PÉRIODE D'INVASION. &Z
lin ‘ prétend que cette odeur est d’un pronostic favorable quand elle survient dans la première période de la maladie. MM. Rilliet et Barthez ne l'ont jamais perçue. J. Frank affirme qu’elle n’existe pas. Thomassen à Thuessink * parle d’une odeur acide très-pénétrante que répandraient les scarlalineux.
On a dit que les prodromes de la scarlatine hàtaient l'apparition des menstrues *.
La durée de la période d’invasion est indéterminée. Chez quelques individus , l’exanthème se montre instantanément, sans être précédé d’aucun symptôme précurseur, tandis que chez d’autres ilne se manifeste qu’au bout de quatre, cinq, et même huit ou neuf jours *, die febris incerto, disait Stoll. Mais dans la grande majorité des cas l’'éruption’se montre le deuxième jour de l’invasion *. En général, les prodromes ont beaucoup moins de durée dans la scarlatine que dans la variole et la rougeole : ce qui tient, dit Gæden‘,
(4) Pathol. und Therapie der Krankheiten mit materieller Grundlage. Berlin, 1826. — (2) Annales de littérature médicale étrangère de Kluyskens , t. VI, p. 239. — (3) Encyclopedisches Wærterb. der med. Wissenschaften , t. xxx, p.199. — (4) Under- 004. Traité des maladies des enfants , trad. franç., 1823, p. 102. — (5) Bateman, Willan, Blache, Guersant, Rilliet, Barthez, etc. — (6) Von dem Wesen des Scharlachfiebers, ete., Berlin, 1822, p. 52. É me
à ce que la première de ces maladies a son siége dans un organe de nature artérielle, et qu’elle participe du caractère de la fièvre inflammatoire. Reich" prétend que la durée de cette période varie suivant la constitution et l’âge de l'individu, et que les symptômes en sont ordinairement plus prononcés chez les adultes que chez les enfants ; MM. Rilliet et Barthez assurent au contraire que la durée et la nature des prodromes ne leur ont paru modifiées en rien par les circonstances au milieu desquelles se développe la scarlatine normale.
Un auteur qui a étudié avec un soin tout particulier l’évolution de l’exanthème scarlatineux, et que nous citerons fréquemment dans le cours de ce chapitre, Jahn ”, assure que l’éruption scarlatine proprement dite est précédée par l’apparition de petits points rougeätres, presque couleur de chair, visibles à l’œil nu, mais surtout distincts à la loupe, plus ou moins écartés les uns des
(1) Loc. cit., p. 115. — (2, Quelques Réflexions sur les caractéres de Ia scarlatine, ete., Journal eomplémi, t. xxx v1, p. 387.
autres, dont la grosseur ne dépasse pas celle d’une pointe d’aiguille, et qui n’offrent pas de saillie perceptible au toucher. On ne peut mieux les comparer, dit-il, qu’à des piqüres de puces qui ne sont plus enflammées et qui sont sur le point de disparaitre. Avant et pendant leur formation, la peau est déjà très-malade, sèche et brülante.
Ces points sont les premiers germes de l’exanthème scarlatineux. C’est leur position qui détermine la direction, la forme et l'étendue des taches. Lorsqu'on examine la peau avec soin pendant les prodromes de la maladie, on peut non-seulement dire avec certitude si cette dernière est la scarlatine, mais encore prévoir, d’après le nombre des points, si elle sera forte ou légère. Quand les points sont distants les uns des autres, les taches, d’ailleurs plus ou moins grandes , demeurent isolées, et ne se confondent pas entre elles. El ne s'écoule jamais plus d'un jour entre l’apparition de ces points élémentaires et celle de l’exanthème proprement dit.
Celui-ci, qui est en outre quelquefois précédé d’une sensation analogue à celle d’aiguilles qui perceraient la peau, débute ordinairement le soir ou la nuit pendant l’exacerbation des phénomènes fébriles. C’est le plus souvent à la face ou au cou qu'il se déclare en premier lieu, pour se propager
ensuite à la poitrine, aux bras, à l’abdomen et aux membres inférieurs !, Mais, comme le fait remarquer Jahn *, le siége initial de la scarlatine n'est pas aussi fixe que celui de beaucoup d’autres dermatoses dont l'apparition suit un ordre presque constant et caractéristique : telles que la variole, qui s'aperçoit d’abord à la face; la rougeole, qui se montre primitivement à la paupière supérieure et à la région comprise entre le nez et l'oreille {Heim), l'érysipèle des nouveau-nés, qui part de lombilic et des parties génitales, etc. Fréquemment, en effet, les premières taches scarlatineuses se montrent au tronc et aux parties inférieures du corps °.
L'efflorescence scarlatineuse se compose d’un certain nombre de petites taches rouges, qui, isolées à leur origine , ne tardent pas à s'étendre, à se réunir et à former des plaques plus ou moins larges dont la confluence, précédée de la coloration rosée des parties environnantes, peut dans certains cas donner à toute la surface cutanée une couleur écarlate générale. Ces plaques, qui ne font aucune saillie, quoique Gardien ‘ ait préten-
(1) Juncker, Schæffer, Rosen, Quarin, Bateman, Underwood, Pinel, ete. — (2) Réflexions critiques sur la searlatine, Journal complém., EL XXXVIT, p.152. — (3) Borsieri, Zinke, Berton, etc.— (4) Traité complet d’accouch., 1816, L.1v, p. 465.
du qu’elles étaient légèrement élevées au-dessus du niveau de la peau, ont pour caractère essentiel, comme toutes les taches exanthématiques , de disparaitre sous la pression du doigt pour se reproduire immédiatement ensuite, réapparition qui, suivant Jeim, s’opère dans la scarlatine par le retour de la rougeur de la périphérie au centre. Leur aspect n’est pas uniforme; on peut facilement s'assurer qu’elles se composent d’un fond rosé vif sur lequel est semée une multitude de très-petits points d’un rouge foncé qui donnent à toute l’éruption un aspect pointillé remarquable. Ces deux sortes de rougeurs n’ont pas toujours la même intensité relative. Si les petits points foncés manquent ou sont peu nombreux, l’éruption, quoique vive, est plus claire et moins chaude de ton. Dominent-ils, au contraire, l’éruption est plus foncée et prend une teinte rouge des plus intenses! .
La couleur de l’exanthème qui nous occupe a été comparée, et avec raison, par Sydenham à celle de l’écarlate. Huxham * et Underwood * l'assimilent à celle que présenterait la peau si on la
(t) Rilliet et Barthez, op. cit., t.1r, p.576. — (2) Essai sur les fièvres, Paris, 1765, p.393. — (3) Traité des maladies des enfants. Paris et Montpellier, 1823.
barbouillait avec du sue de framboise, dit le premier; avec de la lie de vin, dit le second. Fischer ‘trouve qu’elle tient le milieu entre le rouge päle et jaunâtre de l’érysipèle et le rouge foncé du pilegmon. Suivant Pfeufer, les petites taches primitives ont la couleur du minium, et les plaques confluentes celle de l’écrevisse cuite. Cette dernière teinte serait, au dire de ÆFillan *, parüculière à la scarlatine, tandis que le rouge framboisé serait, ce que nous ne pouvons admettre, caractéristique de la rougeole. Ce qu’il y a de certain, c’est que la couleur des taches scarlatineuses est très-variable. Parfois la peau n'offre qu'une légère teinte de rouge, sensible seulement au grand jour, et semblable à lincarnat des roses (Jahn) ; assez souvent elle présente la nuance cramoisie ou celle de la cochenille, du nacarat, du coquelicot, du cinabre, de la bette rouge, etc. Fréquemment, selon la remarque de Borsieri, les taches représentent de petits érysipèles. Souvent le rouge passe au pourpre, comme si du vinrouge avait été répandu sous l’épiderme (Frank) , ou au violet. Jai vu, dit Jahn, des cas où il y avait une
(4) Gründliche Darstellung des Scharlachfiebers, Prag., 1832, p. 13. — (2) Annales de littér. médic. étrangère de Æluyskens, Gand, L. VI, p. 172.
blancheur égale à celle de la chaux, épanchée en quelque sorte au-dessous des taches rouges, circonstances dans lesquelles l’exanthème se rappro= chat davantage de lessera. Il n’est pas rare que plusieurs de ces différents tons de rougeurs existent simultanément, ou qu'ils se succèdent d’une manière soit lente, soit rapide. Souvent l’exanthème parcourt une série régulière de coloration, étant, par exemple, le premier jour, couleur de chair; le second, rouge; le troisième, rouge foncé ; le quatrième, pourpre ; et repassant ensuite par les mêmes nuances en sens inverse. Dans certains cas, la même tache est plus claire, presque blanchätre sur un point, d’un rouge clair sur un autre, d'un rouge foncé sur un troisième, d’un rouge bleuäâtre sur un quatrième, etc.
L'exanithème présente, en général, une intensité particulière dans certaines régions du corps où les taches ont de la tendance à confluer : telles que les reins et les fesses ‘, la partie interne et supérieure des cuisses, le niveau des articulations, le voisinage des clavicules *, le pourtour des doigts *, ete. Suivant MM. Rilliet et Barthez,
(1) Willan, loc. cit., p. 168. #ondière, loc. cit, p.178. —(2) Maladies des femmes, des enfants, etc. , ?.11, p 252. — (5) Willan, loc: city p 167
il serait surtout prononcé à la figure, où il formerait des taches tout à la fois très-vives et d’une couleur foncée, beaucoup plus uniformes que sur le reste du corps, allant quelquefois jusqu’au développement de petites veinules. Benedict' pense, au contraire, que la rougeur scarlatineuse est rare à la face, et que l’on prend pour des traces d’exanthème cette rougeur des pommettes et cette espèce de bouflissure quirésultentsouventde la congestion du sang au cou et à la tête. Beaucoup de circonstances ont, du reste, une influence marquée sur la coloration morbide. Elle est plus vive le soir que le matin, pendant les paroxysmes fébriles que pendant les rémissions. Dans l'épidémie de scarlatine puerpérale décrite par M. HMalfatti ?, elle disparaissait complètement dans la journée pendant la rémission de la fièvre, et revenait le soir, de manière à simuler un type intermittent. Elle est plus prononcée lorsque le malade crie et s’agite, que lorsqu'il est en repos; chez les individus pléthoriques, bilieux et robustes, que chez les sujets délicats et flegmatiques ?. |
(1} Gesch. des Scharlachfiebers, Leipzig, 1810, p.20. — (2) Hufelands Jouraal der prakt. Heilkunde, B. 12, SL 5, S. 120. — (3) Pfeufer, loc. cit., p.16. Steimmig, Erfahrungen und Betrachtungen über das Scharlachf., 1828, p. 10.
Pfeufer dit avoir remarqué maintes fois que l'éruption prenait une teinte plus foncée et tirant sur le violet par le vent du nord ou du nord-est. En général la chaleur du lit l'augmente, quoique Heberden ait observé le contraire. Elle est souvent difficile à distinguer chez les individus malpropres, ou qui ont été atteints antérieurement de quelque maladie cutanée. Chez les nègres, la peau, loin de rougir, n’en devient que plus foncée ?, Certaines conditions pathologiques contribuent également à rendre l’éruption pâle, tardive et incomplète. M. Janin de Saint-Just * a recueilli une observation très-intéressante sous ce rapport : il s’agit d’un Jeune homme hémiplégique, chezlequel l'efflorescence n’eut lieu d’abord que du côté non affecté. On eût dit que la ligne médiane avait été tracée avec un pinceau, et que la main chargée de ce travail ne l’avait suspendu que pour avoir le temps de préparer de nouvelles couleurs. En effet, deux jours après, de semblables taches commencèrent à paraître sur la moitié du corps qui était frappée de paralysie; mais elles furent plus
(1) Annales de littér. médie. étrangère de Kluyskens, 2° année, t.1v, p.21. —(2) Dubois d'Amiens. Traité de pathologie générale, 4837,t.11, p.540. — (3) Dictionnaire des sciences médica!es en GG vol., Paris, Panckoucke, t.L, p:4122.
pâles, moins prononcées et moins nombreuses que du côté opposé.
La forme des taches scarlatineuses n’est pas moins variable que leur couleur. Elles sont ordinairement irrégulières , quoique à peu près rondes ou ovalaires, diversement découpées sur leurs bords, dont la couleur se fond insensiblement avec celle de la peau environnante. Mais il n’est pas rare non plus d’en trouver dont les bords sont nettement délimités, arrondis, ou anguleux et déchiquetés, ou qui représentent des figures striées ou comme rayonnées. Dans beaucoup de cas les taches sont fort grandes, égales à la main, confluentes, mais souvent aussi très-petites et isolées. Il n’est pas rare qu’on ne distingue absolument aucune tache, et que le corps soit couvert d’une rougeur universelle ".
Un caractère essentiel de l’éruption scarlatine, sur lequel Jahn a particulièrement insisté, c’est la mobilité. Il arrive fréquemment que le corps entier est surchargé d’exanthème, et que déjà au bout d’une Leure on ne voit plus le moindre vestige de ce dernier. Souvent la rougeur n’est vague et passagère que sur quelques points du corps,
(1) Jahn. Journal comp'ém., t.XXXVIT, p. 151.
tandis que sur d’autres elle se montre fixe et persistante. Fréquemment une portion de l’exanthème qui avait éié mobile dans le principe, perd ce caractère durant le cours de la maladie, et acquiert de la permanence, soit pour toujours, soit pour un laps de temps plus ou moins long. De même on voit des portions d’exanthème qui d’abord s'étaient montrées fixes et invariables, tantôt disparaitre entièrement tout-à-coup, et tantôt devenir vagues et variables. Fréquemment on remarque pendant toute la durée de l’exanthème ou dans certaines de ses périodes, soit au début, soit durant l’état ou vers la fin, une alternative continuelle d'augmentation et de diminution de la rougeur : de telle sorte que pendant quelques heures celle-ci est à peine sensible ou presque nulle, et qu'ensuite elle devient très-forte et trèsvive pendant un temps plus ou moins long. Cette fluctuation est parfois presque régulière, typique et assujettie à des époques fixes; mais le plus souvent on ne lui voit suivre aucune règle. Une des épidémies les plus remarquables sous le rapport de la mobilité de l’exanthème, est celle que Navier a observée à Châlons-sur-Marne en 1763.
Il n’est pas rare que l’exanthème surgisse tout d’un coup et envahisse en un instant et d'emblée toute la surface tégumentaire; mais le plus sou-
vent il n'apparaît que d’une manière lente et progressive. L’efflorescence est ordinairement à son apogée le troisième ou le quatrième Jour; le cinquième elle commence à diminuer, soit en palissant uniformément, soit en disparaissant par intervalles et en laissant de petites taches comme au début de l'éruption : dans ce dernier cas, comme le font remarquer Bateman et W'illan, il faut beaucoup d’attention pour la distinguer de la rougeole. Le sixième jour on n’en trouve presque plus de traces, et le septième elle a entièrement disparu. Les taches pälissent ordinairement dans l’ordre de leur apparition; néanmoins Godelle et d’autres auteurs prétendent qu'elles persistent plus long-temps sur les régions du corps tenues le plus chaudement, telles que les lombes, les flancs et les articulations. Les limites de la durée de l’exanthème scarlatineux sont, du reste, trèsvariables, quoique, au total, elles soient moins restreintes que pour la rougeole. Jahn assure que la rougeur de la peau ne persiste souvent qu’une heure, et même moins, tandis que Borsieri et Dehaen l'ont vue durer quarante jours. MM. Rilliet et Barthez ne l’ont jamais vue se prolonger plus de dix jours, ni M. Ollivier-Mairy plus de sept à huit jours à dater du moment de l'invasion. MM. Rilliet et Barthez, qu'il faut citer à chaque
page lorsqu'on écrit l’histoire d’une maladie de l'enfance, ont avancé que l’exanthème scarlatineux pouvait envahir toutes les parties du corps, et qu'aucune n’en était exempte. Il paraît cependant qu'on ne l’a jamais observé dans le creux axillaire", Pfeufer l'a vu occuper le cuir chevelu ; mais les cas de cette espèce sont extrêmement rares.
Les taches scarlatineuses ne s'élèvent pas audessus du niveau de la peau. Cependant, comme l'ont fort bien remarqué Rosen de Rosenstein et Navier, les parties du corps sur lesquelles elles reposent semblent plus volumineuses que de coutume : la tuméfaction est surtout sensible aux extrémités, et peut être portée au point de rendre la flexion des doigts impossible ?; le malade accuse alors dans le membre gonflé une sensation de torpeur et de fourmillement *. Lorsqu'elle occupe la face, elle s'oppose parfois à l’écartement des paupières”. Suivant Lorry, on l’a vue envahir tout
(4) Schnitzer et Wolff. Handbuch der Kinderkrankheiïten, Leip- 2ig, 1843, t.11, p.671. — (2) Vogel. Prælectiones, p. 415. Borsiert. Institution. medicæ practicæ, Venetiis, 1817, t. 117, p. 57. J. Frank. Op. cit., p.110. Lorry. Tract. de morbis cutaneis , 1777, in-4°, p.181. —(3) Ollivier-Mairy, Journal de médee., chirurg., pharm., etc., décembre 1822, t.xv, p. 300.— (4) Bicker. Sammlung auserles. Abhandl. für pract. Ærzte, t.1x, p.145. Sfieglitz. Versuch einer Prüfung und Verbess. der jetzt gewœhnl. Behandlungsart des Scharlachfiebers , Hannover, 4806, p.110. Hondiere, Revue médicale, 1842, t.1, p.178.
le tissu cellulaire du corps. Steièmmig cite Le cas d’un enfant de six mois, atteint de scarlatine, chez lequel la peau était tellement tuméfiée et tendue, surtout aux joues, aux bras, aux extrémités inférieures et aux environs des parties génitales, qu’on aurait pu croire à une induration du tissu cellulaire. Cette espèce de tuméfaction se dissipe avec l’exanthème, et ne doit pas ètre confondue avec l’anasarque qui survient si fréquemment dans la dernière période de la scarlatine.
Tels sont les principaux caractères de l’exanthème scarlatineux. Mais, d’après une doctrine récente qui jouit d’une certaine faveur en Allemagne, où elle a été préconisée par Jahn, Eisenmann, Schœnlein, et surtout par Helfft”, la rougeur cutanée ne serait, pour ainsi dire, qu’une des faces de l’éruption; celle-ci envahirait toute l'étendue des muqueuses digestive, respiratoire et génito-urinaire, de manière à constituer un véritable enanthème; et si la peau et les orifices des muqueuses sont plus violemment affectés que les membranes internes, c'est parce que le principe contagieux a besoin d’air et de lumière pour
(1) Erfahrungen und Betrachtungen über das Schartachfieber , Karlsruhe , 1828, p. 54. — (2) Ueber die Desquammation des Epithejiums der Schleimhæute, ete., im Journal für K'ader-Krankheiten, Berlin, 1843, L. x, p. 10.
parvenir à sa maturité, Cette doctrine est en opposition avec les idées des personnes qui ne voient dans la scarlatine qu'une affection locale; mais nous verrons que, dans l’état actuel de la science, cette maladie doit être considérée comme une inflammation complexe, éparpillée et disséminée sur divers tissus, et dont le fond consiste en une espèce particulière d’empoisonnement miasmatique du système sanguin, de manière que les affections des muqueuses ne sont, comme celles des membranes tégumentaires externes, que des manifestations d’un procès pathologique général. On ne peut nier qu’il existe dans la scarlatine des symptômes de phlegmasie du côté du tube digestif et. aérien, du côté des yeux, des fosses nasales, des voies urinaires, et même des parties génitales !; et ce qui prouve, selon nous, qu'il s’agit ici d’une inflammation spécifique de même nature que celle de la peau, c’est qu’elle est suivie d’une exfoliation de l’épithélium analogue à la desquamation de l'épiderme. L'examen microscopique démontre,
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(4) Dans une épidémie de searlatine qui a sévi à Paris, thermidor an vit, plusieurs femmes nubiles ont eu «non-seulement de très- » grandes et insupportables démangeaisons à la vulve, mais encore »un écoulement abondant d’une matière blanche, jaune, verte, » qui aurait pu fare soupçonner une autre maladie, sans la eerti- » tude du contraire. » (Journal général de médecine, chirurgie, pharmacie , ete., t. VIT, p.443.)
en effet, dans la salive, les mucosités nasales, l’urine, et dans les matières rejetées par le vomissement ou évacuées par les selles, la présence d’une quantité plus ou moins considérable de petites plaques membraneuses qui ne sont autre chose que des lamelles d’épithélium détachées de la surface des muqueuses par une espèce de desquamation (voyez à cet égard p. 119 ).
L’exanthème dont nous venons de donner la description , est accompagné d’un ensemble de symptômes généraux ou locaux que nous allons successivement étudier, et dont les plus importants sont l’angine et l'augmentation de la chaleur animale.
L'angine n’est point un symptôme constant de l'affection scarlatineuse, comme l'ont dit quelques auteurs. Sydenham, cet observateur si exact, n’en fait aucune mention. Dover, Gorter, Juncker, Plenciz, Cullen, et des praticiens plus modernes, citent un grand nombre de cas où elle a manqué complètement; mais elle n’en est pas moins un accompagnement essentiel de la scarla-
(4) Duchateau. Considérations générales sur la Scarlatine. Bulletin de la Société médicale d’émulation , n° 5, mai 1816, p. 26. Camille Renaud. Gazette médicale, tt, 1835, p.758. Gibert. Traité pratique des maladies spéciales de la peau, Paris, 1840, p. 87. Godelle, Marcus, Hecker, Pfeufer, etc.
tine, un épiphénomène qui domine, avec l’exanthème, la symptomatologie de cette maladie. Elle présente du reste, comme la rougeur cutanée, une grande diversité. Tantôt elle est caractérisée par des symptômes violents, tels que : vive rougeur de l’arrière-gorge, gène de la déglutition, ou même impossibilité d’avaler, raucité de la voix, tuméfaction des ganglions sous-maxillaires ; tantôt elle est si peu prononcée, qu'elle échappe à un examen superficiel, ce qui arrive surtout lorsqu’au lieu d'occuper la région gutturale du pharynx, elle en occupe la partie inférieure : on ne peut alors la constater que par la compression de la région correspondante du cou, qui détermine alors une petite toux et une légère douleur. Elle se déclare ordinairement pendant le stade des prodromes ; mais fréquemment elle ne survient que pendant la troisième période; 1l n’est même pas très-rare de la voir débuter vers le déclin de l’exanthème ou pendant la desquamation ?, et quelquefois même plus tard ° : dans ce dernier cas elle donne lieu à une recrudescence du mouvement fébrile, et l’on pourrait croire à une rechute ou à une ré-
(1) P. Frank. Traité de médecine pratique, trad. Goudareau, Paris, 1820, p. 257. — (2) Seifert. Op. cit., p. 32. — (3) Jahn. Journal complémentaire des sciences médicales, !. xxxv11, p. 155.
cidive si elle était accompagnée d’une seconde éruption. On a dit que l’angine scarlatineuse était toujours en rapport direct avec la rougeur des téguments ‘; mais la proposition contraire serait peut-être plus exacte *. De même que la rougeur externe, elle peut disparaitre pour revenir en totalité ou partiellement après un temps plus ou moins long, et présente ainsi une espèce d’intermittence. L'aspect de la muqueuse pharyngienne est également très-variable; tantôt la rougeur est disposée par bandes ondulées, tantôt elle affecte la forme de taches plus ou moins arrondies; elle est exactement circonscrite, ou se fond insensiblement avec la teinte environnante; sa coloration est rouge clair ou foncée, bleuâtre, tirant sur le brun, ou mélangée. Souvent on rencontre simultanément plusieurs de ces formes et de ces couleurs; fréquemment elles se succèdent lentement ou tout d’un coup. Sa durée est aussi variable que celle de l’exanthème : tantôt elle se dissipe au bout de quelques heures, tantôt elle se prolonge plusieurs semaines”. Pinel” prétend qu’elle est
(1) Johnstone. Remarks on the angina, etc. Mem. of the medic. SOC., t.TIT, p. 35. — (2) Alibert. Monographie des dermatoses, tr, p.378. — (3) Jahn. Loc. cit. , p.156. — /4) Nosographie philoso- BLIIUS AGREE TS IS EL AI EN 2.
surtout intense chez les enfants et à l’âge de puberté; Naumann' assure, au contraire, qu’elle est plus violente chez les adultes.
On a cherché à se rendre compte de la corrélation qui existe entre l’exanthème scarlatineux et l’angine qui l'accompagne si fréquemment.
Dfeufer, Pinel et d’autres auteurs ont cru voir dans le mal de gorge un effet de la sympathie qui, suivant les recherches de Bichat, unirait le pharynx et le corps papillaire du derme; mais on sait que l’angine est quelquefois très-intense dans des cas où la rougeur cutanée manque complètement, et Stoll se demandait si l’angine sans exanthème n’était pas aussi commune que l’exanthème sans angine. D’autres ? ont dit que l'affection locale du pharynx était due à ce que le virus scarlatineux, absorbé par les voies respiratoires et mélangé avec la salive, attaquait de prime-abord cette portion du tube digestif et en faisait son siége de prédilection. Cette opinion n’a guère plus de valeur que la précédente : car il parait que l’angine s’observe dans la scarlatine contractée par inoculation. Le mode de production de laffection locale de la gorge est donc encore un problème.
(1) Handbuch der medicinischen Klinik , Berlin, Rücker, 1831, t. 1, p. 741.— (9) Withering, Godelle, etc.
La scarlatine est, de toutes les fièvres éruptives, et peut-être mème de toutes les maladies, celle où la température du corps est le plus élevée. Suivant M. Roger ‘, la moyenne de la chaleur animale, qui, d’après l’ensemble des observations les plus récentes, peut être fixée à 37° centig. chez l’homme sain, serait de 38247 dans la rougeole, de 38°79 dans la variole, et de 39°39 dans la scarlatine. Dance * cite un cas où la température de la peau était telle qu’en approchant la joue à un demi-pied de distance des cuisses du malade, on sentait un reflet de chaleur comme si l’on eût été placé dans le voisinage d’un corps en ignition. Dans l’épidémie de Chälons-sur-Marne, en 1792, dit Navier, la respiration de quelques malades était si brülante, que les assistants étaient obligés de détourner la tête. 4ndral et M. Roger ont trouvé 41° centig. pour maximum de la chaleur morbide chez les scarlatineux ; mais d’autres observateurs ont obtenu des chiffres plus élevés. Nasse *, à Bielfeld, en 1809, a vu le thermomètre, placé sous Paisselle, s'élever à 108° fahr. (42° centig. 1/2). Currie “ rapporte que la colonne de mercure serait
(4) Archives générales de médecine, 1844, t, Vs, p. 145. — (2) Ibidem , 1830 , juillet, p. 355. — (3) Hufelands Journal der prakt. Heïilkunde, octob. 1841. — (4) Med. Report on the effects of water, etc., Liwerpool, 1804, L.11, p.46.
montée dans des cas graves jusqu’à 112° fahren. (45° centig). L’exactitude de ces faits ne saurait être révoquée en doute : car M. Bouillaud ! a trouvé que dans la rougeole grave, la chaleur de la peau prise sur Pabdomen s'élève à 40° centig. et au-delà; et il ne serait pas rare, suivant M. Piorry *, de voir le thermomètre marquer 48° centig. dans l’entérite typho-hémique. Quant à cette assertion d'Ozanam *, que dans l'épidémie de Caithness, observée par Torrencé, en 1809, la chaleur de la peau se serait élevée parfois à 166° fahr. (ce qui équivaut , non point à 52° centig., comme le dit M. Roger, mais à 70° centig.), elle ne peut être que le résultat d’une erreur.
L’élévation de la température dans la scarlatine est généralement en rapport avec l'intensité de léruption, les complications et la gravité de la maladie. Dans les observations recueillies par M. Roger, la scarlatine fut simple et légère chez deux enfants qui présentèrent les minima de température ; les sujets qui succombèrent eurent une moyenne de 40°06, tandis que celle des individus qui guérirent ne fut que de 38°87. Le
(1) Traité de Nosographie médicale, 1846, L. 11, p. 133. —(2) Traité de diagnostic, Paris, 4836, L. nr, p.35 —-(3) Histoire des maladies épidémiques, 1835, t. 117, p. 347.
mème auteur a constaté que la chaleur morbide chez les scarlatineux est le plus souvent en désaccord avec le nombre des pulsations , mais qu’elle est en général proportionnée à la fréquence des mouvements respiratoires. Elle peut, du reste, manquer à peu près complètement : car il n’est pas rare que la chaleur du corps s'élève peu audessus du degré ordinaire, ou qu’elle n’augmente que dans quelques régions de la peau, là même où il n'y a pas d’exanthème ‘. Ce qu'il y a de plus singulier, c’est que souvent le médecin et le malade croient à l’existence d’une très-srande chaleur, tandis que le thermomètre n’en indique point: ce qui paraît dénoter, dit Jahn, que la sensation de chaleur peut provenir de quelque autre chose que du calorique , peut-être de lélectricité.
Suivant Fuchs, la peau des scarlatineux présente, pendant la période d’efflorescence, des phénoménes électriques très-curieux. Il suffit de la frotter légèrement, pour qu’un électroscope mis en rapport avec elle soit influencé d’une manière notable. Si on répand en outre à sa surface de la poudre de lycopode, et qu’on la disperse en souf-
(4) Jahn. Journal comp'émentaire du Dictionnaire des sciences médicales, t. xxxvir. p. 156.
flant, une partie de cette poudre reste adhérente, et affecte des dispositions particulières que Schœnlein a comparées aux figures électriques de Zichtenberg, et nodales de Cladni. Mais nous verrons dans une autre partie de cet ouvrage que, d’après Heidenreich *, le développement de l'électricité serait non point la cause, mais l'effet de l'élévation de la température animale. Pour prouver la grande influence de la chaleur sur létat électrique, cet auteur rappelle que Pfaff et Gmelin ont vu lélectricité de la peau disparaître complètement par le refroidissement, reparaitre peu à peu à mesure que le corps se réchauffait , et devenir très-forte pendant la fièvre.
Andral * et d'autres auteurs prétendent que le mouvement fébrile qui annonce Pinvasion de la scarlatine diminue ou cesse ordinairement lorsque la rougeur cutanée à paru. Il tombe, il est vrai, quelquefois au début de l’éruption : MM. Reécamier et Tessier * en citent un exemple trèsremarquable. Mais le plus souvent la fièvre persiste après l'apparition de l’exanthème *, dont
men re
(1) Medicinisches Correspondenz-Blatt Bayerischer Ærzle, 1841; Gaz. médic., 1841, p. 777. — (2) Pathoïogie interne, Paris, 1836, toux, p.486. — (3) Lancette française, 28 février 1843, p. 100. — (4) Underwood, Guersant, Blache, Rilliet, Barthez, Bouillaud, Cie.
elle suit même avec assez de régularité les diverses phases d’accroissement et de déclin. Notons toutefois que le frisson pendant la période d’efflorescence est un symptôme anormal lorsqu'il a une certaine intensité, et que, dans ce cas, il est toujours l'accompagnement ou le prélude d’une phlegmasie viscérale plus ou moins grave. Le pouls est élevé, plein, et, suivant Sfieglitz ”, plus fréquent que dans toute autre maladie. On a dit que la transpiration était supprimée au niveau des taches scarlatineuses, comme elle l’est au niveau des plaques d’érysipèle, et que si, dans la scarlatine, la peau est quelquefois moite, ce n’est que dans les endroits sains, qui ne sont pas envahis par l’exanthème *. Storch et Fleisch prétendent au contraire avoir vu les taches rouges de la peau se couvrir d’une sueur abondante.
Les fonctions respiratoires, dans la période d'éruption comme dans celle des prodromes, sont rarement troublées lorsque la scarlatine est normale. Cependant la toux est fréquente ; mais l’absence de toute lésion bronchique ou pulmonaire indique qu'ici ce symptôme n'appartient plus aux
(1) Versuch einer Prüfung und Verbesserung der jetzt gewœbnlichen Behandiungsart des Scharlachfiebers. Hannover, 1806. — (2) Rosen. Op. eit., p. 292. Hartmann. Therapie akuter Krankheïitsformen, 1831, t.1, p.347.
voiles respiratoires , et que l’angine peut seule expliquer ce phénomène ".
Les troubles nerveux que nous avons notés dans la période d’invasion peuvent encore se reproduire dans celle-ci. La soif et le défaut d’appétit persistent. Les selles sont le plus souvent normales, quoique Hamilton * ait prétendu que dans la plupart des cas elles avaient un aspect extraordinaire et une fétidité toute spéciale.
49 PÉRIODE DE DESQUAMATION.
La desquamation qui signale la dernière période de l'affection scarlatineuse, est un phénomène assez caractéristique et assez constant pour que Pfeufer * et d’autres auteurs lui aient attaché une valeur pathognomonique. Reich “ va encore plus loin : car, suivant lui, le renouvellement de l’épiderme constituerait l'essence, la nature même de la maladie. Ces deux opinions ont été critiquées à juste titre; mais elles ont peut-être quelque chose de vrai. La desquamation, en effet,
(1) Rilliet et Barthez. Loc. cit., p. 589. — (2) Annales de littérature médicale étrangère de Kluyskens, t. xx, p. 519. — (3) Der Scharlach, sein Wesen, etc., Bamberg, 1819, p.48. — (4) Neue Aufschlüsse über die Natur des Scharlachfiebers, 1810.
est-elle bien la simple conséquence du travail phlegmasique dont la peau a été le siége pendant la période d’efflorescence? Les accidents qu’entraine constamment lirrégularité de sa marche", les caractères qui la distinguent de l’exfoliation épidermique observée dans d’autres exanthèmes fébriles, ne donnent-ils pas à cette espèce de crise une importance toute spéciale? Un fait bien remarquable, et qui a été constaté par d’habiles praficiens, c’est que la desquamation scarlatineuse peut exister sans efflorescence préalable. { Dans l'épidémie de Greifswald, en 1826, dit Seifert ?, la desquamation ne fut point bornée aux parties qui avaient été envahies par l’exanthème ; mais, ce qui avait déja été signalé plusieurs fois, elle eut lieu dans celles où l’on n'avait aperçu aucune trace derougeur. » Hahnemann * à Kænigslutten, et Kopp ‘ à Hanau, ont observé une desquamation par larges plaques chez plusieurs enfants qui n’avaient offert aucune apparence d’éruption. Jahn ° dit avoir remarqué que souvent, dans la scarlatine partielle, ce sont Îles parties de la peau où il n’y
(4) Pfeufer. Ouvr. cité , p. 48. — (2) Nosol. therapeut. Bemerkungen über die Natur des Scharlachfiebers, in-8°, Greifswaid, 1827, p.43. — (3) Most. Geschichte des Scharlachfiebers, t. 1, p. 324. — (4) Most. Ouvr. cité, t.11, p. 301. — (5) Journal comp'émentaire du Dictionnaire des sciences médicales. &. XxxvI.
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avait pas d’exanthème qui se dépouillent le plus. Graves ! rapporte le cas d’une dame chez laquelle il y eut une desquamation très-abondante, bien qu'il n’y eût eu ni éruption, ni chaleur, ni rougeur, n1 enfin aucun des phénomènes qui carac= térisent l’inflammation. Nous pourrions citer beaucoup d'observations analogues qui semblent prouver, comme nous l'avons dit plus haut, que la desquamation n’est pas simplement le résultat de la modification imprimée par l’éruption au tissu cutané.
V'ieusseux, de Genève ?, et après lui MM. Blache et Guersant *, ont nettement posé les circonstances qui influent sur l'apparition plus ou moins tardive de la desquamation. Le commencement de l’exfoliation épidermique paraît dépendre de la violence de la maladie et de abondance de l’éruption : car, si la fièvre est très-forte, éruption prompte et fort abondante, la desquamation commence pendant que la fièvre dure encore, et avant que la rougeur soit dissipée. Si l’éruption est lente, peu abondante, et la fièvre modérée, la desquamation commence plus tard, lorsque la
(4) The London medicai Gazette, 1837; Gazette médicale de Paris, 1837, {. v, p. 326. — (2) Journal de médecine, chirurgie et pharmacie, Lux, p. 12, an x. — (3) Dictionnaire dé médecine, 1844, & XXVIN, p.155.
fièvre et l’éruption sont passées, et que le malade parait tout-à-fait rétabli. Mais, dans quelques cas où la rougeur de la peau est à peine visible , la violence de la maladie étant déterminée au cerveau et à la gorge, mais non à la surface extérieure du corps, et dans lesquels la maladie ne peut être reconnue pour fièvre scarlatine que par l'observation précédente de semblables cas, ou par l'épidémie régnante, la desquamation commence fort tard, quelquefois deux, et même trois semaines après que la maladie a paru tout-à-fait terminée.
La desquamation suit en général la marche de l’éruption ; elle débute par la face, le cou et le dos, se montre ensuite aux bras et aux mains, et finit par les pieds. Il est très-rare qu’elle commence par les membres ou par l'abdomen.
Quant à la durée et à l’abondance de la desquamation, on peut dire qu'elle sera générale, considérable et de longue durée quand la fièvre et les symptômes inflammatoires auront été violents, même avec peu ou point d’éruption; mais dans ces derniers cas la desquamation finit plus tard, parce qu'elle commence plus tard et parce qu'elle chemine beaucoup plus lentement que lorsque l'éruption a été abondante. Si l’éruption est abondante et la fièvre assez forte, sans aucun autre
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symptôme violent, la desquamation sera de courte durée, quoique générale. Si la maladie est très-légère quant à la fièvre et à l’éruption, la desquamaton sera aussi légère, seulement partielle, et quelquefois presque imperceptible, en sorte qu’il faut la plus grande attention pour s'assurer s1 elle a eu lieu. C’est peut être à raison de cette dernière particularité que Plenciz ', Stieglitz *, Jahn *, Mondière”, etc., ont avancé que la desquamation pouvait quelquefois manquer complètement.
Les différentes formes sous lesquelles peut se présenter l’exfoliation de l’épiderme, ont été étudiées et décrites avec beaucoup de soin par MM. Rilliet et Barthez : elles sont très-importantes à connaître, ne füt-ce que dans le but de s'assurer si une éruption qu'on n’a pas eue sous les yeux a été réellement une scarlatine.
Quelquefois on voit l’épiderme se soulever en une petite élevure arrondie, non acuminée, ayant d’abord le volume d’une pointe d’épingle; Pépiderme qui la forme est sec, d’un bianc opaque; et si on le déchire, il ne s'écoule aucun liquide:
(1) Tract. de Scar:atinà, Vienne, 1762. — (2) Versuch einer Prüfung und Verbesserung , etc., Hannover, 1806. — (5) Journal complémentaire, etc., t. xxx VII. — (4) Rapport sur une épidémie de scariatine , elc., in Revue médicale, t.1, 1842, p. 187.
au-dessous, un nouvel épiderme s’est formé; ces petites élevures croissant en volume, prennent bientôt la dimension d’un sudamina ; mais elles en différent toujours par l’absence de liquide, par la flaccidité de l'épiderme, par sa sécheresse et son opalinité.
Arrivée à ce point, quelquefois même avant, la saillie se rompt à son centre, et il ne reste plus qu'un cercle épidermique qui va en s’agrandissant par le décollement successif de la membrane, jusqu'à ce qu'il se Joigne aux cercles voisins et se confonde avec eux. Alors il en résulte que la surface de la peau présente une multitude d’ilots 1rréguliers formés par des portions d’épiderme en partie détachées sur leurs bords, détendue variable, sortes d’écailles ou de squammes minces, légères, sèches et opalines, qui bientôt se détachent complètement, et tombent à des époques variables.
Chez quelques enfants, les soulèvements d’épiderme conservent, sans crever, leur apparence de sudamina flétri; le décollement épidermique n’en continue pas moins, s'étend de proche en proche, conservant son mème aspect: en sorte que la réu= nion des pseudo-sudamina forme une surface plus ou moins vaste sur laquelle l’épiderme, inégalement soulevé, maintenu par places, toujours opalin et sec, donne à la peau une apparence toute
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spéciale; on dirait, en l’examinant à quelque distance, que des plaques de moisissure se sont déposées à sa surface. Tôt ou tard cependant lépiderme soulevé se rompt, et, dans ce dérnier cas, il tombe en écailles bien plus larges que dans le premier, en lambeaux irréguliers, minces et secs.
On comprend, du reste, que la chute de l'épiderme doit présenter quelques différences, suivant l'épaisseur de cette membrane, dans les diverses régions du corps. La desquamation se fait telle qu’elle vient d’être décrite, surtout au cou, à la poitrine, à l'abdomen, sur quelques parties des membres. Mais il est rare d'observer à la face des soulèvements épidermiques pointillés ou pseudc= sudamina; la première desquamation qu'on y observe est la chute d’écailles plus ou moins petites, rarement, jamais peut-être, de larges lambeaux. Dans les régions où l’épiderme est plus épais, comme à l'extrémité des membres, les lamelles ont quelquefois assez d’étendue et de consistance pour conserver la forme des parties d’où elles pro“ viennent. Hahnemann', Fischer”, Reich®, Clarck,
(4) Most. Geschichte des Scharlachfiebers, 1826, t. 17, p. 324. — (2) Gründl. Darst. des Scharlachf. , Prag. , 1832, p. 27. — (3) Neue Aufschlüsse , ete., 1810, p.121. — (4) Observations on fevers, etc. Eondon, 1780.
Vanhoven', Berton”, etc., en ont vu se détacher des pieds et des mains sous forme de gants, de manière que, suivant l'expression de M. Bouillaud *, ces extrémités se dépouillaient de leur épiderme comme les pattes d’une volaille préliminairement exposées à la chaleur du feu. Storch” a abservéune plaque épidermique provenant d’un bras, et qui avait presque sept pouces de long sur trois de large. Most° et J. Frank° ont recueilli plusieurs échantillons qui ne le cédaient en rien à celle-ci, mais qui provenaient de pieds et de mains. Dans quelques cas, assez rares d’ailleurs, on a vu les poils”, les cheveux”, les verrues*, et même les ongles ", se détacher et tomber avec l’épiderme.
Nous avons dit, en parlant de la période d’éruption, que l’efflorescence scarlatineuse n’était pas bornée aux téguments externes, et que, sui-
(1) Handbuch der prakt. Heilkunde , 1805. — (2) Lancette fran-. çaise, 20 décemb. 1842. — (3) Traité de Nosographie médicale, Paris, 1846, t.11, p. 4145. — (4) Theoret. und prakt. Tractat vom Scharlachfiéber, Gotha, 1742, cas. 5. — (5) Geschichte des Scharlachfiebers, 1827, t. 1, p.74. — (6) Patho:ogie interne, traduct. franc., Paris, 1837, t.11, p. 112.— (7) Navier. Dissertation sur plusieurs maladies populaires, etc. Paris, 1753.—(8) Hahnemann. Epidémie de Kænigslutten. — (9) Lentin. Beytræge zur ausüb. Arzneiwissenschaft. Leipzig, 1797. — (10) Wéthering. An Account of the Scarlet-fever, London, 1779 ; Navier, ouvrage cité; Hahnemann, idem; Graves, Gazette médicale, 1837, p. 326; Most, Dehaen, Frank père, Horn, etc.
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vant les pathologistes allemands, elle envahissait toute l’étendue des muqueuses digestive, respiratoire et génito-urinaire, de manière à constituer un véritable enanthème. Une sorte d’exfoliation semble aussi s’opérer à la surface de ces membranes. Dès 1742, Storch' avait remarqué que chez beaucoup de scarlatineux l’intérieur de la bouche, la langue, le palais et le pharynx se dépouillaient de leur épiderme, ce qui, depuis cette époque, a été observé par Bicker, Kopp, et beaucoup d’autres auteurs. Eichel est, je crois, le premier qui ait fait mention de plaques membraneuses tom— bant des narines pendant la convalescence de la scarlatine : « Similes lamellæ ex narium quoque cavo secedebant*. » Jos. Frank a constaté plusieurs fois ce phénomène pendant l'épidémie de Wilna, en 1817, soit dans le courant de la maladie, soit à son déclin. Suivant Henle * et d’autres praticiens , les matières alvines offriraient, au microscope, des écailles d’épithélium ; la composition de l’urine prouve que la muqueuse urinaire participe également à l’exfoliation : car ce liquide laisse déposer, pendant cette période, un sédiment blanc floconneux, composé principalement de la-
(4) Ouvrage cité, p. 215. — (2) Acta Societatis medic. havniensis, x. Havn., 1779.— (3) Mullers Archiv, 1er cahier, 1858.
melles d’épithélium, de masses cellulaires, et de cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien ‘.
À mesure que la desquamation s'opère, les phénomènes morbides disparaissent ou perdent de leur intensité. Les fonctions digestives se ré tablissent, et reprennent même, pendant la convalescente, plus d'activité qu'elles n’en avaient auparavant. La langue se nettoie; la gorge est beaucoup moins douloureuse; le voile du palais n’a plus sa coloration scarlatine; les amygdales reviennent à leur volume primitif; les plaques molles qui les recouvraient se résorbent, ou plutôt se détachent. La peau perd sa chaleur, à l’excep— tion, suivant Reich, des parties où la desquamation est plus tardive, qui conservent plus longtemps leur température élevée que celles qui ont perdu leur épiderme, ce qui, d’après les idées de cet auteur, est effet chimique et mécanico-physique de la suppression de la transpiration et de l'accumulation du calorique libre dans l’intérieur du corps. La chaleur des téguments est remplacée par une extrème sensibilité et un prurit très-incommode qui persistent jusqu'à ce que la membrane épidermoïde soit régénérée. L’urine, plus
(1) Remak. Diagnostische und patho-genetiseche Untersuchunzen in der Klinik des Herrn Dr Schœnlein, Berlin, 4845, p. 15.
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copieuse, dépose le sédiment léger et floconneux dont nous avons parlé plus haut, et contient fréquemment de l’albumine. Suivant les recherches de Simon! de Berlin, elle est très-acide, se décompose facilement, et devient alors alcaline. Quelquefois une épistaxis, la diarrhée, plus rarement le vomissement, coïncident avec la terminaison, et paraissent agir comme de véritables crises. Il survient aussi, principalement le matin, des sueurs abondantes qui souvent offrent une odeur alcaline particulière.
La durée de cette période est ordinairement d'une ou deux semaines; mais dans certains cas elle se prolonge un mois, quarante jours, même davantage. Il n'est pas rare qu'il y ait plusieurs exfoliations successives, et que la desquamation se renouvelle à deux ou trois reprises différentes. Sydenham” en avait fait l'observation : « Decedente subiectàä cuticulä, restant furfuraceæ quædam squamulæ ad instar farinæ corpori inspersæ, quæ ad secundam aut tertiam vicem se produnt conduntque vicissim. » Dans ce cas, la desquamation secondaire tantôt ressemble, tantôt ne ressemble pas à la première.
(1) Aïlgemeine medicin'sche Central-Zeilung , n° 10, 1842. — (2) Opera medica, Genevæ, 1736, LT, p. 162
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