HYDROPISIES
ANASARQUE. — L’anasarque paraît si intimement liée à la nature de la scarlatine, que Plenciz, Heister, Stork, de Haen, etc., l'ont considérée comme essentielle, et commeune dépuration qui constituerait la dernière période de la maladie.
Daniel Sennert et son contemporain Dœring sont les premiers auteurs qui aient fait mention
de l’anasarque scarlatineuse, sans indiquer, du reste, les causes qui peuvent donner lieu à cet accident secondaire, ni le traitement qu'il faut lui opposer : & Cutis squamarum instar decidit; mox pedes ad talos et suras usque intumescunt ; hypochondria læduntur; respiratio difficilior redditur; tandemque abdomen intumescit, ægrique non sinè magno labore et post longum tempus pristinæ sanitati restituuntur, sæpe etiam moriuntur !.....» « Urinæ crassescunt et rutescunt ; abdomen ipsum in tumorem attollitur ; isti autem non nisi magno labore et post multas septimanas ceu hydropici incipientes ad pristinam sanitatem deducuntur *. »
Un demi-siècle plus tard, Simon Schultz observa l’anasarque dans une épidémie de scarlatine qui sévissait en Pologne, avec cette circonstance remarquable, que la complication dont il s’agit survenait principalement chez les adolescents et les adultes. «IÏli solummodo evadebant qui nullä faucium inflammatione vel tumore ædematoso infestabantur. ... præsertim natu majoribus tumor totius corporis instar leucophlegmatiæ et infimi ventris sequebatur *. »
(4) Sennert. Opera omn a, t& VE, lib. 5, cap. 12, p. 483. — (2)Jn Sennert, op. cit., L vr, cent. 2, epist. 18. — (3) Ephemerides nat. eurios., dec. 1, ann. 6 el 7, observ. 115, p.206.
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Sydenham ne dit rien de l’anasarque scarlatineuse ; tandis que Horton, qui exerçait à la même époque et dans la même localité, met l’hydropisie au nombre des suites fâcheuses de la scarlatine et de la rougeole, dont il soutient, comme nous l'avons dit plus haut, l’identité. « Cachexia, leucophlegmatia, ascites, utrumque morbum indiscriminatim consequuntur '. »
La distinction de lœdème en chaud et en froid, distinction très-importante pour la pratique, et qui a été adoptée par Heister, Rosen, Stoll, Borsieri, eic., nous paraît avoir été établie pour la première fois en 1717 par les médecins de Florence Targioni? et Parolini *. Ces praticiens ont très-bien indiqué le danger de la méthode exceitante et l'utilité du traitement antiphlogistique dans la forme aiguë de l’anasarque scarlatineuse. « Omnes diureticis tractati suppressione urinæ interibant. Sectio pulmones, pleuram, diaphragma, renes et intestina plus minüsve inflammata ostendit. »
L’anasarque succède-t=elle indistinctement à toutes les formes de scarlatine? La plupart des
(4) Morton. Opera medica, Lugd., 1737, Tractatus de febribus inflammatoriis, cap. 5, p. 28. — (2) Avvisi sopra la salute umana per l’anno 1778, vol. xx, n° 5. — (3) Medic. europ., p. 353.
auteurs ’
assurent qu’elle se développe principalement dans les cas où l’éruption a été intense, la chaleur de la peau très-élevée, et la desquamation considérable. D’autres * affirment au contraire avoir observé que l’œdème est surtout fréquent à la suite de cas légers. La première de ces propositions est la seule qui me paraisse exacte. Si l’anasarque n'est pas rare à la suite des scarlatines légères, ce n’est point comme conséquence di recte de la bénignité de la maladie ; c’est probablement parce que, à raison du peu de gravité des symptômes, les enfants s’exposent prématurément à l'air froid, qui, comme nous le verrons, est la cause déterminante principale, sinon ex-
clusive, de cette complication.
A quelle période de la maladie l’anasarque survient-elle le plus ordinairement? A l’exception de Hufeland *, qui assure l'avoir observée pendant le stade des prodromes, tous les auteurs s accordent à reconnaître qu’elle ne survient ja-
(4) Plenciz, Rosen de Rosenstein, Willan, Grundmann , Vieusseux, Méglin, Rilliet, Barthez, etc. — (2) Torrencé. Epid. de Caïthness, 1809, Annales de ltiérature médicale étrangère de Kluyskens, L. XII, p.385; Carron d'Annecy, Recueil périodique de ia Société médica'e de Paris, 1816, t. LvrI1; Mondière, Revue médicale, 1842, p. 185. — (3) Bemerkungen über die Blatiern, verschicdere Kinderirankheilen, etc., Berlin, 1798, p. 459.
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mais avant la desquamation. Mais ils sont loin de s’accorder sur l’époque de cette période où elle est le plus fréquente. Elle se déclarerait habituellement ie 11° jour suivant Æufeland”", le 14° ou le 15° jour selon Fogel *, Gardien et Underwood *, du 10° au 20° jour d’après MM. Blache et Guersant”, le 22e ou le 23° jour au dire de Ch. Wells *. Vieusseux ” et Méglin * prétendent qu'elle est surtout à redouter deux à trois semaines après l’éruption. Borsieri l'a vue survenir le 30° jour; Hamilton, au bout de cinq semaines. J. Frank et MM. Blache et Guersant disent qu’on ne la voit jamais passé la 6° semaine, et que quand elle se développe plus tard, six mois, par exemple, après la scarlatine, comme la dit M. Darwall”, elle ne peut plus être regardée comme dépendante de la fièvre éruptive. Il y a des épidémies où l’anasarque apparaît, pour ainsi dire, à
(1) Bemerkungen über die Blattern, verschiedene Kinderkrankheiten, etc., Berlin, 1798, p.459. — (2) Handbuch der Arzneiwissenschaft, t. 111, p.235. — (3) Traité complet d’accouchements, etc., Paris, 1816, t. 1V, p. 467. — (4) Traité des maladies des enfants, Paris et Monipellier, 1823, p. 404. — (5) Dictionnaire de médecine, 2€ édit., Paris, 1844, t. xXVIL, p. 1614. — (6) Transactions of a Society for the improvement of medic. and chirurg. Knowledge, t. nr, p. 167. — (7) Recueil périodique de la Société de médecine de Paris, t. vi, p. 583. — (8) Jouraal &e médecine, chirurgie, pharmacie, etc., janvier 1841, t. XXI, p. 36. — (9) Cyclopædia of pract. med., article Dropsy.
jour fixe : c’est ainsi qu’à Rotterdam , en 1778- 1779, cette complication survenait constamment six jours après le début de l’exanthème !.
L’anasarque scarlatineuse débute quelquefois sans prodromes. Mais le plus souvent elle est précédée de mal-aise, d’insomnie, d’inappétence, et dans certains cas de vomissements que Fischer rattache au début de la maladie des reins. Les urines deviennent épaisses, brunes, noirâtres, ou semblables soit à la lavure de chair, soit à du petit-lait; et le malade éprouve le soir des frissons, de la chaleur et d’autres symptômes qui annoncent une exacerbation fébrile. L’œdème ne se manifeste pas toujours en premier lieu dans les parties les plus éloignées du centre cireulatoire, comme les pieds et les mains ; quelquefois c’est la face qui s’infiltre la première. La tuméfaction varie beaucoup quant à son degré suivant les parties du corps. Elle est plus considérable dans les régions où le tissu cellulaire est lâche et lamelleux. Ainsi, au dos du pied et de la main, l’enflure, plus sensible qu’à la région palmaire ou plantaire, détermine ordinairement une saillie ovalaire, limitée par les ligaments annulai-
(4) Sammlung auserlesener Abhandl. zum Gebrauche pract. ÆRrzie, L: 1x.
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res du tarse et du carpe; aux paupières, elle gonfle quelquefois le tissu cellulaire sous-cutané et sous-muqueux, à tel point que ces voiles membraneux ne peuvent plus s’écarter; enfin, dans d’autres cas, le volume du scrotum, du pénis, des lèvres de la vulve, est augmenté d’une manière effrayante. Tantôt les téguments œædématiés sont chauds , turgescents, colorés en rose, même érythémateux, et alors il y a ordinairement de la fièvre; tantôt ils sont pâles, sans chaleur, flasques, d’un blanc mat, ce qui s’observe surtout lorsqu'il y a apyrexie. L’enflure se répand assez régulièrement dans les diverses parties du corps, n’en occupe que rarement une petite étendue, et n’obéit point aussi sensiblement aux lois de la pesanteur que dans les hydropisies symptomatiques ‘.
Tous les auteurs modernes recommandent de distinguer avec soin l’anasarque chaude et l’anasar= que froide : distinction qui, comme nous lavons dit plus haut, a été établie au commencement du siècle dernier par des médecins de Florence, et qui offre une grande importance pratique. Mais, pour beaucoup de médecins, toute la différence consiste
(1) Barrier. Traité pratique des maladies de lenfance , 1842, H, D: 767.
dans l’absence ou la présence de la fièvre, quelle que soit, du reste, la marche dela maladie. Or, comme le font très-bien remarquer MM. Rilliet et Barthez ‘, l’état du pouls ne suffit peut-être pas pour différencier ces deux espèces d’hydropisie : car 1l arrive quelquefois qu’il est à peine fébrile pendant un ou deux jours au début de l’anasarque , puis qu’il cesse de l'être, et que la maladie prend ensuite la forme d’une anasarque froide. D’autre part, on voit aussi des hydropisies à marche suraiguë sans accélération du pouls. Nous pensons donc que, pour établir ces distinctions, 1l faut tenir compte de la marche rapide de la maladie autant que de l’appareil fébrile qui l'accompagne, la scarlatine pouvant se compliquer d’hydropisies chaudes ou plutôt fébriles qui sont aiguës ou suraiguës, d'hydropisies froides ou plutôt apyrétiques qui ont une marche aiguë ou suraiguë, puis d’hydropisies apyrétiques dont la marche est chronique.
Les écrivains ne sont pas d'accord sur limportance que l’on doit attacher à lanasarque scarlatineuse. Les uns la regardent comme dépourvue de toute espèce de gravité; les autres la considèrent comme plus dangereuse que la maladie primitive. Hamilton, Bateman, Willan, Armstrong,
HPLoc ei; p.615:
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en font à peine mention; Cullen ‘ en parle comme d’une affection légère qui se dissipe d’ellemême et exige rarement un traitement. Æells semble y attacher plus d'importance. Enfin Plenciz, de Haen, Vieusseux, etc., disent que cette complication est plus funeste que laffection exanthématique qui lui a donné naissance. Cette divergence d'opinion me semble devoir être attribuée en grande partie à la diversité des épidémies et des climats. L’œdème consécutif à la scarlatine n’est ni aussi fréquent ni aussi dangereux en France que dans les pays plus froids. M. Bouillaud ? assure n’en avoir pas rencontré un seul cas depuis plus de dix ans. Tandis que dans certaines épidémies cette complication est très-meurtrière , dans d’autres elle n’entraîne jamais de suites fâcheuses, et se termine toujours d’une manière favorable. M. Godelle *, par exemple, dit n’en avoir jamais vu de funeste dans une épidémie où elle fut cependant très-fréquente. Quoi qu'il en soit, l’anasarque qui succède à la scarlatine est en général un accident sérieux, d'autant plus qu’elle est souvent l'expression d’altérations pro-
me
(1) Eléments de médecine pratique, trad. Bosquillon, 1785, 1.1, p- 411. — (2) Traité de nosographie médica'e, Paris, 1846, t. 17, p.150. — (3) Revue médicale, 1843, t.11, p.511.
fondes et multiples de lorganisme. La forme aiguë est toujours plus grave que la forme chronique. Le pronostic doit être toujours réservé dans la première, tant qu’elle est en voie d’accroissement, et surtout si sa marche est rapide : car on doit craindre que d’un moment à l’autre l'hydropisie ne se propage du tissu cellulaire sous-cutané au tissu cellulaire séreux, et ne détermine des épanchements dans les cavités splanchniques. Quand le mal a duré sans gravité jusqu’au 10° ou 11° jour, il est rare qu'aucun accident fâcheux soit à redouter.
Les causes prédisposantes qui ont l’influence la plus marquée sur le développement de l’anasarque scarlatineuse, sont : le jeune âge, le tempérament lymphatique, la mauvaise saison, et le séjour dans un pays ou une localité froide et humide. Cette affection secondaire est rare après la puberté, et l’on voit très-fréquemment des adultes s’exposer impunément aux intempéries pendant la convalescence. M. Ollivier-Mairy ‘ rapporte, à cet égard, plusieurs faits curieux, entre autres celui d’une femme de vingt ans qui reprit ses travaux aussitôt après la disparition de l’exan-
(1) Journal de médecine, chirurgie et pharmacie, décemb. 1822, L. XV, p. 321.
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thème, et ne cessa d’aller à la pêche aux huîtres pendant la période de desquamation, quoique ce fût au mois de septembre. Cependant les adultes ne sont pas entièrement à l'abri de cette complication : Heyfelder' dit en avoir été atteint à l’âge de trente-deux ans, à la suite d’une récidive. J. Frank ? l'a observée chez un juif de trente-huit ans. La fréquence relative de l'anasarque scarlatineuse chez les enfants doit probablement être attribuée à la prédominance du tempérament lymphatique dans le jeune âge : car tous les auteurs ont noté que cette espèce d’hydropisie survient de préférence chez les sujets blonds, à fibre molle, qui, suivant l’observation de Grégory, sont également plus susceptibles que les autres d’être affectés de la maladie de Bright. Hamilton * dit avoir observé assez souvent que deux ou plusieurs membres de la famille étaient successivement atteints d’anasarque: ce qui dépend sans doute d’une prédisposition constitutionnelle. Dans une maison, quatre enfants eurent la scarlatine; trois de ces enfants, lymphatiques au plus haut degré, devinrent hydropiques, tandis que le quatrième,
(4) Studien im Gebiete der Heilwissenschaft , t. 11, p. 68 — (2) Loc. cit., p.126. — (3) Gazette médicale de Paris, 1835, p. 812; Edinburgh , Journal, n° 121.
qui n’appartenait pas à la même famille, fut préservé. On n’a encore fait aucune remarque spéciale sur l'influence du sexe. Dans l'épidémie de Saint-Dié, 1842, à l'exception d’une femme adulte, les garçons seuls ont été atteints d’anasarque , bien que, sur la totalité des cas de scarlatine , le sexe féminin fût au sexe opposé dans la proportion de vingt à quatorze. Mais nous ne pouvons rien conclure de ce fait isolé, qui était peut-être sous la dépendance de la constitution épidémique.
Passons aux causes prochaines.
L'idée la plus simple, et qui vient le plus naturellement à l'esprit, est de considérer l’anasarque comme une conséquence d’une modification ap= portée par la phlegmasie dans le tissu et les fonctions de la peau : l’exhalation cutanée ne se faisant plus qu'imparfaitement par suite de la lésion du réseau lymphatique sous-épidermique, et le liquide qui devait être éliminé étant retenu dans l’économie, le tissu cellulaire ou une membrane séreuse deviennent le siége d'un flux supplémentaire, de même qu'après la brusque suspension du mouvement sudoral on voit survenir une ana-
(1) Carrière. Gazette médicale de Strasbourg, 1845; Gazette médicale de Paris, 1845, p. 695.
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sarque générale, ou toute autre hydropisie. Ce qui milite en faveur de cette opinion, c’est linfluence constatée du froid sur le développement de l’anasarque scarlatineuse. Cette manière d’expliquer le mécanisme des épanchements dont il s’agit, est, il est vrai, inadmissible dans certaines circonstances ; mais elle est, dans tous les cas, beaucoup plus rationnelle que celle qui consiste à regarder l’anasarque searlatineuse comme le résultat de lirritation de la peau communiquée au tissu cellulaire sous-jacent. En effet, comme le fait remarquer M. Andral', c’est quelque temps après la disparition de l’exanthème, lorsque l’épiderme est en desquamation, que commencent à apparaître les premières traces de l’hydropisie, qui se manifeste indifféremment et dans les points où la peau est le plus rouge, et dans ceux où elle a conservé sa couleur naturelle. Quant aux opinions physico-chimiques de Fischer * et de Steimmig *, qui prétendent : le premier, que l’anasarque scarlatineuse est due à un relâchement morbide du tissu cellulaire sous-cutané et à une sécrétion
(4) Clinique médicale , t.111, p. 143. — (2) Gründliche Darstellung des Scharlachfiebers , und der bewahrten Heïlart, etc., Prag., 1832, p.15. — (3) Erfahrungen und Betrachtungen über das Scharlachfieber und seine Behandlung, etc., Karlsruhe , 1828, p. 11.
de matière gazéiforme; le second, qu’elle résulte d’une tuméfaction purement hygrométrique de la peau, nous nous bornerons à les mentionner.
Un fait dont la découverte sembla jeter un grand jour sur la cause prochaine de cette complication, est la coïncidence de l’albuminurie et de la scarlatine. #ells" et Blackall* ont les premiers fait lPimportante remarque que l’urine est coagulable chez les scarlatineux; mais on ignorait encore le rapport qui existe entre cette propriété physique des urines et laltération des reins, lorsqu’en 182% Fischer * signala sur le cadavre des individus morts d’hydropisie scarlatineuse l’hypérémie du tissu rénal qui appartient à la première période de la maladie à laquelle Bright a donné son nom. Quelques années plus tard ce dernier médecin", et après lui Ghristison, Gregory, Hamilton, etc., confirmèrent les observations nécroscopiques du praticien allemand; mais ils eurent le tort de faire jouer un trop grand rôle à Palbuminurie et à la népbrite albumineuse dans la production de l’hy-
(1) Obs. on the éropsy which succeeds scarlat fever (Trans. of a soc. for. the improvement of med. and chir. knowledge, vol. 3, p. 167). — (2) Obs. on the nature and cure of dropsies. In-8°, London , 1813. — (3) Hufeland’s Journal der prakt. Arzneikunde, févr. 1824, p.50. — (4) Reports of medical cases, etc, London,
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dropisie chez les scarlatineux : car il est maintenant démontré que l’anasarque peut survenir à la suite de la scarlatine, sans que l'état des reins ou la composition de l'urine présente rien d’anormal. En réunissant les observations de MM. Zlache, Guersant, Baron, Becquerel, Rilliet et Barthez, on trouve que, dans un tiers des cas environ, l'albumine a manqué dans les urines. Ajoutons que , de l’aveu même de M. Rayer, qui a accumulé le plus de preuves en faveur de l’étroite relation de l’anasarque avec la néphrite albumineuse, cette maladie peut exister sans produire l’hydropisie, et, par inverse, celle-ci peut s'être manifestée sans que lPautopsie révèle aucune lésion des reins. M. Barrier dit que l’albuminurie ne s’est montrée à lui que chez un petit nombre de malades; et Hamilton exagère probablement lorsqu'il dit que dans soixante hydropisies scarlatineuses l’albuminurie n'a manqué que deux fois.
L'altération du sang par suite de lempoisonnement miasmatique de ce fluide a aussi été invoquée pour expliquer l’anasarque scarlatineuse. Ce serait mème, suivant Æmmon’, la cause unique de cette complication. Sans être aussi exclusif, M. Becquerel* lui attribue une très-grande impor-
(4) Clarus und Radius Beitræge, t, m1, n° 17.-— (2) Séméiotique des urines. Paris, 1841.
tance, et regarde l’hydropisie par anémie comme la plus fréquente de toutes chez les individus atteints de scarlatine. Dans l'impossibilité de nier l'existence de lalbuminurie chez le plus grand nombre des scarlatineux, il a présenté ce symptôme comme une conséquence fréquente de l’état anémique lui-même. Suivant lui, les scarlatineux qui présentent l’hydropisie par anémie sont affaiblis, débilités; on ne constate n1 albumine dans les urines, n1 altérations dans les reins. Cependant, lorsque l’hydropisie a atteint un haut degré d'intensité, elle détermine l’infiltration d’une certaine quantité de sérosité dans tous les organes, dans tous les tissus, et peut de cette manière produire un œdème des reins. Cet œædème une fois développé, 1l passe presque toujours dans les urines une quantité d’albumine variable, mais en général faible, et ne se rencontrant qu'à une époque avancée de la maladie. Ainsi, au lieu de précéder l’hydropisie comme dans la maladie de Bright, l'apparition de l’albumine dans lurine des scarlatineux n’est ici que consécutive, lorsque toutefois elle existe.
La pathogénie de l'accident secondaire qui nous occupe serait peut-être environnée de moins d’obscurité si les auteurs qui l’ont étudiée n'avaient cherché à rapporter à une seule et même cause
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tous les cas d'anasarque qui peuvent se présenter à la suite de la scarlatine. Nous croyons, et c’est l'opinion qui tend à prévaloir de nos jours, que cette complication se développe en vertu d’'influences complexes, et qu’elle peut reconnaître pour cause tantôt une modification apportée par l’exanthème dans les fonctions et le tissu de la peau, tantôt une lésion viscérale, et principalement une altération des reins, tantôt enfin un changement survenu dans les qualités du sang. Des recherches bien faites d'anatomie pathologique mettraient probablement en évidence l'exactitude de cette proposition.
Quant aux causes déterminantes de lanasarque scarlatineuse, M. Foisin dit qu’elle est souvent due à Padministration intempestive des purgatifs; tandis que Hufeland assure l'avoir vue quelquefois survenir uniquement par suite de l’omission des évacuants ". Æfendi l’attribue à l'emploi irrationnel des diaphorétiques ; M. Miquel”, à l’ingestion démesurée d'aliments trop abondants ou trop excitants; J. Frank *, à des causes multiples, telles que : le refroidissement, l’état moral du malade,
(1) Bemerkungen über die Blattern, verschiedene Kinderkrankheiten, etc., Berlin, 1798, p. 459. — (2) Gazette médicale de Paris, tu, 1854, p. 126; Recueil de la Société de médecine d’Indre-et- Loire, 4833. — (3) Pathologie interne, traduction de l'Encyclopédie des sciences médicales, Paris, 1837, t. x1, p. 126.
des écarts de régime, la suppression d’évacuations, l'interruption de la desquamation, un état morbide primitif du système lymphatique, et, en général, un mauvais traitement. Mais c’est dans l’exposition prématurée du malade à Pair froid ou frais que la grande majorité des praticiens ont placé la cause déterminante principale, sinon exclusive, de cette complication. Heister, Fogel, Rosen, Borsieri, avaient déjà depuis long-temps signalé l'influence de cet agent extérieur sur le développement del’anasarquescarlatineuse; f'ieusseux de Genève alla plus loin, et le présenta comme la cause déterminante unique de cet accident secondaire. « Je n’ai rencontré aucun cas où la cause du mal fût ailleurs que dans l’exposition prématurée à l'air froid ou frais, soit que l’anasarque füt partielle ou générale, soit, ce qui est plus rare, qu'il n'y eût point d’enflure extérieure, mais seulement des symptômes d’hydropisie intérieure. Non point que lair froid, après la fièvre scarlatine, ne puisse jamais produire que des accidents d’anasarque ou d’hydropisie; je dis seulement qu'en général l’air froid produit l’anasarque, et que l’anasarque ne peut avoir d’autre cause’. » Une remarque propre à Méglin, qui,
(1) Mémoire sur l’anasarque à la suite de la fièvre scarlatine : Recueil périodique de la Société de médecine de Paris, t. vr, p.381.
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du reste, partage entièrement la mamière de voir de Fieusseux, c'est que Pimpression de l’air chaud produit quelquefois l’anasarque aussi promptement que celle de Pair froid. « Je me rappelle, dit ce praticien, avoir vu des enfants, pour être sortis contre mes ordres dans la quatrième semaine après la scarlatine, pendant les chaleurs brülantes du mois d'août, enfler peu de jours après, et tomber dans des anasarques avec menace d’ascite très-difficiles à détruire", » M. Godelle* dit également avoir vu beaucoup d’anasarques, toutes produites par l'impression de Pair froid et humide sur la peau après la desquamation. D'un autre côté, un médecin très-distingué , le Docteur Robert”, oppose à l’assertion de f’ieusseux une épidémie de scarlatine qui a régné à Langres, dans laquelle il prétend avoir observé que les malades auxquels on n’avait permis de s’exposer à l'air froid que tres-long-temps après la cessation des symptômes, avaient été affectés de l’anasarque, tandis que plusieurs de ceux qui étaient sortis dès le commencement de leur convalescence en avaient été exempts: en sorte qu'il regarde
(1) Journal de médecine, chirurgie et pharmacie, etc., janvier 1811, t. XXI, p.36. — (2) Revue médicale, 1843, &. 11, p. 511. — (3) Journal de médecine, elc., praijriai an x, p. 249.
comme inutile, et même comme dangereux, d’assujettir les malades à une réclusion de deux mois: il croit, au contraire, qu'il est important, pour prévenir l’hydropisie, de ranimer le ton des vaisseaux absorbants en exposant, dès que les forces le permettent, l'enfant à l'air, qui est un des toniques les plus héroïques. Enfin, M. Ollivier-Mairy dit avoir observé que, proportion gardée, l’œdème survient presque aussi souvent chez ceux qui demeurent enfermés que chez ceux qui sortent trop promptement. Nous pensons que les opinions contradictoires que nous venons de rapporter sont trop exclusives. On ne peut nier qu'indépendamment de la coïncidence de la néphrite albumineuse, la complication dont il s’agit ne se développe le plus souvent sous l’influence d’un refroidissement; mais sa fréquence paraît aussi dépendre, dans beaucoup d’épidémies, du génie même de la constitution médicale. Dans quelques épidémies , un très-petit nombre de convalescents sont affectés d'anasarque; dans d’autres, presque personne n’est exempt de cette maladie consécutive. C.-G. Hoffmann déclare Pavoir vue survenir, en 1787, chez tous les malades atteints de scarla-
(1) Quelques Recherches sur la fièvre scarlatine: Fournal de médecine, chirurgie et pharmacie, décembre 1822, t xv, p.312.
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line, quoique l’on prit toutes Les précautions imaginables pour les prémunir du froid et les mettre à l'abri de l’air extérieur.
Plenciz, Stork, de Haen, qui exerçaient l’art de guérir sous un climat plus rigoureux que le nôtre, ont considéré l’anasarque comme une suite essentielle de la scarlatine, comme une espèce de dépuration analogue à la fièvre secondaire de la variole. Des auteurs plus modernes ont émis, sur la nature de l’hydropisie scarlatineuse, une opinion à peu près semblable, sans regarder toutefois cet accident comme un épiphénomène nécessaire de la maladie. « Ces épanchements séreux sont des crises non résolues, des crises imparfaites, » disent Robert" et Récamier *. « Ils tiennent, dit Copland , à une surabondance de matériaux excrémentitiels. » Nous dirons, avec M. Bouillaud *, que « cette explication ne signifie absolument rien aujourd'hui; » et nous ajouterons que si l’anasarque scarlatineuse était une crise, elle surviendrait principalement dans les cas où l’exanthème et la desquamation ont été peu prononcés; or c’est précisément à la suite
(1) Journal de médecine, prairial an x, p.249. — (2) Eancette française, gazette des hôpitaux, numéro du 17 décembre 1842, p. 699. — (3) Dictionary, art. Dropsy of the ceïl. tiss.— (4) Traité de nosographie médicale, Paris, 1846, IE, p.150.
des scarlatines où l’éruption a été intense et l’exfoliation épidermique considérable, qu’elle parait se montrer avec le plus de fréquence.
EPANCHEMENTS PANS LES CAVITÉS SÉREUSES.—-Un caractère qui distingue l’hydropisie scarlatineuse de celle qui survient dans la maladie de Bright, c’est sa tendance spéciale à se propager du tissu cellulaire sous-cutané au système cellulaire séreux, et à déterminer des épanchements dans les cavités du péritoine, de la plèvre, de l’arachnoïde, etc.; épanchements qui ne sont qu’une fraction de l’hydropisie générale, et qu’il ne faut pas confondre avec ces effusions inflammatoires qui sont la suite d’une péritonite, d’une pleurésie, d’une méningite.
Willan assure n'avoir jamais vu d’effusion considérable se manifester dans les cavités internes, ce qu'il faut attribuer au génie particulier des épidémies qu'il eut l’occasion d’observer : car ces épanchements sont assez communs; il n’est même pas rare de les voir s’opérer brusquement et entrainer la mort en quelques heures. Vieusseux ‘ cite l'exemple d’une jeune fille de
(1) Recueil périodique de la Société de médrrine de Paris, {. vr, p. 410.