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decins de l'époque est vraiment incroyable : à Naples seulement elle aurait, selon Carnevala”, fait périr 500,000 individus en deux ans”.
Voici, en quelques mots, les principaux symptômes de cette affection : angine; rougeur de Parrière-bouche et du pharynx ; sensation de raideur dans cette partie; gène de la respiration et de la déglutition; fétidité de l’haleine; goût putride de la’ bouche; inflammation érysipélateuse du pharynx, des amygdalés et de toute la cavité buccale ; -rougeur-de la face et du cou; fièvre violente avec chaleur très-vive. Au second jour, tuméfaction du cou, souvent considérable; teinte brune foncée de la muqueuse buccale et pharyngienne ; petites ulcérations dans la bouche et les narines, La mort survenait souvent le cinquième ou le sixième jour, et même dès le premier. La maladie était contagieuse, et débutait sans prodromes; elle attaquait surtout les enfants, et quelquefois les adultes. Les garçons étaient plus violemment affectés que les filles.
De nombreuses discussions nosologiques se sont élevées sur la nature de cette maladie, Wil-
(1) De epidemico strangu'atorio affectu , Neapoli, 1620, p. 2. — (2) Probablement c’est une erreur, quingenta pour quinquaginta. (Willan, loc. cit., p. 255.)
lan, Benedict, Most, J. Frank, ont soutenu son identité avec la scarlatine angineuse; d’autres ont prétendu qu’elle devait plutôt être rapportée à l'angine gangréneuse ou à la diphtérite. Ceux qui ont émis cette dernière opinion, supposent généralement que le garrotillo et le mal de gorge épidémique de Naples n'étaient accompagnés d’aucune éruption analogue à celle qui survient dans ia scarlatine ; ils se bornent à faire ‘mention de l'existence de quelques taches analogues à des piqüres de puces, pustulas pulicum morsus referentes. « Aucun médecin de cet âge, dit M. Breton neau", ne fait mention qu'un exanthème cutané ait accompagné les autres symptômes de l’angine maligne qu'ils ont si bien signalés. » Cependant lefflorescence diffuse de la scarlatine: est clairement indiquée dans plusieurs passages, où elle est désignée, suivant l’usage du temps, par le nom d’érysipèle. L. Mercado fait même remarquer que, quoique cette maladie soit vulgairement nommée érysipélateuse, elle diffère néanmoins beaucoup, par sa nature et ses circonstances, de l’érysipèle vrai des anciens *. Dans une autre partie de son
(1) Des Inflammations spéciales du tissu muqueux , et en parti- <uiier de la diphtérite, Paris, 1826, p.74. — (2) De faucium et gutturis anginosis et lethalibus ulceribus Consult, medic., liber uni- Æ£us, p. 299.
ouvrage, il nous donne une observation dans laquelle 1l nous semble impossible de méconnaitre l’exanthème scarlatineux ; voici comment il s’exprime : « Maria Manrique correpta est febre, . . . » Tertio die ab his accidentibus, faciem cepit » occupare et gutturis dextram partem rubor plu-
SA
» rimum saturatus, citra evidentem tumorem; » crevit ad caput usque per oculos, utramque
facie1 partem occupans, qud minuüs horrida erat » et magis continuè febricitabat. . .. Ac mox fe- » bris increvit, et thoracis à cervice ad mammas extimam regionem apprehendit rubor. .... In nostrà laborante, pars dextra facilè rubescere
» cœpit, verüm non ut in vulgari erysipelate, » sed cum febre, capitis dolore, ventriculi anxie- » tate et biliosis vomitibus quibus nihil levata » erat,... etc. »y On nous objectera peut-être qu'aucun des auteurs qui ont décrit la maladie en question n’a fait mention de l’anasarque; mais on sait que cet accident secondaire est très-rare dans les pays chauds.
Pendant que la scarlatine angineuse ravageait l'Europe méridionale, la scarlatine normale sévissait dans diverses parties de l'Allemagne, entre autres à Wittemberg, où elle était étudiée par Sennert. La relation de cette épidémie occupe une place importante dans l’histoire de la scarla-
tine; car, si nous devons à {ngrassias d’avoir bien saisi les principaux traits qui diflérencient cette affection de la rougeole, Sennert est le premier qui en ait tracé un tableau fidèle.
&...... Præter has differentias adhuc alia » est, sed rarior quidem, quam aliquoties obser- » vavl; quo nomine tamen ab altis discernerem, » hactenus dubius fui, Etsi enim instar erysipelatis » totum ferè corpus prehendat, tamen non vidi » quèd adultos, quod in erysipelate fieri solet, » sed infantes solüm corripiat. Malo ergd ad mor- » billos referre; et forsan malum est quod Forestus » purpuram et rubores ac souêiuzre appellat. Joh. » Phil. Ingrassias rossaniam et rossaliam à Nea- » politanis nominari scribit. Maculæ rubræ et » quasi ignitæ cum vix effatu digno tumore per » universum Corpus, quasi quædam parva erysi- » pelata erumpunt in principio, seu morbi die » quarto vel quinto. In statu verd universum cor- » pus rubrum et quasi ignitum apparet, ac si » universali erysipelate laboraret. In declinatione » rubor 1ille imminui, et maculæ rubræ latæ ut in » principio iterum apparent, quæ tandem septimo » vel nono die evanescunt, epidermide squama- » rum instar decidente. Malum hoc grave et sæpe » lethale est. Nam rubor est ferventissimus, sitis » inextinguibilis, et plerumquè pulmonun [unde
» tusses excitantur), faucium et aliorum viscerunx » inflammationes, deliria et alia mala urgent. In » declinatione tandem materia ad articulos extre- » morum transfertur , ac dolorem et ruborem ut » in arthriticis excitat; cutis squamarum instar » decidit; mox pedes ad talos et suras usque in- » tumescunt; hypochondria læduntur, respira- » tio difficilior redditur , tandemque abdomen 1in- » tumescit, ægrique non sinèé magno labore et » post longum tempus pristinæ sanitati restituun- » tur , sæpe etiam moriuntur ‘. »
À côté de Sennert nous placerons Dæring*, qui observait à la même époque la scarlatine en Pologne, et notait avec soin, comme caractères de cette maladie, la tendance au délire, les douleurs rhumatoïdes et l’anasarque. Remarquons qu'il ne dit rien de l’angine, dont Sennert ne fait également aucune mention, cette affection secondaire ayant été probablement très-peu prononcée dans les épidémies décrites par ces deux praticiens.
La scarlatine une fois reconnue comme entité morbide, Sydenham lui donna le nom qu’elle porte aujourd'hui. Peu de temps après, Horton chercha
(4) Sennert. Opera omnia, t. vr, lib. 5, cap. 12, p.483. — (2) [ne Sennert, op. eit., vi, cent. 2, epist. 18.
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à jeter une nouvelle confusion sur lindividualité de cette maladie, et prétendit que la scarlatine n'était autre chose qu’une variété de la rougeole, une rougeole confluente : « Hunc morbum (utut » universali medicorum consensu titulo peculiari » donetur }, prorsus eumdem esse cum morbillis » censeo, et solo efflorescentiæ modo ab illis di- » stare..., Exulet per me è censu morborum » hæcce febris, nisi cuiquam morbillorum con- » fluentium titulo eam designare in posterum vi- » sum fuerit!. »y Nous apprécierons dans une autre partie de l'ouvrage la valeur de cette opinion, que divers auteurs, notamment MM. Jahn?, Piorry, et Lhéritier *,: ont cherché à réhabiliter dans ces derniers temps. Morton est, du reste, le premier auteur qui ait décrit en Angleterre la scarlatine angineuse, Sydenham n'ayant observé que la scarlatine normale.
En 1665, la scarlatine s'était déclarée de nouveau en Pologne, où elle avait été décrite, par Simon Schuliz ”, sous le nom de purpura epidemica maligna. Les années suivantes elle fut signalée
(1) Opera omnia, Lugdupi, 1737, t.1, p. 28-29. — (2) Journal der practischen Heiïlkunde, dec. 1829, p.41. — (3) Traité des Altérations du sang, de Ja Dermite morbilleuse, Paris, 4840. —
(4) Ephemerides nat. curios., dec. 1, ann. 6 et 7, observ. 145, p. 206. à LS “e L)
par Rayger " en Hongrie, par ÆEthmüller * et Lange ® à Leïpsick, par Ramazzini à Modène, par Schræck* à Augsbourg, etc. C’est probablement vers la fin du xvrr° siècle qu’elle se montra pour la première fois en Ecosse: car Robert Sibbald*, médecin du roi Charles IE, disait, en 1694, que cette maladie avait paru depuis si peu de temps dans ce royaume, qu'il n’osait se hasarder à en donner aucune observation théorique et pratique:
Dans le cours du xvrrr siècle, la scarlatine fut étudiée dans toutes les parties de l'Europe. Les auteurs de cette période qui nous ont laissé les travaux les plus importants sur la maladie dont il s’agit, sont : en France, Navier, Lorry, Dupuy de la Porcherie, Sauvage, Desessarts; en Allemagne, Storch et Plenciz; en Angleterre, Huæham, Fothergill, Withering; en Ecosse, Brodly, Coventry; en Hollande, de Haen, Keetell, Bicker; en Suède, Rosen de Rosenstein, Hagstræm ; en Norwége, Nelle;: en Danemarck, Eichel, de Meza, Bang, Aaskow; en Suisse, Tissot; en
(4) Miscell. naturæ curiosorum, dec. 1, ann. 3, obs. 281. — (2) Op. med. theor. pract., Westph., 1697, t.11, p. 416. — (3) Op. med., Lipsiæ , 1715, t. 111, p.351.— (4) In Constit. augustanà. 1696. — (5) Scotia illustrata, Edinb., 1694, part. 1, p.55. — (6) Et non en 1658, comme le dit Ozanam (Histoire médicale des mala- &ies épidémiques, 2° édition, t. rx, p. 551).
Italie, Parolini, Targioni, Ghisi, ete. Nous donnerons sur ces auteurs et sur ceux du x1x° siècle des indications plus étendues au chapitre de la bibliographie.
Quoique la scarlatine soit, comme nous l'avons vu, d'origine moderne, elle paraît avoir subi, depuis son apparition en Europe, diverses modifications dont nous allons dire un mot.
Most" prétend qu’à l’époque où la scarlatine commença à être observée, elle attaquait exclusivement les enfants; et il cite, à l'appui de son assertion, ces paroles de Sennert : Non vidi qudd adultos, sed infantes solüm corripiat. « La scarlatine, dit-il, a redoublé de malignité depuis son apparition; or, à mesure qu'elle est devenue plus meurtrière, ne trouvant plus d'aliments chez ses sujets de prédilection, elle a dû s'étendre à desindividus plus âgés. » Cette explication est ingénieuse ; mais le fait qu’elle tend à justifier est inexact. Ingrassias, en effet, dit positivement que la scarlatine, tout en affectionnant le jeune àge, n'épargne pas les adultes, et les auteurs qui ont étudié le mal de gorge épidémique de Naples tiennent le même langage. Si Daniel Sennert a vu la
(4) Versuch einer kritischen Bearbeitung der Geschichte des Scharlachfiebers, Leipzig, 1826, LT, p. 185.
scarlatine respecter les adultes, c’est là une particularité propre à l'épidémie qu'il observait, et analogue à celles que nous signalerons page 37, quand nous nous occuperons de létiologie.
Ce qu'il y a de certain, c’est que la scarlatine a redoublé de malignité vers la fin du siècle dernier et au commencement de celui où nous vivons. & Les vieux praticiens qui ont étudié avec » soin les maladies des enfants, disait Wildberg' » en 1826, ont reconnu que les épidémies de » scarlatine sont devenues beaucoup plus com- » munes et plus meurtrières qu’autrefois. » Quelles sont les causes de cette recrudescence ?
Fischer * prétend que ce qui rend la scarlatine si maligne depuis un demi-siècle, c’est le développement que prend l'esprit aux dépens du corps, par suite d’un système d'éducation mal entendu, l'expérience prouvant que la scarlatine est beaucoup plus dangereuse chez les sujets dont le cerveau est surexcité par l’étude, que chez les individus dont la culture intellectuelle est négligée.
Si la scarlatine est devenue plus meurtrière avec les années, c’est uniquement , suivant K1es-
(4) Einige Worte über das Schariachfieber und d. Gebrauch der Belladonna. Leipzig, 14826. — (2) Gründliche Parstellung des Seharlachfiebers , Prag, 1832, p. 6-7.
ser, parce que l’organe où s'opère l’évolution du contage scarlatineux, le tissu réticulaire de la peau, est arrivé, par suite d’influences cosmiques et telluriques, à un degré de développement vital et d'énergie qui lui fait produire ce principe morbifique avec plus de fécondité.
Grundmann, Funk, etc., voyant l’exaspération de la scarlatine coïncider avec la découverte de Jenner, l’ont regardée comme un effet de l’introduction et des progrès de la vaccine. Ce moyen prophylactique a certainement influé sur le phénomène en question, puisque en arrachant à la variole une foule de sujets destinés à être victimes des maladies du jeune âge, elle les a, pour ainsi dire, livrés à la scarlatine et aux autres affections de l'enfance (explication qui nous paraît beaucoup plus rationnelle que celle qui consiste à supposer l'introduction chez les vaccinés d’un principe favorable à la production de la scarlatine ). Mais il nous semble que c’est au brownisme qu'il faut surtout imputer le redoublement de malignité dont il s’agit. Nous verrons, quand nous nous occuperons du traitement , quelle funeste influence l’abus des alexipharmaques a de tout temps exercée sur la marche et les symptômes de la scarlatine. Nous nous bornerons, pour le moment, à présenter un relevé exact des épidémies qui ont sévi en Alle-
magne de 1795 à 1800, avec l’indication du traitement qui leur a été opposé et du caractère qu’elles ont présenté. Ce tableau offrira une démonstration évidente et en quelque sorte mathématique des effets incendiaires du régime échauffant. Nous avons été obligé de chercher nos preuves en Allemagne, les relations d’épidémies de scarlatineayant été très-rares et fort incomplètes en France à cette époque,