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CHAPITRE XVI

LUTTE DU SÉNAT CONTRE LES ÂBUS ECCLÉSIAS- TIQUES. — RACHAT DE LA DIME. — ACTIVITÉ DES COMMUNES.

La Savoie ) enfermée dans son isolement comme dans une prison morale, ressemblait, de loin y à un vaste couvent où tout se réglait uniquement sur la foi et où le peuple paraissait obéir à répiscopat plus qu'au prince. A ne contempler que Tapparente hiérarcbie, on croyait le peuple savoyen assoupi dans l'indifférence, deshabitué de la critique , abdiquant l'opposition. Erreur ! Jamais la lutte du tiers-état ne fut

S lus opiniâtre. Si elle ne défendit pas la Savoie e la servitude de Tesprit, elle suffit à y conserver la trempe des caractères et Tinstinct de la liberté. Les gens inçjuiets ou timorés qui s*eflrayent de la vérité historique diront, peutêtre, qu'il est inutile d'aborder de telles questions ; les esprits sincères n'y verront que le désir d'expliquer la politique par les mœurs. D'ailleurs, la comparaison du X.Vir^ siècle avec

le temps présent iVest-elle pas tout à l'avantage de l'Eglise coiileiaporaine? Qui donc serait assez mal inspiré pour nier, là aussi, le progrès?

De 1560 à 1713 , un pouvoir occulte avait grandi à l'abri de celui du prince ^ ei^ tandis oue la noblesse se courbait sous la verge de 1 huissier du Sénat, que le prince lui-même hésitait à imposer aux magistrats ses lettres de mssion,le clergé seul, renouvelant vis-à-vis de la Cour suprême l'opposition que les prélats avaient faite à la dynastie pendant quatre siècles, tenait tête aux sénateurs, les lassant et les brusquant toui* à tour. L'institut monacal, qui fut Thonneur et le salut de plusiem*s siècles ^ , succombait alors sous le poids des vocations forcées, de la clôture et de la commende''. J.:i faveur du prince y remplaçait Félection^; la noblesse se partageait les prébendes bien pour-

* Voir lome l•^ pages 134, 158 et 210.

* Jean-Louis de Savoie, liuilième liis du duc Louis, fut. à l'Age de 12 ans, toal h la fois évêque de Genève (1460} et administrateur perpiéloel des abbayes d'Ivrée. de Staffarde, de Ctnobe, d'Ambronay, dt^ Saint-Oyen, des prieurés de Conlyniine, de l*ayerne. de ^antua, de Komatn-Moùtierg et des coin m, m deries de Saint-Antoine et de Saint-Dalmace de Turin, (tiuiclie- DOD. Savoie, I. 639.) Voir, pour la triste condition de certains moines, Vélndo do Léon Menabrea sur VÀblaye d^Àulps,

* Le prince nommait des bdnéficiers clercs on laïcs ; en cas de vacance, il désignait an économe pour administrer les reve-

iMTs: un prieur clnustral eonseryait I administration spirituelle. Ce droit, dérivant des ronrordals d'Amédée VIII et de Charles 111 , fut quelquefoi^ï contesté en cour de Rouie ; le Séuai en résnma les origines et les molifs dans nne délibération secrète, du 31 jnnvicr 1698, qui est un modèle de discussion et de logique.— De tant de milliers d'abbayes d'hommes fond^^es en France pendaui treize siècles, il n'en restait, en 17Ô9, que iiO qui fussent en règle , c*c9t-è-dire demeurées en possession da droit d.'ëlire leur abbé et de dispo.ser de leurs revenus. En Savoie, il n'en restait qu'une, l'abbaye de Tamié. Malgré les ordres da

vues*, administrait mal', résistait à la surveil-lance de l'épiscopal^ ; les clercs réguliers, associés à (les laïcs dissolus et devenus lesirrégnliers de l'Eglise, scandalisaient les fidèles par l'équi-

roi Victor- Amédée (1727), l'aveu de l'abbëde CJicaux cl l'aviddo Sénat ni^H), elle obtint, en 1733, que le roi Ciiarles-Emmanucl lu rendit aux religieux l'nN<TTe de leurs libertés capilalaires. Voir l'Histoire de l'abbaye de Tamié.

' Je ne citerai que quelques noms pris sur la liste des bdnêficiers (Archives de Turin) : Mclchiol de Griliy, abbé de Sainte- Mario d'Abondance (IQ-U) ;dora Gabriel de Savoie, abbé d'Aulp.» (lùlS): Balthazard de Dizernicu, prieur de Saint-lJertm ; Lonis de Kevol, prieur de Saiat-Genii; Antoine de Savoie, doyen de la Salote-Chapelle (1664) ; Bertrand de La Pérouse, prieur de t'hindrieux: Alph. de Stmiane, prieur de Saint-Genix (1665): Gerbaix de Sonnaz, prieur de Cliindrirux (16^0) , Cé{>ar de Saint-Martin, abbé de Talloires ; Ëiéonurdo Lueey, abbessede Bonlieu ; Ant. de Savoie» abbé'de Hautocombe (1652) ; Benott de Chevron, pais Miiliet de la Poi pe,archevèqa88 de Tnrentatse (icr^'j), etc., etc.^ — De 1510 à ItiTl, les huit abbesses de l'abbaye de Sainte-Calberin " d Annecy appartinrent aux plus grandes familles de Savoie. (S(^nut. Ucgistn- secref. IV, folio 66.)

- £a 164â,Maduuie-Koyale autorisa les religieuses de Sainte- Claire^hors-tes^Murs, de Gliarobéry, h remplacer l'abbesse perpétuelle par une abbessc élue pour trois ans, et leur permit de faire demander ('(/fm'^xne riere les Etats pour $e nourrir et acquitter les debles du inonwlère ruyné par lex abbetset ptrpéluelUt qui l'avoient gouœmé dans le patU* (Beg. XXXVIIÎ, folio 94.) L'abbaye d'Hautecombe qui possédait, en 1684, des propri«.^lé.> dans cinquante-quatre ]nroisse8, n'en re!ir;iit . en 1738, que 4,r»70 livres 10 sols l denier en argent et 5,yG8 livres 18 sols 1 deniers j>i>ur repn'sentalion de droits féodaux. En 1708p l'abbaye cistercienne d'Aulps fin Chablals était exploitée par le prieur Louis T.ros qui, depuis vingt ans, se refusait à rendre eompte de sa gestion. — Én 1696, un religieux s'étaii échappé du ialioires parce que, disait-il, il y mourait de faim ; on le remit en clôture en 1703, en lui assurant an revenu fixe en nature.

' Il fallut à l'évêquo de Genève, de 1604 à 1622, des brefs spéciaux du pape pour aborder la réforme des couvents de femmes du Puy-d Urbe et de Sainte Catherine, et r^Ile de.s moines de Sixt et de Talloires. En- 1675, les religieux de Telloires faisaient encore opposition à l'arrêt obtenu par l'évdqne pour hà visite de leur courent*

voque de iuurb allures'. Les ]>i'(Hï*es séculiers, actifs , entreprciiauts , prosi^ue tous fils de paysans et de boui'geois, mais s'imprégnant de Foigueil de caste dès qu'ils avaient pris Thabit, attiraient à eux le prestige et Tascendant des ordres monastiques et les partageaient avec les Jésuites. La puissance matérielle de la possession du sol , compliquée de celle de la juiidiction avec les oliicialités, rinquisition-, les sergents, le recours au bras séculier, s'augmentait d'une immense influenr e morale. Eu dehors même des questions de foi^ cette intluence s'explique. Maîtres de Thonneur et du repos des familles parla tenue des registres de Tétat civil ^, mai-

* Lire l'Histoire de aaint François de Sales par A. de Sales» tome l'"' , pages 210 cl 47i. — « 5 mai 1073. .l'ai lunif rouvenU (l'Au^Ublius dHnvS mou diocèse, ot leilemcnt éparpillés qu'ils gâtent tout ce qu'on peut fatro de bien. Les Templiers n'ont jamais commis les désordres cl los scandales que ces Pères ont laits dnns ce diori'.se. J'espèro que Dieu rno scmlicndra, car c'est pour sa gloire (\\ig je Iravailîa fontrc res couvents, plus corrompus que Sodomo et Goniorriie. » i Lettres incdiles du cardinal Le Camus, évoque de Grenoble, publiées au tome IV, pages 598à55S de la 3« édiUon de ïMiit. <l« Port-Royai.J

* En 1479 , les Etals réunis It Mont alicr réclamèi eut la rôpression des abus et oppressionavujinmis en Savoie par les inquisiteurs délégués par le pape sous prélcxle de lu sainte toi. (Ilenabrea. Hist. mmic. de Chamhérif. ^07.) Les dominicains remplissaient cet office, i nur fa recherche de ilu'rcsie. {Archiv. du Sénat. Arrêts de inda, lô5 1, elr. i V(,ir mEUVES n" XXXIll.

^ « Les Jésuites, disait le r.inliual Le Camns , dans une lettre du 12 février bili, veulent o'tre les maiires du monde par la canfution; ol quand on les arrête sur ce point, ils sont souples comme des gants. Je trouve tant d'oppositions de leur part contre tout rc que j'entreprends, qu'il faut laisser passer ee feu avant que de rien taire de considérable. î.enr opposiliuu va jusqu'à empêcher leurs dévotes d'être de rassemblée de la charité des pauvres que j'ai établie. >

* « Afin que les dits curés ou vicaires soient plus earienx de

faire les dits registres, et qu'ils soient en partie réeompenséi de leurs labeurs, leur est permis d'exiger pour chaque enfant

très de Tenfaiit par Técole, de l'homme fait par les confréries, des pauvres par la distribution des aumônes périodiques, exorçant une surveillance légale sur tous les habitants de la paroisse^, pénétrant assez dans le secret des intérieurs pour savoir auand et comment on avait violé rabstinence ou carême*, contrôlant par la perception de la dîme le revenu du paysan oudu lermier^, dispensateurs des emplois par les notes des catéchismes de persévérance*, les curés^ qui sont autant de petits évéqim aans leurs pa/roi8se$^j auraient exercé un intolérable pouvoir sans la jalousie des couvents, l'effort de résistance du tiers-état et, surtout, le contrôle énergique du Sénat.

dont ils enregistreront la natiritë deux Hards» et autant pourront exiger dos registres des sépultures. •» (Recueil de Bally. Style du Sénaf,ai{. 383.) ~ l e 15 juillet 1707, un arr^^l de notoriété rendu par le Sénat constate Tusage suivi en Savoio ]>oitr la célébration des mariages : Il n'y a jamais eu qu'na simple registre toou par les curés ou vicaires de toutes les cures ; le prêtre seul qui a dnnyté la bénédiction nuptiale signe an registre sans même l'assistance des deux témoins du mariage; le registre lait pleine foi. (SENAT. — Registre Llli, folio 115.)

c Les personnes faisant profession de la religion prétendue

T''form(^e pourront habiter les Kstats , à la charge do déclarer .iiix ( urés leur inlcnlion do rentrer (Inns le giron de l'Eglise, d«! n'habiter que Um lugeuieats qui leur seront assignés, de demeurer sons la survoillancedes prâtresde la paroisse.» (lHd.j

* L'espionnage était imposé, sous peine d'amende, à tous les fldëles. (Burnier. Bist. <!» Sénat, h 190.)

* Ordre à toute personne possédant des biens -fonds, en Ta-

rentaise, sujets à la dîruerie d'avertir recclésiastiquc ou 30h fermier de venir cueillir la dîme avant que d'enlever le blé des champs. (Ilegistre basane XI en 333 feuillets, folio 144. Requête de M. de Grolée, archevêque de Tarentaise.)

* Voir ci-dessus, page 516.

^ DoTille. Estai de la justice du pays de Savoie, — I. 47. (1674.)

La situation de la Savoie entre trois foyers (le prosélytisme, Genève, le Dauphiné, les vallées vaudoises, gênait l'action des magistrats et leur imposait des ménagements de toutes sortes. Ib arrivèrent, en dépit de mille obstacles, à concilier le droit et Téquité, et à résoudre le problème délicat d'assujettir les clercs aux (otg sans jeter le discrédit sur la religion. On les blâma de mesures ouelquefois rudes et dem-

ies cas fort rares où leur zèle pour la justice se traduisit par des précautions excessives et quel* ques mots piquants, ils apportèrent une grande modération dans Texercice de leur devoir. Composé d'hommes du tiers-état que de longues études et des habitudes modestes préservaient également de rambition et de l;i lc^]^èreté , le Sénat ne recliei i liait que le bien publie et se préoccupait, avaul toutes choses, de maintenir les traditions en se rapprocliaut à pas mesurés de réquiUl)re social. Défeubcur convnincu, et parfois fort zélé, des croyances catliolujues romaines', il n'hésita pourtant jamais à mettre en pratique les maximes f/a/Z/ca^^es qui, depuis les temps les plus reculés, faisaient partie iuté* grante du droit public de la Savoie'.

* Voir ci-dessus, chap. lî, page 59, l«»s mesurer prises contre rbén^sif". Parmi les motifs du oiooopole accordé, en 1616. à une association de tisseurs de soie, on trouve celui-ci ; Que plutieurs faisant bantfuerouie à h Saintê^Foy t'adonnefU à tettêt fabriques parmi les hérétiques et qu*il convient dê M passer d'eux... (Racculta. Duboin. XVI. 113.) Kn 1^17, en autorisant la création de filatures à Annocy, on exige que tous les matstres soient bons catholiques depuis six ans en ça. (Arrêt eh. C. dv 99 avril 1610«)

^ Voir au tome i^' do cette Histoire, pago 4ib, et ci-dessut», pages 18 et 97 A 99. ^ Voir mai i« kttn Mto pcr le SéMt

jonctions

Chaque jour amenait de nouveaux conflits de juridiction, soit entre Rome et les évêques nationaux , soit entre les préîals savoyens et l'autorité civile'. C'est ainsi que le nonce de Turin ayant émis la prétention d'évoquer les cas ecclésiastiques du val d'Aoste, le Sénat, sur la protestation de révèque, admit Tappel comme d'abus et en entretint le prince dans une lettre dont je détache quelques passages :

€ Nos prédécesseurs se sont portés à ceste défense des droits du prince avec tant de courage et si virilement que» dès 1560, la religion catholiaue a esté conservée et augmentée dans ces provinces, les prélats maintenus dans leurs privilèges et les peuples dans leurs devoirs. V. A. et ses sujets jouissent du fruit qn*ont produit les oppositions eonlinuelles du Sénat aux eiilt f prises des e( < icsiastiques et sontaussy, crrâces à Dieu, encor aujourd'hui délivrés de certaines sujétions qui troublent ailleurs bien souvent la tranquillité desEstats et la souveraineté de leurs princes. * »

Le nonce s'irrite de l'intervention du Sénat,

au prince, l' ^0 mai 1870. fReg. secret (<Aio 261.) — L'exception coniiraïc la règle. Des leUres-pateatcs du 2d mars 1580 autorisent le renvoi d'nn appel comme d'abus à l'inquisiteur dn duehé d'Âostet iur U» prièrt instante du nonce iréxidant à fti*

rin et f>ar}s tirer à eonséqupnre contre le droit des cours *Ottveratnes de tnujour$ m être saisies. (Reg. XIX, folio 116.)

' Voir la belle lettre écrite h la régente, lo 16 février 1677» pàï le procureur général Cholet, contre les prétentious de l'é?ê« que de Génère (publiée à la page 05 du tome II de VBiiU du Sénat J — En îfiT8, le nnme prélat ayant condamné, sans avis préalable du Sénat, un libelle contre les praires do la mission et un livre intitulé : Le vray miroir de ia piété chrétienne, ▼it son ordonnance révoquée «omtns écrite au méprit ân Béitt tt dêt pouvoirs de la justice. Le 3 août 1697. rév3qoe de Mau- TienrïH interdit la chasse sur les terres de sa jaridiction; le 12 , appel comme d'abus ; lo.l4 . arré^t ordonnant la lacération de l'ordonnance épisropalo. J'en pourrais citer plus de cent.

' JJittamm du président dt; Cliau40i»;»et, du 2ô uiài i.ci7Û.

iSfiùAm . — 534 —

révoque Tarrêt de justice, fait lacérer les placards aux portes des églises d'Aoste et cite les sénateurs a comparoir par devant luy.

c Gel allenlat, ^'érrin lo présiileiil l^orlrond de L;i Pérouse, est un coup lire au dr(til île \<\ sonvpiaiiielt' de "V. A. R. car le seigneur noiue en esloiulaiit par reste invention sa jurisdiclion enSavoyesnr ceux qui deffendent celle de V. A. li. délruil le pouvoir temporel et cstablit une domination sar les laïcs dans un pays où tous les noncos ont esté d'accord juscpies à présent de n'en avoir point. Nous aurions repoussé cet outrage par les moîens que nous fournit raulhoriié de nos charges si nous n'eussions voulu auparavant demander justice à V. A. R. de l'injure qu'on luy a faite en nos personnes.

« H importe que ces nonces ne passent pas les bornes de leur puissance sous prétexte qu'ils sont ministres de S. S.,puisrju<i nous sommes tous asspurés que S. S. * estant la source de toute justiee et de toute équité, n'entend pas qu'on trouble en son nom Tord j e d'antruy. Si Ton se relaschoit en cesle rencontre, ces ecclésiastiques auroient bien tost mis sous le joug toute la val d'Aosle et ne manqueroient pas, dans la suite des. temps^ de s'élever auss][ en Savoie. Cette indépendance qui se

8 lisse et s'insinue peu à peu, sous couleur de liberté et 'immunité ecclésiastique, est quebjuefois d'un usage . fort commode à Tinterest des particuliers, mais Ton ne peut pas répondre de Taffection des prélats. ^ »

Vers la même époque, Févèque de Be^ley ûyant enlevé du couvent des Bernardines de Saint-Geriix une demoiselle Negroni de Mulassaii, pour la remettre, en Daiiphiué, à un oncle qui la voulait marier, le Sénat le condamna pai' arrêt à réintégrer la novice, ajoutant :

^ Registre secret, folio 272. Henionirance du 13 août ]B70. — « Le vai d Aoste, qui faitpartie intégrante du duché de àavoye, Mt tout à fait sépné dit Piémont quant au mœars, au langage, aux eoutumaa et au goaveniament. » flUiim, Folio .SOi.)

. <r 11 nous importe peu que ceste fille porte sa dot à la Viskatiou de Bellev ou aux Bernardines de Sainl-GeDiz;

qu'elle laisse ses biens où et à qui bon luy semblera ;

inais il nous importo de ne laisser pas attribuer à des prélats <'traugers des authorités qui diminuent celle de V. A. U. » ;

Le maintien de la discipline et la correction des mœurs furent Tobjet des soins assidus du Sénat. Il prêta main-forte aux prélats désireux de réformer les abus^et n'intervint d'office que dans les cas rares où le scandale déjà public exigeait une répression immédiate. En 1601 , deux moines avaient dénoncé les désordres des Bénédictins du prieuré de Lémenc à Ghambéry ; Tabbé d^Unay prolongea les enquêtes et réussit ' à retarder de vini^i-t iini «^^s le châtiment de ces dépravations; en , le Sénat décréta d'office rexpiilsioii des moines; Urbain VIÏl ratifia la sentence, et un second arrêt, du 26 mars 1627, vérifia les IjLdles qui dormoient aux Feuillants le couvent deH Bénédictins, lesquels en furent chassés à cause des scandales qu'ils ij causoieni ' . Au mois de juin 1664, à propos d\ui accident scandaleux au couvent de leninies du Betton. le Sénat fil saisir le coupable, malgré sa dignité, en dnut il fut loué parle prince^.

La reforme du concile de Trente pour la clôture fies monastères n'était rigoureusement exécutée en Savoie que depuis 1620; il y. eut, depuis lors, plus d(^ décence extérieure; et, les visiteurs incommodes supprimés, on trouva

' Regi.^lio XXMII. Folio 181.— Voir, page 368 t!e VHist. du Sénat, les scandaleis de Celse Moiin au prieuré de Contamine ; ceux des rallgieQx do prieuré de Saint-Jorioz, an Reff.: XX Vin. Folio m,

• > Htgittn aeerec de folio ^i.

m-xm

naturel de cacher des désordres dont la satire

protestante se serait fait une arme. Le coupable était jeté dans ïin-pace d'un couvent ou transporté en Piémont; quelquefois le cas était déféré au conseil piivé du prince; dans les deux éventualités , l'arbitraire remplaçait le droit commun'. Les querelles des mouies du prieuré de Bellevaux en BauL^es (1657), celle des Feuillants de Lérnenc('în98>, la révolte des religieux de Saint-Pierre d'Aibigny (1708), les désordres desfdles de Sainte -Catherine d'Annecy, furent pour la Savoie de terribles éclats qui discréditèrent les couvents. Le décret de prise de corps lancé, en 1681, contre les Carmes du Pont-de-Beauvoisin rappelle , par la crudité des détails, Tarrêt du zo mai 1610 contre les chanoines de La Chambre. Mais ce qu'on ne

K avait rejeter dans l'ombre , car là il fadlait itervention du pouvoir judiciaire , c'est la lutte perpétuelle, opiniâtre, des séculiers et des réguliers , se ruant sur le temporel et s'en disputant les lambeaux, suivant l'énergique expression d'un arrêt de 1674. Ces mots rendent , en effet , si amers qu'ils paraissent , le caractère des procès des moines de Hautecombe contre leur abbé (1646), de rabt)é de Saint-Jeoiie contre ses religieux-, des prieurs

' J^n lb93, 1 archevêque de ïan nuiiôe i« clame l'appui da Sénat eofitre les ecelésiasUqiies de son diocèse qui ovotènl Imn maUons rempUet dt femmes stupeetes, refusoitni d$ Um ren^

foyer et ih'r<>)tff\f/rfHent l'E^Us'' pnr Jes f'cl(f^\- jnurr}nltrr^ Fn 1695, le .Sen:jt autorise le prélat ix laire exécuter les décrets do prise de corps de rOfficial, sans rattache des magistrats laïcs, loulef lef fou qu'il t'aqit iê wrrttUm dt mcmn, à la charge seulement d'en donner avis au procureur général. (Reg.XLVUI* Folio 148. Reg. XUX. Folio 51.)

* ClMcui dei doue eluuolMi» qnt Vêtibé védnifiil à U

inO'1718

d'Arvillars contre les Chartreux deSaint-îîiicïoii (1712). La liitle s'accusOj avec non moins d àpreté mais par de plus piquantfî détails, dans raffaire dos reli «pieuses de Sainte-Claire d'Evian, dont le curé de ïhonon et les religieux de rObservance se disputent le confessionnal ^

Appauvris par la commende, démoralisés par la clôture, dont l'abus fut plus dangereux que la liberté des parloirs, les couvents achevaient de se perdre pas les vocations forcées. Le cas du fils de Pierre de Monthoux chez les Barnabites de Thonon^, et celui de Louise UlUel chez les Clarisses de Moûtiers (1736) , en sont d'éclatants exemples. Les faits de ce genre, ajoutés aux ronsidcralions politiques etsociu]<^s dont p;a laiL Coîbert quand il disait au rui (1665): Les couvents sont stériles de biens, de corps et d'esprit! et commentés par les révélations de Fénelon et de Bossue t dans le Panégyrique de saivf Bernard et le fameux Discours sur les avanfcufc^ ri les devoirs de la rie religieuse, motivent âufftsamment la répugnance du Sénat

portion <"on;!rue. rc iil pnnr sa pari annuelle douze veissels de froment, douze charge» de via et trente tlorios. {Titres des bé» néfictt. Reg. LU de 1650. Folio 116.)

' SENAT. Aff. ccclés. Regii^lres di' 1027 et 1686. — En 1686» H faut un arrêt pour régler le droit de préséance du curé de Lémenr r urles Anlonins. En 1063, les Bénédictins de Talloires et de Ruinilly s'emportent en discours publies et particuliers cotUre l'autorité et la personne de l évéoue de Genève^ à teJ point qu'on billet dncal pr<.':>crit au Sënat aa porter prompt remède aux intolences et à la mauvaise conduitt aeca reU(/itU9 et de f.iîte ressnr les traitements qu'ils fonf souffrir au curé de Tallo-res. En \-'A>;>. il y a ronflif pour la succession aui Uroilâ du cuié primiiii de Saint-Léger entre les Franr.iâcains • et le doyen de la Saînte^Chapelle : en 1673, les Bénédictina de Rnmilly leenaient au Sénat contre le cnréCnain; ete*

> SBNAT. Regiiln XXXV, folio

à autoriser rétablissement de nouveaux cou-* vents, fussent-ils même sous Fimmédiate protection du prince. Les privilèges exorbitants

accordés aux Visilandines par les patentes de J614, de 162:1 et du 23 juillet 1628 ne sont pas entérinés par le Séjial, mais simpleniuut enregistrés, en UW, avec la réserve : de n'admettre la vérification (juc sur des ordres réitérés, sans altération de Védit de ir>OS et de V arrêt de rejet de i69S ; désaveu formel, puisqu'il s'agissait ])récisémeut d'un texte qui abrogeait l'édit et supprimait l'arrêt. Mêmes protestations, en dBoi, pour les patentes du prince Thomas de iC)^). Le Sénat s up[Mjse pendant trois ans à rinstallalion de religieux Augustins d;uis le faubourg Montmélian de Ghambéry (1010 à 1619), pendant douze ans à Ventrée des Tlrsulines* (1624 à 1630), pendant sept ans à celle des Carmes (1636 à 'ln43), |)eudarit vingt-deux ans à celle des Bernardines de Gonflans^ (1637 à 1659) \

' Les syndics de Cliaiiibéry lus avaient cepeiulant oppelées et leur accordaient une subvention de vingt-cinq ducatonsFant pendant six ans, à la charge d'enseigner 1rs paHvrts filles gratis. Kn n)45, les syndics s(i plaignent au St'nat de cp qiio beaucoup de religieuses de Hourgoguo, qui s'étaient réfugiées dans la ville, à titre provisoire, en UJ40, s'y sont établies à demeure; ils les accuaaieot d*étre inutiles au bien fntblie et d'accaparer les hle's. Le Sénat ordonne l'enquête. La ivgente réussit è maintenir le stafn qun.

Claude Kxpilly of .laniis d'Oncieu avaiiMit tenu bon; on lassa la patience de leur successeur, («uiiiaunie de Blancheville, qui, quelques jours avant sa mort, signa l'airèt dn 4 avril 1659. Les lettres de jussion furent sept fois renouvelées : les 24 juin 1C37 , 14 juillet 1612, id janvier et 4 juin 1047, 12 octobre 1648, 27 janvier Jt)57 et -28 février 1658. (Keg. XXXVi. Polio 248. Reg. XL. Folio 90.)

> Un arrêt du 14 janvier 16^7 portait défense d'établir on Sa> voie de nouvcltes maisons reUgieuses» d'Ordres autorisés ou

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Aubbi la com de Rome se plaignait-elle ainèreiiieiil du Sénat , lui rei)iucliant cV appliquer b's lois aux clercs comme au vulgaire des sujets. Dès 1G5G , le Ibiigiieux caidinal (Irescenlio, nonce à 1'uiin, coiiipataiil la Savoie au Piémont, accusait les magistrats savoyens déparier et d'agir comme leurs voisins de Genève; tandis quil suf/isail, à Turin, de dire un mot poïiy g être obéi Les Jésuites, taxant de fol (ji ^ueilcet amour de In justice, desservirent la (!oui* suprême auprès du prince; on en vit les ellV'ls lors du cordlit des .lésuiles de (lliandjéry avec révèque de Grenoble; puis, de 1075 a

iMii, sans ragrément. du Sénat, ;i poiin-' <le niillo livres d'amende contre les syndiosi ut tiahilatits (iiii Taiiraieiit loU-ré; cet arrèl fui derechef publié et aUirlif en Iti^n, IG37, 1654. 101)5. Le Sénat et les syndics, fort difficiles pour les ordres tnendiants, étaient plus accueillants pour ceux qui rendaient de réels services; ainsi, In^ Ursiilines fondent une maison & Sallanchcs, ù la charge d'élever et d'instruire toutes les ieunee fUles qu on leur présentera, riches ou pauvres, de la tille ou des ehamps (août 163C) , les Gapncins un hospice à Thôncs (KUlj , les prêtres de l'Oratoire un rollégo à Rumilly (1635 à 1643); etc. Les conditions d'établissement étaient <<iiTtout de n'ètrn point à charge ù la cité, de ne point faire de quête, de justifier d un revenu annuel suffisant pour assurer rentretien du nombre de religieuses ou do moines admis, de vendre à cry public les biens-fonds qui leur pourraient éclioir, de ne point posséder au-delà d'un certain chiiTre, de vivre de leurs seuls revenns, même en temps de peste» de guerre ou de famine. Le 13 aoât 1050, le Sénat interdit à Annecy rétablissement des priîtres de la Propr^^'îinde, motivant son nrn't sur ce qu'il y a déjà donse couvents dans la ville où ion fait avec abus des amas de prains» qa'il s'y trouve casez de bons turis et pas ^hérésie, qu'ils ont spolié le collège d'Avignon; etc. Le 6 mars 1665, ordre aux ronimunaulés finidi'e^ ilnpiiis moins <lc cinquante ans dans le ressort du Sénat de fournir, dans \v. délai de trente jours, le rôle des religieux et l'inventaire de leurs propriétés et revenus, a/ln d*aim,iùer à la réduction de leur temporel sekm les EdUs ; etc. , etc.

* CantttL Storia di Yitlono-Àmedeo IX, tome page 17..

4680, l'archevêque Milliet, créé président des comptes, de sénateur qu'il était, et nommé lieutenant-général en Savoie, au préjudice des privilèges du Sénat, fit sentir à la Compagnie le danger de se heurter à ces puissances anonymes dont Tel tort est partout et la responsabilité nulle part. Cependant, le Sénat ne déserin point son rôle, et rien ne peut donner nm idne plus juste (les sentiments qui ranimaient que la remontrance adressée à la régente Jeanne- Baptiste, au sujet des Ursulines de Bonneville, le 9 mars 1680

Les débats des religieux avec les abbés commendalaires et les conflits intérieurs des couvents auraient pu se dissimuler ou laisser les populations indifférentes ; mais les perpétuels procès des moines avec les roturiers et les paysans^ au sujet des aumônes % . de la dime* et de la justice , passionnaient les esprits et ne donnaient que trop raison à l'attitude du Sénat. Ceux qm Font blâmée ont bien peu de souci de Thonneur de l'Eglise et devraient se rappeler Ténergiijue protestation de Bossuet contre les mauvais moines :

« On ne voit point de gens plus ombrageux^ plus

« PRETJVES. Document iw'dit n^' CXLVflL

' En l()t)4,les oommuniers d'Abondance avtuont eu a soutenir uu si ioug procès contre les FcuiilaDts de i abbaye, qu'ils durent payer, pour leur part des frais. 9,950 florins ; ne les possédant pas, ils furent obligés de vendre à des partienliers la meilleure partie de leurs bois et pâturages.

3 PREUVES. Document inédit no CXLIX.

En 1712, quatre villm es des Rnugrs, perdus entre If. Noyer et les Désert.?, aux îiniitos do la grande pîiroisse d'Arith,

Sayaient 500 florins Uu dune pour une popuUtion de 340 âmes, ODl 800 eoflUBimiaalf . (Reg. des enquét» dv Sénat» foilo UO«j

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difficuUueux, plus Icnaces, plus anlouls dans les procès que ces personnes qui nedevruient pas iiiume avuirdcy affaires. Cœurs bas! npurs rétrécis î Kst-ce donc dans l'école chrétienne que vous avez été formés? >

Les syndics des villages, plus exposés que ceux des communes urbaines à l'arbitraire clérical, furent aussi les premiers à réclamer le

rachat de la dime et à s'affranchir de la tutelle

ecclésiastique comme ils s'étaient dégaj^és de la servitude féodale. Le Faucipiy' et smHout la Tareiitaise ^ donnorent , oomnie toujours, le signal de ce moH\(iiiLu! Irgal (}ui aboutit à des transaeiiuiis anssitùl aceeptéi's *[a"offertes. Cette translormalioii de dettes i-quivoques, d'un rliinVe variahle, d'une assiette incertaine, en rentes unnuelles et fixes, fut un fait économique grave et qui exerrn une inlluence immédiate sur la prospérité ( rcjissante des vallées.

L*exemple des villages tarins fut partout suivi ; les seigneurs ecclésiastiques ou féodaux, redoutant le contrôle de leurs titres et la discussion judiciaire de la quotité des servis, se hâtèrent eux*mémes de régulariser leur position

I Le type le pins eomplot de ces débats se trouve dans le

f>rocè8 cinq fois séculaire des hommes de Chamonix et de Vaorsinc contre les chanoines de Sallanches. (Voir tome 1'^'', page 308.) En 16;{:î , ils adressent au Sénat un«^ roqui^te formulant vingl-lrois chttiti d'accusation contre ces pnbtrcs qui lea trailent iant pitié ny niitérieorde, let aecublent et les épuisent de vexa* tions, extorsions, maliraitementt et déporlements* (Reg. XXXV, foîio 0"-}.^ Un Hrr^t do IG'31 donne gain <!•" r tn-^o :>ux syndics ; cepeadanl.je trouve une rc»-ounaissance du .'U st-plcmbrc lf)55 (Reg. XXXIX, fulio 319] par laquelle ils se déclarent hommes liges et eentitairee de$ ehanoints. Les faits intermédiaires maiiipient.

* Voir aux PREUVES, pour tout ce qui est relatif au rachat de la dîne, les Doeumente inédite np» 61, es, 180, lil el 148.

en réclamant des titres nnuvels de la part de

parut d'autant plus significative que les rentes féodales étaient , en Savoie, imprescriptibles quant au domaine direct, et qu'on pouvait être au contraire forcé de demander le renouvellement du titre de rachat ou de transfert, m^m« . après cent ans de possession paisible entre les mains des tiersKha nombre des rachats de servitude devient aussi plus considérable*, et il y eut comme une émulation, de la part des privilégiés à accentuer leurs droits vieillis, de la part des asservis à s'en délivrer a tout prix'\

* PREUVES. Document inédit n" CL.

* Je me borne h quelques laits. Les Barnabiles du prieuré de GontaiDiDe vendent aqi trois IVères Oelcnier fa Uberié de leurt pirsonnes 9l de leurg tiens moyennant :3,000 florins. T.o prieur do Talloires exige des frères lUvolli^t 50 dncntnn*; ( t la rento perpétuelle d'un ducaton 1/2 pour leur rachat servile; de la famille l'àris, 1,050 florins; des frères iMicliot et Rogès, prêtres, 739 florins. (Protocole du notaire Itastardin. — Rcg. delà cure de Saint-Nicolas de In Chapelle en Faucigny . de 1017 à 1638. — Arrêt du 17 juillet 1056.) La rançon devenait plus forte à mesure qu'on appréciait mieux le prix de la liljcrlé et qu'on sentait daTontage l'iniquité de cette loi dn serrage qui déniait au père la succession du fils. (Reg. XXI, folio 202. Ainsi, en 1613, Guichard, bourgeois do Rumilly.et Guide/, notaire ducal, s'étaient rachetés du Chapitre d'Annecy pour seulement 200

^ florins; en 1615, Roche, de Cognin, n^avttit payé que %0 du* catons è Chabod de Yilleneu?e, etc., ele.

* Le 9 mai 1661, les 7, 16 et 38 octobre 1669, vingt-huit

paroisses do la Tarentaise déclarent tenir de l'archevêque, en fief et seigneurie directe, les hiem situés .^ur leur territoire et dépendant de la mense arch. moyennant l'abandon des censés éenues et des servis arriérés. En 1661 , le seigneur de Hcnthon déclare tenir pour hommes libree et descendants d'kùmmet libres les deux frères RibioUet, bourgeois d'Annecy, moyennant une finance 150 pistolcs. (AR. Cïî. C. Tôt quoi des'racliat.s.) I,e comte d llurlières libère les habitants de la paroisse de Saiut- Aiban de toutes corrées moyennant la rente perpétuelle de deux cartes d'aroine pour chaqno feut livrables à la Saint-

leurs taillables

 rinfluence croissante du cierge répondait rorganisation chaque jour plus complète de la commune par l'aIVranchissement progi^essif du paysan, qui de serf devient fermier et de fei-mier propriétaire. Le double et pai^aîlèle eiïort des villages concertant des mesures d'intérêt commun, et des bourgeois exigeant le développement normal des libertés municipales, se caractérise, entre mille faits, d'une part, par les arrêts qui permettent aux habitants de Mongellafrey de se réunir chaque dimmche pùiir parler de letirs affaires, et aux communiers de Mon ta y mont et d' Aux ois d'exécuter le règlement délibéré entre eux pour la conservation des bois protégeant les xnllages contre les avalancheSy la régie des pâturages ^ le répartemmt de la taille, le classement des corvées affectées à Ventretien des ponts et routes (164© à 1650);. de rautrc,par le procès où l'avocat Genot, revendiquant au nom des syndics de Moûtiers contre l'îirchevêquo leurs antiques libertés et le droit eorannui du pays de Savoie {[(SdO h 1655), rédigo des uiéuioii t^'s qui sont des modèles do logi([iio vigoureuse et de Une raillcrin

Dans les Alpes de Savoie, la vie mnnicipale présenlail un caractère particulier du murceilement et d'impuissance qui rend plus méritoires les efforts et les succès des villages. Des cen-

Andrt'. (Mcgisd'i' ilc 1603.) Paul de l.eschcruines. maniuis du Chalelard, cède aux commuiiiers tl Kcole Baugos le four hana! do la paroisse pour une renie de 12 ducalons i rrotocole dn notaire Bargos), etc., etc.

* Voir les détails compliqués de eette affaire au sae à procès 1262 du re^^isU ê du greffe du Siînat ; les mémoires de 1C55 sont aux folios 70, 98 et 110 du cahier de la ville. — PREU- VES. Document n« CVLll.

taines de petites agglonicratLoiis, divisées par la nature du sol et la diiilculte des communications, isolées par leur pauvreté et le petit nombre de leurs haintants, paraissaient hors d'état de jamais réclamer les droits civils et politiques des villes. Une paroisse, dira Turgot en 1750, est un assemblage de cabanes et d' habitants non moins passifs qu'elles. Un siècle plus tôt, on ne pouvait déjà plus dire cela des paroisses de Savoie. Depuis la réforme d'£mmanuel-Philibert, la paroisse, secouant sa torpeur, aspirait à Tactivité productive; les elTorts individuels s'y groupaient autour du clocher comme à un centre commun; toutes ces vies captives rompaient l'un aprèsFautre leurs liens, et la paroisse se transformait en commune. Â Tissuede la messe du dimanche, devant Téglise, touchant usage qui plaçait Tintérêt de la modeste cité sous la jprotection de la croix, s'assemblaient les chefs de famille^ discutant leurs affaires et donnant ensuite mandat aux syndics d'exécuter la décision prise. C'est ainsi qu'au mois de mai 1641, trois capucins se présentent à l'assemblée des habitants de Thônes, réunis sur la place aux Herbes, et sollicitent, sauf la permission deTévéqtie et l'agrément du Sénat, lautorisation de bâtir un tout petit hospice dans l'enceinte de la ville. C'est ainsi que le 9 octobre 1666, Sigismouii Mareschal, comte de la Val d'Isère, liabillé de veloui's et chaussé de • bottes en peau de daim, descend de cheval sur le pré conmmn de N.-D. des Millières, où s'étaient assemblés les serfs et manants des paroisses de la rive gauche de Tlsère, vêtus de grossiers surcols de laine brune ou bhmche, et leur propose l'abandon de tous plaits, servis,

censés et droits arriérés, s'ils veulent rénover les titres anciens d'inféodation. De même, le 7 mai 1663, les hommes de Saint-Bon avaient reçu des mains des procureurs de l'archevêque de Tarentaise, dans le cimetière qui entoure Téglise, neuf terriers en 4,489 feuillets ^ collationnés séance tenante par le notaire Festaz, et dont ils contrôlèrent les énonciations au vu de leurs propres titres, avant de transiger sur le chiffre du rachat des dîmes et corvées. Il n'y a plus là de serfs timides ou effrontés, suivant qii'ils subissent le caprice du seigneur ou qu'ils s y livrent; ce sont les maîtres du sol, possédant un foyer, une famille, c'est-à-dire le présent, un héritage, c'est-à-dire l'avenir, soldats au besoin, forts de leurs droits et ûers de les avoir conquis.

La Cour de Turin s'émut de cette verdeur des mœurs publiques : on prit des mesures pour brider 1 esprit municipal. L'arme qu'Emmanuel-Philibert avait forgée contre la féodalité se retournait contre le prince dans les mains de ses successeurs. Etemel retour des choses d'icibas, où rien n'est permanent de ce que crée le génie de l'homme et où la vraie liberté réside dans la perpétuité de la lutte. Les ministres piémontais, s'autorisant de quelques délibérations tumultueuses % tendirent à supprimer les as-

' Les patentes lîu février 1671, pour obvier à l'avenir aux déiordrei qui se sont rencontrés par le passé aux conseils gi^néraux et particuliers de la ville de Rumillyt desauels conseils on a été tournent eontramt d« tortir ian$ riên déUbérer, àeaun ■des cabales et tumultes de divers pairtUuUêrs qui entrent et sortent quand il leur plaît, déclarent que le conseil sera doré- Davaot composé de 36 membres, dont 1% nobles et 24 bourgeois. Le 27 avril 1679, la régente Jeanne-Baptiste, à qui il éurit r^étenté piê les gent 4e BmUU^ toimU neeouttuméê de

semblées générales, où tout hnbitaîit cotisé jouissiBLit du droit piîmitif de discussion et de vote, et à les remplacer par des conseils restreints, élus ou nommés à vie soumis au contrôle permanent d'un agent oflicieP et dont les actes n'étaient valables qu'après l'approbation de Fintendant. Ces derniers points furent vivement débattus par le Sénat, qui n'y trouvait plus

3ue Tintérêt exclusif du prince et qui, à propos u conseil de ville de Cbambéry, ne craignit pas de décliirer un édit royal ; c'est au Sénat que Ton dut aussi le maintien de Tandenne proportion d'influence, entre les nobles et les bourgeois , le tiers-état devant toujours remporter du doublei en nombre.

Les délibérations des communes offrent ce caractère intéressant de s'attacher plutôt à des

Unir cunstii pour les affaircn de lu tille auquel assistoient hou ^wkmmt it$ gmUiUlummei ei auiresnotaMet bourgeois, mais encore toutes sortes d'habitants, pour éviter les cabales, décide que les conseillers rv m) l perpétuels, au noitil^rc d»; 24 seulement, dont 8 gentilshommes et 16 bourgeois. Ëoliii, lo 10 juillet 1718, une ordonnance de l'intendant général Riccardi lee réduit à 13, 4 nobles et 8 bourgeois.

* Les patentes du 93 février 1669. réorgani.xint la bourgeoisie dèThonon. suppriment l'asscmbléfi des chefs de famille, la remplacent par un conseil de 00 notables choisis par les officiera ducaux i les notables nommeut à l'électioD, dans leurs rangs, deux sjrndics, l'un noble, l'antre bourgeois, ponr nn an, et 13 eanttilUrs à vie n'ayant que radministration des revenus et ne pouvant alii^ncr. En avril 167?, sur !;i remon(r?mce du âénat, le prince t «f^iiiue aux bourgeois le droit de clioisir, à l'élection, les 60 délégués des chefs de famille , à la condition expresse qoe les assemblées auront lieu en préseieo Én jogo-mago ou de son adjoint

* En 171 1 , lo juge-mage de Hauricnne reçoit Tordre do présider les TfMinfons du conseil de Saint-Jnn ; refoîs d 'S «îvndref j appel au bénat, lequel, après enquête, déclare que le juge-

|iD^e n'a entrée daosceb assemblées ^tir par courhnsie e\ d%

mesures de prévoyance* qu'à des solutions d'expédient; il y faut aussi remarquer des souscriptions volontaires pour la construction d'églises la création d'écoles , Tassistance des pauvres. ObUgées de suffire à des charges nouvelles', les communes sentirent la nécessité d'améliorer le sol, de produire mieux, de créer des rei^ources égales à leurs besoins* et aussi de supprimer les exceptions capricieuses^. De là cette application

' En 1693, les conioiuniers' de Monlendry bannittent leurs bois pour 24 ans ; ils sont imités par la plupart des paroisses de Haurieune. Do 1687 à 1098, les commuaiers de Saint-Jean d*Àr?e pour leurs bois de hante ftttaie, de Saintr-Alban des Vil- Itldfl pour leurs pâturages, de Sainte-Hélène du Lac, de Cha^ moux et de Bourgncuf ponr Ifur*; blaches et le bois dp Ipufs ' Iles, des Marches pour les prés el bois communs, se concertent et décident une meilleure exploitation dos commnnaux et la mise en bon état d'entretien des chemins publics.

* Le 30 août 1685* les habitants delà paroisse de Saint-lean

de Couz di^ridcnt (luo chaque communier masle dans chaque famille donnera ^ tlorins pour rebâtir le clocher. Le 10 mai 1687, les communiers de Champlaurent délibèrent mie chaque chef de famille payera 3 florins 6 sols pour l'achat d'un calice et 7 sols par an pour le luminaire de l'église. Le 22 féTrier 1686| les communiers de La Chambre se cotisent pour la reconstroc* tion de leur t^gliso, etc.

^ Pour donner l'idée de la lourdeur ( (Tasantc de l'impôt, je citerai la paroisse de La Chapelle en Maurienne qui, en 1080» payait 6,495 florins de taille ponr nne population de 764 habi"* tants. (Délibération dos communiers du 24 avril.) Aussi les communiers de Saint-Remy et de Saint-Sulpice, qui araient acheté du marquis de La Chambre les bois noirs et blancs de leors paroisses» en 1566, pour 43 ëcns de 5 florins» sont-Ils forcés de les revendre, en 1679, à son arrière petit-fils « ponr 18 dncatons.

* En mars 1619, la ville d'Annecy est autorisée, pour faire face ù ses dépenses municipales, à lever 3 deniers par livre de chair qui se vendra dans les limites de ses franchises. En 1686, la Tille de Thdnes se cotisa pour rebâtir l'église ; en 1688, la commune était insolvable, et il fallut recouvrer par voie de contrainte la cotisation de chaque souscripteur.

* Dès 1666, les bourgeois de Moùtien sollicitent U révoea-

du Sénat à satisfaire trurgence aux requêtes des syndics toutes les fois qu'il s'abaissait d'iulérèts coîTiniiius. Les forêts, les cours d'eau, les lar^^ (lu eut soumis à une administration rtmilirrc t t on les garda mieux; la pêche et la chasse luxent réglementées ' ; on protégea les cultures , les champs ensemencés, les vignes ; on veilla à l'entretien et à la police des trois grandes routes de Savoie. Chaque jour, en effet, surgissait une famille qui, par le rachat des droits féodaux ou de la dîme, avait acquis un droit à ce patrimoine commun reconquis sur la noblesse et le clergé, et qui s'appelle de nos jours Domaine public. Domaine de VEiat et Biem communaux. Grâce au progrès des mœurs* tous les fléaux du moyenâge s'effaçaient avec le passé. Les classes privilégiées se sentaient débordées, pacifiquement envahies par Tavènement aux auaires du plus grand nombre; le tiers-état comprenait que de rien il devenait tout, et, les uns a contre-cœur, les autres avec passion, ceux-ci par devoir, ceux-là par intérêt, tous semblaient associés pour cette giande guerre des abus, qui n'aura pas de trêve tant qu'il y aura des hommes.

Au total, il y a progrés, et la Savoie de 1713 vaut mieux qiîe celle de 1675. de 1630 ou de 1550. L'arbitraire ne pèse plus autant sur la vie, et loi*sque les Ro7j aies-Constitutions prendront la place des Arrêts de règlement du Sêimt, ce sera encore un progrès. Le bien-être ci'oissant du loyer domestique rend la paix plus précieuse

tion des exemptions de logements mililairci» accordées sans autrcà motifs quo la faveur - le Sénat déclare que désormais c% privilège ne ooDsislora que dans le droil d'option entre le logement en nature on le payement en argent d'nne taxe ëqnivaleate.

t PREUVES. Dwsummfi n«« LXXTT h LXXIV.

m chef de famille, et sa liberté morale grandit

avec son indépendance.

L'histoire du peuple de Savoie, de 1516 à 1713, donne matière à bien des réflexions et prouverait une fois de plus que les peuples n'ont que les aouvemements qu'ils méritent, ce qui revient a dire que les hommes manquent aux institutions plutôt que les institutions aux hommes, et que, n'était la malice de certains, il y aurait toujours assez de lois dans Tarsenal des sociétés.

Rétifs aux nouveautés, attachés à la tradition,

les Savoyens répugnent à la violence et font

plus de fond sur le droit que sur la force. Ce respect de la légalité est é^al en ca\ au respect lies choses saiiiles ; ils distinguent sans ;ilVectation le temporel du spirituel, et leur iei veur religieuse, leurs convictions profondes n'eurent jamais à souiïrir de la guerre acharnée qu'ils firent aux abus ecclésiastiques. Enfin, on ne vit point, en Savoie, ce détestable écart entre les classes , qui produisit ailleurs les ginn^res sociales. Vas plus, durant l'administration souvent brusifu»' du Sénat de Cbambéry, qu'en face des volontés ])arfois dédaigneuses du roi de Sardaigue, non plus que sous la discipline courtoise, conciliante et li és aristocratique de la Compagnie de .Tésus, on ne trouve, en Savoie, deux sociétés ennemies, à quelque date que Ton s'arrête. "Dans le passé, il y avait des souM iiirs d'association plutôt que de conquête; entre les gentilshommes et les vilains il n'y eut pas ce divorce brutal de rinjusticf» fies uns, de la rancune des autres; la noblesse n'oublia pas que le tiers-état lui avait fourni plus de la moitié de ses chefs; le clergé se souvint que l'Eglise de*

meur^, pendant de longs siècles, le seul asile, des Hbertés mourantes ; le peuple fut sans haine parce qu'il était sans blessures.

Cette attitude des Savoyens est d'autant plus remarquable qu'en 4713 trois mortelles théories, fortifiées et comme aggravées par Fidée maîtresse du règne de Louis jQV, le caprice du prince, pesaient sur l'Europe catholique. L'anglais Hobbes , le hollandais Spinosa ^ l'espagnol Molinos supprimaient tout ce ou'il y avait dans l'humanité de spontané, de délicat et de fier. En face de celte contagion de Tanéantissement, on comprend mieux la profondeur de la casuistique, indulgente pour les fautes personnelles qui ne blessent que l'individu, impitoyable pour les doctrines, car elles peuvent empoisonner un siècle.' L* excès du mal, la tension maladive de l'esprit, la nerveuse irritation de l'ànie ont conduit In société jusqu'au bord de l'abîmo ; une subite réaction la rejette en arrière; c'est l'explosion du XYIII*^ siècle, avec • ses pbilosophes, son ironie, sa verve enragée, son sensuausme provocateur.

Ce qui surprend aussi, c'est de voir le peuple de Savoie , battu par les invasions d'hommes comme les côtes de Bretagne par les vagues forieusês de l'Océan, résister comme elles, survivre aux vicissitudes de la fortune des princes, repandtre avec une force de plus lorsque le flot a passé, vaincre les sollicitations de l'intérêt comme les emportements de la passion, écarterles poMqaesavec les réformateurs, ne céder ni aux séductions ni i la terreur, et ne pas plus admettre l'hérésie que le mysticisme ou la licence. Ne possède pas qui veut ce ccuactèi e soutenu de patieiice et de vij iiilé.

551 ^ iMo-ms

Les Savoyens ne le doivent pas aux princes, ni aux corporations, ni à Finstinct de leur race épique, m même aux traditions de leur histoire. Il y a dans le monde moral certains grands principes qui naissent providentieUement avec Pâme des nations et qu'on ne déserte pas im-

gunément : la famille, où réside le vrai boneur, Fautorité, qui assure la vie sociale, la liberté qui la féqonde, la religion qui Tenno- Mit et la console. La dépréciation de ces principes est le plus actif dissolvant des sociétés; le respect de leur majesté sauve les peuples ; son discrédit les perd.

La Savoie n'a jamais renié ni son Dieu, ni son prince, ni la liberté. Aax temps modernes, les Savoyens ne sont ingrats ni pour le clergé i[\xï régla leurs mœurs, ni pour la dynastie qui créa leur nationalilc; mais un sentiment nouveau déborde avec la sève de Tavenir, et leur foi s'inspire surtout de la liberté. Ils croient que la religion n'est pas incompatible avec rindépendance, et qu'obéir aux lois n'est point un acte servile. C'est le respect des principes qui leur a seul permis de rester maîtres d'eux-mêmes au cœur des Alpes, dans ce carrefour des nations, sur la grande route des idées et des soldats.

FIN DU TOME DSOXIÈlfE

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