CHAPITRE II
LES AiaS ET LES LETTRES EN SAVOIE JUSQu'a LA RENAISSANCE DU XYI'" SIÈCLE. — LA RÉ- FORME. — l'esprit public. — LES MARTYRS DU PAULEMEjST.
Toutes les heures de la vie d'un peuple, si pesantes que soient les charges pul)li(iues, si insupportable que lui paraisse l'arbilî'rnre du pouvon', ne sont point absorbées par la guerre, les doléances ou les conspirations. L'Iiistoire exclusivement politique d'une race, d'un pays ou d'une dynastie ne laisse apparaître le plus souvent que des visages impassibles de ministres et de soldats, le sourire ironique de l'ambitieux, le regard inquiet du favori. Où sont donc les franches gaietés du peuple insouciant? Les méditations des âmes droites, les rêveries des artistes ne pesèrent-elles donc jamais dans les balances du destin? Et comment nos pères se consolaient-ils des misères du temps ?
Rien n'est à négliger si Ton essaie de repro-.
duire la physionomie du passé ; tout s'enchaîne et tout s éclaire ; la notation d'un air de danse^
la parure d'une fiancée, la part d'impôt d'un citadin, le livre familier d'un magistrat, me
semblent, pour le moins, aussi essentiels à connaître que la date d'une bataille ou le blason d'un petit prince. L'étude des précieux documents de la Chambre dos Comptes peut seule élucider la quesUun lorl obscure de l'origine et de la diffusion des arts et métiers dans la région des Alpes occidentales, et j'ai rencontré, dans mes recherches, plus d'étrangers que de Savoyens parmi ceux qui bâtirent les châteaux, ornèrent les églises, ouvrirent les routes de ce pays^ Cette invasion paciûque
* D'infatigables érudits combleront sans doute cette lacune. Parmi les orfèvres et émailleurs nationaux, je citerai Poncet en 1355, Aiardet en 1427 ; parmi les peintres. Lugeret et Thierry, de 1382 à 1435 ; puis les architectes Pierre Berger en 1400, Lambert en lî)09 ; le sculptonr Nicolas Ducrey en 1548; Timprinieur Antoine Neyret en 1483. Mais, dès le X1II« siècle, !e florentin Azzo dirigeait î'oxploitolion dos mines du Moul-du-Cliat, et le médecin de la comtesse de Savoie était piémontais (vers 1340). En 1310, des trois chirurgiens de Chambéry, l'un était juif, les autres provençaux ; en 1332, le fhyiiden d'Yolande, femme d'Aymon, sortait de Pise : en ' 1390 et 1406, le médecin ofUciel de Chambéry venait de Saleme, en 1411 d'Avignon, en 1414 de Mayence, en 1496 de Bohème, en 1427 de Nuroinberg. La Sainte-Chapelle de Chonibéry fut bâtie par le dauphinois Jacques Magnin (1409-1118) ; l'église de Bruu fut construite par le flamand Van-Boghem, sur les plaiii: de Perréal dit Jehan de Taris (lCOU-1536;; les Franciscains de Chambéry eurent pour architectes et sculpteurs de leur église des moines italiens (1430-1500} ; Amédée IX confia à des ingénieurs provençaux la construction des tours du château; etc. De 1466 ù 1480, les musiciens d'Yolande et de ses fils ftirent français , les ingénieurs du canal du lac, ceux du < hemin muletier des Echelles (AR. CH. G* Trésoriers généraux), ceux des salines de Tarentaise comme ceux du pertuis du Viso étaient italiens» ainsi que les peintres du Comte-Yord et du Comte-Duc.
des étrangers , cette pénurie d'artistes et de savants, ne doivent pas surprendre. Lltalie conserva longtemps le monopole d'enseigner afix Barbares, comme ses cnroniqueurs appelèrent jusqu'au XVP siècle les peuples transalpins, les arts utiles et les arts aimables. L'infériorité relative des habitants des Alpes avait pour cause Tétat social ; chez les laboureurs, les patres, les forestiers, les vignerons des vallées ou des liauts plateaux, la rudesse des travaux agricoles le disputait à la rudesse des camps. Dans les villes et les villages, Fexercice à la mode, le délassement le plus apprécié, étaient le tir de l'arc, le jm fin papegay. Depuis les temps légendaires oh quelques braves, • réfugiés dans des t^Mir.-? comme des naufragés dans des îlots, avau-nt résisté aux Sarrasins, partout l'amour du clocher de [» îk isso ou de la maison de ville fit surgir des associations de ?:oldats volontaires, quittant au premier coup i\r cloche, au premier signal des l'eux, la boutique ou la charrue pour le casque de cuir et la dague. De là naquirent ces compagnies de baudouliers, d'archers, d'arbalétriers, de couleuvriniers, d'arqu busiers, si nombreuses au moyenâge dans les Alpes, et qui, au XVr* siècle, se transformèrent en corps de parade plutôt que de combat sous le titre de chevaliers-tireurs Favorisées par les princes, ces compagnies, qui rappellent nos francs-tireurs de Lorraine et des Vosges, rendirent des services au pays et y entretmrent le patriotisme et le goût des
* Certaios eouiptent. tuuteiuiâ, de belles pages daus leurs annales ; ainsi ceax d'Annecy et de RumiUy en 1630, cenz de Ghambëry en 1743 et 1748 ; etc.
m-im — 38 —
armes. Ludirnus sed caveat hostis, portait la devise des archers bressans. Les conipagiions s'exerçaient entre eux chaque dimanche, se réii Hissaient à des tirs pour disputer les prix offerts par les villes ' ; parfois ils s^idrcssaiont des tiens ^. En !(>8'^, Cbamhéry, Annecy, Tho- •non, Evian, Movilirrs, Aii^Ui^bellc, Sallaiiches, Thônes, Runiilly ( llus(^s, ulCj possédaient encore ']f s rr>T!i[)aLiiiies de francs-tireurs ; les paroisses rurales, sans corps organisés, prenaient leur part de ces jeux d'adresse. Les tirs donnaient lieu à des fêtes fort animées, surtout lorsque le roi de l'arquebuse abattait le papegay trois années de suite, rare succès qui le faisait empereur le roi choisissait sa reine parmi les bourgeoises ou les nobles, suivant qu'il était lui-même noble ou bourgeois ; courtoisie traditionnelle qui marque Tesphtde cour corde et de fusion de la société savoyenne. Les récits pittoresques rédigés par les contempo*-
* n,y eut des tirs interoationanx en 1664 à Lyon, Grenoble, Dijon, Mâeon, Bourg; de 1672 à 1683 à Moniluel, Annecy,
Cluses. Clinml)(5ry : on 1680 h Voiron : f fr . V.v 1681, dit le marquis CiiaboU de Sainl-Mauncc daos uae Icltre à la régento. les tirears de Chambéry passaient pour les plus adroits de l'Europe,
* Le 17 jQÎllet 1637, les tireurs de Farquebose è Chambéry défient ceux d'Annecy rt lenr dODDeni rendez-vous à moitié route, à Albens. (Ali. MU N. d*Annecy. Registres du tir,)
* Les Archives municipales de Kamilly renferment deux gros registres in-folio de litres, lettres -patentes et délibérations relatifs aux tireurs des trois arnien de cette tière bourgeoisie» qui brava Henri IV, Louis AUi, Louis XIY et le roi u'Cspagne. Je les signale aux émdits ; ce sont des sources inédites.
* M. André Perrin a publié sur i,cs momes dé la Baxoehe,
abbayes de la jeuvcssr rf le lir ,lu papegay. des Mémoires aussi neufs que piquants. (Mém. Soc. sav. Tomes V1U,IX etX.)
rains, le soir de ces assemblées patriotiques où régnait la joie la plus franche, nous donnent, saisi sur le vif, le tableau charmant de cette bonrireoisie intelligente qui ne jalousait pas la noblesse, et de cette noblesse de Savoie, généreuse, affable, modeste, qui se rappelait ses origines et n'avait que sympathies pour ses frères cadets du tiers-état. Quel apaisement, quelles leçons trouveraient dans cette lectm'c la rancune de ceux qui n'ont rien appris, la vanité de ceux qui ont tout oublié!
Ces jeuK bruyants passionnaient toutes les classes de la population et laissaient malheureusement peu de place aux études silencieuses et aux travaux de Fesprit. L'instruction publique au moyen-âge ne suivit pas en Savoie les progrès rapides de certains pays de l'Europe. Ce pays montagneux et isolé eut peu de loisirs, peu de repos, ne sentit pas ce besoin de savon* qui jetait des milliers d auditeurs autour des cnaires célèbres de France, d'Italie, d'Allemagne . Quand la vie est rude, on échange peu d'idées en dehors des nécessités du travail ou de la défense; la contagion de l'exemple n'entraîne ni vers les amertumes ni vers les douceurs de Tidéal ; l'esprit y perd sans doute en éclat, il y gagne peut-être en solidité. Les abbayes et lès pi'ieurés de Savoie ouvrirent de bonne heure, à l'ombre du cloître ou du clocher, des écoles élémentaires presque toujours gratuites. 11 y eut à Chambéry, auXlir= siècle, «les profV>sspiirs laïcs pour l'étude du droit, qui alors résumait et absorbait toutes les autres^;
' Cibrario (Econ. politica del medio evoj cite, en 1268, Bienvenu de Coinpeys, docteor-ès-loie , en Û&i, Pierre 4e Laa-
en 4315, les éculcs publiques de la ville étaient assez importantes pour que le recteur fût payé sur la gal)elle. Mais, avant le XVP siècle, on ne trouve pas en Savoie d'autre école piihli que pour Venseùfnemeiit supMeifr que le collège fondé à Genève, en 4421), par François de Versonnay * ; aussi , allait-on chercher au dehors ce que la patrie ne pouvait donner.
La France, source des récils chevaleresques imités par les nations voisines, était devenue, à partir du XIII^ siècle, le rendez-vous des étudiants et des lettrés de tous pays, depuis l'allemand Albertus jusqu'à l'italien Tomaso d'Aquino et à l'anglais Roger Bacon. Mille rapprochements de mœurs et de génie naissent de la communauté du langage et de Tidentité de race; ces affinités sont d'autant plus sensibles qu'elles datent de plus loin. Jusqu'au XVI« siècle, les princes de Savoie et leurs gentilshommes firent leurs premières armes dans les armées de France; les jeunes gens ^ui devaient plus tard devenir en Savoie magistrats, évê^es, docteurs, étudiaient aux écoles de Pans, de Bourges, d'Avignon, de Valence ^
sanne et Jean de Compeys, doctores in utroque (le droit eivîl
et le droit cnnoii], en 1288, Àmblard, natif d'Entroniont, legum prof essor, en 1331, Jehan Provana, miJanais , juris romani professer, etc.
' En 1365, 1e cardinal de Brogny , 6ullicilé pur Tadresse poHliqne dn Comte-Verd, obtint de remperenr Charles IV la création à Genève d'une Université des sept arts libéraux sovs la protection des princes dp Savoie. Les bourgeois, soupçonnant un nouvel essai d'ingérence dans leur ville , refusèrent, d'accord en cela avec les évêqnes Âllamand de Saint-Geoire et Gnill. de Marcossey ( AR. GEN. Manuscfiti )* — Voir Sih nebier. Hist. littéraire de Genève» I. 38.
- En 1398, le cardinal de Brogny fonde à Avignon un collège pour sei^-e Savoyens i f|ttantité de fils de famille étudièrent
Guillaume Ficliei est le plus connu des étudiants savoyens du XV*' siècle; il a attaché son nom à la création dos ateliers typographiques à Paris f1470) et en Savoie (1478 et 4483); sa Bhétorlque fut le premier livre imprimé à Paris (1471 ). (rest en France que le théologi(m Pieiri^ Kùvre, Thislorieii Pliilihert de Pingon, l(; poète Claude df Buttel, h' satiiuque Jean Ménenc^ h's évêques Fenouillet et Delbène, le savant Novellet, et tant d'autres, cherchèrent des leçons, rencontrèrent des amis et obtinrent la gloire. Mais cette génération fut la dernière qui se retrempa aux sources françaises; la perte du bassin du Léman et de la Bresse, les tendances austro-espagnoles des princes de la Maison de Savoie rejetèrent vers les Universités d'Italie la plupart des apprmtis docteurs et les y retinrent. Cependant, on trouve en 1574 une fondation annuelle de cent écus d'or pour envoyer estvdier ès Université de Paris xii Franciscains de Savoye; c*est le dernier mot officiel de cette longue et féconde fraternité intellectuelle du moyen-âge, qui rattacha si longtemps les deux pays l'un à Tautre par la solidarité des principes et surtout par cette sympathie des souvenirs, si forte que le temps raitaibliL à peine et que les contradictions de la politique ne Feftacent point.
La langue vulgaire fut toutefois bien parlée et bien écrite depni?^ le XIIP siècle, ainsi que le prouvent le testament d'Agnès de i aucigny
h Valence, de 1456 à 1560, sous les illustres professean Or-
Ihan, Millet, Df^cius, Gribaldi. Coras, (îovéa, Cujas , pnirDi eux je note Pierre Milliet en 1474. (AH. YàLEMCë. Reffistres de VUniversitéJ
et quantité d'autres pièces inédites ou imprimées, n serait intéressant de publier des let* très, des actes privés, des comptes particuliers,
écrits en roman ou en français et antérieurs au XVI^ siècle. On a récemment découvert, sous le pli du parchemin d'un psautier de l'abbaye de Sixt en Faucigny, une paraphrase satirique du Pater. Le caractère de l'écriture, le style, à dél'aut d'invliees plus précis, lui assignent la date approximative de 1480 tout an plus. Le titre est expressif: Senswjl Je Paieiiuslre du connu aa peuple selon le temps qui courte (lluKiue strophe, de sept ou huit vers, à rimes fui t inégales, connnence et linit par un mol ou deux du Pater ; quelques-unes sont aussi piquantes par l'idée que par l'expression :
HuDiK, nos fol gt'iuilrtiio Sont letlement cntrecnldés, Quil semble à le sesbatlre KnvtT^ cps povrps laboureiiT, Si Dieu n'esiuv s\ iiaulx lougé Au réaaaie de Paradis, Ils luy diroieat sans plas tarder :
Ta hors» et dimittr nobu.
Les chansons, complaintes et légendes, fort nombreuses dans les vallées de FArc, de risère, deFArve, n'ont jamais été recueillies. On y trouverait des trésors pour la peinture des moeurs, le tour d'esprit et les audaces de la satire populaire. Presque toutes se terminent par un proverbe , une raillerie ou une
grière. Aucune cependant ne respire la som* re énei^e de la C(mpla%nte du pavre commun
t PREUVES. Documeat n* XXXI. Orthogia|>be teztaeUe.
M des povres laboureur de France, que nous a
conservée ^loristrelet, cri d'angoisse auquel les Anglais ont répondu, de nos jours, par La chanson de la di émise.
On roprésL'iila souvent en Savoie des Mystcres, (luilogucs dramatiques religieux, où Tétrangeté des caractères et l'anachronisme des détails le disputaient à la naïveté de la mise en scène. Ces sortes de spectacles avaient lieu, dans les villtjs, lors de l'entrée (l(>s princes et des IV'tes officielles; tous les étés, dnns les vallées du Faocigny et de la Mauiienno'. On a perdu le Scénario de la Moralité de sainte Sv. -avnc, doiinée à Chambéry en 1470; mais ti'ois autres niaiiuscrits existent : eeux du Mystère de saint Jean, joué en trois journées C2i à 27 juin 1546) à Salbertrand, dans la vallée d'Oulx, au Mystère du Jugement et du Mystère de hi Passion, joués à Modane en 1574 et 1580 ; ce dernier drame comptait cent vingttrois acteurs et admettait des jeux de scène compliqués et un certain pittoresque de décors
Ï)eu habituels quelque trente ans plus tôt, si *on en croit Rabelais, parlant de la difficulté d'agencer la grand' diablerie à quatre person^ nages. Les vers, presque tous de huit pieds, ne. sont qu'une méchante prose rimée. La musique, la foule, ajoutaient de Féclat à ces fêtés où Ton accourait de fort loin et qui, dans ces vallées écartées, faisaient épo([ue. Leur plus réel charme était dans le voyage, le bruit, le
• Cet usage exisliiit en Suisse el sVsl porni'tué dans ccrtuines vallées du Tyrol (Henri Ileino. HeitebitaerJ, On représente
encore tons les dix ans la Passion dans le village bavarois (rObr-rninmorgan, la dernière en 18^'o. Dn même aa fond des gorges [routières de rAr^gon et du Val d ArdU.
campemL'iit ù la lisière des bois ; et, coinmele raconte le peintre des gaietés franches et des joies populaires du XVI^ siècle :
€ Après disiHM" loiis all:irr»iïl jM^sIe mehle à la saulsaie; et là, sus I'Ikm'Im' drue daiisan'iU au son des joyeux llageolels et duuiros cornemuses, taiit baudement que c*estoit passeleinps céleste les voir aiusy soy rigoler : — Du Llaiic, verse tout, verse île par le Diable ! verse deçà tout plein^ la langue me pelle ! :»
On ne trouve qu'à un faible du^i é, dans ces compositions, les sarcasmes , les traits de
mœurs des Sotties gauloises ou des Moralités
des clercs de la Bazoche. Ce n'est pas qu'il y eût en Savoie moins d'abus, ([U(i le comique y prêtât moins à la satire ou que le peuple y fût moiijs frondeur; peut-être supprima-t-on le texte des Moralilés tro[) liardicîs conmie on le fit pour les Capi nienioruili du tiers-état; ueut-ètre aussi, \)'dv suite de la censure légale, la verve moqueuse n eut-elle d'autre issue que la chanson.
.le n'ai renrontré qu'un seul te^xte digne de ( itation ; la ville de Genève le conserve dans ses Archives. C'est la comédie, à trois personnages, que les bourgeois représentèrent, au mois de février 1523, en présence des courtisans, au grand dépit du duc et de la duchesse. Les tréteaux étaient dressés devant la maison de ville ; un drapeau aux armes de la commune portait le titre de la moralité : Les misères du temps. La scène se passe entre le Monde, seigneur vétu d'écarlate; son conseiller, la dague au côté, plaisant, souple et menteur ; son mé^ decin, a l'habit de serge noire. Après de fortes vérités, la comédie finit ainsi :
c Le Médecin : — Hé oui, Monseigneur, je suis marry de €e que vous ne vous troubliez pas mieux d*y voir les larrons vendre et acheter les bénéfices, les enfans ès bras des nourrices estre évesques^ abbés mitrés, princes suierainSy tuer les gens pour leur plaisir, joufr leurs revenus quoyque y ait peste, froicf, famine, qui dépopulent et jjastent cités et champs, donner audionre aux seuls Hat leurs, et pour un rien porter la i^uorrc entre les nations rbroslienncs ; r'ost gros^^e maladie. Le Monde : — C<* sont uroupos du pavs de Luther. Le Médecin : — Parlez des défauts du Monde et par ainsy ]*on vous jette ès nom d'hérésiarque. Ha ! povre peuple d'icy, si tu veux revoir Bon-Temps, pense à les abus et y mets ordre au plus tost. >
D'heureuses recherches pourraient peut-être faire revivre toute une littérature satirique dont ce fragment donne la note incisive et mélancolique. Je rappelle pour mémoire les fêtes de la cour, mascarades, ballets, concerts, jeux scéniques, qui se multiplièrent pendant la régence dToiande de France et les règnes de Charles, de Philippe et de Philibert. Ces essais de drame ou de comédie, où l'on étalait plus de luxe que d'esprit, où l'on parlait aux yeux beaucoup plus qu'à rintelligence, n'eurent que peu crintluence sur la liltéralure nationale, les progrès du langage et l'esprit public. En ^50t!, les bourgeois de Giiaiiibéry, voulant onVir au duc Charles la distraction d'une représentation théâtrale, au lieu de s'adresser à leurs voisins de Montméiian, de si joyeuse humeur en 1470, demandèrent à Genève une troupe de baladins qui courait la Suisse ; on préférait déjà les féeries à Fart. Aussi, malgré les rapports de voisinage et l'usage habituel du français, la langue officielle du souverain et de la justice ne fut-elle en Savoie, jusqu'en 1536,
sauf de rares excepUuus % qu'un latin fort médiocre^ ^.
L'Viistoire participe à la fois do la comédie, du drame et de la satire. lies légendes du foyer, puis les représentations naïves et tumultueuses, ont précédé les récits historiques sérieux et médités. Les })lus anciennes cmroniques de Savoie datent des dernières années du XiV<^ siècle. La liste en est courte :
« l^'La ( hroniqno romanequi va de Bérold au Comte- Rouîre et dont le luanuscril est à Turin ; — :2" la chronique française des moines de Hantcconibe, écrite sur parchemin, et que Guichenou vit dans la chapelle des ' princes, clouée sur des ais, elle s'étend aussi de Bérold à Tan 1301 ; — 3" la chronique latine de lIaute( onibe qui commence j>ar la i)hrase célèbre et fort couinientée: Geraudm non fuit comvs (ce n'est qu'un abrégé de la précédente, mais elle résume de plus quelques événement$ du règne d'Amédée VIII); — 4fi la chronique du Gomte-Rouge, écrite en roman par Perrinet du Pin, de Belley (on y rencontre des descriptions pleines de charme, des mots piquants et une certaine mélancolie fort rare à cette époque) ; — 5* la chronique latine des moines de l'abbaye d'Arabronay, qui commence à la légende de Bérolii et finit eu 1487 (elle est au nombre des manuscrits inédits de Guichenon conservés à la bibliothèque de la Faculté de médecine de Munlpellier; son déi)ut ne manque pas d'originalité et lait bien augurer du reste : Quia temporis aiififisflff m:' roijif ): — 6" l'ilistuire de la pair di' Savouc, eci ite parllnillaume Fichet, qui la dédia à Aniédée IX, et dont le manuscrit s'est égaré dans le trésor des chartes de Turin. Celles
* Comme TËtlit de Chnries lit sur la Chambre des Comptes.
* Quand on dépouille les vieilles chartes des Archives de Turin, on est obligti, avant de mmr le sens de ce lalin de la décadence, de rétablir ia ponctuation cl de corriger les barbarimues. (Cibrario. Studj stotUi, cap. X.}
qu'on pourrait encore citer, comme les deux chroniques d'Yolande de France, etc., n'ont qu'un intérêt restreint et point de cacliet qui les mette eu relief. ^
En 4515. Louise de Savoie fit imprimer à Paris les Grandes Chroniques de Savoye par Symphorien de Champier. Il y a de la verve, des mots heureux, mais ni ordre ni critique. Le
S résident aux Comptes, P. de Lambert, écrivit es mémoires en français sur les négociations auxquelles il prit part de 1 501 à 1539 ; ils offrent de Tintérêt comme témoignage d'un homme qui a vu, mais qui se pique peu de juger la politique et iiane en leurs iiiliius détails les mcidents insignifiants de ses chevauchées ou de ses entretiens. En 1554, Guillaume Paradin, doyen de Ueaujeu, publia sa Chronique de Savoye qui fmit en 1552. Ce n'est qu'un tissu de fables et d'anachi onismes ; il y a force lacunes et omissions, dit Guichonon, et il négliLje les dates, qvi sont U's guides de VJiistoire. J'y trouve pourtant quantité de traits de malice naïve, des récits pittoresques et des réflexions fines, sensées, quelquefois hardies. J.es archives de cour possèdent mi manuscrit anonyme en franrais sur la vie de Charles lïl, mais sans lait inédit ou détail saillant. Claude de Seyssel * est le seul prosateur savoyen de ce siècle qui ait un style ; ses Histoires singtj^ lières du roi Louis XII (Paris, 1508) parlent souvent de la Savoie. Son langage net, précis, a les grâces de saint François de Sales sans ses mignardises; avant Âmyot, il traduisit les Grecs et les Latins avec tant de naturel et si
* îsé à Aiz en 1450» éréque de HarseiUe en 1510, ereboTè* qnede Turin en 1617; mort en i6S0.
S SU d'efTort aa'on croit lire le texte original, n peut appli<^uer à son talent le jugement qu'il portait Im-inêine sur ses deux auteurs favoris :
<( Car l'ung d*eulx, assavoir Hérodote, s'en va son train tout plain, et farilp, sans aulcune scabrosité, comme une rivière qui rourl doulcement toute unie, sans aiiUuii snult rl sans vai(ues. I/aultre, assavoir ïhucydidcs, a son cours plus impétueux, et, en parlant des choses de guerre, semble qu'il soit sur le laict et qu'il donne le signe de la bataille ' . »
Sur le même rang que Qaude de Seyssel^ mais un quart de siècle après lui, vient une
femme, une religieuse de l'ordre sévère des Glapisses de Gcnrvc, qui ne savait rien du monde ni de Tari, et que la secousse de 1535, en la jetant liors du cloitre, lit écrivain de premier ordre. Jeanne de Jussie a retracé dans des pages pleines de vie, de p*àci' naïve, d'attendrisseuiont et de finesse, les jours de Liibutations et d'exil de ses sœurs et d'elle-même *. Elle observe comme Villani, elle raconte comme Froissart; son style a les vives allures de Tarchevèque de Turin, il devance parfois les lamiliarilés cai'essaiites de Févèque de Genève. Le sermon de Farel : Sur la vie de Marie dans le mondey interrompu par les huées, les trépignements de ces humbles sœurs, bravant les maîtres de Genève (0 juiUet); le pillage du 24 août;
^ L'histoire de Thucydide Athénien, translatée du grec en langue frani Oise par feu messire Glande de Seyésel. ÉdH. de
Paris. 1545.
- Le levain du calvinisme, relation de l'apostasie de Genève Jmprimé .sans dato. XVI rie. Bibliolh. du mari^uis Costa), féiiuprimé k i'ans eu iobz.
la recherche de sœur Blaisina; la tentation de sœur C!ollette et de Jeanne çlle«méme; le départ du 29, ces treize filles tremblantes, marchant deux à deux, les plus fortes soutenant les
vieilles et les infirmes, dans les rangs de trois cents archers bien embastoruiés^ au milieu de rues pleines de bruit et de tumulte, Tarrèt au pont d*A.rve et Tadieu du syndic : Or, adieu^ belles dames! Puis, frappant des mains : Tout est fini, il n'y a pas de remède, il n'en faut plus parler! sont des tableaux achevés où la simplicité (iu ré(ût, la justesse du ton, jettent un accent inimitable de vérité.
Le pays plus i)oétiqut' du monde est pauvre en poètes. Les Savoy eus ressemblèrent longtemps à ces tamiU»^s nécessiteuses courbées sous ie poi<is du jour et l'inquiétude du lendemain, et où personne n'a le cœur à chanter. Jusqu'au XYII*^ siècle , la satire y resta seule, comme en Suisse, Técho des périls, des joies, des colères, des ironies populaires. La Savoie n'a point eu d'épopée nationale parce qu'il lui a manqué un héros légendaire comme Robin Hood, Wallace, Roland ou Guillaume-ïell. Bérold était un étranger; Humbert aux Z»Ianchesmaim n'avait point reçu du malheur cette empreinto quasi divine qui marque les prédestinés de la gloire. Aussi doit-on répéter de ce pays ce que Phistorien Cantù a dit de ritalie : Le canzoni sono tuUe domestichep poéhimme romanzesche, ancor meno istoriche. On n'y rencontre rien qui ressemble aux chants patriotiques du Piémont, tels que le testament au marquis de Saluées^ ou te cri d'alarme
* Migra. Canxoni popolan dci tumunU,
d'Alione d'Asti, sous Luuis Xll. Peut-être retrouYcrait-on dans certaines proses des vieux rituels de TEgliso de Tareidaise Taccent afTaibli des prières qu'inspira la terreur des Sarrasins; il en est une surtout' qui rappelle le chant des sentinelles de Modène, en 924, vers le temps de l'irruption des Hongrois :
0 lu qui servas anm^ Ista mœnîa
A part les pamplilets rimes, écrits contre les Genevois vers 1(502 et contre les Espagnols vers 1743, et ces vers li))res et décousus que les émigrants portent partout avec eux comme un
f)arium de la patrie, pour chaimer Fennui de a route ouïes fatigues du travail, je ne connais aucun type accentué, aucun refrain national. La Savoie n'a gardé souvenir que d'un seul poète, Claude de Buttet'. Il eut des rivaux restés obscurs : Jean de Montagny, Christophe Millet, Claude de Lambert, Pierre Rosset, Claude Mermet ; nul d'entre eux n'approcha du lyrisme des vers à Marguerite^ ou du charme aes vers à chanter dont, pur malheur, beaucoup
* Celle : Qui stupes yens misera ! — ou oolle : Plauctus anle neseiot — Planclu tatsor anma ! — On Fintroït : Veni in alti-
tudines maris, dont ritl)!)^ Million a fuit rcssorlir la sereine ma]cs{fi. fMém. académ. Val d'Isère. 1. 1,".)!. Los dernières éditions des trois Missels les \\\m (niginaux sont cellps de 1508, 1519, 1529 et 1543, à Lyon et Genève, i.a virillo liturgie de Tarentaise, proscrite par le nouée Federid, en 1577 (aux termes da décret du concile do Trente de 1570 confiant à Rome la révision du Missel et du bréviaire), fut supprimée, en prinripf». par Mgr Germonio, dans le synode de Moùtiers , du 13 mai 1609, et remplacée , dans la pratique, par le Missel romain, pendant répiscopatde Mgr de Chevron.
* Né à Chambéry en 151^0; il monmt vers 1586, à Genève. » MSS. inddit de 22 feuillets conservé aux Archives de cour.
sont perdus. Les odes de ce lettré délicat sont un pale reflet de celles de son ami J lonsard ; Fabiis du grec y nuit au charme et à la nouveauté du rhythme ; mais il sut imiter avec grâce, dans son Amalt liée ^ les plus fias sonnets de Pétrarque, et sa plume, sitôt qaV'lle reste simple, laisse échapper des traits pleins de fraîcheur :
Beauté, comme une ùfiwr, tantost' naist, tantost pasee; L'une pen d'henrea dnre et Vaulre bien pen d'ana.
La muse des Alpes est rarement aussi rêveuse et languissante ; nlle a les allures vives, le mot incisif, la pointe acérée ; (ilaude de Buttet n'en garda que l'ironie galante et ce tour mêlé de tendresse et de raillerie qui laisse un instant douter :
Si c'est morsure on baiacr.
Il possède un vif sentiment de la nature, il y pmse ses comparaisons les plus justes et parle avec amour des saulaies de Leysse, de son beau lac azuré, de son pourpris de Trèsserve. Les sonnets: Au bon mois queBacchus décharge sa vendange ; — Au pié d*un roc j'ai vu le Dieu cornu ; — Sur un coteau non loin' . tain oû ma Leysse; — Aux gais bessom VceU du beau monde arrive ; — sont de petits chefsd'œuvre de coloris et de fraîcheur Les stances amoureuses se terminent presque toujours par une pensée grave, et les grâces dp la belle
* L'Amalthée (323 sonnets) fut imprimée en 15G0 à Paris, chez Robert Ëstleane ; puis à Lyon en 157i et 1575. L'kéroioe de rAmalthée fnt» dit-on» h blonde fUU awtjftux vairt du conite d'Entremont.
* J^fèees Jus}ilicaiim^ — Doeument n« XXXIV.
Ainaltliée se résument (hms le désir inassouvi de l'éternel idéal. Aussi, neul-on dire avec ses amis et émules Pierre de Ronsard, Joachini dn Bellay, Louis de Piielunaux , Antoine de Vi^uers, Jeari de Piochei, qu'on trouve dans ses vers:
Mille raisons de beâatés répandace Et le bon frait dessous la feuille verte.
Le plus charmant éloge qu'on puisse faire des poésies de Claude de Buttct se lit dans une page écrite , en 1575 , par Louis de Richevaux :
€ Me retrouvant iiagucres en colle [>laisante et tant renommée ville d'Avignon, en la maison d'un gentilhomme mien ami, en ce tens là que la plus grande chaleur de Testé contreint les personnes rechercher leur aise, estant avec quelques uns de mes plus familiers^ ensemble une bonne trouppc de belles et honnorables damoiselles, comme tous discouroient les uns avec les autres, en prenant le frais sous les trailles, quel([u'un de nous délibéra qu'il scroit bon aussi que nous eussions le plaisir de la rnu>ifiU(\ Kt taulost qu'une diversité (rinstrumpii'^ fui appui lér, un jeune chantre prit la harpe, aucunes (les dainoiselles le lulli, les autres les ristre«^, autres livre, et a»'curdèi eut si bien a la douceur de leur voix, (prinu'orcs (pie je fusse en devis à pari avec une aux vertus de laquelle Je me suis voué serviteur, je fus cuntreini, les oïant si bien dire, de rompre le plaisir que je prenoi, pour me joindre à leur trouppe et leur tenir compagnie. Et ne fus seul émeu à leurs accors, car elles mesmes ne s'en
J)ouvoient saouler, réitérant le chant nar (juatre ou cinq bis tant rharnM)nie leur estoil agréable. Or, si la musique fut trouvée bonne, moi qui sur le livre notai les parolles, trouvei la lettre encores meilleure; et demandei si c'esfftiefit des vers de Ronsard un de Dubellai ; à quoi une me répond : Vous estes comme ceux qui
mangent les fruits estrangers et ne reconnoisscut ceux qui leur sont plus familiers encores qu'ils soient bons; ce sont des vers de TAmalthée. Gomme je répliquoi le contraire, elle fit apporter le livre et me ^t: tenés et voiés si je di vray, mais rendes le moi, je ne le veux perdre. Je me saisis du livre, mais sans le rendre*, i
Pas plus que les vieilles chansons, Tart du chant n'a laissé de traces historiques dans les Alpes ; la musique y fut toutefois, comme partout au moyen-âge, le délassement des seimeurs, la consolation des serfs*. Le souffle desséchant de la politique a balayé, comme autant de feuilles mortes, ces airs fugitifs dont la cadence berç ait à la fois Fesprit et les sens dans une mono loue et sinaple harmonie. Les troubadours, les jon-^leurs cX les ménestrels, trois sortes de chanteurs dont la vie errante et les cris passionnés mêlent je ne sais quoi de sonore et de parfumé au génie rude et farouclie du moven-àiîe, traversèrent la Savoie comme des oiseaux voya<,^ein's; l^'ui^ refrains ne s'y oublie roiit plus. Les airs de danse, sur lesquels on rliantail des paroles ffaies ou languissanfes, constituaient tout le répertoire musical. Le plus célèbre de ces types mélodiques est le fameux Branle de Bresse pour musette,
* Préface de Tédition de Lyon de 1575, Je note , une fois pour toutes, que je conserve l'orthographe textuélh des DocnmenU cités.
^ La musique était le délassement et la passion du moyenâge, commo l'a récemment prouvé M. de Coossemaker fUart harmottifjne aux X^^ XII^ et XIII^ siècles), grâce À la df'couverte du manuscrit musical de MonipeUier, perdu jusqu'à lui dans cette bibliothèque de la Faculté de médecine qui renferme et cache tant de tn'sors, depuis les manuscrits de 6vichenon jusqu'à ceux de Barthez.
1ÔI8-15Ô9
chalumeau et bourdon*. J'ai plus d uuo fois été surpris, au fond des vallées du Fauci^^ny ou sur les prés en pente de la Tarentaiso, d'entendre soudain ces notes lestes et pimpantes au détour des sapins et sous Tombrage des hêtres. Je songeais n Huillaume de Mnrhnult, le poète musicien du XIV'* siècle, ou au Pygmalion de Rameau (1748); et c'était quelque pâtre ennuyé ou quelque Mette de quinze ans qui me donnait, en vue des glaciers, dans les solitudes alpestres, cette sensation imprévue des mélodies du bon vieux temps.
Les chansons et les satires du moyen-âge, devenues au XA' siècle une arme de guerre ou le véhicule dldées nouvelles, se transformèrent avec les hommes qui les rimèrent ou les répandirent Les raillenes épiques des Sirventes s'étaient changées en ce badinage élégant et licencieux qm plut aux italiennes de fiorgia et aux françaises de la cour des Valois; puis, aux saillies du plus effronté libertinage, se mêla un certain fonds de mélancolie qui prit bientôt des allures sérieuses et devint, tout à coup, la gravité huguenote ou Fascétisme vaudois. Rien ne marque mieux cette brusque transition que Fœuvre de Clément Alarot, nui débute par Vépiti-e du larcin et finit par les
* Chenson ponr la musette composée par Henry Junior^ et citée par Merseone fTraili de l harmonie universelle. Edition de îf)3'i). Cette notation, en sol majeur^ se retrouve souvent, dàiia las grandes vilteô d'Europe, sous les doigts des pauvrts eniiuits des hautes vallées des Alpes qui s'expatrient» chaque hiver , chassés par les neiges. Henry s'est emparé de la mé\p,f>^e rustique des Savoyens comme Hossini des cliansons napoiitaineSy ou Mozart des liedi allcuiauds. Kien de plus tou-^ chant que cette collaboration ioiprévne qui rapproche le chanteur populaire de Tartistc de génie; mais, hâasl comme toujours ; Sic vos no» 9o6w /
Psaumes. On dirait, qu'à Finverse des paroles dégelées de Rabelais, tout ce qu'il y a de. sémillant et de léger dans Tair s'est soudainement voilé de tristesse, et que le bruit des grelots de la folie s'éteint aux coups lugubres ou tocsin. L'austérité succède au plaisur ; et ces hommes d'imagination, jadis atteints des daines au corps et à Vesprit, se prennent de passion, maintenant, pourles doctrmes les plus sévères. La Réforme de Luther , les livres de Calvin, la persécution, Vexil, firent ce muscle. Rien n'épure les âmes comme un péril de mort; et les peuples s'imprègnent vite de ces flammes pénétrantes du martyre qui ajoutent la grandeur du sacrifice aux séductions du danger.
En Savoie, Fimpression fui vive, le trouble extrême, et la transformation de Genève explique et commente la conversion de Marot. Ce poète équivoque devenu l'assidu lecteur des saints livres, cette ville de rébellions tapageuses et de joies vénah^s tout d'un coup changée en ciladolle, en tribune, en école, sont les plus frappants exemples de ce renversement imprévu d'habitudes et de mieurs qui caractérise la seconde moitié du siècle. Les Bernois n'avaient secouru Genève que pour empêcher François T'"' d'y remplacer Charles III; ils traitèrent la ville en pays co)K{uis et se tirent chèrement payer le renouvellement de l'alliance de 1526. Genève n'avait pu se détacher de la Savoie ^u'en décrétant l'intolérance; elle ne réussit a se débarrasser de ses exigeants protecteurs qu'au prix de l'abandon d une partie des ûefs épiscopaux^ L'esprit public subit le
* Traité cle Berne du 7 août 1536. — Voir le n« IIOS des
contre-coup de ces émotions, de ces écarts et de ces retours; il devint inquiet, irrésolu, vacillant et passionné. Quelques semaines plus tard, Calvin, retenu à Genève par Farel et Viret, y créa le type radical des ré]>n]iliques protestantes. En moins de deux ans , cette ville frivole devient une cité sombre, austère, peuplée de mécontents et de prêcheurs. Deux traits suffiront à marquer le contraste. En 1504, les magistrats de Geiiève présidaient à Télection bizarre d'une reiiH^ des plaisirs', avec des détails qui rrqjpellent la féte des Fous de Dijon , les ahhaijeH des bons com'pacjnons du Dauphiné, ou la visite des francs-bourgeois de Mâché au prieur de Bissy; en 154(), un jeune homme fut puni par eux, parce qu'en présentant un livre de comptes à sa iiancée, il lui avait dit : Tenez, madame, voici votre meil^ leur psaume^. Ce contraste s'explique moins par 1 ardeur passionnée des premiers reli- ^onnaires que par deux faits qui se produisirent en sens inverse : le départ des catholi* aues. l'arrivée d'étrangers chassés de France, altalie, d'Angleterre ^ Le parti municipal et
Port. hist. (AU. GEN.j Lea historiens genevois L>làmeul sévèrement les pillages des soldats de Berne dans le Chablais (Gaberel. I. 345).
* Regind bordiUi vel meretricum (Registres du conseil. 10 mars 1504).
* Registres do conseil. 9 mai 1546.
' Quatorze cents familles françaises, environ ciDC| mille individus, s'établirent à Genève dans rcspnce <1e huit années, aoDS Henri II (Gaberel. Hist. de l'Eglise de Genève. I. 346) . En nn seul jour, le 14 octobre 1 557 , on admit à la résidence 300 Français, 50 Anglais, 35 Italiens, 4 Espagnols. De 1C45 à 1554, les réfugiés provençaux de Mérindol et Cabrières furent employés aux réparations des remparts. Les Français
la faction des libertins ne prévalurent pas coiiti'e la ville nouvelle, arci'iic chaque jour parles fu^âtiCs ; cette cuiuuie do ^cns tlésespérés se trempa de rudesse et d'inflexibilité à la voix des trois ministres qui, baimis en 1538, rappelés en 1540, aigris par lalnitr, se rendirent bientôt coupables des crimes juridiques qu ils reprochaient à leurs ennemis V
Genève resta (h'^s lors pnur la Savoie un centre actif d'af^ntalion et d(^ propagande. Ce qui s'était passé aux (lordeliers de iiive se reproduisit dans plusieurs couvents ; l'habitude des disputes théolo^ques entre les prêtres et les ministres donna heu à de tels abus qu'on dut interdire ces conférences. Traversée par les protestants du Dauphiné qui se rendaient en Italie ou en Allemagne, par les doctrinaires ([ui revenaient de Grenève, la grande école des Réformés, la Savoie compromit fort à ce contact la pureté de ses croyances catholiques. Pour se maintenir dans le pays de Vaud et le Ghablais, les Bernois avaient dû proscrire la messe et menacer d'expulsion quiconque n'O' béirait pas au décret de conversion (Noël 1546); les sympathies des populations ne leur étaient point acquises, et la plupart des paroisses ne cédèrent qu'à la force*. La protection que
Marot et Théodore de Bèze. l'écossais Knoz, Tespagnol Servet, les italiens Carracciolo et Martinengo , forçat les plus célèbres
de ces réfugiés.
* \.e vieux syndic Philippin, d<^capift? on 1540. flruel le pamphlétaire eo 1547 ; Mirliel Servet brûlé vif qu 1553; rancien évéque de Nevers, Jacques Spifame. pendu en 1566. etc. (AR. GEN. Registres du ConseU» — Audin. Hist. de Calvin» — ROhrbarher, Bist, wiiv. de l'Eglise catholique» XXI II.)
* Luther nous a mi.ç sur la tête uv joug de fer an Jiev du joug de boit ^ue nous amont, disait Mélanchton. Se rappeler
François accordait aux Cantons, et les diversions de la politique, contribuèrent à amortir les résistances. Les nouvelles doctrines eurent
Ï>Ius de succès auprès de la bourgeoisie et des ettrés que dans le peuple ; Farel quitta Genève pour visiter la Savoie * ; Calvin entretenait une correspondance fréquente avec ses fidèles de Chambéry; et le Parlement y lut enfin mis en demeure d'élever la voix. Dès le 7 févnci 15:15, })ai'iit à Neufchàtel une traduetiou de la Bible qui coûta 1,500 écus d'or aux Vaudois.
c Le pôvre peuple qui te fait ce (irésent, disent ces pâtres des Alpes en s adressant à la France dans une préface touchante, fut déchassé et banny de ta cornpairriie vécy trois siècles; c*est le vray peuple de patience, lequel en foy, en espoir, en charité, a silencieusement vaincu les assauts tentés à rencontre de luy. »
Cette Bible et les petits livres imprimés à Genève étaient répandus à profusion par do hardis colporteurs. De 1538 à 1540, Farel vint prêcher en Manrionne.Ce fougueux évangélisle, profitant de iliunit'ur tolér ante de Févêque Philibert de Ghalles, s'installa dans les paroissf^s du Ghastel et de Montbéranger, à deux pas de la ville épiscooale de Saint- Jean, et y fit de nombreux prosélytes. En 1541 , un arrêt du Parlement signale le péril à l'évêque et lui enjoint, sous peSie de réduction de son temporel :
les persécutions que >ui)ireii(, en les tiiéologieus qui
refusèrent de signer h formulaire d'Iéna.
* Le peuple, qui perd uiâiaiséoieDt la luéiuoire Ue certains faits, y appelle encore iproverbialement langue de Fard, sans trop se douter de rorigine de ce dicton, le contradictenr opi* niÂtre» qakonque a réponse à tout, etct
« De Taire prescher dans ces paroisses de bons et idoines prebstres catholiques, de confirmer le populaire en sa foy, d^extirper les perverses doctrines déjà semées et imprimées dansVesprit des enfants» imbus d'une meschante et diabolique oraison nommée le Pater des Hahjam et autres illusions pernicieuses et vaines cré* dulilésde synago^e'. »
La même année, Tevéque d'Aoste fait ériger la croix de la fontaine en mémoire du vote des " Etats de 1536 et de la fuite de Calvin. Quelques dates sanglantes se détachent, pendant cette période, des registres du Parlement, et marquent les progrès de Fhérésio en même temps que les rigueurs des magistrats ; on ne poursuivit d'abord que les prêcheurs ; plus tard, le fait seul de la possession d'une Bible en français devint un arrêt de mort.
Le 26 avril 1539, Jehan Lambert^ de Genève. colporteur de meschants sermons, est brûle vif devant le château de Chambéry, d trois
heures de Vaprès dinée, après qu'on Veust un peu pourmené par là^. Le 17 avril, un pôvre homme du nom (h- Curtet avait subi le même supplice à Annecy. Le 46 janvier 1547, Vincent Dnporlan, convaincu d'hérésie, fait amende honorable sur la cendre de ses livres brûlés, puis est conduit aux galères du roi. En 1540, les Cordeliei's de Clliambéry sont accusés, de r(»rhef, d*cntretcnir des relations avec Genève; le IVèro Georges Caperou . dans la cellule duquel on a trouvé des livres délendus, est traduit en
' Xn-' t lu 13 (léi eiiibrc 1541, cHé dans 19 Pratique eeel^ siasttque de Savoie {chap. II. § V}.
- Roeis'tres du conseil de Génère (20 avril 1580)« — Jltftnoire a mestieurs de Berne,
justice; la cour se déclare mcomi>étente et le renvoie devant les juges ecclésiastiques. Pendant le carême de cette même année, le prêtre Rapharl lîourileillt', venu de Turin pour prêcher la mission dans la cathédrale de Saint- Jean de Maui lorme, en présence du coadjuteur Pierre Meynaid, évoque d*Hébron et administrateur provisoire du diucùse', ose enseigner les doctrines de Calvin sur la grâce, la justification par h>s (('Livres, l'abus des sacrements*. En mars 15^0, Jean rtodciu, de Tours-sur- Loire, convaincu d'avoir doguiatisé, est traîné sur une claie, attaché au pilori, élranj^lo et bridé; le 15 avril, Gabriel Beraudin, de Saumur, est brfdé vif pour avoir dogmatisé; le 10 août, Claude Janin, de la Faverge, est brûlé vif pour avoir blasphémé le roy et la messe. Le 10 août 1553, Jean Poirier est V rnlé vif powr avoir semé faus&e doctrine à Montméiian ; ses biens sont confisqués; sa femme, qui l'a suivi le sachant héréziarque, fera amende honorable, seia fouettée et bannie. Le premier dimanche de Tan 1554, dans Téglise des Cordeliers de Chambéry, à la messe, un moine instruit, le père liseur, interrompt le prédicateur, le traite
' Philibert de Clialles était mort en 15-14 el ne fut remplacé qu'en 15!^ par rilalien Jérôme Ricevali. A. la fin de 1550, P. Meynard fui accusé d'avoir couru la Maurienne avec une sorte do tiibuual aiiibululuire composé de quatre prêtres. Un arrêt du 9 février 155% porte : La cour ayant m les senteruet, eompositions, marciafions, faites aux ^nt d'exiger argent des sujets fin roi, ^pç déclare nulles, torlûmnaires et abusives. (Ptat, ecclés. Chap, 111. § Y).
' Le conseiller enquêteur Jean l'oille Ut son rapport le 3 mai 1549; l'arrèl du 30 juillet renvoie Taccusé devant les juges ecclëiiiastiques ; Bonrdeille , condamné à une prison perpétuelle, fut brûlé en effigie, devant Téglise de Saint-Jean de Maurienne, le jeudi saint de lôôO.
d^apostat, au grand scandale de Punyon chres^ tienne , mesme que Von est icy aux portes des
hérétiques et que audit sermon y avoil grand peuple amassé, ht jdusparl desquels estaient paysans et gens rusticques, non litterez, faciles à scandaliser, voyant ainsy ces moines tenir tels proupos et s'injurier \ Le 22 du même mois, le Provincial des Cordeliers de la Grande Manche reçoit F ordre do la Cloiir de surveiller plus efficacement ^es inoinos; le 20, le laïc Jehan Jay est accuse d'avoir négocié Tachât de livres défendus inlioduits dinis ce couvent.
Le17mars ir^'f. les blaspiièmateurs Gabriel Forest et V. Godard sont condamnés à raraende de 60 sols; le B sc-]>tendjre, la Cour confirme, en appel, une sentt^nce de mort rendue par le bailli de Bresse contre Pierre Morillon, convaincu du même crime, et y ajoute cette aggravation qu'il aura au préalable la languepercée avec un fer rouge -. En 1555, cinq jeunes gens qui avaient quitté Genève pour se rendre dans les vallées vaudoises, Jean Yernon, Antoine Laborie, Jean Trigallet, Bertrand Bataille et Girod Thoran, furent brûlés vifs à Chambéry, au pont du Reclus, comme détenteurs de m«8chantes petites bibles en françoys et d'une lettre de Calvin que Vemon avait coume dans ses chausses^. Leur sixième compagnon, le pié-
* L'arrèl du 19 janvier commet les conseillers Beooil Craiidus et Celse Morin poar informer et faire dans le courent de Saint* Prunoois des perquisitions approfondies, d'autant qu'il est adjouté que lesdils reîvj leur entretiennent paiUardes a pain et à poi et vont de nuitj par la ville, armés «I déguisés» (Registre criminel de 1554, folio \X1.)
* MSS. de la Pratique ecdés., chap. 11. § VIII.
' SmXJ, Registre des arrêts criminels, IX. foUo id4.
montais Moge, abjura pour sauver sa vie. Peiid«mt les quarante-trois jours oui s'écoulèrent, contre l'usage, entre l'arrêt (30 août) et le supplice (12 octobre), la ville de Genève ' , les Gantons suisses, les princes allemands, ûrent de pressantes démarches pour obtenir une commutation de peine ; la cour de Saint*Germain blâma les sursis du Parlement. Cétait Tannée où Marie-la-Sanglante ouvrait en Angleterre sa terrible persécution ; la Diète d*Augsbourg proclamait une liberté de conscience restreinte aux seuls luthériens; tandis que, presque partout, on brûlait les protestants comme raisonneurs, Calvin brûlait, à Genève, les philosophes comme athées; du nord au midi, une fièvre d'intolérance agitait l'Europci. Aussi riiistoire a-t-elle conservé la lettre touclianto que Laborie, une heure avant qu'on alluuuU le bûcher du Reclus, écrivit à sa feninn . La résignation du martyr repose de rinquiélude des boui*reaux. Le 2 juin 1557, le prèlie Sanguyprivert, convaincu de scandale et d'hérésie, l'ut condamné à l'amende lionorable, à la confiscation des biens, à n^sler pendu sous les aisselles une demi-heure, au milieu iVun feu qui ne V endommagera poivi: nprès ce su[)plice douloureux, on le livra à rinquisition pour ses autres crimes'*, etc., etc. Les registres du Parlement et ceux du Sénat ne renferment plus, à partir de 1558, qne de rares mentions de procès pour fait de religion. Ën faut-il con-
• AR. GEN. Registres du cfinscil (8 sepi inln e 1555). Envoi de lean Curtet pour négocier ù Chambéry la dclivrance des six.
* SENAT. Rogislres des arrêts criminels de 1510 à 1558. — Voir, aiii PREUVES, pour les principes appliqués en Savoie Yw il vis datribuntl de riB<|msiUOD, le document a<» XXXIII.
dure l'absence de cas d'hérésie, la tolérance des magistrats, ou simplement la perte des procédures? Cette dernière inlerpi étation paraît la plus vraisemblable, si Ton se reporte à l'aveu des rédacteurs de la Pratique erclésiastique de Savoie constatant (au ch. IT, § 1^1) que Var refit de 1554 contre les moines de la
à la perte* de tant d'autres qu'on a faite du de-puis; — et^plus loin (folio xvi), que la pluS" part des arrests que le Sénat a rendus en ceste malice pour empescher le progrès de l'hérésie ont eschappé par le malheur des temps*. Il
* Manuscrit de 1739 (Bibliolh. de la Cour impériale).
• Malgré ses lacunes, le martyrologe savoycn de la îihrrté de penser ne compte qno (ropde noms. I>e pays n'y était pour rieu ; il subissait les rigueurs des magistrats sans se passionner pour les supplices comme faisaient les Espagnols on les Français. Les sévérités qui épouvantèrent la Savoie, de 1528 à 1560, y furent le contre coup du fanatisme déchaîné dans les pays voisins. £a 1529 . Louis Berquin , Vàmi d'Erasme, est brûlé è Paris pour avoir écrit des livres d'hérésie: le SI jan> vier 1534, on brûla, sur la place Maubcrt, six personnes vehé" menlement accusées d'hérésies et dont certaines étaient soupçonnées d'avoir affiché h la porte du logis du roi, à Blois, dos placards imprimés à Neucliàlel en Suisse, et injurieux pour la mme ; François I^' en personne mettait le fen, passant ensuite la torche au 'cardinal de Lorraine, et, les mains jointes, attendant la fin du supplice. Le P. Daniel, qui raconte le lait, ajoute que le roi donnait ainsi un nouvel exemple de piété et de xèU contre la nouvelle doctrine, (Uffisloir^ de France de Baniel fut publiée en 1713.)Huil jours plus tôt (édit du 13) le roi avait suppriuK', sons peine de la hart, l'imprimerie dans tout le royaume; le 23 février, sur une remontrance généreuse du Parlement de Paris, il fui sursis à l'édit ; mais le nombre des imprimeurs fat réduit à douze, et une impitoyable inquisition s'établit par des arrAts et des édits de 15-15, 1537, 1539. Le fameux imprimeur-libraire de Lyon, Esjiieone Dolet , condamné à mort, en lô43, pour avoir reçu des ballotii de livres de Genève, sanvé par une inspiration de Pierre Chfttel. évêqne de Tulle, poursuivi de nouveau, réfugié en Piémont , s»isi à Lyon malgré le succès de ses neuf Efîtrei d'enfer, est enfin
Saint-François a eschappé
en fut de même pour les procès de sorcellerie, comme nous le verrons au chapitre XIIL Sur ces points intéressants, les historiens, faute de preuves, ne se sont guère livrés qu'à des conjectui^, et, lorsqu'ils aflirment ou qu'ils nient la légèreté des accusations, l'àpreté des juges, rhorreur des supplices, ils ne peuvent préciser que des faits epars et rien d absolument doctrinal. Il faut donc se résigner à répéter le mot de La Rochefoucauld au début de ses Mémoires sur la Fronde : Tl est presque impossible d'écrire une rclalion bien juste de CCS évé}icnienis, parce que ceux qui les ont causés, aycuii agi par de mauvais principes, ont 2)ris soin d'en dérober la connoissance, de peur que la postérité ne leur impulâl d*avoir dévoué à des intérêts trop particuliers la féiicilé de leur patrie.
brùlé à Paris, bur un bûcher fuit de ses livres, )c 3 août 1546. Ce malheufeux, dont la vie esl plus poignaotc qu'un dnine, avait poar devise :
C'est assez vescu on ténèbres , Acquérir fanlt Tinte) ligenee !
En 1550, (straimlemoit uurès scvices de rinipriineur et du colporteur du paaiplilot le lyyre. attribué à Hotman ; en 1561. ëdit du (ùwsl pour la première fois , de la harl pour la seconde, contre les imprimeurs et marchands de libelles, de cartes et d'images satiriques. La poursuite judiciaire d'un libelle était, alors comme aujourd'hui, le plus sûr mo>en de lui donner du ragoût» En 1598, le dialogue du Maheutire et du Manant, qu'on ne lisait pas le premier jour, se paya trois écus nprt- I l s;ii^ir, siï la veille de l'arrêt, dix le h ndcniain ; pwù' i7 y eust un certain Debacq, trois jours aprts envoyé exprès du Roy d Paris pour lui en recouvrir un à quel prix que ce fust {Journal de r£8toiie).