‹ Histoire de la SavoieChapitre 4 sur 36 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LA RÉVOLUTION AU XVl'^ SIÈCLE. — PA1\TAGE DE LA SAVOIE ENTRE LES SUISSES Li LES FRAiNÇAIS.

A partir du XVI® siècle, Thistoire de la Savoie est moins dans les faits que dans les idées. Ce qu'il y faut surtout étudier, pour avoir rintelligcnce complète des embarras des cours, des méprises des diplomates, de la puissance toujours croissante du droit Datioual, c'est l'esprit du temps. Il n'est point malaisé de ressaisir çà et là les jalons perdus (jUi mai'quent les transitions de l'impuissance de Charles III à la vigueur d'Emmanuel-Philibert, des calculs de Charles-Emmanuel, des déceptions de Victor- Amédée aux essais, aux réformes, aux défaillances de ieui ^ successeurs, et enfui à la fortune inespérée dt? cette race royale. 11 suflit, pour cela, de relire des lettres inédites ou peu connues, des textes publiés seulement à demi et dont le mot essentiel avait

échappé , (le relier ces documents épars avec la pensée dominante que, derrière le caprice apparent des cabinets, se fait toujours sentir, ou plus vigoureuse ou plus amortie, Tiiii pulsion du sentiment public. Mais, en ari'irre dos di-

cience de ce temps; en arrière de ces bi uyaids acteurs du drame de riimnanité, dont le nom est d'autant plus retentissant que leur esprit a l)ravé plus de principes ou leur bras accnmulé plus de nnnes ; en arrière de ce petit groupe de héros équivoques, dont la silhouette se détache sur des lueurs (rincendies et qui marchent enveloppés de clameurs confuses, faites de malédictions plutôt que de vivats, je vois d'épaisses multitudes, courbées sous les fardeaux de la vie , et qui s'avancent lentement par de rudes chemins, le regard fixé sur Taube naissante. Faire revivre ces acteurs inconnus, reconnaître dans le chaos de ces foules oubliées le semeur qui jeta la semence, le chanteur inspiré qui ranima ces lassitudes, les femmesliéroîques qui donnèrent aux enfants la force de devancer leurs pères: voilà la tâche vraiment ardue.

On peut suivre, dans le dédale de Thistoire générale, la marche en avant des princes de la Maison de Savoie, marche plus décidée à mesure que r Italie passe, gnàce à la politique ii ançaise, de la neutralité à l'équilibre et de Téquilibre à l'indépendance ; il est moins facile de coordonner les éléments , brouillés à dessein, d*un plan suivi durant des siècles, d'énoncer le mot d'ordre d'un système poHtiqne qui ne se lassa jamais, et qui se rattacha obstinément aux

plomates

comme la cons-

vieilles traditions des dynasties nationales, tout en s'ai(tenty avec un merveilleux succès, des idées nouvelles. Tandis que .la Maison de Savoie, ruinée par le déplacement des routes commerciales , compromise par les Guerres d'Italie, battue en brèche par la Reforme, s'eiïbndrc, et disparait pendant un quart de siècle (1535 à 1559), le peuple de Savoie se retrempe au grand courant intellectuel qui rapproche les nationalités de 1516 à 1535, et, de 1535 à 1559, il se discipline au contact des Français. Lorsque la coalition austro-espagnole exigera la restauration de la Maison de Savoie

Sour fermer les Alpes à Tinfluence politique e la France et à Finflueuce religieuse de Genève, et que le prince, sollicité tour à tour

Sar son intérêt et par ses instincts, changera 'alliances comme d'ambitions, le tiers-état de Savoie, catholique mais indépendant, fidèle mais soupçonneux, persistera dans ses tendances d'équilibre social. La vie parallèle du prince et du peuple, FelTort de l'un sur l'autre, leurs concessions mutuelles, leurs écarts fréquents, le progrès des institutions, celui des mœurs, malgré la permanence du caractère, tel est le cadre inunense dans lequel se groupent des milliers de laits inédits, qui viennent, à tour de rôle, expliquer ou démentir les affirmations de 1 histoire officielle.

Un volume a suffi pour résumer les origines sociales, politiques et légales du pi/M[ile de Savoie et pour esquisser les grands traits de son histoire, de l'an 587 avant l'ère clu otienne à Tan i546dc J.-C, c'est-à-tine pendant vingtun siècles; le présent volume ne suffira pas pour expliquer en détail la vie intime des ^a-

voyens, leurs luttes, leurs croyances, leurs succès et leurs déceptions, pendant le court espace de deux siècles, de 151 B à 17i3. La cause en est dans l'expressivn mobilité d'allures du caractère national : souple et tenace, facilement courbé sous le fardeau des règlements, mais se redressant aussitôt (pie le poids diminue ou que l'etlort se déplace. Rarement le Savoyen rompt en visière au pouvoir établi; ses résistances empruntent toutes la forme légale ; le refus de rimpôt se dissimule lui-même sous de respectueuses protestations; mais ses réveils sont imprévus; on le croit résigné, il n'est qu'attentif. Aussi son histoire est-elle féconde en surprises.

A peu près dans le même temps que Genève s^associait secrètement aux républiques helvétiques, Luther, aussi à ses débuts, rédigeait les fameuses propositions dont la défense devait le conduire au schisme. En peu d'années, la réforme religieuse se transforma en révolution politique, accusant partout ce double caractère de transférer aux laïcs les biens du clergé et de remettre à la discrétion des princes le pouvoir spirituel c|[û'on refusait au pape. La séparation de Genève, qui entraîna pour la Maison de Savoie la perte du bassin du Léman, fut un rude coup porté à l'esprit public des Savoyens. Pendant quinze siècles, les deux peuples, sortis de la même souche, eurent la même religion, les iiiémes institutions, souvent les mêmes princes; ils ont conservé l'identité de mœurs et de langue. Jusqu'à la guerre de Bourgogne, Genève n'avait eu (ju'à se louer de la suzeraineté plutôt nominale que réelle des princes de Savoie; elle leur devait cinq de ses hôpitaux

sur sept, la sûreté de ses routes, la garantie de son commerce; elle n'oubliait pas (|ue la charte de ses droits politiaues avait été imposée par le comte Amé V à révéque Aimon du Quart. Mais, lorsque la Savoie, tombée sous la main de Louis XI et compromise par le duc de Bourgogne, eut laissé détourner le commerce de Genève au profit des foires de Lyon , et demeura impuissante à défendre les rives du Léman contre la vengeance des Suisses, les Genevois cherchèrent d'autres alliés. La querelle s'aigrit quand le jeune Charles eut froissé par ses allures hautaines jusqu'aux plus attachés de ses

Î artisans. Le compromis de 4484, les fêtes de 498, de 15(M, de 1504, assoupirent le conflit; mais les relations nouées avec les Suisses deuis l'invasion de 4476 étaient insensiblement evenues amicales, et la cité se divisait entre plusieurs factions dont les unes voulaient tout rompre et les autres tout concilier. Deux hommes ont attaché leur nom à cette période de rhistoire genevoise. Nul n'aperçoit les tours de Cbillon sans les saluer du cri du poète :

<!( Chilien ! Ta prison est un lieu sacré ; ton trisle pavé est un anlel, car i! a gardé la trace des pas de Bonivard comme si tes froides pierres eussent été un moelleux irazon ! Que ces Irares élor|uenles demeurent ineiraçables ! Elles en appellent à Dieu de la tyrannie des hommes * . »

Dans les livres genevois, Bertlielier, Tarai de Bonivard, est aussi représenté comme un républicain de la trempe des vieux romains ; en revanche, les écrivains de Savoie les ont

' Lord Byron. le Ftitonnier de CkUion.

couverts d'opprobres'. La guerre de mots par laquelle débute toute opposiliou devint bientôt sérieuse. Il y a peu de iionv(>autcs on politique ; Berlhelier, en 1546, sollicite rallianee des Cantons contre le duc Charles, de niènu' qu'en 1290 les syndics avaient eu recours au comte de Savoie pour Topposer à i'éveque. Un traité secret de comhourgeoisie associe Genève et Fri-^ bourg pour la défense commune de leurs liberlés. L'évéque et le duc protestent à la fois contre une aluance qui supprimait de fait le temporel épisco|)al et faisait de Genève une enclave suisse. L'irritation se traduit de part et d'autre par des chansons et des coups de dague ; bientôt les deux seigneurs se sentent assez faibles pour avoir recours aux supplices. Jean Pécolat, traduit en justice pour une epigramme, mis à la torture, se coupe la langue avec les dents afin que la douleur ne lui fasse pas trahir des amis innocents (1516)*. En mars 1519, les deux tiers des bourgeois voteuL 1 iiiliauce de

* La haine de Toppression est uq sentimeut généreux : mais il ne faul pas l'exalter aux dépens de la vérité ni8tori(iuc -, Tirréflexion des poètes a propagé peut-être plus d'erreurs que l'osprit de parti. Des deux amis, François de Bonivnrd était l'enthousiaste: on venait d'imprimer les livres do Platon, et ce jeune chanoine, prieur de Saint-Victor k vingt-deux ans, seigneur de plus de vingt ûefs en Savoie, rêvait d'installer au bord de ce bean lac une république idéale dont il n'aurait f liussé ni les femmes ni les poètes. Dieu donna à nos folles entreprises heureuses issues, dit-il ; et ne sçavoit la plus grande

fart de nous qui demandoii la liberté que cestoit que de li" erté ; euMéant qu9 ee fust que chaseun peust vivre à son appétit sans loy, règle ny compas. Rertliclicr, riionimc habile, avouait pour sa part qu'il ne pouvait agir, fors par moîen de jeunes hommes ou s'il faut tout dire des fols.

* Le fait est r)\é par Galiffe (Notices généal. sur les fam. gen. Tome 1. 130. iLdii, de 1830), qui l'accuse au contraire d'avoir trahi ses complices. Lequel croire» du chroniqueur contempo-

Fri bourg ; le 5 avril, le duc Charles entre dans la ville , les portes rompues, à la tête de trois gros de cavaliers. Les Bernois, fidèles au traité de 1512, désavouent les ^ens de Fribourg ; la cité, mal servie par certains de ses magistrats, obéit en protestant et livre ses chefs ; Bonivard est exilé, Berthelier meurt avec un héroïsme qui rehausse son caractère*.

Ce coup d'autorité ne lit que roidir dans sa courageuse obstination cette poymlalion remuante, jusqu'alors plus querelleuse que convaincue. La réception fastueuse que lit Gouève, en 1523, à la dudiesse Béatrix, dissimulait dlmplacables rancunes. L'enivrement des fêtes a servi souvent les calculs des conspirateurs ; quelques semaines plus tard, la ville était en pleine insurrection. £n 1524, les o£(icîers de Savoie saisissent dans les nies le juge Lévrery, qui s'opinidtraU, dans son avewjU" ment, à main tenir les droits de justice de Vévé' que et de la àté; lié sur un cheval avec sa casa-

SLie de veloiu*s, le malheureux est conduit à onneju^é, condamné, décapité, sans qu'onlui permît ji' écrire aux siens ni de faire appel de cette brusque sentence. Le duc rentre dans Genève avec dix mille hommes, et tient dans les cloîtres, de Saint-Pierre , le 10 décembre 1525, l'assemblée qu'on appela le conseil des haU lebardlers. Quarante conseillers sur soixante

rain ou du cnticjuc moderne? Et, <lans lo doute, ne vaul-îl pas mieux admettre rhéroïyinc de riiomiiic ([iie sa honte?

• Août 1519. — H neiaul pas confondre, comme l'ont souvent fait à dessein les apologistes de Sa?oie. dit Spon, ce Berthelier avec an antre Philibert Berthelier, condamné en 1555. et qui fut a'rv^t méehtmt homme qu€ U premier aumt été homme de bun.

refusent, l'épée sur la gorge, de déchirer le traité de 15l6. Le duc part outré; TéAfcque Pierre de La Baume émigré à Gex. et, le 12 mars 1526, le peuple entier jure 1 alliance suisse. On fit des feux de joie trois nuits de suite, et le syndic Besançon Hugues s*écria : Boutez hardiment poules couver, le duc de Savoye ne mangera plus les poussins.

Pour répondre à rassocialiuu «léniocratique des bour^^eoisips de Genève, de lîcnie, de Fribourg, les nobles du pays de Cu'X, du pays de Vaud, du Chablais et du Fancigny se léunirent au château de BursiiK l (octobre 1527), et s'y coalisèrent sons le litre radleur de chevaliers de la cuiller; il s'agissait â'écvmer Genève et de la restituer au pape et au dncK François de Pontverre , Michel de La Sarraz , Henri de Cojonex, furent les plus hardis de ces capitaines ; armant à leurs frais des troupes de partisans, ils assaillirent Genève pendant près de dix ans (1527-1536). L'on dépensa de part et d'autre, dans cette guerre ingrate de coups de main et de surprises, plus d'énergies patientes, nlus de dévouements obscxu^ qu'il n'en eût fallu pour faire la conquête d'un empire. Les Genevois repoussèrent à coups d'arquebuse plusieurs attaaues; en 1529, ils furent sauvés par les minces de Fribourg , de Berne et de Soleure oui, rassemblées à la hâte, doublant les étapes, brûlant les châteaux pour signaler de loin leur présence, les dégagèrent à la veille du jour ou ils allaient se rendre,

' Dict. hisi. du canton de Vaud. Toœe I. 290. Pierre de La BaniiMf des comtes de MontreTeU avait en Bresee, en Yalromejt dans le Jura, ^antitë de paieots et d'amie.

faute de pain. Le traité de SMuu-Jiilien (10 octobre 15^0) ne fut point observé par la noblesse; mais les ( lautons, redoutant rinterventinn (le Charles-Quint ou celle de François l^'"", tinreiiL une assemblée à Payerne (21 décembre), où l'on décida ;

« Qtte le duc conserverait le Vidomnat, sauf réserve des droits de Tévéque et des franchises de la cité, en payant 2t,0Û0 écus à Berne, Fribourg et Genève , finances dont il fmirra se dédommager sur Vévéque cl les gentilshommes de la cuiller ijai m pouvoient avoir levé tant fit' soldiifa sans que le duc n'en sût rien; (\m l'union de 1526 serait maintenue, Genève, ville libre, étant maîtresse de ses alliances*. »

La question reUgieuse commençait à s'agiter derrière le débat politique. Depuis 1524, la propae^ande bernoise jtîtait dans la Suisse romande quantité de Bibles en français et de petit format. Le 23 mai 1525, les Etats du pays de Vaud, rassemblés à Moudon, décrétèrent, sur la proposition du duc Charles, qu on mettrait au pilori tout lecteur des livres de Martin Luther, et au feu quiconque défendrait sa doctrine^. La contagion gagnait en Savoie.

« Tontes les paroisses entre Genève et Chamljéry sont infectées de livres défendus, écrit l'évèque d'Aoste; les gens vont criant partout (ju'il faut vendre les biens

' AR. TURIN. Traités publie^'; ; section inédite des Liguei suisttes. — Bonivard, 6orli de la prison de Grolëe sor le Rhône,

où il était resté deux ans, fut surpris dnns le Jorat, en 1530, porteur de lettres cornpronu'tl.niic'.- des Genevois aux Bernois. Enfermé ù Chilien, d'abord traité en prisonnier d'importance, puis jeté dans le cachot célèbre (où il passa trois ans et dix mois, et non pas dix ans* comme dit Miehelet} , il fut délivré par les Bernois, le 29 mars 1536.

* Grenus. DotwiMntt vaudoif , Tome 1. 165,

des abbés el des prélats pour nourrir les pauvres ; la rigueur des édits n'a fait qu'attiser le feu. »

Les Ktats-Géncraux, assemblés à Chambéry en février 1528, et le synode de juin 1529, édictèrent en vain de terribles punitions. Le supplice de douze gentilshommes indigna toute la région des Alpes; les inquisiteurs venus de nome furent forcés de se retirer devant la clameur publique*. Aussitôt après la journée de Payerne, les Genevois, comptant peu sur l'avenir, imitèrent l'exemple des marins qui, menacés du naufrage^ jettent tout à la mer pour tenir quelques heures de plus. Ils rasent Jes faubourgs, ferment quatre des six portes de la ville , et vendent leurs meubles pour amasser du blé et des armes» En 1532, deux dauphinois, Farel et Saunier, revenant de forcer Tadhésion des églises vaudoi* ses à la Réformation, traversent Genève; ils sont frappés de cet élan universel de patrietisme et jettent, parmi ce peuple, la semence ardente qui passionnait déjà les hautes vallées des Alpes piémontaises et dauphinoises. Le couvent des Cordeliers de Rive devint un foyer de propagande ; les deux partis qui se disputaient la ville, soutenus, Tmi par Berne, Taiitre ar 1 iibuurg, transigent un instant, le 27 mai 533, en proclamant ^^a?e liberté pour la messe et pour le prêche. Mais la division était dans les familles ; les inimiUt s locales, surexcitées par les menaces du duc^, les intrigues de 1 évêque, et ces manifestations popu-

• PREUVES. Documciils XXXIÏl etCXXXV.

* En 1532, le duc Charles demantla des hommes et de l'argent aux £laU de Saroie» de > aiid et de Bresse pour laire la

Digitizec

laires qui débutent en brisant les statues et ne

s'arrêtent qu'après le meurtre et le vol, no ermetteut pas aux syjKlics de maintenir équilibre. Lafactiondes éti ;iiigers l'emporte'. Abandonnée par la catholii^ue Fribour^, mal servie par la prudente Berne, convoitée par François T*'', Genève se crut cette fois p(îrdue. Les faibles détachements qui essaient de pénétrer jusqu'à elle sont Ijattus , l'un après l'autre, dans les défdés du Juta. La sédition agitait la ville ; blé mancjue, les Peneysans bi'ùlent les moulins du Pdione ; on ne comptait pas dans l'encenite des remparts 400 hommes en étal de porter les armes. Genève choisit cette heure suprême pour jeter un éclatant défi aux ennemis acharnés qui Fenveioppaient de toutes parts. Le 27 aoiit '15X), les trois syndics, — Aymé Bandière, Iludriod du Mollard, Jean Philippin, — suppriment le cuite catholique et remplacent la messe par Verisei^ gnement de V Evangile. Ce trait d'audace rallia les mécontents, assoupit un instant les discordes. La rupture n'amena point de violences; on ne décréta l'expulsion de personne; les catholiques furent libres de demeurer ou de partir. Il faut citer la noble attitude du grand vicaire Aymé de Gingins, protestant à la tête des chanoines contre le décret d'abolition, et

ronquôte de Genè^e; clergé el In noblesse vofirnit s;rnls; le tiers-Mat refusa. Lus (Icnevnjs produisirent h hi journée de Payorne des lellres de l'évèque, atcubaiU la part active qu'il prenait aux «ntreprisea des ehwalUrs de la euUter,

* Le dominicaiii Guy Forblly, de Bfontmélian, fat le conra-

geux et opiniâtre contradicteur de Farel. Jeté en prison, meoacé de mort, i! nr» 'lut qu'aux snllirii.itionM de Franroi? T*?»" d'ôtre échangé contre le ministre Saunier pris en Piémont. Spon (édition de 1730 avec les notes}, et surtout Gaberel.

rhéroïsme des religieuses de sainte CSaire qui, résistant aux séductions comme aux menaces, quittèrent la ville le 29 août, plutôt que de ne

plm chanter l'office * .

Genève est désormais au ban de la catholicité. J.es fugitifs et les bannis , appelés traitre^i de Penei/ du nom d'uu château épiscopal devenu leur centre d'opérations, resserrent autour de la ville le cercle de fer et de feu qui l'emprisonne ; les nobles de Vaud, battus à Nyon parles milices de Neufcbàtel, se recrutent avec For et les soldats d'Espagne ; Cliaries TII répond aux députés de Berne, dans la conférence d'Aoste, que les impiétés genevoises ont déchiré l'arrêt de Saint-Julien et la sentence de Payerne, et qu'il n'est plus lié par son serment. Le 2 janvier 15t%, il investit Genève ; battu au pont d'Arve le 3 et le 12, repoussé, dans la nuit du 14, à la triple escalaae des remparts, il recule jusqu'à Rumilly ; les Genevois reprennent l'offensive, donnent l'assaut àVersoix, et par des feux allumés sur le Salève et les Voirons, auxquels répondent ceux du Moléson et de la Dent-de-Jaman, font appel aux Suisses. L'armée bernoise envahit le pays de Vaud et entre à Genève, le 2 février,

• Les pauvres sœurs, au nonibic de treize, reconduites par les syndics jusuue sur lerre de Savoie, étaient si novices dans les aetes les plus élémentaires de la vie que» s'efl^ayant de tout . prenant les vache* pour des ottrs et les brebis laineuses pour des loups ravisseurs, elles mirent donze heures à faire les deux petites lieues qui s< parent Genève de Saint-Julien. On ne violenta personne, sinon y ar railleries et prédications; mais railleries terribles pour de pauvres filles ignorantes, et prédications accompagnées de bris de clôtures et de soudards avinés, sans compter léseras pharisien^: restus de velours qui taschoient à détourner les jeunes. (Kelatioa de Jeanne deJussio.)

quelques jours avant la prise de ('hambéry par les Français; puis, dans un brusque retour en aiTière, achève la conquête du Léman ^

Tandis que la passion des libertés politiques jetait les citoyens de Genève dans l'alliance suisse, et les forçait à payer leur indépendance par l'abandon de leur foi, la «grande lutte des Maisons de Fi'ance et d'Autriche contiiuiait avec des chances diverses. Fe 24 février 153(), rassemblée de Bologne livre l'Italie à Charles- Quint; puis, en 1531, la mort de Louise de Savoie, et, en i533, la succession du Montf errât, rendent une rupture inévitable. Tandis que Tempereur marcnande à Charles 111 le prix de son dévouement, François !«• dénonce diçlomati(|uement au cabinet de Turin des griefs imaginaires. La force d'inertie du duc Charles se prétait mal aux intentions de la cour de France qui, jugeant enfin insensé d'aborder ritalie avant d'avoir pris possession des Alpes, cherchait à provoquer un refus (jui pût servir de prétexte à Tinvasion. Le président au Parlement de Paris, Guillaume Poyet, plaida avec véhémence les prétentions du roi devant le

* Les Bernois y renouvelèrent les excès commis dans Je comté de Romont lors de leur première invasion de 1475 et 1476. La défense d'Orbe par le capitaine de Joui et celle d*Eetavayé par Claude d E.^tavayé (octobre 1475) futent rnmi<;csen mémoire par l'hf'ToisiHC du baron de l.a Sarraz vt do ses amis qui tinrent, à Vverdon, au nombre de ^00, contre 7,000 Saissos. La ville de Nyon. pillée la veille par les Italiens à la solde du duc, fut brAlée le lendemain par les Allemands qui troilèrcrit les habitants comme, soixante ans p'us tôt, ils avaient eu le triste courage de traiter le brave défenseur du château des Clées, Pierre de Cossonay. Voir tous ces détails dans le Chro^ niqueur, nic.iiuscrit contemporain dont une copie est aux Archives de Lansenne; yoir anssi le tome !«' de cette Sùloire^ page 46â.

duc, en son conseil; le président Porpui'ato offrant de produire les titres y Poyet, déconcerté, se tira d' allai re par un mot assez vif pour un magistrat : N'en parlons plus\ le roi le veut ainsi. Porporato répondit avec dignité : La volonté du roi ne se trouve point dans mes livres, Q>uelques jours après, le 5 août 1535, de Grenoble, François 1^' écrit à Charles III un uUimcUum contresigné Robertet :

(( Les Souysses mangent, destruisent et affolent vusire païs, donnent l*assault et assiègent vos places et GTOye que par fin et compte, s'ils pouvoient tenir vostre personne vous joueroieni queUjue mauvais jeu. Vous ne trouverez jamais les choses mieuix à oropos pour vous venger d'eulx que à ceste heure... Auitroment, si vous persévérez à dissimuler... je m'évertueray de faire mon cas sans vous et ne vous serays de rien tenu. Et, pour résolution, j*auray ceste imagination que on fait de vous plus par crainte et par subjection que par amour et libéralité*. »

Ne dirait-on pas Henri IV parlant à Charles- Emmanuel ou l.ouis XIV à Victor-Amodée?

Autres temps, môme politique, loutefois, François V ' ne se hâte point de dénoncer les hostilités ; mais il appuie les mouvements des Suisses, dont les atla(jues vont se combnier avec l'invasion IVançaise et la révolution de Genève. Tandis que l'armée bernoise l'ait le siège d'Yverdon , l'amiral de France , Philippe de Chabot, traverse au pas de course la Bresse et le Bugey et entre à Ghambcry le 24 février 1536*. Les magistrats, Humbert Veillet, Louis Miiliet, Louis Oddinet^ réclament

* Aroh.de cour. Correfp.dfsroM deFrance*ClX.MaiMo,XL\,

* Plosiem historiens, et parmi eui Mëzerai, donnent la

du comte de Saiût-Pol toutes le$ garanties dues à un pays libre, et les obtiennent. Montmélian,

la seule place qui pût ofTrir une résistance sérieuse , livrée par le iiapoliUiiu Chiamoiie , capitule aux premières îip proches. Laissant à Chambéry et à Montmôlian de rail)les détachements, lançant quelques compagnies d'Allemands sur la Tar en taise pour fermer la route du val d'Aoste, l'armée d'invasion franchit le Mont-Cenis, force le Pas de Suze et fait en sept jours la conrfiirto du Piémont. Les défaites de Charles-Quiiit on Provence restent sans influence sur la politique générale; la trêve de Nice lui assure dix ans de plus pour mieux enchaîner l'Italie. L'entrevue d'Aigues-Mortes et le voyage de France (1539-1540) consomment l'œuvre de 1529 : la duchesse a'Etampes cède la place à Diane de Poitiers, l'amiral Chabot, à Montmorency; les favoris déchaînent le fanatisme dans le royaume et négligent, au dehors, les occasions d'accabler l'Empire. Gharles-QuinI traite le duc de Savoie connue un vassal maladroit qui n*a pas su vaincre, lui refuse le Montferrat, le force à accepter le comté d*Âsti en payement de la dot de Béatrix, lui prend ses deux fils et les exile en Espagne.

L'esprit public en Savoie était donc soumis à de rudes épreuves. Ici, les agitations semées dans le pays par les agents secrets, la résistance armée des Tarins, Topposition légale des

dafe de 1535 pour celle de l'invasion de la Savoie ; ce désaccord apparent tient à ce que les Français, commençant oncoro en 1536 leur année à Pâques, différaient de près de trois uiuis avec les peuples qui avaient* adopté le calendrier romain. Charles IX, en 1564, ordonna que rannée commencerait le l** janvier; la réforme grégorienne n'outlieu qu'en 158i*

prélats de Maurienne et de Tarentaise; là, les appels qui partaient de Genève, le contact de prédicants hardis, des ballots de livres jetés en pâture à la curiosité des oisifs ; enfin, les rélormes qu'apportaient les l^nuivais, les améliorations considérables introduites par l'annexion dans le régime intérieur du pays. Chacune de ces considérations exigerait de longs développements , et je ne puis que les effleurer. En 1536, les vallées de TArve, de risère et de TArc furent si rapidement envahies, qu'on n'eut pas le temps d'organiser la défense du territoire. Les Tarins seuls purent se concerter; ils étaient fervents catholiques et détestaient TAlleinand, deux leviers dont les officiers restés fidèles au duc Charles se servirent adroitement. Le héros de la résistance fut François de Loctier, seigneur de Bellecombe, Vun de ces hommes aux aptitudes multiples comme il s'en rencontre beaucoup en Savoie, aussi prompts à raction que froids au conseil, endossant avec la même iiidiirérence la robe du juge ou la casaque du soldat, maniant avec une égale souplesse la plume ou l'épée. Il fit sonner la trompe depuis Pralognan , Bozel , les Bel les -Villes , jusqu'à Sainte-Foy, et jeta ses montagnards sur les lansquenets et les reitres d'avant-garde. Les Allemands reculèrent ; Loctier les poussa, la

Fique aux reins, jusque dans la plaine de llospital et prit Gonllans d'assaut. Ce succès inespéré valut aux Tarins des lettres émues du duc Charles * et donna à réfléchir aux chefs de

* M. Dnrandard, à Moû(iers, possède vingt-une lettres du dac relatives à cette affaire. Celle du 16 mai 1536» adressée au

rarmée d'invasion. Dans les derniers mois de 1536, Cilonflans fut repris, ellaTarentaise ouvrit ses passages, à la condition qu'on n'y tiendrait en garnison que les milices françaises, et point de mercenaires ni d'Allemands.

Les Valdôtains, qui n'ont jamais oublié leurs vieilles alliances avec les Faucignérans, les Vallésans et les. Tarins, contre les légions de César et de Varron, déclarèrent à leur tour qu'ils ne permettraient pas à un soldat étranger de ]^énétrer dans leurs vallées, mais qu'ils consentiraient volontiers à rester neutres, Vintérét du peuple primant celui du prince. Le 4 avril 1537, le$ trois états de la Val d'Aoste assemblés donnèrent mandat à des députés pour signer avec les représentants du roi de France un traite de neutralité :

€ Les Français n*entreront pas dans la vallée ; en retour, les Valdôlains prennent l'engagement d'empêcher le passage dos Suisses, des Allemands, des Espagnols et des l*iéiuontais. — Les droits de péage sont supprimés ( nireleVal d'Aoste, la Savoie et la France. — Les hal ilants des trois pays pourront circuler et commercer sans entraves, t

Cet accord fut religieusement observé ^ Les

itéiir dê Loetier, nof <fe ehambelian H commandant la milicê

nationale en Tarentaise, commence ninsi : J'ay entendu le bon exploit qui a.esté fait au quartier de Conflans, etc.

* T.o trrîit»' de neutralité de 1537 fut rcnouvcl'' plusieurs fois : le 16 septembre 1542, entre le cardinal de Tournon, iieulenantgénéral de Franeois , et les procureors des trois étals d'Àostc, H. (le la Tour, Nicolas de la Crest, Jean Vandan et Hugnes Rirlinnî; le 29 janvier 155-?, nnlrc Cuy do Mnngiron, lieulenant-générnl en Savoie, et Claude l'asoliol, premier président au Parlement de Chambéry, pour le roi, et Jean Giuûd, Gabriel de la Tour et Aotoine Davise, pour les trois étals d'Aos* te; le 15 ma» 1554, entre les mêmes, arec rapprobation da

Valdôtains y gagnaient l'inappréciable bienfait de demeurer en paix au milieu de pays dévastés par la guerre ; et le roi s'appuyait, au cœur des Alpes, à une base d'opérations désormais inattaquable. Les partis n'imitèrent

Sas la fièrc loyauté des Valdôtains, et, au lieu e proposer un laodm vivendi, n'acceptèrent en apparence la réunion de la province au royaume que pour rester plus libres de faire secrètement appel aux mécontents. En Maurienne , rélection de l'évéque Philibert de Challes ne put recevoir Tapprobation royale qu'après six années de débats et de pourparlers; en Tarentaise, Tarchevêque Jean- Philippe lie Grolée ne cessa de protester, de 1536 à 1559, contre les maximes gallicanes et les arrêts du Pailement. Cependant, lorsque François l^y en 1539, ordonnait de soumettre

Cour Chambéry et non à d'autres^ il . faisait qu'appliquer les lois du pays, les concordats obtenus par Charles III, de la Cour de Rome, en 1515 et 1525. Pendant les premières années de Toccupation, les ducats d Espagne, semés çà et là, firent éclater quelques troubles proxnptement réprimés ; de hardis coups de main suffirent à chasser de la Tarentaise et du Faucigxiy les bandits qui pillaient les \i liages sous prétexte de politique, et de la Mauxicnne

maréchal de Brissac ; le 2^ déreuibre 155(5, entre Cluirles de Marillac, archevêque de Vienne, et Àndré Guiiliart, sieur du Mortier, pour le roi, et Pierre du Crest et François, des barons deVallèse, poor les trois états d'Âoste. Je dois la commu- Dicatioa des originaux qui sont aux Archives du bureau d9$ Commis, h mps amis d'Aoste, M. le son^-préfet Craverî, gendre de rhistorien de Salaces, Muletti, et M. le chanoine ûérard.

ecclésiastiques d la

les partis d'italiens qui inquiétaient les routes*.

Le duc Charles avait laissé en Savoie de nombreuses sympathies ; mais un très petit nombre d'amis s'attachèrent à sa fortune. On trouve, dans les archives du Sénat*, \e rôle de ceux des Etats qui tiennent le party de Mgr Charles de Savoye; ils sont vingt-sept, dont treize gentilshommes, parmi lesquels MM. de Cordon, de Mouxy, de Lullin. Les regrets de certaines familles se traduisirent par cette opposition innocente qu*on a toujours permise aux favoris de la veille* ; à part de rares exceptions , les Savoyens avaient peu de motifs de se plaindre et beaucoup d*être satisfaits; les factieux eux-mêmes furent ménagés, tant Fadministration française se fit accommodante et généreuse.

En 1552, le chanoine Alardet, ancien précepteur d'Emmanuel-Philibert, et à qui le roi, honorant sa fidélité, avait conservé ses titres, devenu trop ostensiblement le chef des mécoiileuLs, lit; lut coiidaiiiiié ^u'au baïuiissc-

* En 1537 et 1538, la ville de Chambéry dul s imposer pour payer des capuainet de sûreté. En IMO, un capiiNine Ch«peîier, Suisse d origine, imitiint tes exploits du roi Guillot dans

le centre de la France, ef ce.n\ du capitaine Hizedans le pays de Vaud il52^-Iô3U). couru) un instant le pays, rançonnant les abbayes, volant les villes ouverlc:S; pris ei conduit h Oinmbt^ry, H y eut la t^te tranchée. V»tip, pour la responsabiliit! «les prélais (jui s«>udoyèrent ccrtiiins il»- r-( < dt-sorilrcs aux A M. TUHIN. Correspondance des prmces avec l'épiscopat d'au- delà U$ monts. fMaz:.i purlicohiri. IX. >

' Registre d^^ conclusiotut de Julien tabouet, procureur général, annu 1 j 14.

' Ainsi, le refus d<*guisé des syndics nobles de Chambéry d assister à la priKVssioii ordonnée par arr^t du i'arienienl [li janvier 1553), pour obtenir la paix après la défaite de CfaarlM- Qaiot devant Metz.

— mo-

ment'. En juillet 1557, un t'ranc-cumtois, le baron de Polvilliers, fit une tentative sur Bourg, où il espérait recruter assez de mécontents pour attaquer ensuite la ville de Lyon. Défendu mollement par les bourgeois, Bourg

de Digoyne, lesquels ont rudement espousseté les lansgurHets de PolviUiers ; quatre gentilshommes bressans avaient seuls pris parti pour cette échauiïourée. On en profita pour répandre en Savoie un manifeste d'Emmanuel- Philibert qui, à la veille de marcher sur Paris, se croyait sûr du succès - Vne compagnie de cavaliers, commandés par M. de Lierges, s'autorisant de cette surprise pour malmener les bourgeois, suspects de tiédeur, fut chassée de la citadelle par une émeute. Tout s'apaisa par l'amnistie qu*Henn II accorda aux condamnés de 1557, et les troubles de 1558 parurent avoir des motifs assez légitimes pour (ju'on ne les puidtpas. La Savoie n'avait point remué'.

Le Parlement simplifiait, unifiait et redressait; les gouverneurs, tous gens illustres, allé-

■ PREUVES. Docament n« XIII.

* Les François, y disait-il, vont tstre assex empesehex de

deffendre leur ancien pnlrimoiiie pour se soubvenir de vous. Il sera bcsoi)i de profiUrr de la dicte occasion ; et 7iou$ vous pardonnerovf; trez volontiers, otc. {riuicheDon. Bresse. l.\OS.)

* Il résuile de l'cnquéle que les Savoyens ne remuèrent pas (contrairement à l'allégation de l'auteur anonyme delà Vit îVEmmanuel-Philibert f Ghambéry, 1839). La tentative de Bresse se fit jiar dcp mercenaires allemands; les qnolques personne-^ rotn promises dans celte ée'liauffourt'e le funent par fatale calamtie et non par mauvaise affection, d'après les termes de rédit royal du 31 mars 1558. Toutefois le château des Alymes, au-dessus d'Âoibronay, appartenant à Charles de Lucinge , l'un des jtobles compromis, fut démoli pararréidu Parlement de Giiambéry. (Registres crimiuQ^ de 1557.)

fut sauvé par la vigueur d

hi baron

Feaient les charges locales par le maintien de ordre et de la discipline ; le roi faisait bon accueil à tontes les réclamations justes. Un exemple entre mille suffira. Lorsque Henri 11^ pour empescher les gens de guerre de vivre sur le bonhomme en tenant les champs sous couleur de la cherté des vivres, augmenta la solde des officiers et soldats^ les pays de Savoy e et Fau^ cigny furent cotisés à zS,9i4 Uvres 8 solspour le premier quartier de l'an 1550. Les syndics des paroisses écrivirent au roi et obtinrent que cet impôt, qui était réparti sur toutes les provinces du royaume sous le nom de finance

Îyour la crue des gens d'armes, ne serait pas evé en Savoie*. S'il y eut des abus, ce fut surtout le fait des subalternes et des fermiers, pris cependant parmi les habitants, mais qui n'étaient point fâchés de faire fortune tout en rejetant sur le goiivrinement du roi l'odieux de leur propre conduite :

1 Depuis Foecupation du pays par le roi de France, disait<>onà propos delà perception des droits féodaux,

les fermiers ont commencé à traiter plus rudement lesditshabitant^rpour les pavements desdits plaits, et spédaleincnt en la paroisse de Tig^nes, et se faisoieut payer davantai:e qu est cy-dessus exprimé, tant parce que ils se disoii nle^hr à plus grand maistrp. au moyen m qtioy il leur faUoit plan gros worreaa, qu'à r<iccasion de ce que les débiteurs aimoient mieuj) payer que plaider*. »

Dès 4536, François avait réorganisé la

♦ soc, SAV. Mémoires. Tome VII, page 379.

* Déposition de Donat Ëmprin, laboureur de lignes, âgé do SOans.dftB» rmigaête du mois de mars 1569. (AR. SENAT. fol. 38 et 34 du cahier joint à l'arrêt des eomptee du 19 fit, 1569.)

justice par la création du Parlement de Cham» béry^ le rétablissement de la Chambre des Comptes, le maintien du Présidial d'Annecy, rinstitulion des baillis de Savoie, Maurienne, Tarentaise, Bresse et Bugey Les titulaires de ces offices furent Savoyens; sauf au Parlement, peu de Français y furent introduits. En 1539 , la célèbre ordonnance de Villiers-Cotterets fit pai^agei à ia Savoie les progrès de la France ;

€ Création àes registres de l'état dvd, garantie précieuse, quoique bien incomplète encore, pour Tintégrité de la famille et la sûreté des droits héréditaires-. — Obligation de rédiger en français tous les actes de la justice, ce qui supprime les faux fuyants et Tobscurité du laltn. — Distinction entre les juridictions civile, rriminelie et ecclésiastique ; — organisation du notariat; surveillance dps protocoles et niinulaires : — préoccupation constante d'abréger les délais et irais des procès, etc., vu la pauvreté du pays. »

En dehors de la ouestion purement judiciaire, le Parlement ae Chambéry exerça sur les habitudes administratives et les mœurs des

Savoyens une influence considérable. Il réprima les concussions des seigneurs féodaux '

* En 1546, uD Edit autorisa la SaToie à conserver ceux de •es règlements particoliers qui, sans être en opposition avec les lois da royaume^ paraissaient mieux appropriés aux be»

soins du pays. En 1552, un présidial fut établi dan<; chaque bailliage; en 1553 , un règlement, spécial au Parlement de Chambéry, détermina tout ce qui était relatif à rorgaulsaiioti Judiciaire et è la procédure. (Siylut regiut.J

* Les aeles de naissance et de décès ou. pins eiactement, de baptême et d'inhumation, dressés par les earés et signés

pflfun notaire, devjiipnt i^tre tléposés chaque nnnée, en coptV, au greffe du bailliage. Recueil d'Is imbert, Lois françaises.Xli.QOO,

* S£MAI. Atrét de mai 1547 contre les sei^eors bannerete

et des trésoriers*, disciplina l'opinion piibli-

de Tarbitraire ; inappréciables bienfaits, et qui sont rhonneiir de ces devancier du Sénat*

En 1547, lieuh II traversa la Savoie pour se rendre à Turin, et prit une idée juste des sentiments de dignité du peuple Savoven ^. Ën 1550, il répondait à cet mstinct de nerté nationale lorsqu'il refusait de réunir le Parlement de Chambéry à celui de Grenoble, mal*

S ré les sollicitations très vives du duc de uuise. u lieu de peser sur la vie provinciale de la Savoie et de Tamoindrir en quelcjue sorte^ dans le dessein de Fassimiler plus vite aux anU^es provinces du royaume, le roi Félargit au ccmtraire, et fit participer le pays au soin de ses propres affaires, autant, si non plus, que par le passé. En 1553, les scindiqnes des Estais des Duché et païs de Savoy e font au Roy des remontrances au sujet des couvents et prieurés qui s'enrichissaient ouUre la mesure, par le

de la Bresse et du Bugey accusés de percevoir des taxes» aides

et cotisations abusives.

' Les princes n'étaient pas plus exempts que le vulgaire de l'àpretb des intendants, baillis et trésoriers. De l'an 1515 à Van 1593. écrivait Louise de Savoie {Doc, méd, ftour VMttoitê de France. XVI.). sans y pouvoir donner provision, mon fils et moy fûmes rnufii)ucllemenl desrohéi par les gens de finan^ ces; et quand le inwne rouge Bois, parent de notre révéreti' distime et inextricable chancelier, s'en alla de repos m troinaU hors de et monde, hrs fust faicie uns fricassée d'adfraf

* Le Parlement entrait dans les pins minutieux détails de police et de contrôle. Voir Burnier fHisL du Sénat).

^ La Vifîtlleville, dans ses Mémoires, raconte les intrigues des (iiics de Vendôme et de I.orrnine, les scandaleux débats du procureur g(^néral Tabouet et du président Pélisson, ricochets des luttes do la cour, et la réception divertissante que firent au roi lOOlMurgeois deSaintWeaade Manrienne délpilsés en onn.

la forma au ros

pect de la loi, à l'horreur

moyen des successions et hoiries que les religieux profès continuaient à recueillir comme sHls n'estoient point morts au siècle\ De 1547 à 1559, Henri II rend un grand nombre d ordonnances relatives à Timpôt, aux levées, à l'administration de la justice, à la répression des abus ecclésiastiques, aux conflits de juridic* tion ; toutes sont motivées à la requeste^ tantôt des délégués de nos Estais de Savoye^ ou du scindique des députés de nostre pats de Savoy e. ou du procureur de nos Estais de Savoye^ei il résulte des archives de la Chambre des Comptes que les députés se réunii*ent à Chambéry,

f our voter l'impôt ^ notamment les 21 août 555, 9 octobre 1557, 7, 13 et 18 février% et 9 décembre 1558, 3 mai 1559. Les patentes royales du 3 novembre 1556 établissent en termes exprès que les Etats votaient la somme à répartir, noiiunaient un reveveur spécial pour la cueillette des deniers^ et se faisaient rendre compte de la recette et de l'emploi des fonds, ainsy que par cy devant un tel cas est accoustumé faire. C'est encore le Procureur des Etats qui, en 1559, lors de la remise du duché aux officiers d'£mmauuel-Phiiibert, réclame, au

* On y compte, parmi les députés, le comte de la Chambranle baron de la Val d'Isère, Louis de Seyssel, le baron de la Serraz, le dofteur-ès-lois F. Renaud , Favorat Jacques Salteur, les byndics de Chambéry Claude Ballin et Claude Perret, le vrocmur des Etale André Plllet, lebonrgeols de Montmélian Nicolet, etc. (Archives de la Ch. des Comptes de Paris). La Savoie (moins la Maurionno et \n Tarentaise) fournit 90,251 florins 6 gros, à raison de 3 Uorios par feu* ce qui suppose ane population d'environ 33,750 babitants. Le Geneyois et le Faucigby prodnisireiit 39,700 florias.

* ÀR. SENAT. Begistres du iditi el UUres patentêt (1564 i 1559. XlXVIl).

préalable, par un sentiinent raffiné de délicatesse, que les mandataires du roi de France déchargent de leur serment de fidélité len dé-

pûtes des trois ordres et les jp aïs et habitatUs de Savoye.

La politique euiopéenne continuait à peser tour à tour sur ritalie et sur rAlleniaone ; les soldats et les diplomates couvraient la route du Mout-Cenis. On put craindre, un instant, que la guerre ne reprit, comme jadis, au nom du Sacerdoce et de Tb^mpire, entre Paul ITT, effrayé des tendances du Concile de Trente, et Charles-Quint, rêvant aussi la douhle puissance du sceptre et des clefs. Tandis que les Valdôtains délibèrent de rester catholiques^ et chassent Calvin, Genève l'accueille et lui livre la dictature. Le maréchal de Brissac achève la conquête du Piémont, émerveillant les Italiens par Pexacte discipline de son armée*; Tempe-

* Les Etals-Généraux, réunis le 11 juillet 1536, sous la présidenee de Pierre Gazzini» ëvéque d'Aoste* et de René de

Chalanî, après le discours véli(^nient du moine valdùtain SavioT-, décidèrent de rester raihollcjucs et donnèrent l'ordre d arrêter Calvin, qui s'échappa par les détilés du Vailey. (Voir let détails dans Andin. Bist, de Càlmn.) L'assemblée résolut aussi de pourvoir au gouvernement» compromis par l'occopation des trois quarts des Etats du duc Charles et parla pression de l'empereur; elle rhoisil dans son sein un conseil qui devait rebter eu permanence et administrer le paj^s } ce conseil, sommé Cansfil des élut oa hureau des eommu, appronvé en principe, dès 1536» par des lettres-patentes de Charles III, datées (ic Verceil, lorsqu'il s'agît du premier traité de neutralité avec la France, fat contîrmé, en 1555, par Emmanuel- Philibert, qui fixa à 35 le nombre de ses membres (Archives d'Aoste).

* « Les paisans, chose sdmirable, dit Paradin, ne laissoient d'apporter force vivres ès-oamps des François, desquels ne

pouvoient estre payés pourf|noy n'estrc vrm'ir rncorrs la soiiUîe

de FrancOf et tant seulevient avoient parfaite confiance qu'ils

reor ne peut obtenir des Bernois qu'ils restituent le pays de Vaud à Charles III (1548); le marquis du Guast s'arrachait la barbe de colère à l'idée que sa défaite de Geresolc ne serait pas vciigée. JHiis, alors que deux brillantes victoires, à Sienne et devant Gênes, dégagent les alliés de la France, Charles-Quint se laisse battre au congrès de Passaw par les diplomates proiestauts (4552), et sous les murs de Metz par les fantassins du duc de Guise (4553).

Cette même année, le duc Charles III meurt à Verceil (40 septembre). Accusé de faiblesse par les panégyristes habituels de sa Maison, ce prince fut surtout malheureux. Tl était trop franCj ditGuichenon; craintif à entreprendre, perplexe à se résoudre, mol à exécuter ; plus propre pour le cabinet que pour le trône. Mais il fut loyal, sincère et bon. 11 a eu ce rare mérite de rester fidèle à Charles-Quint pendant trente années de déceptions ; son code delS13. son énergie contre Genève, la royale fierté qu'il déploya alors que, dépossédé, trahi, réduit aux seules villes de Nice et de Verceil, il dut croire sa dynastie perdue, lui assurent les respects de l'histoire ^ Le rôle de Charles III, fort eflfacé depuis le partage de la Savoie et la conquête du Piémont, a peu séduit les historiens que le suc-

Wf perdroient rien ; mais, des lansquenets, les citadins coupotent les testes et les piqnoient aux pointes des palis de leurs

nayes ou clostures. ^

* Le comte Mtta, dans son bel ouvrage, Le famiglie celehri italinne, a reproduit le portrait de Charles ill d'après une miniature du temps. C'est un profil délicat ; type ûn, maladif, pile ; nne figare aabbé ; les eherenx longs sous on toqaet de relours ; de l'amertume et de la résignation dans le pli des HVris, vue flàmine ftigitive dans le regard.

cès attire plus que le malheur. Il y a là, pourtant, de btlies pa^es à mettre en lumière ; le duc, vaincu, oublié, traité avec dédain par les officiers de Tempereur, à peine visité par les diplomates de ses alliés lorsqu ils traversent sa résidence, à court d'arp;ent, sans espoir d'avenir, ne cesse de faire /lèche de tout bois^ comme il le dit, pour trubvenir aux dépenses de son lils, et sa plus vive, sa plus constante préoccupation, est r allégement des charges qui pèsent sur ses anciens sujets.

La question financière est le point vulnérable de toute F Europe, au milieu du XV P' siècle. Ce qui était vrai de la France, de l'Allemagne, de r Espagne, le fut aussi de la Savoie, surtout " de la part de Charles III, pour la période de 1535 à 1553. En 1541, Oiarles-Quint, battu devant Alger, compromis à Ratisbonne, redoutant les alliances toutes neuves de François 1^' avec le roi de Danemark et le duc de Clèves, avait répandu beaucoup d'argent en Italie et en Suisse pour y conserver des amis. Le payement de Taméré des pensions permit cette année-là au duc Charles de racheter aux banquiers de Grénes les bijoux et les objets d'art qu'il leur avait donnés en ga^e^ En 1543^ la situation est redevenue mauvaise; le trésorier ne reçoit rien de Savoie ; les sommes modiques qu'il perçoit proviennent uniquement des châtellenies du bailliage d'Aoste, du trésorier d'Asti, du receveur de Nice, des emprunts que les officiers du prince font, en leur propre nom, à des banquiers de Gènes, en engageant les joyaux

* Archives de la Chambre des Comptes. — Compte de Nicolas Carraz (Rouleau CCII).

(pi'offrit le clereé niçard*. La correspondance inédite de Charles III avec son fils, de 1545 à 1553y prouve quels étaient les embarras du malheureux prince, et combien peu l'empereur se souciait des engagements qu'il avait pris. Ces lettres confidentielles sont navrantes; j'en publie quinze, transcrites sur les originaux conserves aux Archives de cour, à 'l'urin*. Leur rapprochement avec les comptes des trésoriers permet de juger radministration liiiancière de ce temps aussi l)ieu que la belle ànie du duc Charles-le-Bon.

€ Philibert, par ce que tu m'as cy devant escript, j*ay esté informé des sommes que tu doibs, à une partie desquelles jheusse desia satisffaict si le pouvoir y fust esté. D'ailleurs, je voy la despence que tu fais journellement estre telle que ne me sents bien le moyen d*y

pouvoir suppléer Comme il est raisonnable que lu

soyes subvenu, convyent aussy que j'aye moyen de vivre,

lequel est bien petit (2 juillet i r>i9). - - J'ay envoyé

à Milan le trésorier Loearuo pour tenu main envers le seigneur D. Ferrandf^ d'avoir quelque provisifHi d'argent sur ce qui nr< si deheu, afliu do te nouNoir ayder et fère le secours t» l (jue je désire, lequel m'a fait responce qu'il n'a pu rien obtenir (19 juillet 1549). — Geulx avec lesquels je suis en traicté pour te faire quelque bon secours, vont plas IVoidement qne la nécessité où tu es (iO juillet 1550). »

Ce tendre çère s'épuisait poui* payer les dettes de son hls et le mettre en état de faire fi^e à cette brillante cour impériale, ùû le vivre coustoit gros, malgré le personnel restreint q[a'entretenait le prince de Piémont, et

VAft. CH. C. — ftoulean CCIV.

* Pièces justificatives, d»* XIV à XXIX* (Tome ilk).

quoi qu'ait pu dire Cliarles-Quint, facétieux à ses heures. T.e duc blâmait timidement les dépenses du jeune général, et cooune eu s*excusant :

« Les 8,000 escus que vécy, ensemble ton revenu d'Ast, te peuvent entretenir, sans plus me donn^ de fascherie qui ne |irocède d*aultre que du petit pouToir que j'ay de satisfaire à si grande despence que tu fais, et dont j'ay bien voulu t'advertir. »

Ces reproclies étaient l'ondés, car, malgré la simplicité de vie d'Emmanuel-Philibert, simplicité relative et qui donne Tidéc du hixe des autres princes, il était oMii(é de solHciter de Fempereur le prix des casaques de velours de ses gentilshommes. Imi 1054, Tannée qui suivit la mort du duc Charles, le trésorier Locarno constate un déficit de 9,864 écus d'or; et c'est à ce moment qu'Emmanuel-Philibert, mettant à novelté les accomtremens et gcLlantises de sa compaignie de chevau-légers, dépense à Milan une somme considérable pour habiller ses gens de pourpoints de drap cramoisi et de casaques en veiomrs incarnat ^ La lecture des comptes de finances, des lettres des princes, des doléances du tiers-état, fait involontairement penser aux sanglantes ironies de Panurge et de Pantagruel voyageant au pays d'Utopie :

« Où les quatre fils Ayiimn stuit arracheurs de dents, Mélusiue souillarde d(^ rui'^iiif', (lli^opatra revonderesse, Dido veiidoit des niousserous, i'ealoésilée cbtoit cres-

' Les trorapetles avaient des guidons de soie brodés d'or, des Jioappes et des franges en ûï d'argent ; les loquets à plumes avee glaocU coûtaient 6 livras ; la aelle et le caparaçon de ve* lour» furent payés 130 écus an soleil et 68 sois de Piémont (AIL CH. C. Aooleau GGXV).

sonnière. Je vis Diogeiiés qui se prélassoit en magnifi* cence avec une grande robe de pourpre et un sceptre en sa dexlre, et faisoit enrager le bel Âlexander quand il n'avoit bien rapetassé les chaulses et le payoit en

coups de baston Et pour le dire vray comme sous

les velours sont les rois, on les voyoit vestus d'un beau petit pourpoinct de toile tout deschiqueté comme la rornelte d'un Albanois, et de belles chausses à la marimère, sans sûliers, et un petit bonet pers avec une grande plume de chapon ' . )»

Le fils de OiarlesIII, Emmanuel-Pbilibert*, général en chef des armées impériales, siio cédait à son pére dans mi duché qui paraissait aussi compromis que ses royaumes d'Arménie, de Chypre et de Jérusalem. Verceil venait de capituler, il ne possédait plus que des villes assiégées et misérables, Nice, Asti, Cliéiasco ; le val d'Aoste restait neutre : il ne comptait plus que quelques milliers de sujets épars dans les vallées du Piémont et dans les armées d'Autriche etd*Espagne. Mui^ ce prince, confiant en sa fortune et fort de ses droits, prit une devise menaçante dans sa résignation : Spoliatis arma supersunt, et reconquit ses Etats à la pointe de l'épée. De 1553 à 1556, la France laisse tomber Sienne et entamer sa frontière du Nord ; les abdications successives de Charles*Quint ^ ne compenseront pas les

* Rabelais. La irh horriûque du grand Gargantua, père de fantagrueL Line il. Ch. XXX et XXXI. (Edit. de Lyon. 1658.)

' Né à Chambéry.le 8 juillet 1528, dans toute l'effenrescence de Tagitation causée par la propagande des ReiigîoDoaires.

* 3 En septembre 1556, Charles-Qniiit, averti par la surprise d'Insprûck et le désastre de Metz que la fortune est femme, qu'elU <Kme letjeurm, renonce à l'eaipire et à ses £tats aile-

succès intermittents de Goligny, de Guise, de Montmorency, déconcertés par la tactique savante du général savoyen. Guise, endormi dans le rêve de la maison a Anjou, se réveille, trop tard, au bruit du canon de Saint-Quentin (10 août 1557). La victoire d'Emmanuel-Phiiibert ouvrait les portes de Paris ; les lenteurs de Philippe II sauvèrent tout. Puis, le traité de Cateau*Cambrésis (25 avril 1559), termina brusquement la guerre au moment où la France ressaisissait la fortune ^ Henri II conservait CàkûBy les trois évéchés, la vallée de la Moselle; il perdait,!! est vrai, le Piémont*; avec le Piémont , la grande dtadelle des Alpes , la

Savoie , la Bresse et le Bugey qui ouvrent au

Suisse et à l'Allemand les portes de Lyon, et livrent de nouveau ùTespagnol le grand chernin des Flandres. La paix mal heureuse^ conirnu on appela longtemps le traité de 1551), causa dans le royaume une vive émotion et d'amers regrets ; on comptait les provinces perdues et les soixante-cinq ans de guerre qu'elles avaient coûté. Un double mariage dissimulait mal ce que cet abandon avait d'humiliant ; Henri II mariait

mands en faveur de son frère Ferdinand ; déjà il avait cédé à Philippe II, son fils, la Sicile et le royaume de Naples {28 octobre 1551), les Pays-Bas (25 octobre 1555), tous sos Etats d'Italie, d'Eapagne et dus Indes (16 janvier 1556). On eùl dit qu'il avait regrat à se dépouiller de se» graadeiurs ou qu'il Toalait, par degréa, s'accoulnmer k MnienûBaement.

^ ^ oir pour les causes de ce revirement dans la politique française les Lettres de GranvcUe et l'Histoire dê Franc* ou IF/ê siècle (tome IX. Ch. VIII et iX).

' Souf Turin, Pif^norol et Villarmovp qu'on retenait provisoirement, à titre de garantie, tandis que le roi d'Kspagoe te réseryaii Asti et VeroeO,

Grenoble ; avec la

sa fille Isabelle au roi d'Espague et sa sœur Marguerite au duc de Savoie, leur ci on riant pour dot les droits contestés. Des fêtes spleiidides célébrèrent ces fiançailles ; on sait quel accident terrible, au tournoi des tournelles, le 29 juin 1559, mit soudainement en deuil cette cour des Valois, la plus jeune, la plus gaie, la plus éblouissante de TEurope.

Henri II ne reprit ses sens que pour assurer Texécution de ses engagements. Il sentait la faute commise ; mais, répétait-il, si désastreux: que soit ce fraitéj unroi de France n'a que sa parole. Le 3 juillet, furent expédiées les lettres de restitution ; le 9, devant le lit du roi, Emmanuel-Philibert épousa solennellement Marguerite de France; le 10, Henri II mourut. Sa sincérité parut naïve à une époque où la morale de l'intérêt dirigeait prei^que seule les consciences. Cest utile, et par conséquent permis, répondaient les théologiens de Salamanque à un avis que leur demandait Charles-Quint ^ Biantôme raconte ainsi les hésitations de la Cour à propos de l'exécution du traité :

c La chose fut mise en délibération et fortement débattue au conseil; les uns soutenoient que François n n'était point obligé aux engagements jurés par son père, surtout vis-à-vis d*une puissance inférieure ; les autres opinoient pour attendre la majorité du jeune roi; d'autres disoient que la duchesse de davoye n'avoit apporté déjà que trop d'avantages à son mari et que rétaDiissement de dix filles de France eust moins couslé à la couronne. Car, de grand à grand il n'y a que la main ; non pas de grand à petit. C'est au grand à

' Il s'agissait des études anatomiqnes deTesale ; mais le prineipe, eieeUoiit en l'espèce, reçut de singolièies applications.

Êàrehipart; c^estan petit à se contenter de celle que veut bien luy assigner le plus fort ; celuy cy n*est tenu de se régler que par son droit et sa convenance. »

Singulière morale et pou scrupuleuse ! si parfois, de nos jours, on la met encore en pratique, on a du moins la pudeur de la dissimuler sous de belles paroles.

Les Français, qui occupaient la Savoie et le Piémont depuis vingt-trois anF^. eurent regret à les abandonner*; peu s'en fallut qu'on ne se révoltât contre les ordres de la Cour ; le ma* réchal de Bourdillon n'évacua les places de sûreté qu'à la troisième sommation, exigeant l'ordre écrit du roi, enregistré au Parlement de Chambéry*. Le duc, informé de ces tiraillements, eut la prudence de ne rien précipiter, et laissa au temps le soin d*amortir ces premières et vives impressious. 11 visite son cousin le roi d'Espagne, son neveu le roi de France, lait à Bourg-en-Bi esse une entrée solennelle (11 octobre 1559), évite la Savoie dont il eluit si

* De 1556 H 1559, les provinces annexées furent sollicitées à la révolte par l"-^ ;i'^'*miIs secrets qui no trouvèrent d'écho que sur le revers iiaîien Ucs Alpes. Les Mémoires de VilUr^ (lome l, 989i en foot eelte piqu.^nto mention : « Le tnai^chal fait savoir qu'environ le 5 juillet 1559. les Milanois, Piedmontois, Génois el Montferrins, à {'(nlcur de ce mal'heur fia mort du roy), ayant voulu lever lus aniius, il les a lait si merveilleusement espousseter qu'ils apprendront à garder meilleure mémoire du gracieax traitement qu'ils ont toujours reçu de la main des Fiançons. >

* £n 1697. le maréchal de Vauban rappelait encore celte

douleur (l 'Ia France,;» propos dos ronJitions faites h Louis XlV dans le congrès de l^yswick: De la manière qu'on )ious promet la paix générale, je la tiens plus infâme que celle de CaietM-Cambrétis , qui détthonora Èmri II, H qui a tonjoun éêé considérée comme la plus honteuse qui ait été faite. (Augofat. Abrégé des services du iMréckal de Vauban, 1839.)

rapproché-, revient à Lyon, et s'achemine lentement vers Nice, où il est reçu au miheu des acclamations et des fêtes. Mais tout s*apaiseen ce monde ; à reiiihousiasme, à renivrement du retour, vont succéder les fati^rues, les déceptions, en lie les Piémontais mécontents, les Français outrés, les Espagnols jaloux , et les Savoyens découiagés.

' I/ordre royal du ;i jiiillr-t î 550 avait mis à exticution, sans délai, dans les provinces (ie in vallée du Bhone ; les Savojen», fidèles à leur serment, n'adnoirent René de Chalaot, en sa qualité de représentant oflicicl du duc , que lorsqu'ils eurent été li'gnlemcnt (î(^gag('s de \nv.\c olx'issance envers rni. Le 4 août, le prrsidriit (ini!!;uiiiie i)esportes se plaif^nil (jue Kené eût été reru, la veille, par les syndics aux portes de Chanibéry : René en fit des excuses, déclarant qu'il avait cédé» sans y ajouter d'importance, aux instaures des gentilshommes de sa suite, las de eampor hors la ville. Le 7 août, dans une ns-^eniblée solennelle des cours de justice et des députés des Etats, Desportes remit la province h René de Chalant, puis, sur l'expresse réquisition d'André rillct, procureur des Klats, délia les pies du serment de fuf 'litc au roy. Le 8 août, M. de Puinianùflic ouvrait ];i ciiadcUe de Montmélian aux nllicit-iv, j)ii'-iuoiitais; le 10, anniversaire de la bataille de Saiiii-Onentin , les armes do Savoie furent replacées aux lieux publics ; le 1$» René [inblia Lédil provisionnel d'institution du Sénat<^ouvcrain (buboin. Raccolta delh Icgrji. IH. 'Mi' . Voir ponr les détails de la remise du pays, aux Archives du Sénat, le Procèsverbal de Vhfureutt et très joyeuse riestitution des Etats de S. À. Monseiffneur le Due de Savoye*

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