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La bourde ayant 8 à 10 0[0 de carbonate de soude

Le soudes indigènes étant devenues insuffisantes pour la consommation, on avait été depuis longtemps dans la nécessité d'en tirer d'Espagne des quantités considérables.

179i^ arrive. La Convention jette en défi à l'Europe coalisée la tète de Louis XVL La France, mise au ban des nations^ subit un blocus des plus rigoureux ; tout travail fondé sur l'emploi des produits étrangers a cessé ; la ruine de bien des industries, et de la savonnerie en particulier, est certaine, inévitable.

Ce fut à ce moment critique que Nicolas Leblanc, né le G décembre 17-12 à Ivoy-le-Pré (Cher), officier de santé, chirurgien de la maison du duc d'Orléans, Philippe-Egalité, et connu par de remarquables travaux de chimie, reprenant les études de Duhamel de Monceau en 1736, Malherbe en 1777, de La Métherie en 1789, parvint à résoudre, après des difficultés sans nombre, la fabrication pratique et économique du carbonate de soude

avec le sel marin, qu'il recherchait depuis

Ce procédé, encore usité dans les plus importantes usines de pjjpduits chimiques du monde entier, repose sur la double transformation du chlorure de sodium en sulfate de soude par l'acide sulfurique, et de ce même sulfate en carbonate de soude à l'aide de craie et de charbon.

Le 2i janvier 1791, un acte d'association, dont les bases avaient été posées le 27 mars 1790, fut conclu définitivement entre le duc d'Orléans, Leblanc, Dizé et Shée pour l'installation d'une fabrique à Maison-de-Seine, près Saint-Denis. Le duc d'Orléans fournissait 200,000 livres tournois; Leblanc apportait la fabrication du carbonate de soude artificiel; Dizé, un nouveau mode de production de la céruse ; quant à Shée, il n'avait que le rôle d'administrateur des iniérêts du duc d'Orléans.

La même année, Leblanc prenait un brevet d'invention de quinze ans, après examen de son procédé par Jean d'Arcet, docteur régent de la Faculté de médecine de Paris,

membre de l'Académie royale des sciences, professeur de chimie au collège royal, Nicolas Desmarets, membre de l'Académie des sciences inspecteur général et directeur des manufactures, et Claude-Urbain de Retz de Servières, directeur des brevets d'invention.

La fabrication de la soude à peine commencée, le duc d'Orléans fut exécuté (6 novembre 1793); on plaça sous séquestre l'usine de Maison-de-Seine, considérée comme sa propriété, et on ordonna l'expulsion de Leblanc et de ses associés.

De plus, le Comité de Salut public, sur la proposition du citoyen Garny, avait sommé tous les possesseurs de procédés pour la transformation du sel marin en carbonate de soude de les rendre publics ; et Leblanc, sans hésiter, fit à la patrie le sacrifice de son brevet.

Voici en quels termes son associé Shée l'informait de la décision du Comité de Salut public :

« 13 pluviôse an IL

(février 1794).

« Je viens, dans le moment, de lire dans la

feuille intitulée « le Moniteur » en date d'hier, que tous les républicains possesseurs de quelques secrets ou procédés pour la fabrication de la soude par la décomposition du ses marin, étaient invités à en faire part au Comité de Salut public, section des armées, parce que la patrie pouvait en retirer des avantages précieux pour ses moyens de défense.

« J'imagine que tu es parfaitement au fait de cette affaire et ton patriotisme t'aura suggéré sur le chamii, j'en suis sûr, le sacrifice de ton secret, fruit de tes longues et laborieuses recherches. Néanmoins, réfléchissant que ta délicatesse pourrait te présenter quelques scrupules dans l'entreprise de la fabrication de la soude, je m'empresse de t'assurer, pour ma part; que de tout mon cœur je consens et même t'invite, s'il en était besoin, à révéler à la Nation tout ce que tu sais sur cet important objet. Je suis persuadé que le citoyen Dizé trouvera dans son civisme tous les motifs nécessaires pour approuver cette démarche ; au reste, lu es à portée d'en conférer avec lui. Mais, quant à ce qui regarde mon

intérêt personnel, je m'en rapporte entièrement à tout ce que te dicteront ta prudence et ta probité. Je fais des vœux bien sincères pour que ton secret ait la gloire de contribuer d'une manière grande et efficace au salut de la patrie. »

Leblanc, en publiant son brevet, avait espéré qu'en dédommagement son usine continuerait à fonctionner sous sa direction au profit de la Nation; il n'en fut rien; aussi tomba-t-il dans le plus grand découragement, qu'augmentait une situation précaire.

Sous le Directoire (1799), il demanda à être réintégré dans son usine; mais il n'obtint satisfaction qu'en 1801, par un arrêté du ministère des finances réglant le renvoi en possession provisoire des associés de 1791.

Dizé et Shée renoncèrent à leurs droits.

Leblanc resta seul, sans capitaux, avec un matériel détérioré par un long abandon et ayant à lutter contre des fabriques qui fournissaient de la soude obtenue d'après son brevet.

Dans des conditions aussi défavorables, l'illustre inventeur n'avait aucune chance de

réussite; cependant il lutta jusqu'à la fin de 1805 ; enfin, à bout d'énergie, rongé par la plus implacable misère et en proie à un désespoir facile à concevoir, il se suicida le IG janvier 180G.

M. J , -B. Dumas, dans un remarquable rapport à l'Académie des sciences (31 mars 1856), s'exprimait ainsi :

« La décou\erte de la soude factice a mis à la disposition des arts industriels un alcali puissant, à bas prix, dont la production ne connaît pas de limites, puisqu'elle a pour base le sel marin. Les savonneries, depuis qu'elles peuvent disposer de la soude factice qu'on approprie si facilement et si exactement à leurs besoins, ont fait des progrès immenses pour la qualité et pour le bon marché de leurs produits. La découverte de la soude artificielle est donc un des plus grands bienfaits, sinon le plus grand, dont les arts chimiques auront été dotés depuis soixante ans. Pour s'en faire une juste idée, il faudrait ajouter que la valeur vénale de la soude, ainsi que celle des produits qui se rattachent immédiatement à sa fabrication, ayant baissé depuis

1g commencement du siècle dans la proportion de 10 : 1, si le commerce et la consommation reçoivent en Europe maintenant pour 100 millions de marchandises par cette voie, il faudrait, pour être exact, dire que si la soude factice n'eût pas été inventée, les jouissance, que le consommateur se procure à son aide lui coûteraient un milliard, »

Quoi q"'il en soit-ce n'est qu'en 1806, alors que notre littoral de la Méditerranée était étroitement surveillé par la flotte anglaise qui empêchait toute importation, que les savonniers marseillais se décidèrent à contrecœur à faire usage de la eoude factice^ car la plupart d'entre eux étaient convaincus que le nouveau produit ne devait fournir que des savons de qualité inférieure !

Loi en faveur des exportations. — Emploi des huiles de noix, de navette et autres. — Décret pour réprimer la fraude. — Virulentes attaques contre la soude factice.

Sous le Consulat, la loi du 8 floréal an XI 1803) favorisa considérablement les exportations, en stipulant que les négociants qui présenteraient des savons destinés à l'étranger, et qui justifieraient avoir payé les droits sur les huiles importées dans l'année, seraient remboursés des trois quarts des dits droits dans la proportion des huiles consommées pour la fabrication des savons à exporter.

Par suite, nos producteurs s,e trouvèrent désormais placés pour lutter sur les divers marchés d'Europe, ce qu'ils n'avaient pu faire jusqu'alors.

L'huile d'olive pure, sans addition d'aucune autre, qui était seule autorisée par l'art. III

de l'édit de 1G88, fut uniquement employée par Marseille jusqu'en 180G.

« L'extrême cherté de l'huile, dit Baudoin, dont le prix en 1806 s'éleva jusqu'à 135 fr. la millerole, valeur au moins double de son plus haut prix dans les temps prospères, élveilla la cupidité de quelques fraudeurs. Ils firent venir beaucoup d'huiles de noix, de navette, avec l'intention de les mêler avec celle d 'olive, et de profiter, par cette fraude, di l'avantage conséquent que laissait le pi ix de ces huiles à celui de l'olive,

« L'odeur les ayant fait déclarer, et nulle surveillance ne s'opposant à leur emploi dans le savon, les fabricants, de leur côté, les recherchèrent, par l'appât que le bas prix leur présentait, et comme leur rendement équivaut à peu près celui de l'olive, leur poids spécifique étant d'un pour cent environ plus fort l'emploi leur fut assez avantageux. »

Le 11 juillet 1810, la prohibition des savons étrangers est décrétée.

L'année suivante parait, le 1er avril, un nouveau décret tendant à prévenir ou à réprimer la fraude dans la fabrication des sa-

vons ; son importance nous oblige à en donner la copie textuelle :

« Vu les représentations de la chambre da commerce de Marseille touchant les fraudes pratiquées dans la formation du savon ;

« Vu les édits et arrêts du conseil sur le même objet, des 5 octobre 1688, 19 février 1754, et 20 février 1760 ;

« Voulant laisser au perfectionnement de l'industrie, et aux inventeurs de nouveaux procédés toute leur liberté ;

« Entendant en même temps prévenir toute fraude au préjudice de nos sujets consommateurs et de la confiance qu'il importe d'obtenir pour le commerce de notre empire dans ses rapports avec les étrangers, notre conseil d'Etat entendu, nous avons décrété et décrétons ce qui suit ;

« Art. I. — Tout fabricant de savon dans l'étendue des terres de notre domination, sera tenu d'apposer sur chaque brique de savon sortant de sa fabrique une marque déposée au tribunal de commerce et au secrétariat du conseil des prud'hommes, selon l'art. 18 du 22 germinal an XI, et rart.7 du 20 février 1810.

« Art. II. — Cette marque sera différente pour le savon fabriqué à l'huile d'olive^ pour celui fabriqué à l'huile de graisses, et pour celui fabriqué au suif et à la graisse.

« Art. III. • - Tout savon non marqué, ou out savon marqué comme savon à l'huile, quoiqu'il soit à la graisse ou marqué d'une fausse marque, sera saisi dans les magasins des fabricants ou chez les marchands, à la diligence des prud'hommes, de tout officier de police municipale et judiciaire, ou à la réquisition de toute partie intéressée. La confiscation en sera prononcée par les autorités compétentes, moitié au profit des hospices, moitié au profit des officiers de police ou des parties requérantes, sans préjudice d'une amende qui ne pourra excéder 3,000 fr. et sera doublée en cas de récidive ou d'autres peines portées par les lois et règlements

« Art. IV. — Tout fabricant convaincu, par la décomposition d'avoir fraudé dans la fabritation du savon par l'introduction d'une quantité surabondante d'eau ou de substances propres à en altérer la qualité, sera poursuivi et son savon confisqué, comme il est dit dans

l'article précédent, sans préjudice des dommamages et intérêts s'il y a lieu.

« Art. V. — Les prud'hommes de villes où il y a des fabriques de savon auront sur les magasins où le savon fabriqué se dépose ou dans les lieux de débit, le droit d'inspecter pour l'exécution des articles précédents, indépendamment de la juridiction qui leur est attribuée par les lois et règlements.

« Art. VI. — Le présent décret n'est applicable qu'aux savons destinés aux blanchisseuses, teintures ei dégraissages et non à la fabrication des «savons de luxe et de toilette.

« Art. Vil. — Notre grand juge, etc., etc. »

Un tel décret, qui laissait une certaine latitude aux fabricants, tout en exigeant des garanties reconnues indispensables, et le droit d'inspection accordé aux prud'hommes qui remplaçaient dans cette attribution les anciens syndics de la savonnerie, produisit un excellent effet et fut sagement observé.

L'usage de la soude factice s'accroît peu à peu ; mais comme elle rendait les savons plus durs que la soude naturelle, de cette dernière renfermant une certaine proportion de potasse

qui les adoucissait, on remédia à ce léger inconvénient par l'addition de quelques centièmes d'huiles d'arachide et de sésame.

Cependant la soude obtenue par l'ancien procédé jouissait toujours de la prérogative la plus étendue et ses partisans, fort nombreux les uus guidés par l'intérêt, les autres ennemis implacables des innovations, s''étaient assurés à un tel point l'appui de la chr^mbre de commerce de Marseille que celle-ci, complètement dominée, écrivait le 9 décembre 1814 quel'on enverrait tôt outard, en France, les savons fabriqués avec la soude factice abandonnés.

Aux consommateurs, on insinuait que les savons provenant de l'emploi de cette soude détruisaient le linge et compromettaient la santé.

Aux populations voisines des soudières, on arriva même à leur persuader que les émanations qui s'en dégageaient anéantiraient les récoltes. Ces bruits malveillants s'étaient tellement accrédités, que,sansM'intervention de troupes venues de Marseille, ces usines auraient été détruites. Enfin les esprits s'apai-

sent, le bon sens triomphe, et la production de la soude factice, qui n'était en 1812 que de 53,563 quintaux métriques, atteint en 1816 129,031 quintaux métriques, pour augmenter d''année en année.

Détermination de la composition des corps gras. — Théorie de la saponification. — Une visite du comte d'Artois à la savonnerie de M. Payen. — Progrès réalisés de 1814 -è

Chevreul et Braconnot découvrent, presque simultanément, en 1813, que les corps gras naturels qu'on avait toujours considérés comme des principes purs ne différant entre eux que par de simples propriétés physiques, se composent de principes immédiats, qui sont pour les huiles végétales : l'oléïne et la margarine et pour les graisses animales : l'oléine, la margarine et la stéarine.

Les racmes chimistes démontrèrent ensuite également que, sous l'action des alcalis caustiques, les corps gras se décomposent : en glycérine, produit neutre, qui après leur avoir servi de base commune reste en dissolution dans l'eau ; et eu acides gras, oléique, mar-

garique et stéarique qui, isolés de la glycérine forment en s'unissant aux oxydes alcalins, c'est-à-dire en se saponifiant , des oléate, margarate, stéarate,

Dès lors, grâce à cette théorie prouvant que les savons ne sont que de véritables sels, leur fabrication assise sur des bases solides confirmées postérieurement par les études de Bussy, Le Canu et Fremy, s'étend puissamment; la consommation de l'huile d'olive s'accroît et on emploie en plus forte proportion l'huile d'œillette, puis celle de noix.

Le chauffage à la vapeur commence à remplacer celui à feu nn; des chimistes sort appelés, afin que l'on puisse se rendre un compte exact de toutes les opérations, et la routine, qui avait si longtemps régné en maîtresse absolue, voit son prestige diminuer chaque jour.

Quoiqu'il en soit, on ne considérait dans les hautes sphères, comme seules dignes de respect, que les savonneries qui refusaient encore de faire usage de la soude Leblanc.

Parmi ces dernières se trouvait la savonnerie de M. Payen ; aussi dans un voyage du comte d'Artois en 1814 fut-elle de préférence

honorée de la visite de Son Altesse Royale.

« Le comte d'Artois, écrit M. Raybaud, venait d'arriver à Marseille et y avait trouvé l'accueil le plus enthousiaste et le plus bruyant.

« On se promenait de fêle en fêle, au milieu des acclamations de la foule et des harangues de l'autorité. Au nombre des curiosités locales, et comme preuve d'intérêt vis à-vis d'une grande industrie, il avait été décidé que S. A. R. honorerait de sa visite une de nos principales fabriques de savon. C'était, ij m'en souvient, celle de M. Payen, située sur les hauteurs de la vieille ville et qui avait été improvisée et décorée pour la circonstance. Les ouvriers y étaient à leur poste, en habit de travail, les contre-maîtres aussi ; on devait donner au prince le spectacle d'une fabrication en miniature. Elle eut lieu en effet; et qu'en sortit-il ? Un buste de Louis XVIII en savon, d'une blancheur transparente, et sur le socle duquel on pouvait lire cette inscription : « Il efface toutes les taches. » L'hommage fut apprécié comme il devait l'être ; l'allusion aussi....

« Qu'est devenu le buste, à qui a-t-il servi ? Je l'ignore ; tout ce que je sais, c'est que la maison Payen,aujourd'hui « Court de Payen » est restée à la tête de cette industrie et porte dignement un nom honorable et honoré. »

M. de Villeneuve, dans sa « Statisque des Bouches-du-Rhône, » s'exprime ainsi sur la soude factice :

« La prévention s'emparant des esprits avait failli faire repousser un nouveau genre d'industrie qu'utilisaient de nombreux salins et qui affranchissait la France d'un tribut de l'industrie étrangère.

« Les procédés se perfectionnant à mesure que les travaux se multipliaient, les fabricants de soude parvinrent enfin à donner à leurs produits la pureté et le degré d'alcalisation nécessaires à la bonne confection des savons.

« D'abor i les soudes factices n'étaient employées que pour les savons madrés; on les emploie aujourd'hui pour les blancs avec le même succès, et même on les emploie exclusivement.

« Les fabricants en trouvent l'emploi plus facile, le travail plus régulier et le résultat

plus constant. L'usage de ces soudes a apporté une grande amélioration dans la fabrique des savons, sous le rapport des procédés et sous celui de l'économie dans les frais de main-d'o'uvre.

Les épreuves en tous genres que l'on a faites;, les recherches auxquelles on s'est livré pour éviter et corriger les vices que présentait l'emploi de ces soudes , engagèrent le fabricant dans une étude plus approfondie de son arl, et, des phénomènes observés, des lumières acquises, il est résulté un degré de perfectionnement notable dans la fabrication du savon. Aussi, Marseille est aujourd'hui en possession de cette industrie importante, par l'excellence de ses procédés de fabrication et la production locale de toutes les matières qui en forment la base. ».

Il existait à Marseille

En 1813 62 savonneries

On sera sans doute étonné en voyant qu'en 1814 elles décroissent progressivement pour augmenter tout à coup en 1820 et dépasser le chiffre de 1813 ; cependant rien de plus simple à expliquer :

De 1814 à 1817 de graves événements avaient rompu les rouages de notre pays ; l'abdication de Napoléon, la première Restauration des Bourbons , le retour de l'île d'Elbe, la fuite de Louis XVIII à Gand, Waterloo, l'invasion.

Au contraire, à partir de 1817 jusqu'en 1820, Louis XVIII, débarrassé pendant ces trois années des difficultés inhérentes au gouvernement de la seconde Restauration, comprend la nécessité de ranimer notre commerce et notre industrie, qui avaient sans cesse périclites depuis 1811.

Des traités de commerce sont conclus, la marine marchande protégée ; une partie de nos colonies nous sont rendues, on crée des établissements au Sénégal, à Madagascar et l'état de nos finances est amélioré ; aussi les dissensions politiques s'apaisent et la confiance renaît.

Charles X, en montant sur lé trône en 1824, eut le tort de ne pas suivre la sage ligne de conduite de son prédécesseur, contre lequel t( n'avait cessé de lutter occultement et souvent même ouvertement. Adversaire aveugle des principes de la Révolution, il se rendit bientôt impopulaire. L'inquiétude s'empara des esprits et les capitaux furent retirés des grandes entreprises.

Marseille, tout particulièrement éprouvée par ce déplorable état de choses, n'a plus en 1829 que 43 savonneries.

Une statistique, établie sur la demande de sa Chambre de commerce, nous apprend qu'à cette époque la consommation annuelle était de:

260,000 hectol. d'huile d'olive, d'œillette,de noix ;

170,000 quintaux métriques de soudes factices douces ;

32,000 quintaux métriques de soudes salées ;

96,000 quintaux métriques de houilles ;

55,000 y) » de chaux , pour

une production de 400,000 quintaux métriques

de savon, dont près du dixième était exporté en Allemagne, Italie, Suisse, Espagne, Portugal, Angleterre, Hollande, Suède, Russie, Levant, Colonies, Indes et Etats-Unis d'Amérique.

Savon d'acide oléique. -- Importations des huiles de graines. — Savonneries de l'intérieur ; leur concurrence. — Prédominance de Marseille.

Nous voici arrvivésà 1830^ date néfaste dans les annales de la savonnerie marseillaise. Chevreul, Braconnot, Gay-Lussac, Cambacérès, Freniy et Melsens, trouvent les procédés de fabrication des bougies stéariques, procédés qui ne sont rendus réellement pratiques que par MM. de Milly et Motard.

Cette industrie, en fournissant des quantités considérables d'acide oléïque résultant de la saponification du suif par la chaux., puis de la décomposition de ce savon calcaire à l'aide de l'acide sulfurique, qui a pour but d'obtenir des acides gras solides, stéarique et margarique, tandis que la glycérine est isolée ; fit prendre naissance, en peu d'années, à d'importantes savonneries qu'on annexa aux stéarineries.

De même que M. de Milly livra le premier

au commerce les bougies stéariques, il fut aussi l'innovateur de la fabrication du savon d'acide oléique qui lutte avantageusement contre les savons de Marseille auxquels il empêche de prendre l'accroissement que l'ancienne cité phocéenne était en droit d'espérer par une réputation noblement acquise.

En 1834, rhuile d'œillette étant devenue plus difficile à se procurer par suite du développement que prenait la culture de la betterave dans le Nord, d'où l'on tirait cette huile exclusivement, on chercha à lui substituer l'huile de lin, en faisant venir des graines de la Baltique, de la mer noire et d'Egypte; mais les résultats ne répondirent nullement à l'attente qu'on s'était faite; les savons avaient une couleur et une odeur peu agréables. Fort heureusement des essais avec l'huile de sésame, qui a certains rapports avec celle d'olive, réussirent pleinement et aussitôt de très fortes quantités de ces graines furent tirées derAnatolie,de laRoumêlie,dela Karamanie, de la Syrie, etc., que triturèrent de nouvelles huileries dont le nombre grandit avec les importations.

L'huile d'arachide, originaire des côtes occidentales de l'Afrique, qui joue un rôle si capital dans la fabrication de Marseille, vient en 1840 se joindre a celle de sésame^ enfin Celles de coton, coprah, palmiste, palme et coco.

Les savonneries créées dans l'intérieur pour travaillera l'acide oléiqne prennent unerapida extension ; la diversité des corps gras que nous venons d'énumérer engendre une fabrication toute nouvelle; des usines se montent à Saint-Ouen près Paris, Rouen, Xantes, et produisent des savons façon Marseille à base d'huiles d'olive, de sésame, d'arachide, de coton, coprah et de palmiste. Calais, Amiens, Orléans, Dijon s'adonnent spécialement à la fabrication des savons de palme, de coco, de suif et jettent dans la consommation des produits qui, quoique obtenus par le procédé dit «à la petite chaudière,» consistant en un simple empâtage, sont très demandés vu leur bon marché excessif que favorise l'huile de coco par la proportion énorme d'eau qu'elle absorbe.

« Alors commence l'ère nouvelle et réelle-

ment laborieuse de la véritable savonnerie marseillaise, écrit M. Jules Roux, dans sa notice sur la savonnerie marseillaise. Obligée de faire un choix dans les nouvelles matières premières et de se restreindre presque aux seules huiles de sésame et d'arachide, pour conserver à son produit toutes ses qualités primitives, elle voit les matières d'un prix inférieur passer aux mains de ses concurrents et donner naissance aux produits les plus divers. Bien plus, la réglementation qui l'a maintenue jusqu'alors dans la voie des bons procédés, et d'une loyale fabrication, menace d'être impuissante à la protéger.

(c C'est surtout à partir de 1848, que ces idées nouvelles prennent de la consistance, et elles trouvent enfin leur entière satisfaction dans le traité de commerce avec TAngleterre en 1860.

« Lors de l'exposition universelle de 1855, nous avons pu constater que la savonnerie marseillaise produisait encore 60 millions de kilogrammes de savon, d'une valeur de 50 millions de francs, et qu'elle tenait le premier rang parmi toutes les fabr'cations de l'Europe,

sous le rapport de la qualité, puisqu'elle obtint la seule médaille d'or accordée à cette industrie.

« Mais le chiffre de sa production était le mAine qu'en 1829 !

«. Ne pas progresser dans cette période de 26 ans, pendant laquelle toutes les consommations s'étaient développées en France dans une si forte proportion, n'était-ce pas une preuve irrécusable de malaise et do stagnation ''i

« La consommation s'était évidemment divisée, et tout l'excédent s'était porté sur les produits nouveaux en faveur desquels la concurrença faisait valoir les promesses les plus séduisantes de progrès et de bon marché ».

Cependant Marseille, que Lamartine appelait à si juste titre « La façade de la France sur la Méditerranée », a toujours gardé plus que n'importe quel centre tous les éléments pour soutenir et même augmenter son antique prospérité.

M. L. Simonin dans son é tude, sur les grands ports de commerce de la France, en a tracé un tableau excessivement intéressant, dont voici quelques passages :

« L'esprit créateur, le caractère entreprenant du marseillais, se révèlent dans les opé^ rations industrielles, plus encore que dans celles de négoce et d'armement. Sur ce point là, il n'a guère à redouter la concurrence des maisons étrangères établies à ses côtés. La fabrication des produits chimiques, des bougies, du savon, la trituration des graines oléagineuses, le raffinage du sucre de canne, le tannage des peaux, le lavage des laines, la mouture du blé, qui arrive en quantités si considérables, la préparation des liqueurs, des pâtes, des conserves, des salaisons, la distillation du pétrole, la fonte et l'affinage des minerais et des métaux, la construction et la répation des machines, voilà ce qui a été tenté avec un succès toujours grandissant, et procure aux navires qui fréquentent ce port, un fret de

sorlie aussi varié qu'avantageux

« En cent endroits, et dans la ville ellemême, qui oserait s'en plaindre, des groupes de cheminées, plus hautes que des obélisques, vomissent la fumée, noircissant et empestant l'air. L'industrie s'étend partout avec ses allures conquérantes, elle a envahi tout le lit-

toral. C'est pour Marseille que travaillent les salines du Bouc et de l'étang de Berre; c'est pour ello que fonctionnent les ateliers de La Ciotat, où la puissante compagnie des messageries maritimes construit et répare ses navires. L'élan est tel que le département voisin du Var est lui-même entamé. »

Il ne faut donc attribuer qu^à la révolution opérée dans les corps gras, par les illustres savants que nous avons cités, le déclin de la savonnerie marseillaise ; mais le jour n'est peut-être pas éloigné où par suite de fraudes sans cesse nouvelles sur les savons concurrents de Marseille, la véritable, c'est-à-dire la loyale savonnerie marseillaise qui par la nature même de sa fabrication fournit forcément des produits plus purs, ne fasse revenir à elle les consommateurs et ne rentre en possession de son ancienne vogue.

Extraction du carbonate de soude de la cryolithe. — Fabrication du sel de soude dit à l'ammoniaque. — Tentative de M Pelouze pour l'emploi du sulfure de sodium.

Vers 1858 on songea a faire concurrence au sel de soude raffiné Leblanc, par un procédé basé sur l'extraction du carbonate de soude de la cryolithe, (fluorure double d'aluminium et de sodium), dont on avait découvert, en 1855, des gisements considérables dans la colonie danoise du Groenland. Une fabrique fût montée à Oresund, près Copenhague, pour produire en même temps que du carbonate de soude raffiné, de l'alumine hydratée ; d''autres s'installèrent à Harbourg, Prague, Mannheim, etc; mais le sel de soude qu'elles livraient était plus tût consommé par la verrerie que par la savonnerie.

Actuellement c'est seulement en Amérique qu'une pui&sante société « Pensylvania sait manufacturing company », qui s'est assuré le

monopole de la cryolithe du Groenland, retire du sel de soude de ce minerai.

L'usine d'Oresund suivait le traitement que voici, qui doit être également employé en Amérique.

Après avoir réduit en poudre la cryolithe, on la mélangeait, le mieux possible, avec 2/3 de son poids de chaux carbonatée, puis on introduisait ce mélange dans un four à réverbère d'une construction spéciale, dont la température ne devait pas dépasser le rouge sombre.

Il se formait de l'aluminate de soude et du fluorure de calcium, tandis que d'abondants dégagements d'acide carbonique avaient lieu.

La matière obtenue subissait ensuite des lavages méthodiques ; d'abord à l'eau froide puis à l'eau bouillante jusqu'à épuisement complet. On avait alors d'une part, un résidu insoluble de fluorure de calcium, d'autre part des eaux, qui, une fois traitées par un courant d'acide carbonique, laissaient déposer de l'alumine hydratée et tenaient en dissolution du carbonate de soude qui fournissait par évaporation un sel de soude très pur.

Le danger pour le sel Leblanc n'était pas de ce côté, il devait venir d'une méthode reposant sur la double décomposition du chlorure de sodium par le bicarbonate d'ammoniaque, qui donne du bicarbonate de soude et du chlorhydrate d'ammoniaque, puis par décomposition de ce bicarbonate de soude simplement par la chaleur, un carbonate de soude d'une pureté sans égale, tandis que le chlorhydrate d'ammoniaque est soumis à une distillation pour reformer ensuite le bicarbonate d'ammoniaque nécessaire.

Ce principe datait déjà de 1838, époque à laquelle MM. Dyar et Hemming avaient pris un brevet et crée une usine dans le comté de Cheshire. MM. Waterton en 1840 ; Gossage, Deacon, Browker, Muspratt, en 1854 ; tous industriels aussi habiles que puissants^ ne purent cependant arri ver à résoudre la fabrication du sel de soude par la méthode que nous venons d'exposer.

En France, MM. Delaunay et Canning en 1840 et Grimes en 1852 travaillèrent ardemment cette question; la société des salines de Sommervilliers, près de Nancy, installait un

nouveau procédé dû à M. Turck sans atteindre un résultat satisfaisant.

Enfin, en 1855, MM. Rolland et Schlœsing ayant substitué au bicarbonate d'ammoniaque l'acide carbonique et l'ammoniaque, fondèrent une fabrique à Puteaux, près Paris, et parvinrent a rendre pratique ce procédé que leurs devanciers découragés avaient regardé comme irréalisable. La production mensuelle de MM Rolland et Schloesing s'éleva bientôt à 20.000 kilos ; mais un concours de circonstances des plus déplorables, notamment les inconvénients résultants du monopole du sel, firent échouer celte entreprise en 1868,

L'honneur d'avoir complètement et grandement réalisé le principe de fabrication émis par Dyar et Hemming, revient à M. Ernest Sol va}', qui, par des appareils très habilement compris, brevetés en 1863, puis modifiés peu à peu, produisit, en 1872, à Couillet (Belgique) 4,500,000 k. de carbonate de soude par le bicarbonate d'ammoniaque et le chlorure dé sodium. Cependant, peu d'années avant, à l'exposition de Paris en 1867, ce produit, aujourd'hui si apprécié, était passé presque inaperçu ;

ce ne fût qu'en 1873, à l'exposition de Vienne, qu'il fixEj captiva même l'attention dii monde savant et industriel. Depuis, ses débouchés ont grandi avec une rapidité vertigineuse. M. Adolphe Kopp, dans un rapport sur l'industrie chimique à l'exposition universelle de 1878 s'exprimait ainsi :

« L'exposition de 1878 prouve à l'évidence que le problènc e de la fabrication de la soude à l'ammoniaque est définitivement résolu ; si le nouveau procédé n'a pas déjà été installé dans un plus grand nombre de fabriques, cela tient au grand secret qui a si longtemps entouré ce procédé,, surtout aux difficultés mécaniques qui ont demandé trente années d'efforts continuels à son introducteur M. Solvaj', et qui ont été la cause de l'insuccès des tentatives nombreuses faites avant lui et encore maintenant. »

Aujourd'hui les conditious auxquelles M.

Adolphe Kopp faisait allusion sont totalement changées; les difficultés mécaniques ont été vaincues par d'autres industriels, qui produisent à l'aide d'appareils similairosà ceux de M. Ernest Solvay,un sel de soude par l'ammo-

niaque identique à celui de l'heureux réalisateur du procédé.

Ce sel, que nous ne pouvons mieux comparer qu'à des cristaux de soude deshydratés, tant sa pureté est irréprochable, est employé dans la fabrication de produits pyroligneux, d'amidon de riz, de borax, de silicate de soude, épuration d'huiles, verreries, faïenceries, manufactures do draps, de papiers, teintureries, etc., etc.

C'est surtout la savonnerie qui lui a réservé l'accueil le plus encourageant, et Marseille même, jadis si rebelle aux innovations, en consomme couramment pour la préparation de ses lessives

Le prix de ce carbonate baissant en outre sans cesse, grâce aux modifications qu'on apporte chaque jour, et à la concurrence qui grandit en même temps que les producteurs, l'époque n'est pas éloignée où sans doute il se substituera victorieusement au sel de Leblanc.

Il ne sera pas superflu, pour terminer ce chapitre, de dire quelques mots de l'idée de M. Pelouze.

Cet éminent chimiste avait proposé de rem

placer en savonnerie la soude caustique par le sulfure de sodium, en prétendant que ce dernier produit ferait réaliser une très sérieuse économie sur le carbonate de soude.

M. J. Laurent, conseil des savonniers marseillais, a étudié avec attention cette théorie et il a reconnu, à juste raison, que le sulfure de sodium se fabriquant à la même température et par les mêmes procédés que la soude brute ; la seule différence était pour celle-ci qu'on ajoute du carbonate de chaux au mélange de sulfate de soude et de charbon ; ce qui ne peut réaliser une économie de plus de quelques centimes par 100 kilos. En admettant que cette économie eût été susceptible de tenter les savonniers, l'idée de M. Pelouze était impossible a réaliser, M. J. Laurent l'a démontré également en écrivant en 1864 :

« Dans les deux seuls fabriques de M. Arnavon et de M. C, Roux, par exemple, on produit journellement 20,000 k de savon, c'est donc environ 500 mètres cubes d'hydrogène sulfuré qui seraient dégagés ; et comme l'air qui en contient lilOO est irrespirable, c'est 50,000 mètres cubes d'air, c'est-à-dire un peu

plus que n'en cf-ntiennent tous les bâtiments réunis des deux fabriques, qu'on empoisonnerait journellement. Et les ouvriers, croit-on qu'ils seraient disposés le lendemain à renouveler l'expérience ?

L'ensemble des fabriques de Marseille verserait, par jour, dans l'atmosphère près de i millions de mètres cubes d'air empoisonné. C'est un inconvénient dont il valait la peine de se préoccuper un peu. »

On voit que M. Pelouze n'avait malheureusement considéré que le côté théorique de la question, en se basant sur la propriété que possède le sulfure de sodium de saponifier les corps gras.

Silicate de soude. — Saponification spéciale de l'acida oléïque. — Etudes de M. Mège- Mouriès sur l'état globulaire des corps gras.

On commença à employer, en 1859, le[silicate de soude que préconisaient sans grand succès depuis 1855, MM. Wilson et Gossage en Angleterre et M, Martin en France. Ces chimistes, basaient l'emploi du silicate de soude en savonnerie, sur l'analogie qu'il offre avec les oléostéarates, en renfermant un alcali (la soude), dont la causticité est neutralisée par un acide très faible (l'acide silicique) ; mais ils espéraient surtout qu'on adopterait promptement ce produit par suite de la diminution qu'il apporte dans le prix de revient des savons et des propriétés détersives qu'il leur communique.

D'autre part^ le silicate de soude, on ne saurait trop insister sur ce point, offre des résultats semblables à ceux de la résine, employée de temps immémorial, car comme elle il occa-

sionne une mousse abondante ei persistante et permet d'opérer des savonnages dans des eaux calcaires et salées.

Il a eri outre l'avantage d'être incolore et inodore et de posséder en plus une action mécanique prouvée, qui, dans bien des cas, est très précieuse.

M. Eug. Lormé dont la compétence en matière de savonnerie ne saurait être contestée s'exprime ainsi :

tt Si nous examinons te silicate de soude sous le rapport de ses propriétés chimiques, nous trouvons qu'il présente de nombreux points de ressemblance avec le savon. Tous deux procèdent de combinaisons d'acides faibles, insolubles dans l'eau, avec la soude. Tous deux possèdent une réaction et ramènent à leur couleur primitive les réactifs colorés rougis par un acide.

Tous deux forment avec l'eau des solutions opalines et lactescentes plus ou moins visqueuses suivant la proportion d'eau qu'elles contiennent Tous deux enfin sont doués de propriétés détersives très actives, et sont susceptibles de se combiner avec les corps gras.

« Ce sont ces propriétés qui ont assigné au silicate de soude une prééminence justifiée sur toutes les autres substances, dont l'industrie se sert pour surélever le rendement des savons. De plus, il leur communique le maximum d'effet qu'ils peuvent produire II est d'ailleurs à remarquer que le silicate de soude, qui est en général un sel basique en dissolution dans la soude caustique, est par lui-même capable d'opérer la sponification des corps gras dans un rapport proportionnel à la quantité d'alcali libre qu'il contient. »

M. Ordoway, dans un travail publié en 1863, a constaté de son côté les propriétés détersives du silicate de soude, et insisté sur ce que, dans beaucoup de cas, il pourrait remplacer le savon ; il nous apprend qu'à cette époque^ des brevets avaient déjà été pris pour la fabrication des savons contenant un mélange de silicate de soude ; brevets qui, selon lui, ne méritaient qu'une simple mention jusqu'à ce que le bénéfice résultant de ces savons ait été prouvé.

L'Angleterre et l'Allemagne, furent les premiers pays à silicatiser leurs savons ; la France ne commença réellement à imiter cet

exemple qu'en 1873 et une fabrique qui s'était montée à Saint-Denis, près Paris, prit en peu de temps un rapide dévelop^^ement.

Maintenant, tous les savonniers, exceptés ceux qui font les savons marbrés de Marseille, employent de très notables proportions de silicate de soude, dont la majeure partie est fournie par une usine de Rosières-aux-Salines (Meurthe-et-Moselle), qui livre à un prix inférieur de moitié à celui pratiqué il y a dix ans- M. le docteur Campbell-Morfit, prit en 1862 un brevet pour utiliser directement les cristaux de soude à la saponification de l'acide oléïque, espérant remplacer ainsi toutes les opérations qu'exige la fabrication de ce savon

Avant lui, M. Payen, avait proposé dans le même ordre d'idée, un sel de soude carbonate qui, à l'état de dissolution concentrée, était soumis à une ébullition avec l'acide oléïque, lequel par sa réaction sur le carbonate donne lieu à un dégagement d'acide carbonique, en mettant en liberté une partie équivalente de soude caustique, qui se combine avec l'acide oléïque pour former le savon.

On voit que le procédé du docteur Campbell-

Morfit ne diffère avec celui de M. Pa\ en qu^en ce qu'il comporte l'emploi de carbonate de soude cristallisé, alors que M. Payen n'a parlé que du sel de soude en dissolution.

Dans les deu\ cas la réaction est du reste semblable ; il suffit de doser avec soin la proportion de carbonate de soude nécessaire.

Malheureusement les essais industriels tentés à divers reprises n'ont pas permis de tirer un parti avantageux de cette théorie. On obtient bien un savon ; mais ce savon n'a pas l'aspect marchand, il manque de consistance et sa nuance est des moins satisfaisantes.

Nous ne devons pas omettre de signaler les études de M. Mège-Mouriès, présentées à l'Académie des sciences en 1864, ayant trait à un procédé de fabrication des savo'is fondé sur les principes suivants :

lo Un corps gras à l'état ordinaire, le suif par exemple^ rancit rapidement quand il est exposé à l'air humide; sous forme de globules, au contraire, il peut se conserver très longtemps à l'état de lait ou à l'état sec en une sorte de poudre blanche.

L'aspect globulaire peut- être produit par le

jaune d'œuf, parla bile, par les matières albumineuses etc. ; industriellementon l'obtient en mélangeant du suif fondu à 45o avec de l'eau à 45^ contenant en dissolution 5 à 10 0[0 de savon.

2° Le suif, à l'état ordinaire, repousse les lessives de soude salées et chaudes et ne s'y combine qu'avec une difficulté extrême, sous forme de globules, au contraire, il absorbe immédiatement la lessive en quantité variable suivant la température, de sorte qu'on peut gonfler et dégonfler chaque globule en abaissant ou en élevant la température de 45 à 60*.

Dans ce cas, chaque globule de corps gras, attaqué de toutes parts par l'alcali, abandonne sa glycérine assez rapidement pour qu'en peu de temps on obtienne un lait dont chaque globule est formé de savon parf.-nt gonflé de lessive.

3o Ces globules saponifiés ont la propriété, quand ils sont exposés au-dessus de GO', de rejeter peu à peu la lessive dont ils sont imprégnés et de ne garder que l'eau de composition nécessaire au savon ordinaire.

Ils deviennent alors transparents, demi-

liquides, et leur masse confondue, forme une couche de savon en fusion au-dessus de la lessive qui retient la glycérine. Dans cette sponification l'acide oléïque est très pur, presque incolore et peut servir pour faire du savon de première qualité, soit en l'employant seul, soi* en l'employant mélangé à d'autres huiles. Lorsque l'acide oléïque est mélangé à d'autres huiles ou lorsqu'on n'emploie que des huiles neutres, on fait passer ces corps gras à l'état globulaire ; on maintient les globules en mouvement dans la lessive chaude et salée, jusqu'à sponification complète ; on sépare par la fusion les globules saponifiés, et la masse de savon fondu, isolée de la lessive, est versée dans les mises, où elle se solidifie, par le refroidissement.

Tout d'abord, sous l'empire d'un enthousiasme irréfléchi, on prétendait que M. Mège- Mouriès avait opéré une découverte devant amener une révolution radicale dans l'Industrie des corps gras ; mais plus tard, par un examen approfondi, on reconnut que ce procédé ne présentait aucun avantage et on le cribla finalement des attaques les plus violentes.

Xl\'

Savons sous pression ; procédé anglais et brevet Spinelli. — Soude caustique solide. — Loi du 30 décembre 1873.

On doit aux Anglais l'initiative de la fabrication des savons sous pression, qui, inaugurée vers 1865, n'a cessé de prendre chez eux, et en Amérique, une très large extension. Elle est basée sur l'union intime de la lessive caustique avec les corps gras à la température de l'ébullition, sous la pression de 2 à 3 atmosphères, dans une chaudière autoclave en fer, à double enveloppe, où circule de la vapeur d'eau surchauffée à haute pression

On comprend qu?. la saponification, dans ces conditions, s'opère plus rapidement et plus intimement que selon la méthode ordinaire, et si l'on dose avec un soin rigoureux la quantité d'alcali nécessaire aux corps gras, on obtient des savons d'empâtage parfaits.

M. Spinelli a appliqué ce procédé à la fabrication des savons de relargage, genre mar-

seillais, en modifiant l'autoclave et complétant le mode de travail, lequel comprend alors l'empâtage, l'épinage, la coction ; toutefois la liquidation est opérée dans une chaudière ordinaire.

Nous ne pouvons mieux faire que de citer quelques passages du brevet de M. Spinelli.

« Le vase clos est appliqué, en Angleterre et ailleurs, à la fabrication du savon ; mais ce système de travail et le produit sont tout autres que les miens : cette fabrication se fait en ajoutant aux corps gras, mis dans le vase clos, une dose de lessive déterminée, suivant la nature des corps gras employés, quantité seulement suffisante pour former avec le corps gras un amalgame que l'on appelle « savon d'empâtage ». Ce savon, n'étant ni cuit, ni liquide, contient toutes les impuretés des sels de soude aussi bien que les impuretés des corps gras.

« Les savons français, notamment celui de Marseille, jouissent d'une réputation de supériorité dans le monde entier, Pourquoi ? Parce que ces savons sont composés d'oléates, de margarates et de stéarates qui, dans la liqui-

dation, ne peuvent produire qu'un poids déterminé ; c'est donc spécialement pour la fabrication de ce savon que je désire avoir seul le privilège d'appliquer le vase clos. Mais, nous dira-t-on, s'il offre tous les avantages que nous indiquons, pourquoi n'a-t-on pas appliqué plus tut le vase clos à la fabrication du savon ? C'est qu'évidemment les expériences qui ont été faites n'ont pas abouti à un résultat, tandis que nous, par la combinaison et des moyens spéciaux, nous sommes parvenus à atteindre ce résultat, ce qui, bien certainement, constitue la validité de notre brevet; du reste, nous avons établi le droit de ce nouveau brevet sur l'article 2 de la loi des brevets, qui dit : « Sont considérées comme inventions nouvelles l'invention de nouveaux moyens ou l'application nouvelle de moyens connus pour l'obtention d'un résultat ou d'un produit industriel. » Pour nous, le nouveau moyen ou l'application nouvelle d'un moyen connu consiste dans le vase clos; quant à l'obtention d'un résultat , nous pouvons en faire valoir trois, bien appuyés sur l'évidence :

« 1* Une économie de temps, de maind'œuvre et de combustible ;

« 2- La qualité supérieure de notre savon ;

« 3- Un rendement de plus de 10 0[0 que nous avons sur les savons faits par la méthode ordinaire.

« Enfin nous ne saurions trop nous appuyer et revenir sur les résultats de notre système de fabrication : cette pâte de savon cuite, ainsi que nous l'obtenons, trouve dans la liquidation une affinité très grande avec l'eau, et le savon extra qui sort de cette liquidation ala propriété de se dissoudre plus difficilement dans les acides que les meilleurs savons par la méthode ordinaire ; par conséquent, il fait plus d'usage, attendu qu'il fond moins vite dans l'eau. »

Ce n'est pas seulement à l'état de soude brute, de sels de soude raffinés, caustiques ou carbonates que la soude est livrée à la savonnerie, la soude caustique (hydrate de sodium fondu) est très recherchée.

Commencée en Angleterre en 1850, sa fabrication n''a cessé de prendre une extension considérable et, de même que les Anglais ont

été les premiers à produire la soude caustique, ils ont aussi été les premiers à l'appliquer en savonnerie.

Quoi qu'il en soit, cette industrie n'en a fait un usage important que vers 1868. Depuis lors, bon nombre d'usines de différents pays livrent de la soude caustique comparable aux marques les plus estimées de nos voisins d'Outre-Manche. En France, on compte quatre fabriques de cet important produit réparties dans les départements de Meurthe-et- Moselle, Pas-de-Calais, Seine-Inférieure et celui du Gard. Nous ne pouvons nous expliquer pourquoi elles ne sont pas seules à subvenir aux besoins des consommateurs. Est-ce par engouement pour les marques anglaises^ ou par ignorance de Texistence de ces fabriques ? Nous aimons à penser que c'est plutôt pour le second motif et qu'il suffira d'appeler l'attention de nos compatriotes sur ce point, pour qu'ils renoncent promptement à rester tributaires de l'étranger.

La facilité d'avoir par simple dissolution des lessives aux degrés désirables, aussitôt

tilisables , sans le matériel encombrant

qu'exige la caustification du carbonate de soude; les économies de temps, de maind'œuvre, de combustible et la sécurité d'éviter toute perte d'alcali, tels sont les motifs qui ont décidé les savonniers à adopter régulièrement cette matière première.

Les seules savonneries où la soude caustique ne soit pas exclusivement en usage, ce sont celles qui produisent des savons marbrés, selon le mode marseillais, ceux-ci exigeant souvent des lessives renfermant des sels neutres.

Cependant on regarde l'emploi de la soude caustique parmi les progrès les plus notables, si surtout l'on considère les services qu'elle rend dans les contrées où la chaux est à un prix élevé et fait même défaut.

La fin de l'année 1872 vit naître la loi qui, en mettant sur les savons un droit de consommation intéi'ieure fixé à 5 francs par 100 kilos^ entraîna à des résultats déplorables tant pour les fabricants consciencieux que pour l'Etat.

Ceux-ci, en se conformant aux prescriptions de ladite loi, voyaient la clientèle les

échapper et passer entre les mains de confrères qui parvenaient, en trompant les contributions indirectes, à leur faire une concurrence ruineuse, puisque les premiers, en payant scrupuleusement l'impôt, avaient alors seuls un prix de revient grevé de 5 francs en sus par 100 kilos de savon qu'ils produisaient.

Quant à l'Etat, qui espérait trouver une ressource de 18 millions pour atténuer les lourdes charges de la guerre de 1870, il en récoltait à peine la moitié ; aussi ce fut avec la plus vive satisfaction qu'on accueillit en 1878 l'abolition de cette loi.

Savons mous; corps gras spéciaux. — Potasses indigènes et exotiques. — Savons de toilette. — Conclusion.

Nous avons à nous occuper maintenant des savons à base de potasse ou « savons mous » obtenus sans séparation qui, quoique peu estimés dans les pays méridionaux, sont cependant de beaucoup supérieurs aux savons durs. Ils possèdent en effet sur ces derniers, une action détersive plus active, une solubilité plus grande et communiquent enfin aux matières textiles une souplesse exceptionnelle ; aussi ont-ils une place excessivement importante dans les usages domestiques et industriels.

Les savons à base de potasse étaient connus dès la plus haute antiquité; leur fabrications même précédé de plusieurs siècles celle des savons à base de soude.

Pline, dans son « Histoire naturelle », désigne bien deux sortes de savon : l'un dur,

l'autre liquide c'est-à-dire mou : « Duobus modis, spissus ac liquidus. »

En Provence, le savon mou portait jadis le nom de savon roux ou moly et pendant longtemps on employa à sa préparation une lessive composée de cendres de bois, caustifiée par de la chaux vive, dans la proportion de 1 partie de chaux, pour 5 parties de cendres de bois.

Fort mal conduite, au siècle dernier, cette fabrication suscita de violentes plaintes de la part des consommateurs ; aussi M. de la Tour, Premier Président et Intendant de Provence résolut de l'interdire vers 1747.

Trois ans après, sur les instances des industriels lésés, le garde des sceaux supprima cette interdiction, reconnaissant que, s'il était vrai que la fabrication des savons mous était plus susceptible d'abus que celle des savons durs, il paraissait constant, parles expériences effectuées, qu'elle était indispensable aux manufacturiers.

La production des sav ais mous, localisée dans les pays septentrionaux, a pris surtout un essor considérable lors de l'établissement

des grandes et nombreuses usines de lavage et peignage de laine, des filatures et blanchisseries de coton et des manufactures de draperies. Si nous ajoutons que dans le Nord les soins de propreté sont plus étendus que dans le Midi, on concevra aisément que la quantité de savons mous produite et dépensée sur place est énorme.

La Hollande a toujours été citée comme livrant les meilleurs savons mous, réputation qui n'est nullement surfaite.

Les matières grasses traitées au débuts furent les huiles de lin, de chenevis, de colza, d'oeillette, vinrent ensuite celles de poissons, de coton, de palme et même des graisses de basse qualité.

L'acide oléïque, qui entre dans la majeure partie des savons mous n'est employé pour ces savons que depuis 1835.

Cette innovation est due à M André Lormé, praticien distingué, qui avait reconnu que cet acide forme avec la potasse un savon mou présentant des qualités éminemment précieuses pour l'industrie textile.

La potasse, désignée longtemps sous le nom

cValcali végétal était tirée, au commencement du siècle, soit des cendres gravelées de Bordeaux, Nîmes, Montpellier et autres grands centres vinicoles, soit des salins de Franche- Comté, soit enfin de ceux des Vosges, de Dantzig, de Toscane, de Russie et d'Amérique.

« Jusque dans ces derniers temps, écrit M. Léon Droux dans un intéressant travail sur les produits chimiques, nous étions tributaires de l'Amérique et de la Russie pour la potasse, non seulement indispensable à la savonnerie, aux fabriques de cristaux, mais encore à la fabrication du salpêtre et de la poudre de guerre. Sous le premier Empire, époque qui fut si fatale à l'industrie, on se trouva réduit à la seule production de la potasse indigène. (Vosges, Bourgogne, Auvergne) et l'on vit le cours de cette matière première s'élever considérablement. Grâce aux découvertes modernes et surtout à celle de M. Dubrunfant, nous pouvons aujourd'hui presque suffire à nos besoins. »

C'est en 1835 que M. Dubrunfant, trouva le procédé d'extraire la potasse des résidus sa-

lins appelés vinasses, provenant de la fermentation et de la distillation des mélasses de betteraves, procédé qui engendra une source de richesses incalculables pour les régions sucrières .

On évapore les vinasses, liquides d'une odeur désagréable et d'une couleur très foncée, jusqu'à la densité de 40° Baume. Par suite des matières organiques qui se trouvent contenues dans ces liquides sirupeux, ceux-ci s'enflamment et brûlent dans un four.

La combustion terminée, on retire la masse incandescente et on a, après refroidissement à l'air libre, un produit noirâtre et poreux qui est la potasse brute de betteraves.

Livrée tout d'abord telle que, cette potasse ne commença à être raffinée qu'en 1860, date aussi de la première exploitation sérieuse des gisements de chlorure de potassium de Stassfurt près Magdebourg, que les allemands convertirent quelques années après en carbonate de potasse dit potasse de transformation en utilisant les principes de Leblanc pour l'obtention du carbonate de soude avec le chlorure de sodium.

Le chlorure de potassium est décomposé par l'acide suifurique dans des fours à deux compartiments, il se dégage de l'acide chlorhydrique et se forme du sulfate de potasse, qui, mélangé en proportions déterminées avec de la craie et du charbon, puis chauffé, donne du carbonate de potasse soluble et un oxysulfure de calcium insoluble.

L'exploitation de ces gisements de Stassfurt eut de fâcheuses conséquences pour la France ; car il résulta de cette nouvelle source de potasse une baisse de prix sur celle que nous produisions.

Si l'année 1860 donna lieu au raffinage de la potasse de betteraves et à l'exploitation des gisements de chlorure de potassium de Siassfurt, elle assista aux premiers travaux de MM. Maumené et Rogelet pour retirer la potasse du suint, substance grasse d'une odeur forte, produite par la transpiration des moutons dont il imprègne la toison. Mais ce ne fut qu'en 1865 qu'ils parvinrent à réaliser dans des conditions pratiques l'extraction de cet alcali.

lo Par lavage des laines à l'eau froide qui dissout seulement latotalitéducarbonatedepo-

tasse et quelques sels solubles, sans entraîner la partie grasse connue sous le nom de « suintine. »

2o Par concentration de ces eaux de lavage et leur calcination à l'état sirupeux suivant un traitement identique à celui des vinasses de betteraves.

La potasse caustique livrée aux savonniers en masse solide, est très employée depuis peu de tempSj tantôt pour remonter les lessives faibles au lieu de les évaporer, tantôt pour corriger les lessives imparfaitement caustifiées ou améliorer enfin celles qui renferment trop de soude ou de sels neutres.

Pendant longtemps les savons mous ont été fabriqués absolument purs; maintenant on y introduit de la résine et du silicate afin d'augmenter leurs propriétés détersives, très souvent même de la fécule et une foule d'autres matières étrangères pour réduire le prix de revient ; on a conservé surtout pour les savons destinés aux usages industriels les saines traditions parce qu'on est contraint de les suivre sous peine de voir ce débouché se fermer.

Il nous reste à parler des savons de toilette qui n'occupent la place d^une industrie spéciale que depuis une trentaine d'années. Précédemment on se servait de savon blanc de Marseille qui, après refonte, était coloré et parfumé. Aujourd'hui on fabrique les savons de toilette d'une façon toute différente. Les procédés de saponification sont, il est vrai, les mêmes que pour les savons ordinaires ; mais la pâte savonneuse obtenue est soumise à l'action d'opérations mécaniques multiples qui ont pour but de lui donner la couleurj le parfum, le liant, la souplesse et une forme spéciale ; caractères qui distinguent à l'œil comme à l'usage ces savons extra que Paris a lancés et pour lesquels il conserve le monopole.

Nous espérons, en terminant cette modeste étude historique, que le lecteur en tirera un enseignement précieux. Il devra constater qu'il n'y a de vitalité et d'avenir pour toutes les industries, qu'en suivant pas à pas leurs progrès, et que le succès n'est possible et durable que grâce à des perfectionnements sans cesse nouveaux.

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