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CHAPITRE PREMIER

Origine et Historique de la scarlatine,

Gœden” a cru pouvoir distinguer dans lhistoire du développement de l’organisme humain quatre points culminants caractérisés par l’invasion successive de quatre maladies contagieuses aiguës : la peste, la variole, la rougeole, la scarlatine, affections destinées, suivant lui, à opérer la

(4) Von dem Wesen und Heilm. des Scharlachfiebers, Berlin, 1822, pag. 15.

transfusion de la matière animale dans le corps de l’homme. Sans admettre les théories nébuleuses de cet auteur, il est facile de concevoir que lespèce humaine ait pu se modifier avec les siècles, comme l'individu se modifie avec les années, et que les diverses phases de son existence aient été signalées par des maladies particulières. Or :ül parait que la scarlatine est une pyrexie propre à l’âge où nous vivons et aux trois siècles qui nous ont précédés : car nous allons voir qu'il est dificile de trouver une mention un peu nette de cet exanthème chez les auteurs grecs et romains, et qu’il n’est guère possible d’en faire remonter l’origine au-delà du 16° siècle.

M. Malfatti' prétend que l'épidémie terrible qui ravagea Athènes 429 ans avant la naissance de Jésus-Christ n’était autre chose que la scarlatine. Voici la belle description que nous en a laissée Thucydide * :

« Et interiora, guttur et lingua, continud cru- » enta erant, et halitum tetrum et graveolentem » emittebant. Deinde verd ex his sternutatio et » raucitas sequebantur; nec multo pèst in pectus

(1) Hufelands Journal der pract. Heilkunde, B. 12, St. 3, S. 120. — (2) Historia belli Peloponesiaci, lib.x1, 49, Parisiis, Didot, 1810, p-75.

DE LA SCARLATINE. o

» descendebat hoc malum cum vehementi tussi.

» Ubi verd in corde hæsisset, et hoc ipsum sub- » vertebat, et omnes bilis ejectiones, quotquot à » medicis nominatæ sunt, sequebantur et ipsæ » cum ingenti cruciatu. Singultusque plerisque » incidebat inanis, vehementem afferens convul- » sionem, in aliis quidem statim cessantem, in » nonnullis multd serius. Et corpus quidem exte-, » rius tangenti non erat admodum calidum neque » pallidum , sed subrubrum , lividum, parvis pu- » stulis et ulceribus efflorescens; interiora verd ita » flagrabant ut neque tenuissimorum vestimento- » rum aut linteorum injectiones sustinerent, ne- » que aliud quippiam præter nuditatem, et li » bentissimè in aquas gelidas se conjicerent. Et » multi eorum qui neglecti erant, hoc ipsum » etiam fecerunt et in puteos se dejecerunt, siti » insedabili subacti; et largior potus perinde erat » ac parcior. Et corporis vexatio quæ quiescendi » facultatem adimebat, et insomnia eos urgebant. » Corpus etiam quamdiu morbus vigebat, non » languebat, sed præter opinionem cruciatui re- » sistebat, ut plerique intra nonum aut etiam sep- » timum diem propter internum ardorem interi- » rent, aliquid virium adhuc retinentes, aut, si » mortem effugissent, tamen, quia morbus in ven- » trem inferiorem descendebat et exulceratio ve-

» hemens in ipso nascebatur, simul etiam quia » immoderatum alvi profluvium invadebat , pleri- » que postea propter hoc debilitate perirent. Per- » vadebat enim malum, cum primas in capite » sedes collocaret, per totum corpus, initio à » summis partious ducto; et si quis ex maximis » 1llis periculis evasisset, extremas tamen corpo- »ris partes mali vis apprehendens se prodebat. » Nam in ipsa quoque pudenda et in summas ma- » nus summosque pedes prorumpebat, multique » his membris capti mortem effugiebant; nonnulli » etiam, simul ac ex morbo convaluerunt, statim » omnium rerum oblivio pariter cepit, ita ut ne- » que se Ipsos neque necessarlos agnoscerent. » Malgré l'autorité du médecin de Vienne, il nous est impossible de reconnaitre la scarlatine dans ce tableau. A l’exception de l’angine, la maladie décrite par Thucydide ne présente aucun des symptômes qui caractérisent cet exanthème. D'un autre côté, la teinte Jaunâtre des téguments, la diarrhée colliquative, la présence de petites pustules et d’ulcérations, la nature des accidents secondaires, tels que la paralysie des membres, la cécité, la perte de la mémoire, se rapportent beaucoup mieux au typhus qu’à l'affection scarlatineuse. Ce qui confirme notre manière de voir, c'est que les causes assignées à la peste d'Athènes

par les auteurs qui en ont fait mention, sont précisément celles sous l'influence desquelles on voit naître les épidémies de typhus. Diodore de Sicile ‘ Pattribue à l'encombrement, à de mauvaises ex= halaisons qui s’élevèrent après des pluies abondantes, et à l’usage de grains gâtés par ces pluies. Paul d’'Egine * met également les intempéries au nombre des causes de cette épidémie. « Pour ce qui est de la peste d'Athènes, dit Plutarque, le principal reproche en est à Périclès, qui renferma dans la ville tout le peuple de la campagne, ce qui produisit une horrible infection. »

Hippocrate a-t-il connu la scarlatine? Quelques auteurs (au nombre desquels J. Frank * et Most * comptent par erreur M. Read °) se sont prononcés pour l'affirmative. Voici les passages qu'ils invoquent pour justifier leur assertion : «……. Ab anginâ detento tumorem fieri foris in

» collo bonum est, foràs enim morbus vertitur 6. » Ab anginà detento tumor et rubor in pectore

(4) Lib. x11, 45. Parisis, Didot, 1842, L T1, p. 410. — (2) Pauli Æginetæ medici Opera. Lugduni, 1551. — (3) Pathoiogie interne. (Encyclopédie des sciences médicales), Paris, 1837, t. 11, p. 99. — (4) Geschichte des Scharlachfiebers, Leipzig, 1826, t.1, p.17. — (5) Histoire de l’esquinancie pétéchiale gangréneuse qui a régné dans le vilage de Moivron au mois de novembre 1777, Metz, 4777, p.17. — (6) Aphorism. lib. yr, aphor. 37.

» accedens bonum ‘.... Ulcera tonsillarum in in- » fantibus periculosa. Ulcera proserpentia circa » fauces graviora et magis acuta, ut plurimüum » spirandi difficultatem inducunt *.... Anginosa » illa quæ apud Aristonem erat primüm à linguà » cepit. Vox non clara, lingua rubra resiccata » fuit. Primä die, horrida, incaluit. Tertiä, rigor, » febris acuta, tumor subruber, durus, colli et pec- » toris ex utrâque parte; extremitates frigidæ, Hi- » vidæ. Spiritus sublimis; potus per nares funde- » batur, deglutire non poterat; alvi secessus et » urinæ suppressa erant. Quartä, omnia exacer- » bata sunt. Mortua est anginosa *. » On a pu voir une indication de la scarlatine dans les phrases incohérentes que nous venons de citer, à une époque où l’on n’avait encore qu’une idée trèsconfuse des caractères qui différencient l’angine scarlatineuse et l’esquinancie maligne. Mais depuis quelques années les travaux de M. Bretonneau et les aperçus ingénieux de MM. Honneret et Fleury ont jeté assez de lumière sur ce point obscur de la nosologie pour que, dans l’état actuel de la science, on puisse rapporter à la diphtérite ou à l’angine gangréneuse les épidémies

(1) Aphorism. lib. vr, aphor. 48. — (2) De Dentitione , sect. 3. — (3) De Morbis popularibus, lib. rx, sect. 2, observ. 7.

d’esquinancie maligne mentionnées par les médecins de l'antiquité. À nos yeux, il n’y a point d’épidémie de scarlatine sans efflorescence écarlate, desquamation, anasarque, etc. Ces signes, regardés par quelques auteurs comme pathognomoniques de la maladie qui nous occupe, peuvent manquer dans un grand nombre de cas isolés où, par suite de certaines dispositions individuelles, l'action du principe contagieux semble se concen-. trer au pharynx; mais leur existence chez une proportion plus ou moins considérable de sujets,

n’en est pas moins un caractère essentiel de toute épidémie de scarlatine, quelque larvée qu’elle

puisse être. Et peut-on supposer que des symp-

tômes aussi palpables, pour ainsi dire, que ceux

dont il s’agit, aient échappé à la sagacité d'Hip-pocrate ?

Il faudrait également interpréter d’une manière bien large la phrase suivante de Celse, pour y reconnaître la scarlatine avec M. Johnstone " « In » interiore verd faucium parte interdum exulce- » ratio esse consuevit ?, »

Herodotus, médecin de la secte pneumatique à

(1) On the malignant Angina or putrid and ulcerous sore-throat, etc., Worcester, 1779, p. 8. — (2) De Medicinà, lib. IV, Cap. 9.

Rome, sous Trajan, aurait, suivant Bateman !, donné une description précise de la rougeole et de la scarlatine dans un passage remarquable qui nous a été transmis par 4etius ? : « Dans les premières » périodes des fièvres qui ne sont pas simples, » mais qui sont le résultat d’humeurs viciées, il » s'élève sur tout le corps des taches semblables à » des piqüres de puces, et dans les fièvres mali- » gnes et pestilentielles, cette éruption s’ulcère, » et quelques-unes de ces taches ont une affinité » avec le charbon ; mais ces éruptions qui parais- » sent sur la face sont les plus malignes de tou- » tes: elles sont plus dangereuses lorsqu'elles sont » très-confluentes et qu’elles sont rouges ou livi- » des. Celles qui sont très-rouges sont d’un très- » mauvais caractère; mais celles qui sont livides, » noires et enflées, semblables à de la chair qui » a été tachée, sont encore plus nuisibles, et elles » sont nombreuses sur la face et la poitrine, sur » l'abdomen, les flancs et les lombes. » Nous reconnaissons que ce fragment peut très-bien s’appliquer à une fièvre éruptive contagieuse. Mais comment Bateman a-t-1l pu y trouver les traits distinctifs de la scarlatine ?

(1) Abrégé pratique des maladies de la peau, traduction Bertrand, Paris, 1820, p. 102.— (2) Tetrab. 2, sect. 1, cap. 129.

DE LA SCARLATINE. ÿ

Cœlius Aurelianus, contemporain de Galien, fait mention d’une espèce d’angine dont les caractères sembleraient avoir quelque analogie avec ceux de la scarlatine, mais dont la description est trop incomplète pour qu’on puisse rien préciser à cet égard : « Morbus cum salivatione , cum sub- » dolente faucium sensu et asperitate aggreditur; » inflammatio supra linguam magnà cùm trans- » vorandi et respirandi difficultate sese extendit ; » collum et vultus tument; oculi sanguinolenti » prominent; pulsus celer est et tensus. Lividus » tandem vultus, vox interclusa, gutturis et pecto- » ris stridor, apud alios caninus vocis sonitus, » pulsüs defectio, præcedunt morti ", » Il ajoute qu'une inflammation de nature erysipélateuse (ignis sacer) se déclarait quelquefois à la poitrine et au cou, et qu’elle était d’un favorable augure.

Arêtée de Cappadoce a décrit sous le nom d’ulcères égyptiens, ou syriaques, une maladie endémique aux pays d’où elle a emprunté son nom, et que Host * regarde comme identique avec le garrotillo qui ravagea quatorze siècles plus tard le Midi de l'Europe. Cette opinion a été combat-

(4) De Morbis aeutis, lib. mr, cap. 2 et 4. — (2) Geschichte des Scharlachfiebers, 1826, t.1, p. 21.

tue par Cappel ", Gutschow ?, Fogel *, ete. Voici comment s'exprime Arétée : « Qudd si concreta » 11la sordes altius descenderit, affectus ille es- » chara est, latinè crusta. Crustam verd circum- » veniunt rubor excellens et inflammatio, et vena- » rum dolor, quemadmodum in carbunculo, et » exiguæ raræque pustulæ quæ Græci exanthema- » La vocant, orientes, hisque aliæ supervenientes » in unum coalescunt; atque inde latum ulcus ef- » ficitur.. In collum etiam phlegmone erumpit ; » atque 1sti haud ita multis diebus pdst phlegmo- » ne, febribus, fætore inediâque consumpti inter- » eunt. Ac si in pectus per arteriam id malum » invadat, illo eodem die strangulat; pulmo enim » et cor neque talem odoris fæditatem, neque ul- » cera, neque saniosos humores sustinent; sed » tussis spirandique difficultas enascitur…,. Pueri » usque ad pubertatem maximè hoc morbo tentan- » tur.….. Modus verd mortis quàm miserrimus ac- » cidit; dolor quidem acer et calidus qualis in » carbunculo, spiritus vitiatus, exhalant enim » maximæ putredinis odorem...…. immundi adeo

(4) Abhandlung vom Scharlachausschlage , Gœttingen , 1803, p. 3. — (2) Dissert. sistens antiquioris scarlatinæ febris hist. adumbrationem, Gottingæ , 1817, p. 10. — (3) De cognoscendis et curandis Morbis, etc.

» sunt ut neque suum ipsorum odorem ferre » queant, etc. »

Aelius d'Amida (580 ans après la naissance de J.-C.) a observé une angine maligne très-grave, » crustosa et pestilentia tonsillarum ulcera‘, » quiattaquait principalement les enfants, avec cette circonstance, qu'il survenait souvent au menton une rougeur particulière (rubor quidam, sevgyue). Plusieurs praticiens, entre autres #illan*, pensent que les ulcères pestilentiels des amygdales décrits par Arétée et Aetius ne diffèrent pas essentiellement de la scarlatine; mais, grace aux travaux de M. Bretonneau *, il est maintenant démontré qu'ils appartiennent à la diphtérite.

Les Arabes, qui ont fourni de si riches matériaux à l’histoire de quelques dermaioses, ne paraissent pas avoir connu la scarlatine. Avicenne (vers l’an 1000 de notre ère) fait mention d’une espèce particulière d’exanthème moins dangereuse que la variole et la rougeole. « Alhamica est ali- » quid ex genere variolarum et morbillorum, sed » utroque minüs periculosum *. » Le mot alha-

(1) Tetrab. 2, sect. A, cap. 46. — (2) Description and treatment of cutaneous diseases, etc. Annales de Kluyskens, t. vrir, p. 245. — (3) Des inflammations spéciales du tissu muqueux, et en particulier de la diphtérite, Paris, 1826, p.60. — (4) Opera medica, edit. Venet., 1600, lib. 4, fen.2, tr. 4.

mica signifie la betterave, dont la couleur représente assez bien celle de l’exanthème scarlatineux. Mais cette simple dénomination de la maladie ne suffit pas pour déterminer son caractère. Sprengel' pense qu’Avicenne a voulu parler de la roséole,que d’autres auteurs arabes auraïent, suivant lui, clairement décrite sous le nom d’alhamica. La scarlatine serait peut-être mieux caractérisée dans les paroles suivantes d’Hali Abbas que Constantin l'Africain a copiées presque mot à mot. En traitant de la rougeole, il dit : & Et im » rubore species est aliqua, quæ vocatur rubeola, » quæ ex sanguine fit calido et subtil, non mul- » tum malo. Et hæc species, cùm ad statum perve- » nerit, similis fit milii granis, aut pauld major, » et ejus color rubens; nec aperiuntur pustulæ, » neque fluunt. Communia signa sunt febris, fa- » ciei tumor, temporum et auricularum prurigo, » in naso inflammatio, rubor in facie et in mem- » bris affectis, capitis gravitas, et in gurgulione » asperitas ?, » Rhazès dit que la rougeole fort colorée est beaucoup plus dangereuse que celle qui n'est que médiocrement rouge. Mais les as-

(1) Geschichie der Mediz. , t. v, p. 439. — (2) Theor., lib. vin, cap. 14. — (3) Cont. lib. XVHr, cap. 8, f 382, d. 385, c.

sertions de ces deux auteurs sont trop peu explicites pour qu'on puisse en tirer une conclusion précise.

Il faut arriver au xvr* siècle pour voir la scarlaünese dessiner d’une manière un peu nette dans les relations d’épidémies. Ingrassias est regardé avec raison comme le premier auteur qui ait bien différencié cet exanthème de l'affection morbilleuse. « Præter ambas species, alias adhuc duas passim » venire Conspeximus, quarum altera nuper à vul- » garibus rossania sive rossalia vocatur; alteram » verd crystallos vocant. Illam 1deirco rossa- » liam nuncupant, quoniam maculæ per univer- » sum corpus plurimæ, magnæ et parvæ, ignitæ » et rubræ, cum vix effatu tumore, instar mul- » {a seorsim erysipelata, dispersæ sunt, ut totum » corpus ignitum appareat. Nonnulli sunt qui » morbillos idem cum rossalià existimant; nos » autem sæpe distinctos esse affectus nostrismet » oculis, non alhorum duntaxat relationi confi- » dentes inspeximus ". » Il ajoute que la maladie dont il s’agit n’attaque qu’une seule fois le même individu, et qu’elle frappe surtout les jeunes sujets avant l’époque de la puberté, quoiqu’elle n’épargne pas toujours les personnes plus âgées.

(4) De Tumoribus præter nraturam, 1556, cap. 1, p.194.

Quelques années plus tard, Baillou" décrit sous le nom de rubiolæ une maladie épidémique qui régnait à Paris en 1574, et qu'il distingue avec soin de la rougeole (morbilli), en faisant observer que la première de ces affections participe de la nature de l’érysipèle, tandis que la variole et la morbille auraient plutôt de l’analogie avec l'herpes miliaire : « Cüm hiems 1574 et 19575 » austrina fuisset, morbillorum, variclarum, ex- » anthematum et rubiolarum magna copia erat.

» Aucto calore et aliquo dolore, rubiolæ per uni- » versum corpus prorumpunt, neque tamen for- » micantes. Signa sunt febris modo mitis, modù » acerrima, jactatio et inquietudo, propensio ad » somnum et alia omnibus exanthematibus com- » munia. Pathognomonica sunt oculorum ardor »et flagrantia, tussis et raucedo. Malum præser- » tim superiores colli partes appetit; pulmones et » arteria aspera facilè patiuntur. Unde uvulæ in- » flammatio multis et deglutiendi difficultas, ali- » quando faucium exulcerationes; aliàs angina » quædam sicca (ut vocat Hippocrates) per erysi- » pelatoden phlogosin, suffocatio inde. Multis et » parotides comites, et præcedunt et sequuntur,

(4) Epid. et Ephemer. lib.1, p.86.

» quæ non sunt semper metuendæ. À capite, sunt » dolores in oculo profundi, oculorum dolor et » flagrantia, propensio in somnum et tamen dor- » miendi impotentia, im et coryza, et aurium » dolor, siccitas in gutture, implacabilis sitis cum » anorexià. Alvi aliquando astrictio est, aliquando » fœda illuvies, corporis pruritus et velut acicu- » larum puncturæ. Gravidæ hune in morbum in- » cidentes facile aboriuntur. » Nous ne partageons pas entièrement l'opinion de Host et de Willan, qui voient dans le passage que nous venons de citer une description nette et précise des prineipales variétés de scarlatine. Suivant nous, l’épidémie dont il s’agit doit plutôt être rapportée à une affection dont nous parlerons plus loin, à laquelle quelques auteurs modernes ont précisément donné le nom de rubéole, et qui, selon quelques pathologistes, n’est qu’une rougeole anomale ou une scarlatine irrégulière, tandis que, suivant d’autres", ce serait une individualité morbide devant occuper dans les cadres nosologiques une place distincte entre la rougeole et la scarlatine.

Un médecin contemporain de Baillou, Jean

(14) Heim, Naumann, Paterson, elc.

Coyttar, de Poitiers, est généralement cité comme le plus ancien monographe de la scarlatine en France. Cet auteur a, en effet, retracé, vers 1578, les principaux traits d’une maladie épidémique et contagieuse, distincte de la variole et de la rougeole, et dans laquelle on retrouve quelques-uns des caractères de cet exanthème. Mais la relation de cette épidémie " est loin d’avoir l'importance historique que lui ont attribuée quelques personnes qui probablement ne l’ont jamais eue sous les yeux : on n’y trouve aucune mention de la desquamation ni de lanasarque. Voici quelquesuns des passages qui nous ont semblé le mieux s'appliquer à la scarlatine : « {mprimis ægroti ut » plurimüm totius corporis et membrorum lassi- » tudinem et torporem sentiunt, caput gravatur, » 1n plerisque oculi rubent, fauces et guttur an- » guntur, quibusdam à principio lenta et mitis » febris conspicitur, aliis de repente irruens, à » principio eos crudeliter torquet; nonnulli per » initia et toto morbi decursu sunt comatosi, alii » vigiles et inquieti ”....... ut qui intus urantur, » sentianique gravius incendium si in lecto ja-

(4) J. Coyttari Thærei Alsiniensis, cons. et med. regis, de Febre purpurà epidemiale et contagiosà libri duo. Parisiis, 1578, in-4°. — (2) Loc. cit., p. 161.

DE LA SCARLATINE. Tr

>» ceant quàm si relicto cubili per domum spa- » tientur. . .. . Pulsus occulti, rari.. .. . Rubor in » facie. .... Purpura apparet secundo vel tertio die! 219384 Delirium comitatur, faucium et gut- » turis dolor...... etc. »

À peu près à la même époque, une maladie épidémique venue, dit-on, d'Asie, apparut dans le Midi de l’Europe, se déclara d’abord en Espagne, où elle fut décrite par Z. Mercado, Perez Cazales, Perez de Herrera, Agujar, et beaucoup d’autres auteurs, sous le nom de garrotillo, se montra à Naples en 1618, dans la Sicile en 1620, et envahit une grande partie de l'Italie. Regardée comme une affection nouvelle, elle recut une foule de noms différents, tels que ulcera anginosa, ulcera syriaca, angina puerorum, therioma faucium, ignis sacer, morbus strangulatorius, aphtæ mahignæ, pædanchone maligna, carbunculus anginosus , etc., et fut étudiée par un grand nombre de praticiens , notamment : à Naples, par Franz Nola, Sjambatus, Foglia, Carnevala, Broncoli, Severin ; à Messine, par Cortesius et Prosini; à Rome, par Signini Aetius; à Palerme, par 4laymus, ete. La mortalité que lui attribuent les mé-

(4) Loc. cit., p.167.

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