces de .Mazarin* en reste le type aussi étrange que délestable; on a moins recueilli les traces obscures des existences honnêtes; il en existe pourtant : je citerai la touchante histoire d'un enfant du hameau de Pu<ïnet, près Charabéry, qui fit fortune à Arles coninie médecin; ce journal des travaux, des privations, des devoirs quotidiens de la vie conjugale et
* Mémoires de M*^* de Maxarin, écrits par l'abbé de Saiot- Béai, si Ton en croit Saint-Emmond. (Tome IV. 158. Edit de Lon^oB. 1714). — L'héroïne mousquetaire, Paris. 1677. — Mim, dê M'^deLaFa$4U0. CoUecOon ttUUH, Im» ULIV.
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civique est écrit de main de maître par la fille de 1 émigré, Jeanne du Laurem, veufve à M, GleyseK La lecture de quelques documents de ce genre consolerait des peintures brillantes et malsaines qu*on se plait trop à afficher comme Fexpression vraie du temps. Il y a des degrés entre le dévergondage et I austérité, de même qu'on rencontre la fierté d'Âlceste et la grâce de Célimène entre les ridicules de Bélise et les trahisons de Tartuffe.
Deux femmes résument à merveille les tendances à la fois mystiques et dissipées de la société savoyenne de cette époque; toutes deux . élraii gères, elles agitèrent ce pays. M"'<^ de Mazarin y avait apporté la passion du plaisir, elle y prit le goût de l'étude ; M"^^ CfUyon% sensiblement mystique à son arrivée à Gex, devint sœur de charité à Thonon. Un détail marquera ce qu'était alors Téducation des femmes du meilleur monde, aussi habiles à panser les malades qu'à rafliner l'analyse des sentiments. Se douterait-on que la même main a écrit les deux passages qu'on va lire?
€ Nul ne peut s^exempter d*aimer, car nul ne peut vivre sans cœur, ni le cceur sans amour. Goûtez de l'aroour, et vous serez plus savants que les plus habiles raisonneurs. En amour, comme en toute chose, Texjiérience instruit mieux que le raisonnement. Venez boire à cette source d*eau vive an lien de vous amuser k ces citernes rompues de la créature qui augmentent votre
^ Une famille an seizième siccle, Mss. de la Bibi. d'AiXi ÏWIblié par Ch. de Uibbo. .(Paris. 18GG.}
s y^me Jeanne-Marie Bouvières de La Molhe-Guyon, née à Muniurgis en 1648, veuve en 1076; morte à Blojs en 1717. £ile • fot persécutée fwodant bod séjour en Savoie (1681-1688) et obtint la preteetioa de la régente JeaDoe-Baptiete.
soif bien loin de 1 aj>aiser. 0 que si vous aviez bu à cette fontainC) vous ne chercheriez plus ailleurs tie quoi vous
désaltérer; mais si vous laissez celte source pure!
Lorsque je quittai Toraison, je quittai Dieu ; je dévias cette vigne exposée au pillage dont les haies arrachées donnent lieu à tous les passants de la ravager. Je commençai à chercher dans la créature ce que j avois trouvé •nDieu. >
c Je résolus, comme alors il y avoit à Genève des catholiques en service etautrement, de me mettre dans une petite chambre sans éclat, et sans me déclarer d'abord; et comme je savois faire toutes sortes d'onpuents, panser les puiyes et surtout les écrouelles, dont il y a beaucoup en ce lieu et pour lesquelles j*avoîs un remède très as'^uré, je me fusse insinué doucement en celte manière, avec les charités que j^^ l^^nr aurois faites, et de cette sorte j'y aurois gagné bien des personnes. »
Ce contraste ne rappeUe-1>>il pas le trait de la belle présidente d Âllery, vendant aux enchères publiques*, le 24 août 1735, ses cheveux
blonds pesant quatre onces moins un quart, dont elle avait lait don aux pauvres de rhôpital général de Chambéry?
L'histoire des paysans est, aussi, mal connue; elle est tout entière entre ces deux oppositions : des hommes réduits par les dévastations de la guerre d paitre rherhe à la manière des hâfes^, nt, an milieu de ces douleurs et de ces hontes, des a mes de paysans plus droites que des UgyieSj aimant la vertu comme natu^ tellement les chevaux trottent^.
Au XVII^ siède, la misère était cruelle^ la
* Le perruquier Grenat en devint marchand au feu de la ehandellet tous assemblés, pour 27 livres payées sur iabU. fDotwiuniê inéâUi publiés en 186e par le oMrqtiifl d» TniTeniay).
* 0iacoor8 da président Savaron aux Ëuts-Génëraiixde 1614.
* lêUrtê dêM^di SMffni. 1. 195. Kdit. de
disette périodique; on a la preuve, en »Savoie, par les édits qui punissent de înortUémigration, de l'intensité du fléau. Les motifs de cette situation douloureuse sont multiples et solidaires les uns des autres; ils s'engendrent comme la faute de la £aute, le malheur du malheur. £n premier lieu^sle noble n'habite plus sur sa terre; remplaçant un maître bienveillant, le fermier des servis et plaits pressure le paysan pour subvenir aux prodigalités du seigneur et a sa propre rapacité. Le travail ne donne plus de quoi vivre; le laboureur s'enfuit; il émigré, s'enrôle ou se fait bandit. Les biens de mainmorte vont s^élargissant sur le sol comme une tache d*huUe ; à proportion, l'impôt qui frappe les fonds de roture double^ triple. Le droit de chasse vient aussi apporter sa lourde part de charg[es et d'entraves ; puis, si, malgré le fermier du seigneur, malgré la taille, malgré la gabelle, malgré la dîme, malgré la chasse, la terre a produit ifôsez pour nourrir la famille besogneuse et maladive du j^aysan, la servitude commerciale est là qui fait pourrir le blé sur place, aigrir le vin dans la cuve, et ne laisse au travailleur que le désespoir d'avoir sué mort et famine pour tout perdre. Le rachat progressif des servitudes, en restituant aux paysans leur liberté, les avait en même temps privés des secoui's du seigneur, jadis obligé de pourvoir à leur entretien, même quand Tàge ou les infir- . mités les rendaient incapables de service; la suppression graduelle des aumônes périodiques, la décadence des couvents ont aussi retranché d'immenses ressources aux bandes nomades que nourrissait le moyen-âge et que les guerres modernes avaient accrues.
Les grands seigneurs ne mouraient pas de faim comme le paysan; mais leur détresse relative étaitau-delà de ce qu'on peut imaginer. — Tout crève icy de blé, écrivait M"»® de Sévigné de son château de Bourbiliy en Bourgogne, mais pas un sou marqué; j'en ay vingt mille boisseaux à vendre; je crie famine sur un tas de blé. Les misères affreuses qui désolèrent les vallées du haut Dauphiné et de la Savoie, de 1649 à 1667 , se renouvelèrent de 1670 à 1692, etne furent dépassées que par les hivers de 1709 à 1712, celui de 1771, et la famine de 1816 à 1817. Les charités privées se multiplièrent, et Taumône, sous toutes ses formes, pansa les plaies de cet incurable paupérisme, qui est la peste des temps modernes. Les grandes vues de saint François de Sales avaient donné le branle à Tassistance publique. En France, saint Vincent de Paul organisa la charité par les couvents, et M. de Bernières par des associations de laïcs et une sorte de gazette de la misère dont, bien longtemps après, Ozanaiu retrouva d'iuspiiation le providentiel bienfait.
Eu Savoie, la liste serait longue de ceux qui agrandirent et dotèrent les asiles créés par la piété du moyen-àge ou qui se préoccupèrent des pauvres honteux , des orphelins, des femmes malades : l'avocat Bastardin (1027), Claudine Martinel (1645), le procureur Boccon O^Vl)^ Georges Barbichon (1650), Nicolas Brun et Antoine Perrin (1652) , Marguerite Vettier (1658), Marguerite Romanet (1612-1603), le
f)rieur Gillette (1664), le comte de Saconnex, 'avocat Penot, Jean Giinet (1672), le sénateur Vibert (1691), Hector Roux (1701), Tavocat Mary Marc (1704)^ le marquis d' Yenne^ François
Bally (4711), la marquise de Favei ges (1724), et tant d'autres ouvriers obscurs de la charité chrétienne A coté des dévouements individuels et des sollicitudes qu'iuspirail la religion, il y avait les essais sans cesse renouvelés de la charité lé|:;ale pour diminuer le nombre des mendiants et soulager les vrais pauvres. Depuis loriLHemps, la paresse avait été, en Savoie, si foi't encouragée par les aumônes, qu'elle avait fait un mendiant de tout pauvre qui pouvait se remuer. Le fléau tlu vn^abondage résistait aux édils les plus cruels vainement on avait, à plusieurs époques, fait justice sommaire aes mendiants valides et dt s coureurs étrangers; cette vermine des grands cheminSj selon Fex-
Sression du Sénat, pullulait et se multipliait )n esipulsa quiconque venait du dehors, on interdit rentrée des villes à tout ouvrier oui ne montrait pas au moins cinq écus aux gardes de la porte, on entoura de mille rigueurs le droit à l'assistance, on ruina certaines paroisses en y internant tous les indigents oui en étaient sortis et qui n'y rapportèrent que l'infection du vice ; 1 ion ne réussit. Les ateliers de charité de Tho-
' Kn l!î47, en Angleterre, tout pauvre ralid»? qui restait oisif pendant trois jours était marqué d un fer ciiaud sur la poitrine et livré, pour deax ans, comme esclave, à qui Tavait déiMMictf -, sous Jacques on décréta la peine de mort contre les meQ' diants marqués au fer qtii seraietit retrouvés oisifs ou demandant l'aumône. En France, un édit de 16ô0, renouvelant les lois anciennes, condamne les femmes an bannissement, les hommes au fouet et, en cas de récidive, aux galères; en 1724, édit soiiiblable ; le 13 juillet 1777, Louis XVI décrète la peine des galères contre tout homme de 16 h 70 ans qui, n'ayant pas de moyens d'existence, n'aurait exercé aucune profession dépôts su mois. Dans la plup.iri des cantons snîsses, des oidonnaoces, de 1770 à 1773, condamnaient les niendisots à être emprisonnés, fouettés et è porter le billot aux jambef.
non^ d'Ânnecy, de Rumilly, eurent bienidt épuisé les ressources qu'on y consacrait; le dépôt de mendicité de Ghambéry devint un foyer de crimes ; la mortalité était de un sur
Suatre dans ces maisons d'asile forcé, et la émoralisation de ces assujettis gagnait les sur* veillants et les maîtres.
On résolut d'utiliser les hôpitaux uu la r^^^Ie des ordres religieux servait de garantie. L lios-
Îice de Saint-François de Chambérv datait de 370, l'Hôtel-Dieu fut fondé en 4047 par le bourgeois Théodore Boccon, Thospice de Charité en 1650 par la duchesse régente; los pauvres valides y furent recueillis, et Ton recommença l'essai des ateliers de Thonon; en 100*3, il était interdit, sous peine de confiscation, d'exporter de Savoie des soies moulinées ailleurs qu'au dit hostel de Charité^ ; et, pour favoriser le travail des pauvres, l'hospice était autorisé à importer chaque année de Piémont, libres de droits et de taxes, vingt-quatre balles de soie écrue, à la condition de les travailler dans son enclos. En 1675 ^ l'hôpital des pauvres malades fut établi avec une forte dotation et placé,sous la direction des Jésuites. Jusque-là, le Sénat avait eu seul.le contrôle des établissements charitables; il en partagera dorénavant la surveillance avec la CSompagnie de Jésus et les syndics*.
* Patontet du 92 juillet. Quelques semaines plus tard» Cha*
vany et VuIUermet. bourgeois de Lyon, obtiennent» en conn« dération de proa^ilés secrets qui font produire à meilleur marchét le privilège pour vingt ans d'établir îi Ciiarnbéry une fabrique de bas de soie. On leur impose l'obligalion de faire marché avec Thospice pour la foamitore et le monlinage des soies.
* Par coTnpensation, les administrateurs, an Itcu (V.^lrp nciasireiiiiyiij^.^tléiiaslîûijues et p^i!p<MueUi forent renouYelis
m-mi
En 1678, des Confréries de miséricorde s'établirent dans quelques villes, à Annecy, à Aoste, pour secourir les malades à domicile et rechercher les pauvres honteux. Les hommes intelligents comprenaient tout ce que la charité légale avait de terrible et de répulsif. Il fallut parfois faire la chasse aux mendiants pour les mener de force n V Ilnpif al général ; les malados nes*y laissaient traîner que quand ils ne [)ouvaieMt pas fuir ' ; la promiscuité du malade, du pauvre, du fou et du criminel y était telle, la vie si dure, l'arbitraire si hideux, que le nom d'hô-
ÏÂtal est lon^mps resté une épouvante dans a mémoire du peuple*.
En 1715, Tessai de 1666 fut mis en œuvre sur de plus vastes proportions; on réunit Thospice de charité de 165d et l'hôpital des pauvres de 1675 , sous le nom à'Hôj^tal général des pauvres dont Tadministration fut exclusivement confiée à des laïcs. On se préoccupa d*en écar- \er Foisiveté, d'en faire une pépinière d'ouvriers au lieu d'un refuge de fainéants. Rien de plus salutaire, en effet, que de moraliser les pauvres par le travail, de les relever à leurs propres yeux par le sentiment de leur valeur relative et de faire de la mendicité un mallieui" plutôt
chaque année et l'on y dut comprendre au moins r^uatre magit* Irats et trois conseillera de ville.
* Voir, dans la Correspondance administrative de la France (1600 è 17S0), ce qu'étalent les hôpitaux, les prisont et lee galères du XVII» siècle et du XVIIl*. — « On ne brigua les hô-
Îiitaux, dit Saint-Simon ^Mémoires II. Chap R0.\ la h^nte çt e supplice des pauvres, que pendant Thiver de i7u9 et à la suile des cascades de maux qui dérivèrent de cette désolation dit Toyaame : on les foyoit naguère comme la peste. >
^ fin Savoie, on ne mit à paré les fous et les épilemiquea, dans les hôpitaui, qu*& pariir de 1779. (RaecoUà, Tomé Xll.)
qu'un métier. Les magistrats de Savoie désapprouvaient rémigration des pauvres comme moyen curatif; ils avaient imité Finstitut du Mont-de-Piété de Thonon en établissant des caisses agricoles destinées à faire aux paysans des avances pour leur faciliter l'achat d'outils ou de semences*. Le succès de ces tentatives
Sarlielles détérmina Victor- Amédée à prendre es mesures générales par Tédit de 1717, que compléta celui du 15 janvier 1722. Le roi créa dans diaque pro\ince des hôpitaux généraux et, dans les villes,bourgs et villages^des bureaux de charité et des conseils d'assistance publique.
L'admirable réglementtransmisaux intendants et aux syndics pour la mise en nratiaue de Fédit fait honneur aux vues élevées ae Mellaréde. On
Îj prévoit toutes les infirmités incurables dont a société doit prendre charge; on y règle les soins particuliers à donner aux aveugles, aux sourds-muets, aux éiulepliques, aux ious, aux crétins, aux enfants abandonnés et aux indigents valides; on y supprime l'article brutal
' \h se trouvont il accord , ea cela, avec les philnntiiropôs moderoet» ; car la population se reforme bicntoi et, après quelques années, la misère est la même qu'auparavant — < Lorsqu'un pays est en proie h la misère et aux habitudes de désordre et d'imprévoyance qu'elle entrainn, la population doit tendre à s'accroître indéCniment. C'est ce que l'on peut observer en Irlande et dans noe psriielle la Savoie. » (NaviUe. D9 la Chariié légaU. 1856. IL 884.)
* Mùniifrummtafj. L'intérdt, qni se payait^ la récolte, était
d'habitude un seizième de la mesure prêtée; il y avait pou de couvent» qui n'euçsont un établi?spment annlogue. Les bienfaits de l'association appliqués, en Suisse, à la création des Frui- Nérsf, etaiTirant à ce merreilleni résultat de faire jouir dn bénéfice de l'épargne le lait, qui se perd en S4 heures, furent appréciés en Savoie ; on imita ces bons eiemples; quantité de TÎilages leur durent le saint.
qui proportionnait la nourrituré des pauvres au travail dont ils étaient susceptibles.
a Le but de rinstitutioii est de supprimer 7a mm" dicUépar le IravaiL On réunira daus chaque ville des dames de rharitd ou de miséricorde, car il esl des détresses que hi srith' main des femmes peut pariser. Dans chaque paroisse il meurt en moyenne deux personnes Tan, faute de secours donnés à propos, et il s'en débauche davantage ; il faudra exhorter les riches à faire bâtir, surtout à la campagne, à installer des fabriques et des ateliers; on donnera du travail de préférence aux jeunes filles et aux vieilles femmes, on les nourrira quelque temus, et lorsqu'elles auront amassé un petit péeule, on lai$sera les jemes se tirer d'affaire* Le règlement fait, avec beaucoup de tact, la distinction des pauvres houleu e et des pauvres gloriettXy et remarque que certaines misères deviennent insupportables et ne se peumU consoler dès gu'eUes ne à'ignorent plus. * »
Le comte Mellarède et les magistrats savoyens qui T aidèrent rlans la rédaction de ces statuts de morale chrétienne^ devançant les idées les plus hardies du XIX'' siècle, n'hésitent
{)as à proclamer le droit au travail et le droit à 'assistance.
<i II ne iaul pas, disent-ils, déterminer la part à donner aux pauvres selon le chiCfre des aumônes perçues; il faut donner à chaque nécessiteux ou le irmSÏ s'il est valide, ou l'indispensable pour ne point mourir de faim s'il est hors d'état de se rendre utile, ou enfin le laisser mendier, ce qui est le droit nat urel, si le public ne peu$ lui donner ni te travail ni Vassistance. »
Les Royales-Constitutions de d723 défendront aux particuliers de donner V aumône, et
^ Oaboin. Rowùtta de^fe tiggi» edillt^ etc. TomeXIi. 103.
ceci sera un tort* ; la misère ne peut être allégée que par le concuin s libre et spontané des initiatives privées; et, avant tout, dans le lot du pauvre, il faut jeter la sympathie et l'espérance. Ces essais ne furent toutefois que des alliatifs; ils aboutirent aux désordres de 771, aux. huttines aux suspects de 1781 et 1786. L'examen rapide d'une société où la fièvre des idées imprimait aux mœurs ce cachet étrange d'élégance et de grossièreté atteste le double courant qui se disputait le siècle : une brutale intempérance dans les faits, un instinctif élan vers le spiritualisme des idées et des lois. N'est-il pas permis d'affirmer, en face de cette continuité d'efforts vers le bien et de cette résignation soutenue dans le malheur, qu'il n'y eut pas en Europe , sauf ]^eut*étre 1 Helvétie, de populations mieux faites que celles de la Savoie pour apprécier la mardie progressive des institutions libérales, et d'esprits moins fodles à séduire par l'illusion de la fiberté?
* Ed France, il était défendu de faire TanmoDc dès 1350 ; cette défense fut renouvelée en 15-22, en 15 47, en 1656 et le
15 orfohre 1793, sous peine d'amendtv Un drrre! dn 5 ]uî!1p( 1808 créa dans chaque département un Dépôi de mmdicité; ce furent autant de foyers de corruption.